Après l’exemple de la protection accordée par le gouvernement chinois à l’industrie nationale du dessin animé (voir article précédent), en voici un autre, et cette fois bien plus essentiel : l’immobilier. En effet, le gouvernement est en train de revoir ses priorités suite à l’explosion de la bulle immobilière due à l’action de certains spéculateurs étrangers qui mettent en déséquilibre la situation du logement. Ce déséquilibre est grave, car il menace jusqu’à la possibilité pour un Chinois moyen de trouver un endroit où se loger !
Yi Xianrong, Directeur du Bureau de recherche sur le développement financier de l’Institut des finances de l’Académie des Sciences sociales de Chine (en voilà un long titre !) répond à des investisseurs étrangers, notamment américains, qui se plaignent de ce que les nouvelles lois chinoises les empêchent de spéculer librement dans l’immobilier. Les droits des locataires valent plus que la spéculation étrangère ; tel semble être, en substance, son message. Voici ce qu’il déclare dans les colonnes du Renmin Jibao :
Ces derniers temps, le Business Week des Etats-Unis a publié des articles qui affirment qu'un sentiment d'aversion et de haine contre les capitaux étrangers est en train de naître et de grandir parmi les Chinois et que la politique qui encourage les capitaux étrangers à entrer en Chine va rétrograder et faire marche arrière. Un grand nombre de médias et de personnalités des milieux concernés de pays étrangers m'ont contacté sans arrêt pour me demander : « Est-ce que cela veut dire que la politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur appliquée depuis plus de deux décennies en Chine rétrograde et revient en arrière ? » Je leur ai tout de suite affirmé que la politique en question non seulement n'a pas fait marche arrière, et qu'au contraire la réforme et l'ouverture de l'économie chinoise se développent de façon plus approfondie et atteindront un degré supérieur. Mais, compte tenu des changements des situations économiques intérieures, les mesures politiques concernées connaîtront certains réajustements tactiques.
Dans une société civilisée moderne, le logement est un besoin de la vie quotidienne et assurer à chaque citoyen le droit de loger est une nécessité fondamentale de ce genre de société. Pour la Chine qui est un pays socialiste, les conditions prioritaires de la construction, de l'échange et de la distribution des logements c'est le moyen de satisfaire pour l'essentiel les besoins des masses populaires en logements et d'améliorer leur niveau de bien-être en habitat, et non pas d'introduire des investissements ayant pour but la plus-value des biens et des richesses. Dans la conjoncture actuelle où les conditions de logements des masses populaires du pays sont encore très mauvaises et le niveau de bien-être d'habitat très bas, si l'on permet à ces ressources rares et très peu nombreuses de devenir des objets de spéculations des capitaux étrangers, ce sera alors un grave manquement du gouvernement à son devoir.
Cela étant, c'est non sans raison que le gouvernement chinois a pris la décision de limiter les spéculations immobilières des capitaux étrangers. Etant donné qu'il existe divers obstacles et règlements commerciaux entre les différents pays, alors il est tout à fait naturel pour les commerçants de tels pays qui désirent accéder aux marchés d'un autre pays de rencontrer des restrictions à des degrés différents. Les mesures restrictives adoptées par le gouvernement chinois à l'égard des capitaux étrangers souhaitant accéder aux marchés immobiliers sont justement ce genre de restrictions.
D'autre part, la raison de l'application de mesures restrictives du gouvernement chinois à l'encontre des capitaux étrangers qui désirent accéder aux marchés immobiliers intérieurs, c'est que la plupart de ces capitaux a pour objectif de réaliser d'énormes bénéfices et de s'enrichir par la spéculation. D'où viendront ces avantages et ces bénéfices ? Ils viendront sûrement de la population du pays qui sera obligée de payer ses logements à des prix exorbitants. Atteignant son point culminant, ce genre de spéculation suscitera la crise économique intérieure alors que les capitaux étrangers se replieront rapidement laissant les habitants du pays se débattre comme ils le peuvent et les coûts de cette crise seront à la charge de ces derniers. C'est pourquoi la décision du gouvernement chinois de restreindre ce genre de spéculations des capitaux étrangers est entièrement lucide et judicieuse.
Personne et aucune force du monde ne pourraient empêcher l'avance et la progression de la politique chinoise de réforme et d'ouverture sur l'extérieur. Mais ce qui est important pour le gouvernement chinois c'est comment, tout en appliquant cette politique, préserver les intérêts de l'Etat et ceux des grandes masses populaires. Et cela est en même temps l'objectif et le point final de la réforme et de l'ouverture de la Chine.
Voilà, il faut l’avouer, des nouvelles qui mettent de bonne humeur. Un Etat qui ne serait pas capable d’exercer un tel contrôle ne correspondrait tout simplement plus à la définition de l’Etat, et la Chine l’a bien compris, elle qui a toujours refusé de se prêter au jeu d’une gouvernance libérale malgré les pressions de l’Occident. Avec un pays, une population et un marché d’une telle ampleur, le Parti Communiste n’a pas d’autre choix, s’il veut que sa politique d’ouverture reste équilibrée, de faire jouer les logiques de l’interventionnisme étatique et de la préférence nationale. Simple question de bon sens.
Qu’en pensez-vous ? Que vous inspire ce texte et que pensez-vous du style, tout de même assez différent du nôtre, notamment dans le dernier paragraphe ? Vos réactions m’intéressent.



