Texte libre

                                

« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Lundi 28 mai 2007

Aujourd’hui, pour remonter un peu le niveau, je publie un texte en chinois. Ce texte est extrait de mon manuel de l’Université ; j’y ajoute ma traduction en dessous. Je le publie car il est assez représentatif, dans son contenu, du genre de textes que nous étudions à longueur de journée dans nos cours. Il s’agit d’un dialogue entre trois étrangers, vraisemblablament Américains (d’après les noms), sur le thème de la police chinoise. Attention : c’est un texte à message, à vous de le découvrir...

 

Si des Chinois bilingues passent par là, qu’ils n’hésitent pas à relever les éventuelles erreurs de traduction que j’aurais pu commettre.

 

 

 

Les personnages

麦克 (Mike), 爱德华 (Edward) et 玛丽 (Mary)

 

 

 

麦克 :   街上到处都写着 «有困难找民警 », 你找过民警吗 ?

爱德华 :   没有.

玛丽 :   昨天我在街上遇到一件事, 我很感动.

麦克 :   什么事 ?

玛丽 :   在一个十字路口, 我看见一对老夫妻, 看样子是从农村来的. 他们要过马路, 但是在路口等了半天, 也没敢过来. 这时, 民警发现了, 就立即跑了过去, 他让来往的车都先停下来, 然后扶着这两位老人, 就像扶着自己的父母一样, 一步一步地走过来. 看到这种情景, 我很感动.

麦克 :   这是警察应该做的事, 有什么可感动的 ?

玛丽 :   可是, 在我们那儿, 还常常发生警察打人的事.

爱德华 :   我觉得中国的警察还是不错的. 我有个同学, 去年去重庆旅行, 不小心把钱包和护照丢了. 身上一分钱也没有了, 非常着急. 正在不知道这么办的时候, 他想到 « 有困难找民警 » 这句话, 就去找民警. 民警为他安排了住的地方, 还借给他钱买了回北京的机票, 又开车把他送到机场.

麦克 :   真的吗 ?

爱德华 :   当然是真的 ! 我还在报上看到这样一件事 : 一个四五岁的小男孩儿把球滚到大街上去了. 他要跑过去拿, 被警察看见了. 警察就帮孩子把球找了回来, 然后把小男孩子抱到路边. 孩子说了一声 « 谢谢叔叔 », 刚要走, 又回来对警察说 : « 叔叔, 我的鞋带儿开了. » 说着就把小脚伸到警察面前, 警察笑着弯下腰去, 给孩子把鞋带儿系好. 这时孩子的妈妈也跑了过来, 看到这种情景, 感动的不知道说什么好.

 

 

 

Mike : Partout dans les rues, on voit écrit : « En cas de problème, cherche la police. » Est-ce que vous avez déjà cherché la police, vous ?

Edward : Non.

Mary : Il s’est passé hier quelque chose dans la rue qui m’a beaucoup émue.

Mike : Quoi donc ?

Mary : A un carrefour, j’ai vu un couple de personnes âgées (1) ; il semblait à les voir qu’ils venaient de la campagne. Ils voulaient traverser la route mais cela faisait un long moment qu’ils attendaient et ils parvenaient pas à traverser. A ce moment-là, un policier les a découverts, il est immédiatement allé vers eux en courant ; il a tout d’abord fait arrêter les voitures qui allaient et venaient, et ensuite, en soutenant ces deux vieillards – en les soutenant comme si c’était ses propres parents – il les a fait traverser pas à pas. En voyant cette scène, j’étais très émue.

Mike : C’est le devoir de la police, qu’est-ce qu’il y a là d’émouvant ?

Mary : Mais dans notre pays, il arrive souvent que la police soit une source de problèmes pour les gens (2).

Edward : Je trouve que la police chinoise n’est pas mauvaise. J’ai un camarade qui, l’année passée, a voyagé à Chongqing. Il n’a pas été prudent et a perdu son porte-monnaie et son passeport. Il ne lui restait plus un seul fen (centime) sur lui, il était vraiment inquiet. Au moment où il ne savait plus quoi faire, il s’est souvenu de cette phrase : « En cas de problème, cherche la police. », et il est allé chercher la police. Les policiers lui ont arrangé un endroit pour vivre [pour passer la nuit] et lui ont prêté de l’argent pour qu’il puisse acheter son billet d’avion afin de rentrer à Pékin ; ils l’ont même accompagnés en voiture jusqu’à l’aéroport.

Mike : C’est vrai ?

Edward : Bien sûr que c’est vrai ! J’ai encore lu dans le journal une affaire du même genre : un petit garçon de quatre ou cinq ans avait fait rouler son ballon de l’autre côté d’une grande rue. Il voulait traverser en courant pour aller le chercher et a été aperçu par un policier. Le policier a aidé cet enfant et lui a ramené son ballon, il a ensuite porté le petit garçon de l’autre côté de la rue. L’enfant lui a dit : « Merci, oncle. (3) » Juste comme il allait partir, il est encore revenu vers le policier et lui a dit : « Oncle, le lacet de ma chaussure est défait. » En disant cela, il a tendu son petit pied en direction du policier, et le policier, en riant, s’est penché sur son pied et a rattaché le lacet de l’enfant. A ce moment, la mère de l’enfant a traversé en courant, et en voyant cette scène, elle était émue à un point qu’on ne saurait le dire.

 

 

(1)     Le texte original est écrit au présent, mais je me permets de le traduire au passé pour mieux rendre l’aspect narratif.

(2)     « Notre pays » désigne vraisemblablement les Etats-Unis.

(3)     En Chine, oncle (叔叔) est une expression usuelle des enfants pour s’adresser aux adultes ; ils emploient également l’expression tante s’il s’agit d’une femme. J’ai moi-même été plusieurs fois été salué comme oncle (nihao shushu ! – bonjour oncle ! ), ce qui est assez amusant au début.

 

 

 

Sur le même sujet :

 

-          La  Lutte   Contre   la  Corruption   jusque  dans  les  Manuels  de  Langue

-          Révisez  le  Problème  Taïwanais  en  Apprenant  le  Chinois

par David L'Epée publié dans : insolite
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Samedi 23 décembre 2006

Afin de vous faire profiter des petites et grandes nouvelles des médias chinois, j’ajoute à me revue de presse habituelle une revue de presse plus insolite, plus amusante, où je relève les informations étranges, les contradictions, les expressions douteuses, les perles rares trouvées çà et là dans les médias officiels, notamment le Quotidien du Peuple les dépêches de l’agence Xinhua.

Commençons avec deux articles parus cette semaine dans le Quotidien du Peuple.

Le numéro du 18 décembre consacre un article au problème du suicide en Chine. Il dresse le constat suivant :

  • « Comme il n'y a pas en Chine de loi ni de décret interdisant le suicide, il est possible que certains individus souffrant de maladies mentales ou de maladies incurables pendant de longues années considèrent le suicide comme un moyen permettant de se débarrasser définitivement de leurs souffrances. »  

On sait que depuis Confucius, les Chinois sont très légalistes, mais tout de même je me demande si l’interdiction du suicide, c’est-à-dire la menace de sanctions, serait une dissuasion suffisante pour enrayer le phénomène. Imaginez un policier accourir vers un pauvre homme désespérer s’apprêtant à se jeter du haut d’un pont et le prévenir : « Ce que vous vous apprêtez à faire est un acte illégal et réprouvé par la loi ; si vous mettez fin à vos jours, je serai dans l’obligation de vous arrêter et vous serez soumis à une amende de 6000 yuens. »...

Le Centre d’Intervention de la la Crise Psychologique de Beijing (CICPB) a retenu dix facteurs comportementaux pouvant annoncer un suicide et qui devraient être pour les proches autant de signaux d’alertes. Parmi ces facteurs, on retiendra par exemple :

  • « une forte réaction à la mort »

Pourtant, si la réaction à la mort est si forte, c’est que l’acte est consommé, non ? Et une faible réaction, qu’est-ce que ce serait ? Un suicide raté ? Si le sujet a une forte réaction à la mort, à tel point que le fait de se suicider entraîne chez lui un décès immédiat (vous vous rendez compte !), alors je doute que la prévention soit encore de mise. Heureusement, nous répondra le législateur chinois, il reste la répression...

Dans un domaine très différent, le Quotidien du Peuple nous parle le 19 décembre de l’apparition dans les écoles secondaires de Pékin de nouveaux manuels d’éducation sexuelle ayant pour objectif la prévention du sida. Le principe premier de cette éducation semble être l’abstinence.

  • « Par mesure de savoir-vivre, pour que les élèves aient le respect d'eux mêmes et sachent se protéger, les manuels leur conseillent d'éviter l'acte sexuel avant le mariage. »

Pourquoi pas, dirons-nous, ça se défend. L’ennui, c’est que cela fait des lustres que le Vatican préconise ces mêmes méthodes et qu’elles n’ont pas vraiment fait leurs preuves. Disons que niveau prévention, il manquerait comme quelque chose...

Mais rassurez-vous, le manuel n’hésite pas à prendre le taureau par les cornes :

  • « Par ailleurs, ne pas fumer ni boire et dire non au netlove sont tous des moyens efficaces pour prévenir le sida. »

Il y a là un tortueux chemin de pensée fait de causes et d’effets que je peine à saisir... Ou alors le sida serait un virus informatique comme un autre, mais ce n’est pas en tous cas ce qu’on m’a appris.

Pour finir, le 20 décembre, l’agence Xinhua nous annonce qu’à Xiamen s’est tenu un grand concours de dessins en couleurs sur cuvettes de toilettes, avec la présence de plus d’une centaine d’artistes.

Vous serez tout de même étonné sur la photo ci-dessous de voir où, dans ces contrées païennes, va se nicher l’esprit de Noël...

            

par David L'Epée publié dans : insolite
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Vendredi 24 novembre 2006

Comme je me baladais dans un quartier de Pékin l’autre jour, j’ai soudain été subjugué par une odeur extrêmement forte qui provenait d’on ne sait où. Une odeur indéfinissable, rappelant à la fois la bile humaine, la pourriture végétale et les excréments. Cette odeur, un peu comme le goût de la madeleine dans A la Recherche du Temps Perdu de Proust, me replongea dans un passé lointain, associant à cette expérence odorante d’autres sensations, de vagues souvenirs, des sons, des images... Qu’était-ce donc ? Le voile serait levé au moment où je parviendrais à identifier cette odeur.

 

Je regarde autour de moi. Assez rapidement, je tressaille en reconnaissant non loin de moi l’origine du mal qui m’habite. Derrière un muret, émergeant d’un parc public se dresse – ô horreur ! – un énorme gingko biloba, en pleine exhalaison automnale. Qu’est-ce qu’un gingko biloba ? C’est un arbre dont les feuilles ont une forme particulière, assez jolie, et qui est extrêmement résistant, survivant à toutes les intempéries grâce à sa sève ignifugée. Il est, par exemple, le seul arbre à avoir survécu lors du bombardement d’Hiroshima.

 

Ce qui le caractérise, outre sa résistance et la forme de ses feuilles, c’est qu’il produit en automne des fruits qui viennent s’écraser sur le sol, libérant en éclatant une odeur très forte et inimitable, correspondant très exactement à celle que j’ai décrit plus haut. Ces fruits ne sont toutefois produits que les arbres femelles – d’où la nécessite de ne pas confondre gynécologue et gingkologue. Si en plus vous avez le malheur de marcher dessus, vous êtes maudit jusqu’à la prochaine pluie et votre vie sociale touche à sa fin.

 

Plusieurs générations d’étudiants neuchâtelois ont été marqués par cette odeur, car il se trouve depuis des années un gingko biloba de taille respectable dans la cours du lycée cantonal Denis-de-Rougemont, qui chaque automne, pousse encore les pauvres lycéens à se retrancher dans la caféteria durant les pauses. Tout a été tenté pour que cesse cette nuisance : pétitions, recours au tribunal fédéral, attentats nocturnes, bûchers, assauts aériens avec défoliant, mais rien n’y fit – non seulement l’arbre était résistant mais il était protégé, parce que très rare en Suisse.

                               

Le gingko biloba a aussi des vertus pharmaceutiques. Ci-dessus un paquet de fruits séchés de cet arbre mythique - mais ils ont heureusement perdu leur odeur en séchant...

 

Pour résister contre ce fléau, nous avions écrit, avec un ami, une petite chanson que plusieurs de nos camarades avaient appris, et qui était la suivante :

(à chanter sur l’air de Gingle Bells)

 

REFRAIN

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

Tu ne crains si pesticide

Ni hache, ni pluie acide

Oh !

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko biloba !

Les tronçonneuses t’indiffèrent

Nous attendrons l’hiver.

COUPLET 1

Vois ce bel arbre de Chine

Et ses feuilles en éventail

Mais c’est une vraie machine

A fiente de bétail

Si tu le manges en gélules

Il ravive tes cellules (1)

Si tu traînes devant l’école

Tu sens que tes pieds collent...

REFRAIN

COUPLET 2

Quelle est cette odeur ? bingo !

Mais c’est le fruit du gingko !

Bien plus disret qu’une twingo

Mais à l’effet plus court (2)

Faisons l’éloge de ce fruit

Il est l’odeur sans le bruit (3)

A croire qu’un troupeau de truie

A dormi dans la cour...

REFRAIN

COUPLET 3

Tu approches et tu humes – hein ?

Tu dis que c’est inhumain ?

Plus violent que le cumin ?

J’ai le rhume et je nie

Une question existentielle

Cet arôme pestilentiel

Finira-t-il dans le ciel

Chez De Rougemont Denis ?

REFRAIN  FINAL

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

A lui seul ton bel aspect

Nous inspire le respect

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

Si notre odorat sature

Jamais ton tronc n’oscille

Tous les goûts sont dans la nature

Et les odeurs aussi !...

 

 

(1)     référence à l’usage homéopathique qu’on fait de ce fruit dans la médecine naturelle, notamment la 中药 (médecine chinoise). Il a pour vertu de revivifier les capacités mémorielles.

 

(2)     Je n’arrive pas à me souvenir du sens de cette comparaison fumeuse....

 

(3)     référence chiraquienne...

par David L'Epée publié dans : insolite
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Vendredi 20 octobre 2006

Puisque je suis dans le pays des plus belles femmes du monde, parlons un peu d’elles, et plus spécialement des concours de beauté. A l’heure où la Chine envoie ses candidates pour la compétition de Miss Asie 2006 – car, honte pour la nation, la lauréate asiatique comptant dans le tiercé gagnant des Miss Monde était une Japonaise ! – il semblerait que la Suisse ne soit pas en reste et organise rien moins qu’un concours de... Miss Chine !

 

Si j’en crois plusieurs articles parus dans Le Matin (ce torchon populeux dont je pensais m’être débarrassé en quittant la Suisse mais qui me rappelle aujourd’hui à son bon souvenir), c’est à l’initiative du conseiller national PDC Pierre Kohler que ce concours a été organisé, regroupant des Chinoises de Chine et des expatriées. Les lecteurs ont pu voter, et durant la compétition, toutes les filles ont été emmenées en ballade par les monts et les vaux de notre Suisse, dormant sur la paille, dégustant des spécialités, ramassant des chataignes et passant même à la caserne de Colombier (ce qui n’est pas sans me rappeler quelques souvenirs de ma très brève carrière militaire...)              

 

 Dans cette caserne, elles ont été accueillies par le brigadier Michel Chabloz, que Le Matin a interviewé :

 

« Le brigadier Michel Chabloz s'attendait à rencontrer des jeunes filles insouciantes. C'est à une petite troupe défilant en rangs par deux et effectuant le salut militaire qu'il a eu droit... caserne de Colombier

 

Que pensez-vous d'elles ?

 

J'ai constaté une rigidité dans leur tenue et une prestance qui forcent le respect. Le sérieux des organisateurs est assez remarquable! C'est impressionnant de les voir toutes assises les mains sur les genoux. Moi qui m'attendais à les voir rigoler, je les vois défiler en colonnes par deux...

Pourquoi ne pas leur confier de fusils ?

 

C'est la règle. Elles sont des observatrices comme lors d'une journée de parents: pas question de leur confier le maniement des armes. Par contre, les simulateurs du fusil d'assaut sont disponibles. »

 

Eh oui, pourquoi n’y aurait-il que les miss en Chine qui ne seraient pas disciplinées ?

 

Je vous ai choisi les photos de quelques unes des candidates – ma sélection n’a rien à voir avec les résultats du vote, c’est un choix personnel – vous me direz ce que vous en pensez. Je suis content tout d’abord de constater qu’elles ne se sont pas faites « débridées », pratique chirurgique hélas trop courante en Chine pour qui veut se faire belle en se soumettant aux canons exotiques de la beauté occidentale.

 

Mais, tout de même, s’il est vrai qu’elles sont pas mal du tout, je trouve qu’elles n’ont rien d’exceptionnel et je suis un peu déçu par cette sélection. Ou plutôt j’en suis très satisfait, car si j’en crois ce que je vois autour de moi chaque jour, les plus belles sont restées en Chine – et ce ne sont pas des mannequins, mais de simples travailleuses...

       

  

par David L'Epée publié dans : insolite
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Jeudi 12 octobre 2006

Dimanche matin, pour la première fois de ma vie, je suis allé aux cours. En effet, comme je l’ai expliqué dans mon texte sur la Fête Nationale, le gouvernement accorde à cet occasion sept jours de congé, mais le week-end ne devant pas s’additionner aux jours de vacances, on coince la Semaine d’Or (c’est comme ça qu’on l’appelle) entre deux semaines de six jours, dont celle où nous sommes et qui commence le dimanche, pour les travailleurs comme pour les étudiants – vous suivez ? Pour le coup, beaucoup de mes tong xué (camarades de classe) avaient « oublié » de venir aux cours, pensant reprendre comme d’habitude le lundi, provoquant l’ire et le dépit de notre bonne Mme Yü… Pour manifester sa désapprobation, le ciel s’est syndiqué et a fait pleuvoir toute la journée (ah ! la troisième pluie depuis mon arrivée à Pékin !) tout en faisant baisser drastiquement le mercure, peut-être histoire de nous rappeler que nous aurons de nouvelles vacances pour le Nouvel An, c’est-à-dire dans quatre mois.

Je trouve ici l’occasion de répondre à un de mes lecteurs qui m’avait questionné il y a quelques jours sur la question du travail et du temps libre en Chine, au bas de mon texte intitulé « Promenade dominicale au centre de Pékin ». J’essayais d’expliquer en quoi, à la fois pour des raisons conjoncturelles, culturelles et idéologiques, la Chine moderne était une société du travail. Période de développement accéléré, de croissance gigantesque, exportations massives de tout et n’importe quoi, culture de l’effort et de la discipline, glorification du personnage du travailleur par l’imagerie communiste (et cela n’a pas tellement changé, comme je l’expliquerai dans un prochain texte), logique du sacrifice de l’individu pour la collectivité : autant d’éléments qui contribuent à faire de la Chine une usine géante. Pas très étonnant donc que les vacances y soient rares, et qu’on y travaille souvent le dimanche, voire la nuit.

Mais, comme on peut se l’imaginer, ce n’est pas toujours très enthousiasmant, et la logique des « générations sacrifiées » pour des lendemains qui chantent n’est pas toujours suffisante pour galvaniser les troupes et leur donner du cœur à l’ouvrage. Aussi, la propagande officielle se sert de tous les stratagèmes possibles pour maintenir la fièvre industrieuse à travers le pays. Et elle a plus d’un tour dans son sac : après avoir idéalisé et fait l’éloge du travail, pourquoi ne pas prendre le problème par l’autre bout et diaboliser le loisir ?

En pleine « rentrée » après les vacances d’octobre, on apprend donc dans les pages du Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti (via la fameuse agence Xinhua) que sous l’influence néfaste des « longues vacances » (une semaine !) comme celles qui viennent de finir, le travailleur développe toute une série de maux physiques désagréables, son organisme est troublé, sa santé s’affaiblit, son rendement baisse…

Je vous cite un extrait de la dépêche parue lundi matin, c’est assez amusant. Ca vaut toujours la peine de feuilleter la presse étrangère, on tombe parfois sur des perles, et on apprend à découvrir des méthodes de communication et un traitement de l’information très différents de ceux de nos contrées.

« Après une semaine de repos, Gu Yi, travailleur de bureau à Shanghai, trouvait qu'il était dur de retrouver un état d'esprit normal pour le travail. « Je souffre d'une perte de mémoire de courte durée après un long congé de sept jours. Je ne peux même pas me rappeler mon horaire de travail, sans mon agenda de poche » a reconnu Gu, qui est allé travailler dimanche 8 octobre. Des millions de Chinois ont déjà repris le travail, après un long congé qui a combiné deux fêtes importantes : la Fête nationale et la Fête de la Mi-Automne [NDA : Fête de la Lune].

Beaucoup de personnes souffraient du « syndrome post-congé », une sensation générale de malaise causée par l'inaptitude d'une personne à reprendre le travail après les vacances. La fatigue, le manque d'appétit et de concentration de l'esprit, la dépression, l'irritabilité, la mélancolie, un sentiment de désespoir et de vide en sont des symptômes. Des experts ont dit que ces symptômes sont causés par un style de vie irrégulier, une absorption excessive d'aliments et d'alcool et un état d'esprit détendu durant la période de congé. Sophie Bian, conseiller d'emploi à Shanghai, n'a pu ouvrir ses yeux dimanche matin, quand elle devait aller au travail. « J'avais sommeil tous les jours et je ne pouvais pas me concentrer au travail. Il en est de même pour mes collègues », a dit Bian. »

Pour paraphraser la chanson de Norman Bethune, publiée sur ce blog il y a quelques jours, nous pourrions dire : « Médecin du peuple, il cherchait la cause de la maladie ; il l’a trouvée : c’est les vacances ! » Pour nous autres Occidentaux qui avons érigé (à grands renforts d’huile de coude, il est vrai) une société des loisirs basée sur la consommation massive du divertissement, toutes ces idées paraissent un peu étranges.

Il y aurait donc un « syndrome post-congé » ; cela ne signifie rien d’autre que le fait d’avoir congé n’est pas un état tout à fait normal, ce qui explique qu’il y ait des effets secondaires, voire – et c’est là tout le péril – une accoutumance. Veuillez donc respecter les limites fixées par votre médecin de famille et ne pas dépasser la dose prescrite, sans quoi votre réintégration dans la vie réelle risquerait d’être fortement compromise.

Fatigue, manque d'appétit et de concentration de l'esprit, dépression, irritabilité, mélancolie, sentiment de désespoir et de vide... On croirait lire les éléments du « vague des passions » si cher à Chateaubriand et à ses disciples romantiques ! Cela n’est pas sans faire penser non plus aux symptômes décrits par les médecins des XVIIIe et XIXe siècles au sujet d’un autre vice tout aussi honteux : la masturbation. Si je retrouve un de ces vieux traités de médecine sur le sujet, j’essaierai de mettre en ligne une de ces fameuses descriptions du « démon de l’onanisme », comme cela ressemble furieusement à ça !

Dans un prochain billet, je poursuivrai sur le thème du travail, et je tenterai d’expliquer pourquoi, dans la pratique, aucun des régimes communistes existants ou ayant existé n’a jamais pu être en mesure d’appliquer les idées de Marx sur le travail (ainsi que celles de son ami Paul Lafargue, le théoricien du droit à la paresse) ; c’est une question intéressante sur laquelle je réfléchis depuis assez longtemps et que j’aimerais vous faire partager. En attendant, n’hésitez pas à laisser vos commentaires sur cette remise au pas des forces vives de la nation !

par David L'Epée publié dans : insolite
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Jeudi 12 octobre 2006

Conversation entendue dans l’avion entre Genève et Londres :

Quel est, à votre avis, le critère qui détermine le plus les terroristes à prendre un avion pour cible ? La compagnie d’aviation ou le pays ?

Le pays, certainement.

Ainsi, nous ne prenons pas de risque particulier à voyager sur British Airways.

Mais nous en prenons en nous rendant à Londres.

Ne pensez-vous pas plutôt que c’est le pays de départ qui détermine les terroristes ?

Pourquoi cela ?

Parce que, statistiquement, par exemple, il y aura moins d’Anglais dans un avion de Genève à Londres que dans un avion qui part de Londres, surtout à l’époque des vacances.

Sauf s’ils rentrent tous en même temps du même pays.

Les terroristes ?

Non, les Anglais.

Il y a certainement, toujours statistiquement, plus de chances que les Anglais se déplacent massivement depuis chez eux en direction d’ailleurs, que l’inverse.

Donc, en ce qui nous concerne, nous n’avons rien à craindre.

Comment en êtes-vous si sûr ?

Parce que nous partons de Suisse, et que la Suisse n’est pas