CHINE – USA : A LA VEILLE DU CHOC DES TITANS (I)

Publié le par David L'Epée

J’ai retrouvé récemment dans mes archives un assez long article que j’avais écrit il y a environ deux ans, pour le compte de je ne sais plus quelle revue, au sujet de la rivalité Chine-USA sur la scène internationale. Je m’étais servi, pour le rédiger, et pour changer des médias chinois et occidentaux, de plusieurs articles très percutants parus dans la presse américaine sur ce sujet. Je me permets de le publier sur le blog – en deux parties (à cause de sa longueur) dont voici la première – car je ne pense pas, vu l’évolution actuelle du monde, que cet article ait beaucoup vieilli ; peut-être même, à la lumière de l’actualité, certains jugeront-ils qu’il est en-deçà de la réalité... Vos observations et critiques sont les bienvenues.

 

 

Sous la façade de relations diplomatiques pacifiques entre les Etats-Unis et la Chine , la situation pourrait être plus tendue qu’on ne le pense. Le Pentagone est en état d’alerte : le nouvel Empire qui émerge en Asie commence à lui faire de l’ombre, à la fois par la concurrence commerciale et militaire à laquelle il soumet l’Amérique, et à la fois par la dépendance économique dans laquelle il la tient, sans parler du défi intellectuel inégal entre un pays qui se targue d’un système éducatif brillant et un autre qui, sous l’effet du libéralisme, laisse ce même système s’affaisser et le niveau général choir toujours plus bas. Le combat sera rude, mais il est à parier que d’ici peu, le paysage géopolitique de notre planète n’aura plus le même visage.

 

Les chiffres sont accablants (ou réjouissants, selon le point de vue) : la croissance économique des Etats-Unis, qui n’a pourtant rien d’un pays pauvre, s’élève actuellement à 4,2% alors que celle de la Chine , frôlant le prodige de la croissance à deux chiffres, atteint fièrement les 9,5% !

 

Sur le plan des exportations, la comparaison ne fait que renforcer la supériorité chinoise : les Etats-Unis exportent pour 34,7 milliards par année, alors que la Chine franchit allégrement le pas des 196,7 milliards par année ! Actuellement, la Chine représente 6% des exportations mondiales ; dans cinq ans, elle sera le premier pays exportateur du monde.

 

La guerre économique est déclarée. Les Etats-Unis ont-elles encore une chance ? Le plus simple est de le leur demander. Quand les journalistes étasuniens chauvins prennent la plume pour parler de la Chine , on la sent trembler (leur plume) et leur propos est tout sauf rassuré. James Mc Gregor écrit dans le Washington Post :

 

« Nous sommes en train de perdre la guerre du renseignement contre la Chine. […] Aujourd’hui, le gouvernement chinois comprend bien mieux l’Amérique que le gouvernement américain ne comprend la Chine. Ainsi , Pékin sait mieux nous manipuler que nous ne savons les manipuler. […] A l’opposé, la vision qu’a notre gouvernement de la Chine est floue, morcelée et souvent mal informée. La Chine est-elle encore le péril rouge du temps de la guerre froide, ou plutôt un nouveau concurrent prêt à venir manger notre pain économique ? […] Ajoutez à cette confusion une politique ennemie du compromis, et nous n’avons pratiquement aucune chance de développer une politique chinoise cohérente. »

 

Voilà qui est clair. L’offensive est à peine lancée qu’elle semble déjà perdue. Et s’il n’y avait que les journalistes qui amenaient le découragement dans l’opinion publique, le gouvernement Bush pourrait toujours intervenir, au nom du Patriot Act ou de je ne sais quel chiffon de papier, pour les faire taire, mais c’est plus grave, car les responsables stratégiques du pays se joignent au chœur des lamentations. Michel Beuret, dans un article de L’Hebdo intitulé Le Retour du Péril Jaune, nous rapporte la chose suivante :

 

« Durant des années, cet homme [Michael Pillsbury], conseiller du Pentagone, fut un embrasseur de pandas, comme on appelle chez lui les amoureux de la Chine. Mais un jour, en 1989, il sent que le ton a changé : « Même mes amis dans l’armée chinoise nous décrivaient comme des ennemis mortels, une force du mal ». Pillsbury s’est alors transformé en croisé antichinois. Avec une obsession : avertir la Maison Blanche du péril jaune. […] Officiellement, ce budget [le budget des dépenses militaires chinoises] est de 30 milliards de dollars en 2005. Mais un rapport du Pentagone, publié en juillet, estime que cette somme ne comprend ni la recherche, ni le développement, ni les achats de matériel. »

 

Il faut avouer que cette méfiance de la Chine face à leurs adversaires impériaux fait plaisir à voir, cela nous change des discours officiels de conciliation prononcés par les autorités chinoises lors des voyages diplomatiques de Bush en Chine et tels qu’on peut en lire à la pelle dans les pages du Quotidien du Peuple.

 

Puisque nous en sommes à la question militaire, revenons à James Mc Gregor, du Washington Post, qui, après avoir concédé que l’Amérique n’avait aucune chance dans ce combat, reprend du poil de la bête en évoquant, au cours d’un souvenir plutôt cynique, l’arrogance militaire de son pays :

 

« Mais la Chine a peur, car elle a vu notre machine de guerre high-tech en action. Jamais je n’oublierai ce jour, à la gare de Pékin, pendant la première guerre du Golfe. Je me trouvais au beau milieu d’une foule d’ouvriers chinois qui, par milliers, avaient arrêté leurs vélos dans la rue pour contempler, bouche bée, les immenses écrans de télévision en plein air qui diffusaient des images de missiles américains s’abattant sur des zones industrielles de Bagdad. A quelques immeubles de là, dans les bâtiments administratifs de Zhongnanhai, les responsables chinois, envisageant la possibilité qu’une telle destruction frappe Pékin, ont compris que la stratégie qui consistait à défendre la Chine avec des vagues de soldats paysans était aussi dépassée que la philosophie maoïste. »

 

Voilà qui représente bien la pensée impérialiste américaine : être prêt à attaquer à tout moment n’importe quelle partie du monde, et profiter des guerres en cours pour menacer les ennemis potentiels, quitte à instrumentaliser le bombardement d’un pays pour un intimider un autre… Ce qu’oublie de préciser Mc Gregor, c’est que depuis l’époque dont il parle, l’Armée Rouge Chinoise s’est effectivement modernisée, et qu’elle n’a actuellement plus grand-chose à envier à ses ennemis. En témoigne cet article inquiet de Robert D. Kaplan paru dans The Atlantic Monthly à Boston :

 

« Les forces armées chinoises étudient avec minutie les adversaires potentiels et elles apprennent vite. Leur soft power se développe rapidement, preuve d’un réel don d’adaptation. Si les terroristes sont attirés par les vides sécuritaires, les Chinois, eux, s’intéressent aux vides économiques. Sur toute la planète, les Chinois deviennent des maîtres de l’influence indirecte. Ils établissent des communautés financières et des avant-postes diplomatiques, négocient des contrats commerciaux et de construction. Vibrant d’une énergie martiale, forte d’une paysannerie qui, contrairement à d’autres dans l’Histoire, est fortement alphabétisée, la Chine incarne la principale menace conventionnelle pour l’empire libéral américain. »

 

 

 

(seconde partie de l’article dans quelques jours)

Publicité

Publié dans géopolitique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article