SUISSE - TAIWAN : LES LIAISONS DANGEREUSES
J’ai écrit l’article qui suit durant l’été dernier, après une petite enquête sur les relations triangulaires étranges qui unissaient
Bonne lecture donc, et j’attends vos réactions.

Depuis maintenant vingt cinq ans, l’île de Taiwan entretient des relations non officielles avec
Jean Studer, Conseiller d’Etat neuchâtelois, est également conseiller national, et c’est dans ce cadre qu’il a été amené, entre 2001 et 2005, à présider le groupe Suisse-Taiwan, un groupe informel constitué d’une soixantaine de parlementaires et d’anciens parlementaires « sensibilisés par la situation très particulière de Taiwan. » Ce groupe, qui n’est pas officiellement enregistré sous forme d’association privée, pose, aux yeux de certains, un problème majeur : il entretient des relations de type diplomatique avec un Etat qui n’est pas reconnu par
En effet, officiellement, l’île de Taiwan est rattachée à

Alain Charbonnier (photo), député socialiste au Grand Conseil genevois, n’est pas du même avis. Invité lui aussi à un de ces voyages, dans le cadre du gouvernement cantonal, par l’antenne genevoise de
Chef du groupe socialiste, Alain Charbonnier considère que ces voyages constituent « un risque potentiel de dérapage diplomatique. » Favorable à l’indépendance de Taiwan et à l’autodétermination de tous les peuples, il pense cependant que manœuvrer ainsi dans le dos de
« L’évolution de ce pays est remarquable depuis le temps de l’hégémonie du Kuomintang [NDLR : parti nationaliste chinois qui avait émigré sur l’île, sous la direction de Chiang Kai-Chek, après sa défaite contre les communistes], confirme Jean Studer. Le pays dispose maintenant d’un système d’alternance, et son développement économique n’est pas moins impressionnant. » Du fait de cette réussite économique, Taiwan est aujourd’hui le quatrième partenaire commercial de
Outre le problème diplomatique, Alain Charbonnier relève deux autres points d’ordre éthique pour lesquels il lui semble injustifiable d’accepter les invitations de Taiwan. Le premier est que la fonction de député ne doit pas être un privilège, et que le travail d’un représentant du peuple consiste à servir ce dernier et non à profiter de ses fonctions pour participer à des voyages luxueux à l’étranger. Le second concerne le peuple taïwanais : « le contribuable taïwanais préférerait certainement voir ses impôts investis ailleurs que dans la réception fastueuse de délégués étrangers. » Une semaine de séjour, des hôtels de luxe, une dépense de près de dix mille francs par députés… les chiffres ont en effet de quoi faire réfléchir. Alain Charbonnier s’étonne que la droite, si prompte sur ses terres à défendre l’austérité budgétaire et les économies de toutes sortes, n’hésite pas une seconde à se comporter de manière inverse à l’étranger. Ironiquement, il relève que son collègue Yves Nidegger, députés UDC au Grand Conseil, avait justifié sa participation au voyage en argumentant que cela ne coûterait pas un centime au contribuable genevois… « Et le contribuable taïwanais ? » s’interroge Alain Charbonnier.

Rex Wang élude cette objection d’un revers de manche. « Il est vrai que cela coûte cher, mais personne ne conteste ces investissements, explique-t-il. Le peuple est derrière nous car il sait que nous ne devons pas hésiter à faire des sacrifices pour obtenir la reconnaissance internationale de notre souveraineté. » Jean Studer (en photo ci-dessus) est du même avis, lui qui, au cours de son voyage à Taiwan en octobre
Il n’en reste pas moins vrai, dans l’exemple genevois, que le clivage entre la gauche et la droite est très net sur cette question. Même si lors d’années précédentes (le Grand Conseil reçoit ces invitations depuis quatre ou cinq ans), des députés des Verts ou de l’Alliance de Gauche avaient participé au voyage, la gauche est cette année unanime à avoir refusé la proposition de Taiwan, et ce au nom des arguments que nous venons d’évoquer.
Lorsqu’on demande à Jean Studer comment il concilie ses convictions socialistes avec son engagement dans le groupe Suisse-Taiwan, sa réponse est nuancée : « Ce clivage n’est pas tant dû à des prises de position politique qu’à l’environnement dans lequel a été faite l’invitation. Je ne connais que celui du Conseil national, où le clivage n’était pas si marqué ; je ne suis pas à même de parler du contexte dans lequel cela s’est déroulé dans le gouvernement genevois. » C’est à ces réticences d’une partie du monde politique ainsi qu’à l’attitude parfois un peu servile de
En effet, voici vingt cinq ans que Taiwan reçoit chez elle des délégations suisses en grande pompe et concrètement, presque rien n’a changé et le gouvernement suisse, notamment le ministère des Affaires étrangères, ne donne pas le moindre coup de pouce pour favoriser la situation de l’île. « Ce travail de sensibilisation n’a pour le moment donné que peu de résultats. Pourtant, dans les faits, l’imbrication économique entre nos deux pays est totale. Tout ce que nous pouvons faire, à moyen terme, c’est de maintenir les relations commerciales avec Taiwan » conclut-il, espérant qu’un jour, l’autonomie de ce partenaire un peu spécial puisse être reconnue officiellement par
Demain ou dans quelques jours, je publierai l’interview de la rencontre que j’ai eue avec M. Rex Wang, représentant en Suisse de