CES « BANANES » QUI FETENT NOËL...

Publié le par David L'Epée

                                                                  Noël à la mode chinoise : dans l’ordre et la discipline

 

J’emprunte cette photo au blog Un Oeil sur la Chine , blog-photo très intéressant qui consacre cette semaine une série aux célébrations de Noël en Chine.

Tout d’abord, joyeux Noël à tous ainsi qu’une bonne année !

 

Ceci étant dit, voyons s’il y a réellement de quoi se réjouir et si Noël est aussi joyeux qu’on aime à le dire.

 

Je m’étais résigné, pour la première fois de ma vie, à passer un hiver sans Noël et je m’étais fait à cette idée – non pas que j’ai quoi que ce soit contre Noël, au contraire, mais parce que je m’imaginais naïvement qu’en Chine, cette célébration n’avait pas cours. Grossière erreur : les symboles noëliques (père Noël, sapins, guirlandes, clochettes, etc.) sont au moins aussi présents dans les rues de Pékin que dans celles des villes de mon pays, si ce n’est plus. Pas un commerçant qui n’ait redécoré sa boutique pour l’occasion, pas une supermarché qui ne passe des gingle bells à longueur de journée et qui n’ait affublé ses employés d’un petit bonnet rouge (un joyeux couvre-chef qui jure de manière assez frappante avec leurs visages fatigués d’exploités, d’ailleurs). Bref, impossible d’y échapper, à moins de sortir de la capitale et d’aller se perdre dans la campagne – ce que je ferai peut-être prochainement.

 

J’en discutais ce matin avec un ami kazakh qui était émerveillé comme un enfant devant tous ces spectacles de lumière, et qui m’a dit que c’était la première fois de sa vie qu’il voyait Noël. Ainsi, si un musulman d’Asie veut voir Noël, pas besoin d’aller jusqu’en terre chrétienne, il suffit de se rendre chez le voisin chinois, dont la Constitution stipule pourtant qu’il est guidé par le matérialisme scientifique, c’est-à-dire l’athéisme... Mais relativisons : Noël est surtout ici une affaire commerciale et on en est pas encore à se masser dans les églises – mais tout peut arriver.

 

Mme Yü, ma professeur, m’a dit en privé ce qu’elle pensait de tout ça – je précise « en privé » car j’ai déjà parlé du mot d’ordre dans des universités telles que la mienne où il s’agit avant tout de ne pas froisser les étrangers et de les faire se sentir comme chez eux. Elle m’a dit que le jour où elle aurait des enfants, elle refuserait de se prêter à toute cette mascarade et que les Chinois qui fêtaient Noël n’étaient que des « bananes ». Comme je ne comprenais pas, elle m’a expliqué : une banane, c’est jaune à l’extérieur mais blanc à l’intérieur... L’image est éloquente.

 

J’ai reçu ce matin un mail de mon ami Noé (oui, celui dont je publie le carnet de route sur le blog). Il me souhaitait ses meilleurs voeux pour les fêtes et m’apprenait qu’il avait assisté à une messe dans sa ville de Shizuoka, ajoutant que la population japonaise comptait actuellement 10% de chrétiens. 10%... Bon catholique, il se réjouissait de cette universalité de Noël, mais je n’arrive pas à partager son enthousiasme. Je crains que l’Asie soit en phase d’être recolonisée culturellement par le biais de ce genre de modes exotisantes qui s’attaquent directement aux traditions et à l’héritage culturel des peuples.

 

Et je ne suis pas le seul à penser ça. La presse rapporte qu’un groupe d’étudiants chinois a lancé une pétition appelant à boycotter les célébrations de Noël dans le pays. « Il faut, disent-ils textuellement, résister à l’invasion de la culture occidentale. ». Ils craignent ce qu’ils appellent « une occidentalisation à marche forcée dont le consumérisme démentiel est l’une des causes. » Je les rejoins tout à fait sur cette analyse, et il est bien dommage que les Chinois ne soient pas plus nombreux à réaliser quels sont les enjeux réels de cette acculturation douce.

 

Je publierai samedi un texte qui montre que tous ces rites associés au christianisme ne sont pas en Chine qu’une affaire commerciale, mais qu’il existe une pratique chrétienne de masse, et qu’elle est de plus en plus importante. J’expliquerai en quoi cette séduction est dangereuse, qui sont ceux qui se cachent derrière ces entreprises de subversion et quels sont leurs buts.

 

Mais on va encore me traiter de trouble-fête, donc je m’arrête ici. Joyeux Noël à tous donc, à commencer par ceux pour qui cela signifie réellement quelque chose, et quant aux bananes – avant que votre pelure ne soit réduite à une peau de chagrin – prenez garde à la gueule-de-bois du lendemain, le réveil risque d’être difficile...

 

 

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Publié dans mon quotidien

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A
Bah, tout est bon pour faire des affaires pour les commercants, et pour faire la fête pour le peuple... Mes collègues (chinois) m'ont demandé, étonnés, pourquoi je n'ai rien offert à mon mari pour le nouvel an, comme si Noel ne suffisait pas pour se ruiner... mais pour eux c'est kif kif, une raison en plus de s'amuser... Et on remet ça le 14 janvier alors qu'il y a une fête des amoureux chinoise... Ma foi... y'a pas plus de produits chinois dans les supermarchés européens au moment du nouvel an chinois ? C'est vrai que ça prends pas les même proportion... P'tetre que nous autres européens sommes moins réceptifs aux cultures in(mal)connues...
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C
...Joyeux Noël à toi aussi, David! :-)
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