COMMENT ENRAYER LA PESTE EVANGELIQUE QUI RONGE LA CHINE ?

Publié le par David L'Epée

Je reproduis ci-dessous un article de Frédéric Koller paru dans Le Temps du 22 décembre et qui est réellement inquiétant quant aux informations qu’il apporte. Le journaliste y parle de la progression en Chine des mouvements chrétiens, notamment évangélistes, des rapports qui se dessinent entre évangélisme et capitalisme et de l’usage que le gouvernement américain fait de ces églises et de cette idéologie pour déstabiliser le pouvoir communiste.

 

Pour ceux qui en douteraient encore, cela nous montre encore une fois que la plupart des protestants chinois n’ont pas conscience d’être manipulés pour des intérêts supérieurs, souvent bassement politiques, et que les ennemis du pays leur font jouer un jeu très dangereux. L’actuelle guerre froide entre les deux grandes puissances de notre planète se fera aussi sur le plan religieux – chape de plomb du néo-christianisme le plus réactionnaire à la mode américaine contre matérialisme dialectique à la mode chinoise.  La lutte contre les nouvelles formes du colonialisme culturel passera donc aussi par la déchristianisation de la Chine , et si vous voulez mon avis, le plus tôt sera le mieux.

 

 

 

Alors que les conversions se multiplient dans les grandes villes chinoises, de nombreux intellectuels critiques du régime voient dans le christianisme une nouvelle arme de leur combat pour la démocratie. Un phénomène où l'Amérique conservatrice de George Bush et ses Eglises évangéliques jouent un rôle de premier plan.

 

C'était le 11 mai 2006 à la Maison-Blanche. Pour la première fois, un président américain recevait, au cours de son mandat, des opposants au régime chinois. Pas n'importe lesquels. Les écrivains Yu Jie et Wang Yi, ainsi que l'avocat Li Baiguang, sont protestants. George Bush, le pieux évangéliste, et Dick Cheney, son bras droit, adoubaient ainsi les représentants d'une mouvance qui gagne en importance au sein des élites intellectuelles chinoises : les convertis. [...]


Yu Jie, 33 ans, est rentré impressionné: « George Bush est un homme chaleureux, sincère et simple. J'aime cela. Il se soucie davantage des droits de l'homme en Chine que Bill Clinton, et bien plus encore que les Européens. » Lors de ses deux passages à Pékin, en 2002 et 2005, le président américain a exprimé ses convictions et défendu la liberté religieuse à Qinghua, l'université des élites technocrates. Ses interventions ont laissé des traces parmi les démocrates chinois. Car ici comme en Europe de l'Est, les Etats-Unis demeurent, malgré les revers en Irak et ailleurs, la référence des combattants de la liberté.


Pékin a beaucoup moins apprécié. Le pouvoir chinois s'est plaint de cette rencontre dans une note secrète à la Maison-Blanche , et le directeur chinois des Affaires religieuses, Ye Xiaowen, a indiqué dans la presse hongkongaise que la question religieuse était désormais le « principal obstacle » à de bonnes relations entre les deux pays. Consciente du rôle du pape Jean Paul II et de la CIA dans la chute du communisme en Europe de l'Est ainsi que de celui des Eglises protestantes dans l'effondrement de la dictature sud-coréenne, la direction chinoise demeure d'autant plus vigilante envers la renaissance du phénomène religieux.  [...]


Longtemps demeurée un phénomène rural, l'expansion du christianisme devient une réalité urbaine. Surtout, un nombre croissant d'écrivains dissidents, d'intellectuels critiques, de journalistes et d'avocats se disent aujourd'hui chrétiens. Outre le besoin spirituel, leur conversion a souvent pour origine une réflexion intellectuelle qui les amène à associer la tradition chinoise à une prison mentale et la démocratie à un socle religieux chrétien. [...]


A écouter les nouveaux convertis, il n'y aurait pas de loi sans foi, et la Chine ne pourra faire l'économie d'une révolution des esprits si elle entend un jour être libre, juste, démocratique et... puissante. « Au début, nous pensions que la force des Etats-Unis venait de la loi, explique Lu Kun, une informaticienne dont le mari est emprisonné pour délit d'opinion. Mais on réalise que cette force vient de Dieu. La Bible est le fondement de la vie des Américains et de leur Constitution. Nous n'avons rien de cela en Chine. »


Bouddha, Confucius ou Laozi (taoïsme) ? Ils seraient inadaptés à la modernisation de la Chine. Seuls le Dieu chrétien universel et son message d'amour seraient porteurs des idées d'égalité et de responsabilité individuelle. [...] Ce constat était en partie celui de nombreux libéraux chinois du début du XXe siècle, dont le père de la République chinoise, Sun Yat-sen, ou le célèbre écrivain Lu Xun. Il existe toutefois une différence de taille : ce christianisme-là était imposé par des missionnaires associés à l'impérialisme des grandes puissances coloniales. A l'inverse, les nouveaux chrétiens chinois s'appuient sur une démarche personnelle. En outre, ce n'est plus le catholicisme qui influence la formation des élites occidentalisées, comme il y a un siècle ; désormais, ce sont les églises évangélistes américaines qui font figure de modèle. [...]


Recueillis dans une ferveur proche de la transe, les fidèles récitent des passages de la Bible et entonnent des chants aux noms évocateurs comme « De la Grande Muraille au Mur des lamentations », enregistrés sur une vidéo réalisée aux Etats-Unis. Le pasteur, un ancien de l'Eglise officielle passé à la clandestinité, préfère conserver l'anonymat. Seule indication : il est originaire de Wenzhou, berceau du capitalisme chinois, qui voit le nombre de ses églises s'accroître considérablement, au point de se gagner la réputation de nouvelle Jérusalem chinoise.


La relation entre christianisme et capitalisme est justement un des grands thèmes de discussion au sein des élites chinoises converties. Zhao Xiao, un jeune économiste libéral, devenu croyant en 2002, n'hésite pas à citer L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme du sociologue allemand Max Weber afin de souligner le rôle de l'Eglise pour régenter le marché. [...] Si le marché est efficace, il n'est pas forcément juste, juge Zhao Xiao. D'où la nécessité d'une foi qui cimente les acteurs du marché et permette d'établir une confiance réciproque. D'autres avant lui, à Taïwan principalement, ont tenté de faire jouer ce rôle au bouddhisme ou au néoconfucianisme.

 

La rencontre de la dissidence avec Dieu remonte au lendemain de la répression du mouvement démocratique de 1989. Un signe ne trompe pas : parmi les 21 étudiants les plus recherchés, à l'époque, par la police, un tiers se sont convertis au christianisme. Parmi les manifestants d'alors, beaucoup résident aux Etats-Unis, où des milliers de cerveaux chinois ont émigré depuis quinze ans. Nombre d'entre eux ont été séduits par le prosélytisme des Eglises évangéliques et, de retour en Chine, conservent cette foi. [...]


Prudents, les chrétiens des «Eglises de familles» insistent sur la totale indépendance de leur démarche. Certains observateurs y voient toutefois l'œuvre de missionnaires d'un type particulier : « Le gouvernement chinois sait très bien que 90% des experts et professeurs d'anglais qui viennent ici sont des missionnaires déguisés et que la plupart font partie de mouvements évangélistes, souligne Jean.Paul Wiest. Ils sont très surveillés et, de temps en temps, certains se font expulser. Ce n'est pas le meilleur moyen de faire progresser le christianisme en Chine. » [...]


Wang Meixiu, chercheuse à l'Académie chinoise des sciences sociales, conteste ce point de vue: « Le nombre de chrétiens augmente et leur foi a un impact sur leur sphère privée. Mais je ne vois aucune influence de cette religion dans l'espace public. » Elle met également en doute le lien entre christianisme et démocratisation de la Chine : « Tchang Kaï-chek était chrétien, lui aussi. Il n'en était pas moins un dictateur. »

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Publié dans polémiques

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