Texte libre

                                

« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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voyage de Noé

Jeudi 12 octobre 2006
Nous inaugurons aujourd'hui notre feuilleton du lundi. Il s'agit du carnet de voyage de Noé Maeder, un de mes amis neuchâtelois, qui est parti il y a quelques temps pour le Japon, entamant un long voyage par voie de terre et de mer via la Russie. Parti dans une optique résolument aventurière, sans beaucoup d'argent et muni seulement d'un sac et d'une tente, il nous raconte son périple, entre voyages, escales, découvertes, contacts avec les populations, petits boulots pour pouvoir continuer la route, etc.
 
Je lui ai proposé de relayer ses aventures sur ce blog, à raison d'un texte par semaine, tous les lundis, et nous commençons dès aujourd'hui avec le récit de son voyage de la Suisse à la Russie.
 

Salut a tous.

Je vous écris actuellement depuis Moscou chez une famille où j’ai séjourné une semaine. Depuis la Suisse, j’ai fait du stop jusqu’à Stuttgart (respectivement: Neuchâtel - Bienne - Bâle - Freiburg et Stuttgart). J’ai dormi dans un aéroport puis dans un parc public une nuit, et j ai pris un bus rempli de Russes qui allait jusqu’à Moscou (trois jours et trois nuits dans le bus…). Pour me faire comprendre dans le trajet, j’ai dû malgré moi utiliser mes faibles connaissances d’allemand mais c’est plutôt bien allé. Comme je n arrivais pas vraiment a communiquer, j’ai profité du trajet pour apprendre les notions de base de la langue de Tolstoï.

Je suis ensuite arrivé a Moscou et après avoir pris le métro et avoir subi pas mal de problèmes en tant qu étranger, je suis arrivé chez les Khlebnikov. Dans la capitale, j’ai visité le Kremlin et l’église St Basile et suis allé dans un lieu commerçant communiste où ils ont construit d’énormes pavillons en marbre remplis de statues d’heureux prolétaires où se trouvent plein de petites boutiques. Anecdote sympathique : ce lieu a créé une grande ferveur pour le commerce et a accéléré la chute du régime alors qu’il avait été conçu par lui.

Ce week-end, je me suis rendu à la campagne avec ma famille d’accueil dans leur deuxième maison. C’était vraiment très paisible après le stress de la capitale. Au moins, là-bas, le sourire est permis. Demain matin, je vais prendre le transsibérien pour Irkoutsk – deux tiers de la Russie en seulement cinq jours de train... Le prix du billet est plus cher que ce que je l’avais prévu (120CHF) mais cela reste assez raisonnable étant donne le nombre de kilomètres. Pour me rassurer, je pense aux prix en Suisse…

J’aimerais pouvoir vous écrire plus mais ce serait un peu long. J’ai écris plein-plein-plein de tartines dans mon carnet de voyage et vous y aurez certainement droit à mon retour. Avec plein d’anecdotes croustillantes, notamment sur mes périples en Liter Ball, le sport national russe (je vous laisse deviner de quoi il s’agit).

Je vous dis donc a la prochaine news qui devrait certainement être rédigée au coeur de la Russie, tout près du Lac Baikal, le plus profond du monde.

 
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
 
Pour connaître la suite, revenez lundi prochain !
Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006
Deuxième épisode de notre feuilleton du lundi, le voyage de Noé de la Suisse au Japon.
 
résumé de l'épisode précédent : Noé se rend en auto-stop et en bus jusqu'à Moscou via l'Allemagne ; il est accueilli dans une famille russe. Il s'apprête à prendre le transsibérien pour rejoindre Irkoutsk.
 

Priviet mnia drouk ! (Salut les amis !)

Je me trouve actuellement sur une île magnifique nommée Olkhon se trouvant sur le lac Baïkal. Et je vous écris depuis chez Nikita et Natalia, chez qui je vais pouvoir rester environ un mois.

Depuis Moscou, j ai pris le transsibérien pendant 5 jours. J’étais dans un wagon à espace ouvert, avec des séparations de six personnes, et grâce à la promiscuité du voyage, j’ai pu connaître quelques Russes. Un couple notamment, Serguei et Elena, m’ont proposé au réveil de venir trinquer le Samagon (vodka très forte) avec eux. J’ai tenté dans mon russe le plus basique de leur faire comprendre que ce serait avec plaisir une fois que j’aurai pris un café. Et comme je pratique extrêmement bien cette langue, Serguei n’a rien compris et m’a chaleureusement tendu une tasse pleine de Samagon avec un grand sourire. J’étais donc obligé d’accepter. Pour faire passer l’alcool, il me tend ensuite une tranche de pain avec deux gros morceaux de gras blanc avec des couennes sur les côtés... C’était à peu près aussi difficile à avaler que le Samagon mais après, j’étais vraiment réveillé ! Je me croyais vraiment dans Les Bronzés font du Ski

Durant le trajet, c’est fréquemment que nous avons partagé la nourriture avec les passagers et l’ambiance était assez intime. Le fait de rester bloqué cinq jours dans un wagon permet justement de faire la connaissance de gens qu’on ne rencontrerait pas autrement. J’ai sorti un jeu de Uno et ai pu sans trop de difficultés l’apprendre aux enfants, ce qui m’a permis par là même de sympathiser avec les parents.

Une Russe, Nastia, est également venue me voir pour pratiquer son anglais et nous sommes allés boire un verre dans le wagon-restaurant où nous avons rencontré deux Belges incroyables qui s’amusaient à saouler des Russes ! Ces derniers étaient vraiment étonnés de se faire battre par des étrangers et finissaient par sagement retourner à leur cabine…

Le dernier jour, Nastia m’a proposé de me faire visiter Irkoutsk et s’est arrangée pour que je puisse séjourner une nuit chez ses amis. Dans la ville, nous avons emprunté un minibus, qui est un moyen de déplacement entre le taxi et le bus. Mes amis m’ont même aidé à acheter un billet de bus Irkoutsk-Olkhon à la gare, car il faut dire que ce n’est vraiment pas facile de se débrouiller tout seul. Heureusement, jusqu’à maintenant, j’ai toujours eu de la chance. Dans la soirée, nous somme allés au bord du fleuve Angara sur la pelouse et nous avons apprécié quelques bières avec plein de jeunes Russes puis nous avons regagné l’appartement de mes amis se situant dans une ancienne caserne militaire où nous avons continué la fête. J’en ai profité pour sortir ma flûte.

Le lendemain, j ai pris un bus pour l’île d Olkhon sur le lac Baikal en compagnie exclusive de Russes ne parlant pas d’autres langues. Je commence à être habitué... Tout à coup, le chauffeur dit quelque chose au micro et les gens ferment les fenêtres et nous dévalons une pente de chaille en roue libre dans un gros nuage de poussière. Nous sommes secoués dans tous les sens mais nous nous en sortons indemnes. Il faut ensuite traverser une bande d’eau qui nous sépare de l’île grâce à un ferry pas très rapide. Apres plusieurs heures d’attente, nous sommes de l’autre côté et nous continuons la route en bus jusqu’au seul village de Khujir.

Aprés un moment, je finis par trouver mes contacts, Nikita et Natalia, qui ont des beds and breakfeast dans le village pour 200 personnes. Je leur explique que je n’ai pas d’argent mais que je voudrais travailler pour pouvoir rester. Ils m’acceptent selon ma demande pour environ un mois. Il faut dire que l’endroit est vraiment in-cro-yable. On dirait une sorte de village d’Astérix en bois avec plein de maison décorées et sculptées. Il y a beaucoup de jeunes de mon age qui y travaillent et nous faisons vite connaissance. Tout le monde est souriant et chaleureux, ce qui change pas mal du reste de la Russie. Dans la soirée, j’ai quartier libre et nous faisons un apéro entre jeunes. Tous ceux qui travaillent le font à la cool et l’ambiance est vraiment relax, genre camp de vacances. Puis nous allons nous baigner dans le Baïkal quelques secondes et nous allons au Banya, sorte de sauna russe où l’on fait des massages avec les feuilles des bouleaux. Je vais ensuite me coucher dans une yourte ronde mongole.

Le matin, je me lève sans heure précise car on commence le service selon notre convenance et je vais travailler à la réception. J’essaie de me familiariser avec le système. Heureusement,  il  y a beaucoup de personnes parlant anglais et même, étonnamment, pas mal qui parlent aussi français.

J’espère pourvoir rester sur place un petit moment puis, pour des questions de visa, repartir en direction de Vladivostok pour gagner le Japon.

 
La suite du périple lundi prochain !
 
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006
Vous êtes plusieurs à m'avoir demandé des nouvelles du 1er Octobre, la Fête nationale chinoise, à laquelle j'ai participé comme spectateur. Je vous raconterai tout ça demain, promis, avec photos à l'appui, mais en attendant, je ne veux pas troubler la planification du blog, et je laisse la parole, comme chaque lundi, à Noé, pour nous raconter la suite (3e épisode) de ses aventures.
 
résumé des épisodes précédents : Noé, qui a séjourné quelques temps à Moscou dans une famille, prend le mythique transsibérien pour se rendre à Irkoutsk. De là, il joint l'île paradisiaque d'Olkhon où on lui confie du travail en échange du gîte et du couvert.
 
 

Bonjour a tous.

Je n’ai pas pu vous répondre auparavant  car Internet sur l’île est assez capricieux. Il faut prendre son mal en patience et l’accepter. Je ne pourrai malheureusement pas vous répondre à tous personnellement étant donne le nombre d’e-mails que j’ai reçu et également parce que je paie Internet à la minute.

Je ne me souviens pas où j avais laissé le récit la dernière fois, mais toujours est-il que je suis toujours sur l’île d’Olkhon où je compte rester encore un bon mois. Notamment parce que mon visa me le permet, mais aussi parce que les conditions de vie sont vraiment très agréables. Je ne fonctionne pas avec une montre et me réveille le matin quand je n’ai plus sommeil (généralement entre 10h et 11h). Puis je vais me rendre utile à gauche à droite, et cuisine quelques gâteaux que les touristes peuvent acheter au bar (gâteaux à la rhubarbe ou aux pommes). Le soir, avec mon ami Nicolaievitch qui joue aussi bien de la guitare que de l’accordéon, nous faisons une petite prestation pour les touristes et j’ai pu apprendre quelques morceaux russes. J’espère au fil du voyage pourvoir collecter quelques morceaux typiques par pays et pouvoir vous les jouer a mon retour.

Sinon, je me suis fais plein d’amis ici et la plupart parlent soit anglais soit français, donc pas trop besoin d’apprendre le russe. Dans la journée, je donne également des cours de français, d’anglais et de japonais, et c’est une première pour moi. Mais comme mes élèves sont relativement débutants, ça reste dans le domaine du faisable.

Nous avons souvent beaucoup d’occasions de faire de petites fêtes le soir, à la lueur d une bougie, et la table est généralement très bien garnie. On mange plus qu’à satiété et on peut trouver des sushis, du gâteau, de la glace, du chocolat... Ce n est pas une très bonne discipline pour moi car je ne suis plus habitué au sac de trente kilos et je ne fais plus vraiment d’effort physique… Mais j’essaie de profiter d’être dans cet endroit reposant et magnifique. Apres, on verra bien. Une chose a la fois.

 
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
 
photo : Noé aidant à la traite des vaches en jouant de la flûte pour rendre le lait plus onctueux
Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006
J'hésitais à modifier la planification du blog pour parler aujourd'hui de la grave crise en Asie déclenchée ce matin par les provocations nucléaires de la Corée du Nord, mais cela demande un peu de réflexion : je remets ce sujet à demain. En attendant, comme tous les lundis, voici la suite des aventures de Noé.
 
 
Salut la compagnie.

Apres mon deuxième mois sur l’île merveilleuse d’Olkhon où j’ai été accueilli comme un roi, j’ai fini pour cause de fin de visa par quitter tous les gens qui y séjournaient et qui ont finit par devenir de bons amis. Ma vie a été vraiment épanouie et les gens autour de moi chaleureux et vraiment généreux. Je n’aurais pas pu être mieux reçu. Devant tant de souvenirs et d’événements, difficile d’en citer un en particulier. Je suis notamment parti gravir la plus haute et vénérée montagne de l’île, le mont Jima, et suis allé en excursion en bateau pour cinq jours dans le nord du Baikal, dans la ville de Severbaikals, pour y faire de la spéléologie,... Et tout cela généreusement offert par mes hôtes. Pas un rouble sorti de la poche. Pour le reste, je vous promet de grands récits à mon retour.

Comme vous me connaissez, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une grande fête de départ en invitant tout le monde et avec une belle table garnie, éclairée à la lueur des bougies. Avec mon ami Nicolaievitch, nous avons pour la dernière fois partagé de la musique ensemble à l’accordéon et à la flûte et j’ai pu par la suite écrire les partitions des morceaux russes pour vous en faire profiter quand je reviendrai en terre promise.

Nikita et Natalia, chez qui j’ai travaillé m’ont généreusement offert mon billet de train Iktoutsk-Vladivostok ainsi que quelques roubles pour acheter des habits, et j’ai donc pris le train en direction de l’extrême est de la Russie.

Dans le wagon, après la saison touristique et la fin des vacances scolaires, plus d’enfants et leurs mères, ce qui fait que l’ambiance est un peu moins chaleureuse que la dernière fois. Le wagon comportait neuf compartiments ouverts sur un couloir central, chacun comprenant six lits, ce qui fait un total de cinquante quatre passagers. Sur toutes ces personnes, une seule n’était pas Russe et parlait d’autres langues : moi. Mais j’ai tout de même pu sympathiser avec quelques jeunes d’une trentaine d’années qui ont essayé à maintes reprises de me faire boire de la Vodka. Me souvenant de mes dernières expériences en transsibérien, j’en suis reste au train… Nous étions souvent à bavarder ensemble et j’ai partagé une bonne partie des repas avec eux.

Maintenant, je me trouve en terre inconnue, et a l’heure où je vous écris, je vais certainement endurer la phase la plus pénible de mon voyage. D’autant plus dure après la douce vie dont je viens de profiter. En effet, dans cette immense ville de Vladivostok où il est impossible de pouvoir camper tranquillement, je n’ai aucun contact pour pouvoir y passer la nuit. Personne que je connaisse qui puisse m’aider... Avec mes maigres moyens financiers, je devrai trouver un bateau qui parte pour le Japon et qui veuille bien m’emmener gratuitement et m’employer à quelques tâches. Bien que déjà ce ne soit pas chose facile, il faudra en plus que je le fasse dans la langue de Tolstoï, ce qui ne va en rien faciliter les choses… De plus, je ne sais ni à qui m’adresser, ni où, ni que proposer comme service pour la traversée. Ajoutez à cela, arrivant au Japon sans visa particulier, qu’il faudra que je négocie avec les autorités nippones sans avoir de billet d avion qui prouve mon départ du pays ni sans savoir exactement comment je pourrai le quitter en bateau. Il faudra également que je puisse quitter la Russie en bonne et due forme avec cette police très entêtée et pas toujours amie du peuple…

Bon, assez bavardé, je vais me mettre sérieusement au travail à l’instant et peut-être qu’avec un peu de chance et l’aide de Dieu, je trouverai un capitaine compréhensif pour le pauvre petit Suisse que je suis.

A un prochain mail venant du Japon, j espère. Salut a tous. Je pense beaucoup a vous.

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com

Par David L'Epée
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Lundi 16 octobre 2006

résumé de l’épisode précédent : Après avoir quitté l’île paradisiaque d’Olkhon où il a séjourné un mois, Noé arrive à Vladivostok et est ramené aux dures réalités de la vie, d'autant que la ville, on va le voir, n'est pas très sûre pour les étrangers. Comment faire pour embarquer dans un bateau qui puisse le mener jusqu’au Japon ?

Salut à toute la compagnie.

Je vous écris actuellement depuis un campus d'étudiants des environs de Tokyo. Il y a ici de grandes salles équipées d'ordinateurs qui sont disponibles à tout un chacun. Autour de moi, toutes sortes d'étudiants affairés et, bien entendu, pas un seul étranger ici. Que des cheveux noirs a l'horizon. C'est donc, comme vous l'avez deviné, que j'ai réussi après maints périples à atteindre le Pays du Soleil Levant.  

A Vladivostok, je me suis rendu dans une compagnie navale qui vend des billets de bateau à destination du Japon. Apprenant que ceux-ci ne partent que tous les lundi, j'avais donc cinq jours devant moi pour trouver une alternative moins coûteuse. Je me suis donc rendu dans le port voisin de Narodka, spécialisée dans l'industrie lourde de matériaux d'exportation ou l'importation de voitures japonaises.

Voulant économiser un peu, j'ai fait de l'autostop et me suis retrouvé avec la légendaire Militsia russe (police) dans le dos. Ils m'ont fait rentrer malgré moi dans leur voiture et ont invoqué de fausse raisons concernant mon passeport pour me demander de payer une taxe qui, bien entendu, aurait finit dans leur poche. Ils me demandent d'abord 1000 roubles (environ 50CHF) et je dis que je ne les ai pas. Ils demandent à vérifier et je refuse. L'histoire est bien connue et j'étais au courant avant de quitter la Suisse. J'ai dû beaucoup insister et argumenter. Ils descendent le prix à 500 roubles. Je continue toujours de refuser, ne voulant pas me faire avoir. Ils me menacent de m'envoyer en prison si je n'obtempère pas mais je ne pense pas alors que ce soit possible. Je continue à faire ma forte tête. Comme des marchands arabes, ils descendent le prix à 300 roubles, ce que je continue de refuser. Mais sentant qu'il faut lâcher une cacahuète au singe pour qu'il vous foute la paix, je finis par leur donner la somme de 100 roubles en petite monnaie. Je peux finalement sortir de la voiture et, ne voulant pas revivre le même genre d'expériences, je poursuis le trajet en bus.  

J'espérais pouvoir plus facilement trouver un travail à Norodka, ce qui me permettrait de traverser gratuitement la Mer du Japon. Je me faisais une idée romantique de la situation, semblable au livres d'aventure où, me rendant dans le port, je pourrais converser avec les capitaines des bateaux et que l'un d'entre eux, rempli d'humanité et de compréhension, finirait par me prendre à son bord. Peut-être même qu'on m'aurait donné un beau costume de marin…  

Mais la réalité en fut tout autre. Sur les quais, de grandes enceintes encerclent le périmètre et empêchent les curieux de s'approcher. En haut des murs sont installes pics, grillages et fils de fer barbelés. Un peu plus loin, des postes de garde avec barrières et soldats armés. Les lieux portent souvent l'inscription "customs control zone". Il est évident qu'ils n'ont pas envie d'être approchés par de jeunes touristes dans leur activité industrielle. Ne pouvant contacter personne, j'ai donc opté pour la voie administrative et me suis rendu dans les gros bâtiments côtoyant la rive et ayant un caractère officiel. Bien entendu, la plupart du temps, je me trouvais au mauvais endroit. Les gens irrites (ils sont stressés, de mauvaise humeur et n'apprécient pas particulièrement les étrangers) m'ont renvoyé plus loin et j'ai appris que si je désirais pouvoir obtenir un poste, il me fallait passer par des agences de placement dont on peut s'informer dans n'importe quel journal local. J'ai donc acheté un journal spécialisé dans les offres d'emploi mais je n'ai rien pu lire. J'ai regardé les publicités où on voyait une ancre ou un gouvernail et je m'apprêtais à me rendre dans ces agences. Mais elles ont été très difficiles à trouver et, ayant réfléchi, je ne pensais pas que c'était la solution qui convenait. C'est beaucoup trop bureaucratique, ça prend trop de temps, et je n'aurais certainement pas été engagé juste pour une seule traversée.

Apres quatre jours de recherches épuisantes et pas mal de frustrations, je suis donc retourné à Vladivostok pour prendre le lendemain mon billet de bateau. Le trajet de retour en bus m'a coûté seulement 180 roubles pour 180 kilomètres, ce qui fait que ça ne valait vraiment pas la peine de faire du stop. Difficile de trouver moins cher pour 4,5 heures de transport !  

Je suis arrivé de nuit dans la ville de Vladivostok et voulais comme les jours précédents trouver un endroit où dormir sous tente. Mais la ville est juste énorme et la densité urbaine empêche de pouvoir camper. De plus, il s'est mis a pleuvoir abondamment et je suis allé m'abriter sous l'avant-toit d'une école. Deux jeunes gens des banlieues viennent également se mettre à l'abri et me questionnent en anglais. Au début, je suis plutôt sur mes gardes car ils s'intéressent pas mal à moi. Mais par la suite, je comprends leur intention. En effet, ces deux jeunes gens ayant compris que j'avais pour idée de passer la nuit dehors, m'avertissent que Vladivostok est extrêmement dangereuse la nuit, surtout pour un étranger solitaire. D'autant plus qu'il y a beaucoup de skinheads qui n'aiment pas particulièrement les étrangers. Ils font tout leur possible pour essayer de me sortir de cette situation. Mais pas moyen de séjourner chez eux car ils sont encore chez leurs parents, ils sont jeunes, et leurs amis n'ont pas encore leur propre appartement, impossible non plus de quitter la ville en bus car il n'y a plus de transport a cette heure... Bref, il y a de quoi flipper.  

Soudain, ils ont une idée. Ils m'emmènent avec eux dans une vieil immeuble et m'indiquent une cage d'escalier non éclairée et qui n'est pas empruntée par les habitants. Ils me disent que si je m'y installe et que je ne fais pas de bruit, je ne devrais pas être repéré. Je me blottis donc contre le béton froid et n'arrive pas à dormir. Dehors, il y a beaucoup de vent et la pluie tombe sans arrêt. J'entends chaque heures ma montre qui sonne, ou le bruit d'un papier poussé par le vent, ou le miaulement incessant d'un chat bloqué je ne sais où. Je suis assez effrayé de faire trop de bruit et d'être ainsi repéré, sachant que les Russes ne sont pas du tout compréhensifs pour ce genre de situation.

Au lever du soleil, je vais finalement acheter un billet de bateau, sachant que je n'ai pas d'autres possibilités.

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com

Par David L'Epée
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Lundi 23 octobre 2006

résumé de l’épisode précédent : Après avoir échappé à plusieurs situations désagréables à Vladivostok, Noé décide de quitter la Russie une bonne fois pour toutes et se résoud à prendre un billet de bateau pour le Japon – puisqu’aucun capitaine ne veut l’engager comme mousse à son bord...

La traversée en quatrième classe me semble extrêmement coûteuse. Soit pour trente six heures de bateau, 469CHF. Dans les cabines, c'est en fait (surtout après ce que je viens de vivre) extrêmement confortable. Je séjourne dans une chambre a quatre lits mais je serai seul pour la traversée. Il y a une douche, une télé,  une table et une chaise. Le navire est un bateau de croisière comprenant un restaurant, une piscine, une discothèque, plusieurs bars, un salon de jeux, une infirmerie, une lessiverie, un coiffeu,... J'aurais préféré quelque chose de plus modeste, mais du moment que j'y suis, j'essaie de profiter un maximum. Pour la dernière fois, je vais boire de la Vodka avec les Russes (modérément) et fait la connaissance d'un jeune Japonais de 23 ans qui voyage aussi vers le Japon.  

 

Ayant recueilli des informations à gauche et à droite et ayant dressé la liste de mes contacts au Japon, voici l'itinéraire que je désire emprunter. Depuis Fushiki, un petit port près de Niigata, au Nord de Honshu, je me rends dans la capitale, où je peux pendant quelques jours découvrir la folie de Tokyo. Ensuite, j'achète un vélo et j'emprunte la fameuse route du Tokaido reliant Tokyo au Kansai (région comprenant Kyoto, Osaka, Kobe, Nara,...). La, j'y ai beaucoup de contacts et il y a pas mal de vieux temples à visiter.

Comme mon ami Natsuo, que j'ai rencontré dans le bateau, se dirige vers Tokyo, je fais le voyage avec lui, ce qui me simplifie pas mal la vie pour l'achat des tickets et les changement dans les diverses stations. J'ai l'occasion de pouvoir prendre le Shinkansen, qui est effectivement vraiment très rapide. On n’a pas le temps d'arrêter l'oeil sur les détails. Je fais ce voyage en train car le Japon est assez montagneux, pas tellement adapté au vélo, sauf la route du Tokaido que j'ai mentionnée. Je désirais pour la première nuit dormir dans le dojo japonais des arts martiaux que j'ai pratiqué en Suisse. En Suisse, on m'avais dit que contre quelques menus travaux, il était possible d'y séjourner sans problème.  Mais ayant passe un coup de téléphone, ça n'a malheureusement pas été possible. J'ai un seul contact à Tokyo mais possède seulement l'e-mail. Donc impossible d'y séjourner le jour même. Pas possible non plus de dormir dehors dans la ville ni de pouvoir gagner la fort. Je me trouvais donc en mauvaise posture.  

 

Mais Natsuo, qui est vraiment quelqu'un de charmant, m'a propose de venir dormir chez lui pour une nuit. J'ai pu voir un appartement japonais classique, pas très grand, et me laver a la japonaise (d'abord se laver hors du bain puis se relaxer dans le bain avec l'eau chaude commune). Nous somme allés le soir dans un Kaitensushi où les sushis arrivent par un tapis roulant qui serpente entre les diverses tables. On peut se servir ou commander électroniquement un sushi spécial qui arrive a l'instant. Le système est très bien organise et on paie a la fin suivant le nombre d'assiettes qu'il y a sur la table. Certaines assiettes contiennent quatre sushis, d'autres moins, ou des desserts et des fruits également.

Hier soir, j'ai écrit un e-mail a mon contact de Tokyo pour pouvoir séjourner chez elle, mais aujourd'hui je n'ai toujours pas de réponse. Je ne sais donc pas encore où je vais passer la nuit car mon ami Natsuo doit s'absenter. Ma situation pour l'instant n'est donc pas très stable. C'est l'aventure bref...  

 

Il va falloir que je trouve une solution miraculeuse. Vous en saurez certainement plus au prochain épisode. Alors a la prochaine. Sayonara.

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com

Par David L'Epée
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Lundi 6 novembre 2006

Voici, avec une semaine de retard, la suite des aventures de Noé. Je vous expliquerai demain les raisons exactes de ce retard, mais soyez rassurés : à partir de maintenant, le blog reprend son cours normal.

résumé de l’épisode précédent :  Monté à bord d’un bateau, Noé a quitté la terre russe et est arrivé à Tokyo où il a été hébergé un moment par un Japonais serviable avant de retrouver ses contacts. Petite présentation des quartiers de Tokyo et de la campagne environnante.

 

Salut a tous mes amis Suisses (et autres également).


Je sejourne actuellement à Shizuoka, une ville importante entre Tokyo et Kyoto, pratiquement au milieu de la grande île principale de Honshuu. Je devrais normalement y rester pour une semaine dans une famille assez traditionnelle chez qui je vais souper ce soir.

 

Depuis mon dernier e-mail, j'ai donc réussi à survivre dans la capitale. Pour une nuit, j'ai réussi à dénicher une chambre chez un étudiant américain qui était plutot cool. Ensuite, j'ai pu joindre par e-mail mon contact sur Tokyo chez qui j'ai sejourné une petite semaine. Ca m'a donc laissé le temps de faire la visite des quartiers les plus fameux de Tokyo comme Ginza, Shibuya, Shinjuku, Harajuku, Ueno, Asakusa,...


Ginza est un quartier bordé de grandes avenues où se regroupent les plus grands magasins du monde autour de la mode et des produits de marques internationales. Les avenues sont énormes et certaines, fermées à la circulation, ont des terrasses de café à même la route. A Shibuya, on trouve le fameux Hachiko, une statue de chien très célèbre devant laquelle les jeunes Tokyoïtes se donnent rendez-vous. De là, la jeunesse (uniquement) va faire du shopping dans les nombreuses boutiques de fringues à la mode, magasins d'accessoires et autres parrures dans le style du moment. Il y a vraiment de quoi vous faire sortir les yeux des orbites quand on voit le style des jeunes ! La mode pour les mecs : bronzage à la hawaïenne, long cheveux teints en brun et ébouriffés, boucles d'oreilles, bijoux et colliers féminins, chapeau de bluesman à la Michael Jackson et longues bottes à pointes. Bien entendu, ce sera certainement complètement différent dans six mois.


A Shinjuku, quartier des plaisirs, on est encadré par des building aux façades remplies de néons colorés, surtout appréciable pour une balade la nuit. On y croise nombre de boîtes de nuit, petits restaurants, karaokés, salons de jeux d'arcade, bars et autres établissement de divertissement. A Harajuku, sur la Takeshita Dori , se trouve une petite ruelle qui serpente entre des petites boutiques de fringues, de petits bijoux fun et accessoires colorés pour les jeunes adolescents. Il s'agit ici aussi de mode, mais sans porter attention aux marques et aux prix. On y trouve tout ce qu'il y a de fantaisiste, et parfois, la difference entre l'habit et le costume de carnaval n'est pas très claire. C'est d'ailleurs pas loin que se regroupent le dimanche apres-midi toutes sortes d'ados deguisés en gothiques, en punks, en princesses ou infirmières, en mort-vivants ou en petits lapins roses...  Un beau zoo. 
 

 

Si l'on se dirige plus a l'Est, on peut se promener dans l'un des plus grands parcs de la ville de Tokyo, celui d'Ueno. Il comprend un immense étang rempli de lotus de deux mètres de haut et, sur un petit ilot central, se trouve un temple bouddhiste. Les temples bouddhistes et shintoïstes pullulent d'ailleurs dans la region et il est difficile de tous les visiter. Dans le parc se trouve également le Tokyo Kokuritsu Hakubutsukan (peut-être que je me suis trompe mais c'est à peu près ca), le plus grand musée du Japon sur l'art nippon. C'est un peu une sorte de Louvre à Tokyo. On y trouve de tout en passant par l'estampe, la calligraphie, les kakemonos, les sabres, les armures, les kimonos somptueux de courtisannes, de la poterie, des objets de voyage et des ustensiles pour la cérémonie du thé, des objets et meubles laqués, des sculptures et autres statues geantes, etc... Impossible de tout voir en une fois. Si l'on sort du parc pour se diriger vers le Nord, on peut alors appercevoir le "Mini-Chalet Suisse", une restaurant dans le style alpage tout en bois avec petit jardin rempli de nains et de blanches-neiges. Malheureusement, lors de mon passage, le propriétaire n'était pas present, et tous les serveurs et clients étaient japonais. Mais en Suisse, on est habitué à les voir dans de tels endroits touristiques donc ça ne fait pas une grosse difference...

Asakusa est un des quartier le plus vieux et le plus traditionnels de Tokyo. C'est en partie le rôle qu'il assume aujourd'hui par rapport à ses concurents modernes comme Shibuya ou Shinjuku. A la sortie de la station de métro, on découvre la Porte du Tonnerre, un immense portique qui soutient une grande lanterne de papier rouge. Devant, plusieurs rickshaws à l'ancienne vous proposent un tour des environs. Une fois la porte traversée, on longe une avenue marchande de petites boutiques traditionnelles qui vous replongent dans le Japon d'autrefois. On y trouve des ombrelles, des kimonos et toutes sortes d'artisanat d'autrefois, des confiseries ou un thé vert à apprécier pour la route. La ruelle débouche directement sur le Myoji, un temple bouddhiste qui continue sans cesse à attirer les foules. A l'entrée, un gros chaudron à encens. La croyance veut que si l'on dirige la fumée contre sa tête, cela porte bonheur. A côté du temple, une grosse pagode à cing étages et des jardins japonais.  

 

 

Après avoir fait un petit tour de la Capitale , je suis allé séjourner au Nord pres de Honjo, dans la campagne japonaise, entourée par les maisons résidentielles et les champs de riz. Le soir, j'ai pu participer aux répétitions de la fête villageoise locale qui a lieu prochainement. On m'a fixé un taiko (petit tambour) à la taille et j'ai pu danser et frapper le rythme avec tout un groupe de Japonais. C'était très amusant de tambouriner en groupe sur un rythme endiablé. Après la répétition, les Japonais, qui savent que les Occidentaux supportent bien l'alcool ont essayé de me souler à la bière, mais avec mes entraînements russes, c'etait comme du sirop. Les faces des Japonais étaient toutes rouges et ils sont rentrés avant moi !

J'ai ensuite pris la fameuse route du Tokaido (Tokyo-Kyoto) à velo et ai rejoint l'ancienne capitale de Kamakura où se trouve l'une des plus grandes statues de Bouddha en bronze d'une dizaine de mètres de hauteur. C'était tres impressionnant. On peut se rendre à l'interieur et monter jusqu'aux épaules. Il y a plein de temples aux environs mais avec mon programme chargé, j'ai dû me contenter de quelques uns seulement. Les autres seront pour mon prochain passage...

J'ai continué la route jusqu'à la ville de Fuji, dominée par le Fuji San, la plus grande et belle montagne du Japon. J'avais très envie d’y grimper mais comme on est en automne, c'est actuellement un peu trop dangereux. J'ai quand même pu aller jusqu'à la moitié de sa hauteur au "go gome" en voiture pour pouvoir avoir un premier apercu de la montagne. A Fuji, j'ai sejourné dans une superbe maison traditionnelle en bois avec tatamis et portes coulissantes shoji, donnant sur un petit jardin japonais. La propriétaire des lieux, qui travaille et séjourne en temps normal à Tokyo, n'a pas pu être présente et j'avais la maison à disposition pour moi tout seul. C'était vraiment comme un rêve. 

 

 

Depuis Fuji, je me suis rendu a Shizuoka où j'ai pu rencontrer un jeune Suisse. Qu'est-ce que ça fait du bien que de pouvoir s'exprimer couramment en francais ! C'est tres soulageant.

Je vous laisse sur ces mots. Je me réjouis de vous revoir et vous salue tous chaleureusement.

Par David L'Epée
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Lundi 13 novembre 2006

Suite des aventures de Noé, comme tous les lundis.

 

Mes chers, à qui je pense bien souvent,


Je vous ecris actuellement depuis un appartement que je loue dans la ville de Shizuoka avec un Australien. J'ai à present l'occasion de pouvoir prendre un rythme un peu plus calme, une situation plus stable et moins chaotique, et de séjourner quelques temps dans cette ville. Pas besoin de se demander : Où est-ce que je vais dormir ce soir ? Est-ce que je vais pouvoir trouver de l'eau et de la nourriture pas trop chères ? Y a-t-il un endroit où je puisse déposer mon gros sac à dos et me reposer sans déranger personne ? Qui est-ce que je vais rencontrer demain ? Est-ce que je dois faire des téléphones ou des e-mails pour la suite de mon voyage ? Comment retrouver mon chemin depuis ici ? Quels sont les repères que j'ai dans la région? Est-ce que j'ai une carte de l'endroit ? Un contact à proximité ? Est-ce qu'il ne va pas pleuvoir demain (avec ma petite tente légère) ?...


Aux dernières nouvelles, je venais d'arriver dans la ville à vélo et avais contacté les personnes que je connaissais sur place. J'ai pu rester une bonne semaine dans une famille de Japonais très sympathiques qui m'ont emmené à gauche à droite et qui ont tout fait pour m'aider. Ils ont une soixantaine d'années et parlent assez bien l'anglais, donc le contact a été facile. J'ai pu faire pas mal de tourisme pendant ce temps-là et ai été emmené en voiture pour voir les diverses curiosités de la region.  


J'ai également pu rencontrer un jeune expatrié de 29 ans qui vient de Neuchatel et qui s'est établi dans la ville. C'est lui qui m'a suggéré la possibilité de rester un moment sur place. Il m'invite souvent à sortir le soir avec lui et me présente quelques personnes. Il a reussi à m'obtenir quelques cours d'anglais qui, étonnamment, ont été très facile à décrocher. J'ai eu un petit entretien de deux minutes (à tout casser) et l'on ne m'a demandé ni mon passeport ni mon visa, ni quel était mon niveau d'anglais ni même si j'avais un papier de formation dans la langue. Comme sur des roulettes. Malheureusement, pour l'instant les cours sont rares et c'est plus de l'argent de poche qu'autre-chose. Point positif, l'appartement où je loge en ce moment est déja complètement aménagé dans les pièces communes (matériel de cuisine et de ménage, machine à laver, micro-ondes, machine à café, canapés, tables, chaises et ordinateur avec internet). Bref, c'est très pratique et ca m'évite d'avoir à devoir complètement m'équiper pour une courte periode.


Là où j'ai par contre dû faire un effort, c'est du côté des habits. Le Japon est comme un chat très gentil et doux. Les gens sont aimables et vous aident beaucoup. Mais il faut caresser le chat dans le sens du poil et respecter la culture et le protocole japonais. Comme ca, le matou ne sort pas les griffes et tout se passe agréablement. Il faut dire que l'intégration au Japon est un élément primordial dans un pays qui a un si fort esprit  de groupe. Pas question de rester à l'écart ou de jouer les originaux. On ne parle même pas de pouvoir marcher pieds nus ! Donc j'ai troqué mes loques de voyage, autres habits de trekking et chaussures de marche pour des habits un peu plus urbains et civilisés. J'ai acheté des chemises simples, sans motif, couleurs uniques et classiques, de beaux pantalons et des chaussures de ville. Je me rase également tous les jours et pour ne pas devoir couper mes cheveux (jamais!!!), je les attache en permanence.

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
Par David L'Epée
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Lundi 20 novembre 2006

Si je m'installe a présent pour un petit moment au Japon, c'est que j'ai quelque chose en tête. En fait, il s'agit d'un projet que j'aimerais pouvoir réaliser en Suisse et qui est en rapport avec le Japon. Pour l'instant, cela reste secret car le concept est original, et sauf erreur, n'existe très certainement pas encore en Suisse. Ce sera donc une grande premiere! Et d'après mes calculs, il y a de très fortes chances pour que cela fonctionne ! Je me suis donc mis très sérieusement à la tâche, pris des cours dans une école de la ville et etudié pas mal de vocabulaire spécifique à ce domaine en japonais. Je travaille également dans un petit magasin pour avoir de la pratique. Seul bemol à la clé, je ne suis payé qu'en expérience. Mais je suis extrêmement heureux d'avoir pu obtenir cette oportunité unique. D'autant plus que le patron parle bien francais (chose vraiment très rare au Japon), qu'il m'a pris sous son aile et fait tout son possible pour pouvoir m'aider et m'enseigner. C'est quelqu'un de vraiment charmant et egalement un bon ami.


Ce week-end, nous sommes allés ensemble a la montagne en voiture pour admirer les Momiji (erables et autres arbres qui enfilent leurs robes d'automne). Nous avons pu y faire du camping. C'est tres agréable et important pour moi que de maintenir ce contact avec la nature. Une manière de me ressourcer est de prendre de la distance avec les problèmes de la ville. La nature japonaise en automne prend des couleurs très vives et vibrantes, et c'est vraiment impressionnant à voir. Je pense que la nature japonaise n'a rien à envier à celle de la Suisse. Malheureusement , les Japonais préfèrent en général la ville et son confort, et ne réalisent pas vraiment la beauté de leur propre pays, alors meme qu'ils rêvent de Heidi dans sa petite montagne. Mon ami m'a prêté une combinaison de pêcheur très légère qui permet d'entrer dans l'eau jusqu'au niveau des épaules et nous avons remonté le lit d'une rivière parsemée de poules d'eau (bassins). Je me suis amusé comme un petit fou. Nous avons pu voir dans la région des cerfs, des renards, des tanukis (sorte de ratons laveurs japonais), des écureuils, et toutes sortes de poissons.  


Je ne suis pas quelqu'un qui aime planifier les événements longtemps à l'avance. Premièrement parce que je suis assez spontané dans mon caractère, et deuxièmement parce que je ne veux pas bloquer les opportunités qui peuvent s'offrir a moi. J'essaie en permanence d'être souple au maximum sur mon emploi du temps et de pouvoir être influencé par les gens qui m'entourent, leurs conseils, les informations que j'apprends chaque jour... Je trouve que c'est très important que d'être à l'écoute dans un pays qu'on ne connaît pas bien, et la situation peut souvent changer tellement vite ! Un jour, on pense rester dans la région et le lendemain, par je ne sais quelle fortune, on se retrouve 200 kilometres plus loin avec des personnes nouvelles et un mode de vie trés différent ! C'est cette constante adaptation qui m'a permis aujourd'hui de pouvoir m'établir a Shizuoka pour un petit moment et de réaliser le projet que j'avais en tête. Le fait que je ne sois pas difficile et que je m'adapte facilement ont bien-sur beaucoup aidé.  


Il m'est donc difficile de dire exactement combien de temps je compte rester. Cela dépend des avantages qu'il y a à prendre et des intérêts réciproques entre les gens que je côtoient et moi-même. Mais je pense qu'il s'agira d'une durée approximative de trois mois, soit jusqu'au mois de janvier. Après quoi je désire reprendre ma vie de nomade vers le sud de l'île jusque vers les très célèbres villes de Nara, Oosaka, Kobe et Kyoto où j'ai encore pas mal de monde à rencontrer.  


En tant que Suisse, j'ai l'occasion unique (en tout cas en Europe, si ce n'est dans le monde) de pouvoir prolonger simplement mon visa de touriste de trois mois pour trois mois supplémentaires (soit six mois en tout). Cela grâce aux très bonnes relations qu'entretiennent nos deux pays. Comme quoi il y a de bons côtés à être Suisse... Surtout au niveau des rapports diplomatiques. A noter que la plupart des Japonais ont une très bonne image de la Suisse , que pas mal d'entre eux y sont deja allés (passage éclair) et que les autres le désirent également mais sont bloqués par des questions de temps et d'argent.


Ceux qui me connaissent bien savent que j'aime beaucoup organiser des petites fêtes intimistes, pleines de réjouissances. Je vais donc prochainement remettre ça ce dimanche soir pour une petite noce à l'occasion de mon anniversaire. D'habitude, les Japonais ne reçoivent pas trop à la maison. Ce n'est pas une habitude et les maisons sont trop petites. La tradition veut qu'on sorte au resto, dans des boîtes, dans des bars. Mais il y a un Suisse dans les parages et la maison que je loue avec mon colocataire est plutôt confortable, donc pourquoi pas ? Seul petit désavantage, les parois des maisons sont extrêmement fines. On peut donc se parler sans problème de l'intérieur à l'extérieur avec toutes les fenêtres fermées. Cela devrait donc être plutôt intimiste et calme. Pas question de faire une orgie romaine.

Mes meilleures pensees.



Noe kun

 

P.S. Malgre les relations diplomatiques parfois tendues entre le Japon et la Chine , j'ai un très bon ami qui, à mon image, est admiratif non pas du pays du Soleil Levant mais de L'Empire du Milieu. Ce qui ne m'empêche nullement d'avoir de très bonnes relations avec lui. Il m'a donc généreusement proposé de publier mes "newsletters" sur son blog relatif à son grand voyage en Chine. Que vous soyez donc interessé par lire l'ensemble de mes aventures ou découvrir (pour la plupart) la fascinante culture chinoise, n'hesitez pas a aller faire un petit tour du cote de son blog – Au Coeur de l’Empire.

 

 

Par David L'Epée
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Lundi 11 décembre 2006

Après deux semaines de silence, quelques nouvelles fraîches de notre ami Noé, installé pour le moment dans la ville japonaise de Shizuoka.

 

Cette lettre électronique vous est envoyée depuis la même ville que là où je vous ai ecrit un mois plus tôt. C'est que je m'y suis installé pour un petit moment, certainement jusqu'à la fin du mois de janvier. Une petite présentation s'impose donc.

 

Shizuoka, ville principale de la province du même nom, comprenant trois millions et demi d'habitants, est située à proximité d'une des plus grandes merveilles du Japon : le Mont Fuji, équivalent de notre Cervin national (d'ailleurs visité par un tres grand nombre de Japonais). Géographiquement au centre de l'île principale du pays (Honshuu), elle est cernée au sud par l’Océan Pacifique et au nord par les "Alpes du Sud" (chaine de montagnes).

 

Ma vie actuelle de sédentaire s'enrichit donc de petites habitudes : bouton de la machine à café, porte de la salle de bain qui coince, jour des poubelles, lessives, ménage, etc... Ménage qui d'ailleurs doit fréquemment être effectué à cause de mon collocataire frivole et insouciant qui profite bien à l'extérieur des dernières heures de la nuit. Et vas-y que je laisse traîner ma nourriture et ma vaisselle sale, et mes affaires étalées dans le salon, et mes cheveux dans la salle de bain, et mes lessives toujours dans le tambour de la machine à laver, et le courrier qui s'entasse dans l'entrée... Cela mis a part, c'est quelqu'un de sympathique et social, qui reste très simple, accessible et généreux. Nos rapports se passent donc sans probleme particulier et sans tous la minutie et l'attention que requièrent les relations avec le peuple japonais. Pas de gant a prendre (ils sont rangés dans le tiroir... ou plutôt traînent sur la table de la cuisine).

 

Pour beaucoup de raisons dont certaines déjà évoquées dans ma précédente lettre, ne désirant et ne pouvant plus rentrer sans éviter l'avion, j'ai changé la totalité de mes Traveller's Check en yens. D'ailleurs, maintenant que je me suis installé et que j'étudie, l'ensemble de mes affaires (habits citadins, livres pour mon projet, objets usuels, cadeaux) sont devenus tellement importants qu'il m'est impossible de tous les porter sur le dos.

 

Mon "couineur à pédales" (vélo) est actuellement dans un sale état, tout ammoché qu'il est par la rencontre avec les montagnes de Hakone et une vingtaine de kilos de bagages à supporter. Après la descente de ladite montagne, les freins sont devenus inexistants et c'est les pieds qui prennent le relais pour s'arrêter avant la collision fatale. Le Japon (comme une bonne partie de l'Asie) est un pays cyclopède et la ville de Shizuoka se situe tout en tête du pays dans ce genre de deplacement. Il faut dire que les rues étroites et le sol plat favorisent l'usage du vélo. Ce qui fait donc que c'est assez dangereux de circuler pour les automobilistes, et ajoutez à cela un autre danger public ambulant sur un couineur a pédales tel Gaston Lagaffe et sa Fantastica.... Le vélo ne possède pas non plus de lampe et maintenant que c'est l'hiver, la nuit tombe très rapidement, mais le bruit et les grincements qu'il dégage continuellement avertissent à l'avance les gens aux alentours (fort heureusement car la sonnette s'est détachée sans prévenir, comme le manche gauche du guidon).

 

A la maison, l'hiver se fait sentir plus même qu'en Suisse, bien que la température hivernale descende rarement au dessous de cinq degrés (pas de neige en hiver malheureusement). C'est que les parois de la bâtisse sont fines et l'emploi de portes vitrées coulissantes à une épaisseur seulement n'aide pas à l'isolation. On enclenche donc les petits radiateurs électriques et la climatisation, car il n'y a pas d'autres systèmes de chauffage. Peut-être est-ce à cause des tremblements de terre ou dû à une différence culturelle, mais toujours est-t-il que les maisons nipponnes sont dépourvues de radiateurs muraux. On fait chauffer la bouilloire pour avoir un peu de the vert chaud et apprecier le nabe (sorte de pot-au-feu dans une marmite chauffée au gaz sur la table).

 

Comme je me réveillais pendant la nuit à cause du froid, mon aimable patron m'a prêté un radiateur électrique pour ma chambre et un grand sac de couchage d'intérieur confortable et chaud. Au réveil, c'est donc difficile de s'extraire de ce nid douillet et chaud et il m'arrive de rester malgre moi une bonne heure de plus au lit. Pour la durée de mon séjour, je n'ai pas acheté de juton (literie japonaise) et utilise mon matelas gonflable. Je me suis par contre muni d'une bonne paire de pantoufles utiles en dehors des sols de tatamis (sol de paille tresse japonais).

                                           

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidigmail.com

Par David L'Epée
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