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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Lundi 2 avril 2007

Aujourd’hui, le dernier épisode des aventures de Noé au Japon.

Quelques jours plus tard, me voilà de nouveau le sac au dos, à faire mes adieu et je m'envole (en train) pour Kyoto, ancienne capitale du Japon et gardienne culturelle du pays. Ce n'est pas pour rien que l'on surnomme Kyoto "la ville aux mille temples". Malgré une urbanisation assez forte, elle a su garder son patrimoine entre temples bouddhistes, shintoïstes, musées et autres attractions. C'est une vraie mine d'or pour le touriste, raison pour laquelle les lieux ont pour la plupart perdu de leur authenticité originelle. Les cars arrivent en grands nombres, déchargeant leurs cargaisons humaines qui remontent les ruelles jalonnées de boutiques souvenirs menant à d'éminents temples, must-seen de tout bon voyageur. J'allègue ici la critique, ayant moi-même passé par ces points incontournables que sont notamment : le Ginkaku-ji et son homologue le Kinkaku-ji, le Ryoan-ji, le Kyomizudera, Sanjusangendo, Nijo-jo, To-ji, etc... J'ai pu cependant, ayant des contacts dans la ville, me faire guider dans des endroits plus discrets et inconnus qui sont d'autant plus appréciés pour leur calme et leur authenticité.

J'ai eu la chance de pouvoir rester une semaine sur place dans une famille possédant une maison traditionnelle. On m'a fourni la chambre d'ami avec tatami et parois shoji et la pièce était éclairée par la superbe calligraphie et son bouquet de fleurs (ikebana) présents dans l'alcôve (tokonoma) de la pièce. Ce qui est pratique à séjourner chez des gens, outre l'aspect financier évident, est qu'on peut manger local, discuter culture et politique, se rendre compte du mode de vie actuel, obtenir toutes sortes d'astuces et adresses intéressantes à visiter. On m'a donc indiqué un petit marché se tenant une fois par mois devant le temple To-ji et qui s'appelle le Kobosan. On vend sur place toutes sortes d'objets traditionnels, pour certains de bonnes affaires, pour d'autres des reproductions bon marché. Il y a également des yatai, petits magasins ambulants vendant de la petite restauration aux passants (pour les connaisseurs : takoyaki, okonomiyaki, yakitori, dango, yakisoba, dorayaki,...). Je ne sais pourquoi, à chaque fois que je voyais un objet intéressant et m'enquérais du prix, c'était toujours hors de portée. A force de fouiller et farfouiller, j'ai cependant pu trouver un kimono, un joli bracelet et une petite boite en bois (in'ro) pour des coût très raisonnables.


Nara, une des première capitale du pays et également grand patrimoine culturel japonais ne se trouve qu'à quelques kilomètres de Kyoto. Raison pour laquelle j'ai pu faire une excursion d'une journée dans cette ville. Elément caractéristique de l'endroit, le grand nombre de daims en liberté se trouvant dans les immenses parcs de la ville. Comme ils sont là depuis quelques siècles, ils se sont complètement habitué à la présence de l'homme et viennent fréquemment quémander de la nourriture. On trouve à leur attention nombre de petits stands vendant des biscuits pour daim. Certains touristes ignorants, ne comprenant leur fonction, les consomment.

 

En se baladant dans les parcs, on trouve une grande quantité de temples dont les fameux Kofuku-ji et Todai-ji. Dans ce dernier se trouve la plus grande statue de bronze japonaise de Bouddha mesurant 30 mètres, abritée par la plus grande construction en bois du monde. Ces endroits sont évidemment fort impressionnants mais le flots de visiteurs ininterrompu diminue un peu le charme de l'endroit. Avec les conseils des habitants locaux, j'ai essayé de me promener dans de petites ruelles à maisons traditionnelles mais comme évoqué précédemment, le Japon a connu tellement d'incendies et de tremblements de terre qu'il n'y a pratiquement plus aucune habitation d'époque qui vaille vraiment le coup d'oeil. On est donc un peu frustré de n’avoir sous la main que les grands temples ultra-visités. De toutes façons, sur une seule journée, il est extrêmement difficile de pouvoir visiter des endroits plus discrets et plus inatteignables. Ce qui me conforte dans l'idée de mon voyage à long terme. Je retourne donc le soir à Kyoto en sachant que je devrais y trouver mon compte.


Quand on évoque Kyoto, Gion, le quartier des Geisha (on dit plutôt Geiko) s'impose rapidement à l'esprit. Mais laissez-moi faire une petite précision avant même toute confusion stupide. Les Geiko sont des femmes versées dans les arts qui sont formées très sévèrement dès l'enfance. Elles ne sont fréquentées que par l'élite fortunée du pays et ne donnent absolument pas dans la prostitution ! De par leur formation, elles représentent une partie du patrimoine japonais en conservant l'apprentissage des arts traditionnels (danse, chants, musique,...) qui tend à être oublié par la jeune génération japonaise.


Je me suis donc rendu dans cet ancien quartier toujours en activité pour voir de près à quoi cela ressemble. Seulement voilà, comme c'est un milieu très discret, il est pratiquement impossible de pouvoir voir quoi que ce soit des maisons de thé closes sur leurs façades extérieures. On peut donc se promener dans ces petites ruelles aux maisons mitoyennes faites en bonnes parties de bois mais exemptes de fenêtres sur la rue. Les touristes sont également présents et attendent devant l'entrée des maisons de thé célèbres l'arrivée d'une Geiko pour la prendre en photo. Ces dernières se font de temps à autre apercevoir rapidement avant de pénétrer dans une maison de thé. Les flashs alors crépitent mais la belle ne prendra pas le temps pour la pose. Heureusement, car sinon il est probable qu'elle n'atteigne jamais son lieu de rendez-vous. Les clients (souvent de riches Japonais) quand à eux se rendent en taxi aux vitres teintées, jusque devant l'entrée des établissements. Ils ont souvent dû être introduit par des personnes influentes pour pouvoir assister à ce genre de soirées très particulières.

 


Le voyageur en quête d'expériences, un peu déçu par ces apparitions fugitives pourra reporter son attention sur le Gion Corner, un théâtre situé dans le quartier qui donne des performances tout public chaque soir. Evidemment un peu moins intime qu'une soirée en tête-à-tête avec une Geiko, c'est néanmoins l'opportunité pour découvrir plusieurs arts traditionnels. Sur scène sont jouées de petites performances rapides qui donnent un bon aperçu des styles (cérémonie du thé, musique au Koto, arrangement de fleurs, Gagaku, Kyogen, Kyomai, Bunraku). C'était notamment pour moi l'occasion de voir une Maiko (apprentie Geiko) effectuer une danse traditionnelle.

 

Après d'autres surprises dans cette ville merveilleuse vint fatalement le temps où je dû faire mes adieux à ma famille d'accueil pour me diriger sur Tokyo d'où partait mon avion pour la Suisse. Comme je n'avais pratiquement plus de place dans mes bagages, j'ai du enfiler six couches d'habits pour ne pas devoir les jeter. J'avais vraiment chaud et possédais la carrure d'un Rambo sans le bandage frontal. Pour le déplacement, j'ai opté cette fois encore pour un bus de nuit, une alternative bon marché. La plupart des passagers étaient plus jeunes que moi et se rendait soit dans la capitale, soit à Tokyo Disney Resort. Nous avons pu effectuer le voyage en une traite, ponctuée par des arrêts nocturnes dans les stations d'autoroutes. 


Arrivé dans la capitale, j'ai pu retrouver des amis que j'avais connus lors de mon premier passage dans la ville et nous sommes allés ensemble au karaoké. Nous avons loué une salle pour deux heures où nous nous sommes cassés la voix sur des airs japonais et internationaux. Pendant ce temps, on peut également faire des commandes de boissons à volonté. Puis nous avons poursuivi la soirée dans un izakaya, sorte de petit bistrot où l'on consomme alcool et petite restauration. Le troquet, situé dans une cave, était vraiment populaire et la déco faisait un peu Belle Epoque façon japonaise (un intéressant mélange).

 

Comme mon avion partait très tôt le lendemain matin de Narita, aéroport situé en dehors de la ville, et qu'il n'y avait pas de transport à cette heure ci, j'ai dû y aller la veille et dormir (ou du moins rester) sur place. J'avais le droit à vingt kilos de bagages et un sac à main de douze kilos et j'avais scrupuleusement pesé mes affaires pour arriver à cette limite. J'étais donc un des voyageurs les plus chargé du vol. Comme j'avais choisi le vol le meilleur marché, j'ai dû faire une escale de deux heures à l'aéroport de Incheon (Séoul). Autant dire que de la Corée je n'ai vu que le plateau repas de l'avion.

 

Quand je suis arrivé vers les 17h. à Zurich, je pensais encore faire du stop jusqu'à Neuchâtel en regardant les plaques de voitures sur le parking de l'aéroport et en demandant au gens s'ils voulaient bien me prendre. Seulement voilà, pratiquement toutes les plaques étaient Zurichoises, les autres étant suisse-allemandes. Je me suis donc posté devant l'endroit d'arrivée des voyageurs où attendaient nombre de familles à l'écoute d'une langue familière. Mais voici ce qu'on pouvait alors entendre: Schlüsslï-schlukrrrr di schlaaksii guëttt krrrrrr... Je comprenais tellement mieux le dialecte japonais que cette bizarrerie ! Après une heure à entendre des krrrrrrr j'ai finalement opté pour le billet des CFF qui m'a quand même coûté 45 fois plus cher pour la même distance que le Transsibérien ! Mais comme je n'avais plus trop envie de rentrer à pied...


Je suis actuellement rentré chez mes parents à Boudry où j'y ai trouvé une chambre à ma disposition. Je suis en train d'étudier sérieusement mon projet japonais que je vais réaliser à Neuchâtel et cherche un travail pour mes après-midi et soirées. Si vous avez un bon plan, faites-moi signe !


Voilà, j'espère sincèrement vous revoir et vous dis donc à tout bientôt en terre helvète !

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Mardi 27 mars 2007

Avec un jour de retard dans la planification, la suite des aventures de Noé au Japon, avant-dernier épisode

 


J'ai pu avec un ami me rendre à la campagne pour visiter une vieille maison japonaise toute de bois avec portes shoji (papier transparent), tatami (sol de paille) et petit foyer central où l'on fait le thé et cuit la nourriture. Il est difficile d'en croiser de nos jours et il faut sillonner la campagne pour en trouver une digne de ce nom. L'utilisation exclusive du bois, du papier et de la pierre donne une atmosphère chaleureuse au bâtiment. Après cela, nous nous somme rendus dans un petit restaurant traditionnel relativement célèbre. Il s'agissait d'une maison de voyage datant de l'époque Edo (~1600-1800) sur la fameuse route du Tokaido pour nourrir les pèlerins de passage avant leur pénible montée sur un col de montagne. On y vient donc prendre des forces, faire des provisions pour la suite du voyage, acheter une nouvelle paire de sandales en paille (elles s'usent vite). On peut manger dans l'établissement un mets que l'un nomme tororo et qui se constitue d'un bol de riz recouvert d'une pomme de terre de montagne râpée. Le tout est un peu lourd mais c'est solide dans l'estomac et les sucres lents permettaient à l'époque d'affronter l'ascension des montagnes sur le passage. Aujourd'hui on se contente juste d'y manger et l'on passe le col assis sur le siège d'une voiture.

Sur la fin de mon séjour à Shizuoka, j'ai dû rendre les affaires que j'avais empruntées, notamment un chauffage électrique et un bon sac de couchage chaud. Si bien que durant les dernières nuits précédant mon départ, le sommeil fut difficile. J'ai aussi dû trier et jeter la masse d'objets qu'on finit inévitablement par amasser sur un séjour aussi long. D'habitude, on se contente d'en garder une bonne partie au cas où, mais quand il s'agit d'emmener le tout sur son dos, les choix sont beaucoup plus rigoureux et sélectifs. J'ai pu envoyer une bonne partie des affaires concernant mon projet par voie maritime en Suisse, ce qui ne coûte pas grand-chose.

 

Pour le dernier mois de mon séjour au Japon, je me suis rendu dans le Kansai, le Sud du pays pour y effectuer un peu de tourisme, après mes études intensives à Shizuoka. Je me suis donc allé à Kobe dans un moyen de transport pratique et bon marché inexistant en Suisse : les bus de nuit. Avantage : des coûts vraiment bon marché même pour de grandes distances et comme l'on peut y dormir, c'est également une nuit d'hôtel économisée. Désavantage : les fréquentes haltes dans les stations d'autoroute ou dans les grandes villes sur le trajet empêchent un sommeil de qualité. Mais contrairement aux trois jours de bus que j'avais effectué à travers l'Europe, je pouvais incliner mon siège en arrière et avais même le droit à une couverture.

 

En pleine nuit, en guignant à travers les rideaux des fenêtres j'ai pu entr'apercevoir un peu de neige éphémère à Kyoto, mais sitôt le sommeil m'a repris jusqu'à ce que j'arrive aux alentours des six heures du matin à la gare de bus de Kobe (Sannomiya). Là-bas, je fus accueilli dans la matinée par une amie japonaise vivant en Suisse qui se trouvait également sur le territoire. Elle m'a emmené chez ses parents où j'ai pu séjourner trois nuitées. Comme j'allais séjourner pour environ deux semaines dans la ville et qu'elle allait bientôt revenir en Suisse, elle m'a rapidement présenté ses anciennes amies japonaises du coin pour que je puisse plus tard les rencontrer à nouveau. Au Japon, il faut très souvent être introduit auprès des gens pour pouvoir lier contact.


J'ai également été présenté auprès d'un jeune Japonais d'une trentaine d'années (Hayakawa san) chez qui j'ai eu l'opportunité de rester deux semaines (toujours à Kobe). Il travaillait dans un magasin de vélo à faire de la vente et de la réparation et cela six jours par semaine. Son jour de congé changeait constamment et il arrivait qui l'on ait besoin de lui même pendant ce temps de répit. Il avait des horaires de travail harrassant situés entre 8h du matin et 23h du soir. Après quoi il sortait dehors avec ses collègues pour manger quelque chose, revenait vers les 1h du matin, et comme il n'avait fait encore aucune activité personnelle de la journée mais qu'il était trop fatigué pour effectuer quelque chose d'intense, il se plantait devant la télé deux bonnes heures avant d'aller se coucher aux alentours des 3h du matin. Et rebelote boulot à 8h le lendemain. Je n'étais donc nullement étonné qu'il ne se réveille pas le matin, malgré le réveil extrêmement assourdissant qu'il posait à côté de son oreille. Seule solution pour le faire émerger, un air de flûte ou l'odeur d'un petit déjeuner gracieusement préparé. Je me suis dévoué comme j'ai pu pour le faire lever du lit.

 

Il m'a raconté – toujours un beau soir d'hiver – une anecdote incroyable concernant ses réveils difficiles. En 1995 sévit à Kobe un tremblement de terre dévastateur (7.3 sur l'échelle de Richter) faisant plus de 5000 morts et des dizaines de milliers de blessés. Le séisme a renversé les ponts, les autoroutes suspendues et les building alentours mais notre larron, plongé dans son sommeil, n'en a rien ressenti. C'est à son réveil qu'il fut surpris de voir l'ensemble de ses affaires mélangées comme si sa chambre avait été un milk-shake géant. J'aurais eu peine à croire à une histoire pareille si je n'avais pas moi-même saisi l'ampleur de son hibernation quotidienne.


Kobe est une ville à présent intégralement reconstruite et il est pratiquement impossible d'y voir la moindre trace de la catastrophe naturelle. Comme la ville a été récemment bâtie, tous les vieux bâtiments sont inexistants et les tours et autres logements en séries s'alignent à l'infini. Le concept même d'urbanisme ou d'aménagement du territoire étant pratiquement inexistant au Japon, les immeubles se jouxtent, souvent séparé par un espace de 1 à 2 mètres seulement. Et même avec de tels constructions en hauteur, la surface au sol étant restreinte, les habitants ont fait construire de gigantesques îles sur l'Océan pour prolonger la ville et y insérer un aéroport. Seul bémol (il y en a toujours a vouloir défier la nature), ces îles artificielles s'enfoncent de quelques centimètres par an sous les eaux. Les rivages de l'Océans étant très fortement industrialisés, c'est du côté des montagnes Rokko que l'on se tourne pour un bol d'air frais. Seulement comme il n'y a pratiquement pas d'aménagement pour les piétons comme sentiers balisés et autres chemins de forêts, les Japonais s'y promènent en voiture.

Dans la ville il n'y a pas beaucoup d'attractions pour les touristes et j'ai rempli mon temps de petites occupations : promenades à vélo, shopping, librairies, petites boutiques de nourriture, visite de ChinaTown... On peut faire l'ascension d'une tour au port nommée PortTower, haute d'une petite centaine de mètres qui fait réaliser pleinement à quel point l'espace environnant est urbain. Dans ce genre de cas, on relativise par le fait que l'on est juste touriste et que l'on finira bientôt par regagner son propre pays pas encore autant pollué par le béton. Mais quand m'est donné l'occasion de me rendre à Osaka, la ville voisine, directement connectée à Kobe par une périphérie de building continue, je réalise alors que Kobe n'était pas le plus surprenant. Depuis une autoroute surélevée qui circule au dessus des habitations, on peut sans peine distinguer l'horizon que nous présente Osaka. C'est tellement incroyable que le paysage semble tout droit sortit d'un mauvais film de science-fiction. Pas même à Tokyo ne peut-t-on voir un paysage aussi sordide. Contemplant cette hallucination, mon esprit se libère et je m'imagine une forêt infinie dont les arbres seraient des tours de béton.

Nous nous rendons à Osaka avec mon ami Hayakawa san qui a emmené des vélos dans le coffre arrière de sa voiture pour pouvoir faire un petit tour au centre. Nous nous baladons et ne tardons pas à apercevoir le célèbre château d'Osaka que nous finirons par visiter. C'est un monument historique japonais qui a été reconstruit pratiquement à l'identique après sa destruction lors de la Deuxième guerre mondiale. Différence notable : des murs en béton et un ascenseur intérieur. Reste que le monument est agréable à voir. Dans la soirée, nous allons faire une petite fête dans l'appartement d'un ami de Hayakawa san et je finirai inévitablement par jouer quelques airs de pipot.

Dans la région se situe également la ville de Himeji où j'ai pu admirer un autre château superbe. Il est lui d'époque, n'ayant subi ni attaque ni incendie ni Guerre mondiale (chose rare dans ce pays). Le château de Himeji avait d'ailleurs failli être détruit pendant la Révolution de Meiji mais il fut sauvé de justesse et est reconnu actuellement comme patrimoine mondial par l'Unesco. Il était intéressant de noter qu'au Moyen-Âge, un peu partout sur la planète, on a eu la même idée de créer des meurtrières, des portes cachées pour délester des pierres sur les assaillants, de grandes portes renforcées en contenant une plus petite pour la nuit. Sur le fond, il me fait un peu penser au château de Chillon, la forme étant différente.

Durant mon long périple, j'ai traversé forêts, rivières et autres grandes villes avec un costume complet noir et une paire de chaussures cirées au fond du sac. La raison en est que je suis allé visiter de grands chefs d'entreprise japonais avec qui j'avais eu affaire par l'intermédiaire d'une petite boîte de design qu'on avait montée avec des amis suisses. Je suis allé leur rendre mes hommages tout de noir vêtu, étranglé par une cravate, le visage fraîchement rasé, les cheveux tirés en arrières et maintenu par une bonne couche de gel reluisante. C'est en somme très intéressant de vivre le contraste entre la Taïga sibérienne boueuse et le milieu des affaires japonaises même si mon existence tend à rejoindre l'opposé de cette vie superficielle et nuisible...

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 19 mars 2007

Suite des aventures de Noé, comme tous les lundis

 

 

Un soir d'hiver, après la fatigue d'une journée froide, j'avais envie d'un bon revitalisant, quelque chose qui me redonne un peu de punch. Je suis donc allé avec un ami manger un bon bol de ramen très épicées. Non pas ces ramen instantanées et déshydratées que l'on trouve en container plastique dans les rayons asiatiques des grandes surfaces, auxquelles il suffit d'ailleurs d'ajouter un peu d'eau chaude quelques instants pour un repas improvisé, un rien malbouffe. Non, les vrais ramen japonaises dans des restaurants spécialisés dans ce plat. Une recette empruntée à la Chine qui à force de transformation a fini par devenir typiquement japonaise. Dans un bouillon (ici à base de poulet) on plonge pâtes, tranches de porc et légumes (choux, poireaux,...). A la surface flottait tellement de morceaux de piments rouges qu'on ne pouvait pratiquement plus voir le contenu du bol. J'avais les naseaux en flammes et les yeux qui pleuraient de bonheur. Mais l'émotion était forte et l'estomac en labeur. Pour rassurer ceux qui se rendraient dans un futur proche au Japon, il s'agit là d'une recette un peu spéciale du magasin en question et l'on peut normalement apprécier ce plat sans devoir se faire incendier la trachée.

Le soir d'hiver suivant, je me suis rendu dans une salle de Pachinko malgré toutes les contre-indications de mes connaissances japonaises. Le phénomène est populaire et je voulais voir de quoi il en retourne.  Dans les grandes villes, on aperçoit un peu partout ces salons de jeux d'argent au design très criard. Mais le plus déconcertant n'est ni le néon fluo tape-à-l'oeil ni le graphisme hideux qui s'en dégage. Non, une bien plus jolie surprise attend le visiteur ignorant. Quand les portes automatiques s'entrouvrent sur votre passage comme une invitation à rentrer, un tintamarre assourdissant vous envahit les oreilles avec la même agressivité qu'une rafale de vent sur le visage. Dès lors, on est déjà réticent à faire un pas de plus. Mais poussé par la curiosité, je m'aventure dans la nébuleuse. L'oreille ingénieusement conçue doit-t-elle sans doute par une réaction d'ordre physique se boucher instantanément de cire pour affronter une telle agression. Que dire alors des clients qui restent a l'intérieur de la salle à longueur de journée ?

 

Dans la pièce aveugle, éclairée aux seuls néons et derrière la brume épaisse de fumée de tabac on peut apercevoir, en rangées serrées comme des bidasses à l'appel, les fameuses machines à sous de Pachinko, sorte de flipper vertical japonais en plus primitif. La stratégie quasi-inexistante consiste à éjecter de petites billes, avec une molette automatique, qui filent sur un parcours de petits clous. Suivant le parcours aléatoire qu'elles empruntent, vous pouvez gagner d'autres billes pour continuer la partie. Une fois que vous en avez assez du jeu (c'est-à-dire tout de suite pour un individu standard) vous pouvez échanger en arrière-boutique vos billes contre monnaie trébuchante. Il va de soit que vous avez peu de chances de rapporter le gros lot et les plus acharnés s'accrochent désespérément devant cette machine supposée salvatrice représentant l'accès au bonheur et à la prospérité du petit peuple. Des parieurs en effet, se trouvent fréquemment chez les sans-emploi (mais où donc trouvent-t-ils donc l'argent pour jouer?), les retraités qui veulent essayer d'arrondir leurs fins de mois, et autres personnes souvent défavorisées par la vie,...

 

Je m'installe dans l'un des rares sièges disponible (malgré le nombre élevé de machines) et introduit 1000 yens dans l'appareil (env.12CHF). Après avoir fait tourner une molette, les billes sont éjectées et l'on en contrôle seulement la puissance de propulsion. Elles dégringolent à toute vitesse et l'on se contente de les suivre des yeux, cherchant encore innocemment une règle a ce jeu anarchique. C'est qu'elles ont vites fait de suivre la loi de la gravité, étant entraînées tout comme votre argent dans une fente obscure dont elles ne ressortiront jamais. Surpris par la sottise d'un tel jeu, on actionne encore désespérément le levier inerte, on cherche un principe, une erreur commise, et à regarder les faces endormies des pachydermes voisins, ont finit par se dire qu'on est trop grand pour ce genre de bêtise et trop naïf pour s'être fait voler de la sorte. Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus...  


On trouve souvent à proximité d'un tel phénomène toutes sortes de machines à sous dont une seule, à mes yeux, vaut vraiment le détour. Il s'agit d'un appareil où l'on peut jouer seul ou à deux du taiko, sorte de tambourin japonais. On empoigne une paire de grosses baguettes en plastique et choisit sur un écran le niveau de difficulté et la musique désirée. Il faut alors taper le taiko en rythme suivant les indications défilant sur l'écran. Un petit point rouge signifie un petit coup de baguette sur la surface du tambour. Un gros point rouge symbolise un coup plus percutant. Les points bleus doivent quand à eux être tapés sur le côté du taiko. Il y a aussi toutes sortes de bonus ou éléments à roulement de tambour. C'est très amusant à jouer et pour une fois, le divertissement est exempt de violence ou autres armes à feu, ce qui est plutôt rare.

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 12 mars 2007

Après plusieurs semaines de silence, j’ai reçu la suite du carnet de bord de notre ami Noé et de ses pérégrinations japonaises. Lesdites pérégrinations viennent de prendre fin et c’est depuis la Suisse qu’il nous écrit les derniers souvenirs de son voyage. Les « quelques lignes » finales qu’il nous adresse vont toutefois encore donner matière à quatre chapitres de ce carnet de bord que nous suivrons encore pendant un mois, toujours le lundi.

 

Aujourd’hui, le premier de ces quatre chapitres.

 

 

Mes chers amis, famille et connaissances de tous bords,


Je vous écris actuellement la dernière missive de mon voyage, composant de fait ces quelques lignes depuis Boudry en Suisse (NE). Vous pouvez donc voir a l'écran les caractères spéciaux composant la langue française, symboles jusqu'ici inaccessibles depuis un clavier japonais ou russe. Mon expédition a touché à sa fin et vous aurez le droit par la suite à des récits de voyage entre quatre yeux (ou plus) plutôt qu'à des e-mails virtuels. Je tiens à tous vous remercier pour le soutien et les divers e-mails que vous m'avez généreusement envoyés et qui n'ont pas manqué de me faire énormément plaisir à chaque fois, même si par moment je n'ai pas toujours eu l'opportunité d'y répondre directement. 

 

Vous aurez sans doute constaté que je vous ai laissés sans nouvelle depuis le début du mois de janvier de cette année et je vous prie de ne pas trop m'en tenir rigueur. C'est que je n'avais pas d'ordinateur durant cette partie du périple. C'est bien là le désavantage du voyage inorganisé, hors des sentiers battus des grandes agences de voyages. Certains diront que c'est plutôt un avantage. Voici donc un résumé de ce qui c'est produit pendant ces deux mois.


Après les fêtes de Noël et Nouvel An, le froid de l'hiver et les occupations quotidiennes reprennent leurs places et je continue à élaborer mon projet dans la ville de Shizuoka. J'ai là-bas un ami Neuchâtelois expatrié qui a environ le même âge que moi et nous sortons ensemble dans un restaurant Kaiten-sushi dont les sushi variés défilent sur des tapis roulant, à dispositions des désirs des clients. C'est l'occasion pour nous de partager nos conversations dans un langage plus accessible que le japonais. Il faut cependant dire qu'à force de pratiquer la langue en sol nippon, j'ai pu acquérir un relativement bon niveau oral. Pour ce qui est de l'écrit, c'est du chinois ! Ou du japonais encore brumeux et incompréhensible pour la plupart. Mais on va y remédier avec patience.


A force d'être enfermé dans la ville, on finit par vouloir prendre l'air. La pleine montagne se trouvant à 2,5 heure de voiture du centre-ville, c'est logiquement du côté de la mer que l'on se tourne. Seulement voilà, on est loin des agréables bords du lac de Neuchâtel avec parcs et chemins de promenade, ni des belles plages méditerranéennes. L'espace plat disponible en sol nippon étant énormément restreint (environ 73% de surfaces montagneuses abruptes), la ville, son agglomération et ses autoroutes s'étendent jusqu'aux derniers mètres du rivage. Dès lors, il faut se rendre –  justement avec l'autoroute longeant le rivage – dans la ville voisine de Shimizu (environ vingt minutes en voiture) où se trouve une belle petite plage de sable parsemée de pins. Là, on peut assister au spectacle de l'écume océanique venant caresser la rive sous les couleurs changeantes d'un vif coucher de soleil (ce n'est pas pour rien qu'on appelle ces îles Pays du Soleil Levant). Au retour, remontant pratiquement le flanc de la montagne se trouvent en bon nombre des plantations de fraises sous serre. La région est en effet connue pour ses fruits rouges qui, selon mon avis, sont plus sucrés qu'en Europe.


Entre autres petits boulots rémunérateurs, j'ai pu enseigner l'anglais à un groupe de jeunes Japonais entre trois et cinq ans dans une sorte de centre familial où l'on peut louer des salles pour toutes sortes d'activités. Le lieu fait étrangement penser aux bâtiments de l'Ecole Club Migros avec ses divers cours... La leçon durait cinquante minutes, temps durant lequel on chante, on danse, on lit des livres pour enfants, on apprend des fiches de vocabulaire très basiques ou l'on pratique toutes sortes d'activités comme imprimer à la peinture sa main ou son pied sur une feuille de papier. J'ai eu la chance pour cet emploi relativement facile d'être payé 4000 yens soit environ 50CHF, ce qui représente un cachet confortable au Japon, surtout pour 50 minutes pas trop pénibles. Il est vrai que devant les dépenses quotidiennes, cet apport ne faisait pas le poids mais c'était de l'argent de poche aisé.

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 12 février 2007

Suite des aventures de Noé, sur un ton particulièrement lyrique...

 

 

Je suis actuellement sur la dernière ligne droite qui me portera bientôt vers le sud du Japon, ma dernière destination. Je vais rester encore un mois ici à Shizuoka et bien profiter de voir les gens que j'ai eu l'opportunité de rencontrer. Sur un temps de séjour aussi long, on finit forcément par lier contact et comme c'était le cas en Russie, je présume qu'il sera difficile de laisser tous ces amis derrière.


Pour ce qui est de mon visa, je suis allé avec une amie dans une agence de tourisme et elle m'a aidé à acheter un billet d'avion pour la fin du mois de février. Mon visa m'aurait permis de rester encore un peu en mars mais les prix des compagnies aériennes montent fortement au début de cette période. Avec ce sésame, je me suis rendu à l'Office de l'Emigration, muni également d'autres papiers nécessaires et les formalités n'ont pas duré plus de cinq minutes. Et trois mois de visa de tourisme supplémentaire obtenu ! Dans la salle, pas mal d'étrangers des Philippines et de la Corée qui font la queue pour des visa d'étudiants ou de travail. Ca a l'air un peu plus difficile pour eux que pour moi. C'est quand même bien pratique d'être Suisse !


Pas loin de ma maison se dresse une petite montagne-colline japonaise typique, contrastant assez fortement avec les montagnes suisses. Dans la  ville, le sol est tout ce qu'il y a de plus plat, favorisant la circulation à velo. Puis, tout à coup, surgissant de nulle part, comme les champignons de L'Etoile Mystérieuse dans Tintin, dans un quartier résidentiel, derrière la façade d'une maison pousse, grimpe, jaillit, s'élève la silhouette d'une petite montagne. Alors qu'en Suisse la déclivité du sol va progressant depuis le plateau, le Jura, les préalpes puis les Alpes, le Japon offre un tout autre rapport. Le contraste entre la montagne et le plateau étant vraiment beaucoup plus fort et soudain. Autre différence notoire, le sol desdites montagnes est intégralement recouvert d'arbres, de sorte qu'on a l'impression d'observer une immense masse aux multiples teintes vertes, exempte de sol rocheux comme support.


Ayant fréquemment l'occasion d'admirer cette douceur verte surpassant la domination humaine (il y est impossible d'y construire à cause de la nature du sol, ce qui fait que ces montagnes restent vierges), j'eus par un bel après-midi ensoleillé l'envie de m'essayer à la rencontrer. Je ne savais comment l'approcher ou la grimper, mais quand le désir se fait fort, rien ne peut y resister. Tournant autour, la tête en l'air, admirant son sommet, je finis par tomber sur une rangée d'escaliers qu'elle avait su accepter. Avalant avec la rapidité de ma jeunesse des volées de marches entières, je ne desirais qu'atteindre l'apogée, gagner le point culminant de cette intrigue. Je parvins essouflé et en sueur à son sommet, tout excité par ce qu'elle allait m'y faire découvrir. Et m'arrachant de la terre, elle m'offrit le ciel, me libéra de mon asservissement urbain l'espace d'un instant de bonheur.

 

Ô infinie grandeur ! Espace sans frontieres ! Champs de liberté ! Affranchissement des étendues infinies conquises par la traître main de l'homme ! Une promesse d'indépendance qui n'a cependant de vérité que dans son fantasme. Il nous manque en effet les ailes pour réellement s'enfuir... Et il faudra bien redescendre pour retrouver notre précédente condition prosaïque. Mais avant que l'éphémère ne prenne fin, je cueille du bout des doigts une ravissante feuille aux chaudes couleurs de l'automne, qu'elle a deposé en cadeau à mes pieds, témoin matériel de notre entrevue céleste.


Tout cela pour dire que du haut de cette colline qui jadis était un poste d'observation militaire de la plaine du Kanto (plateau régional du nord du Japon regroupant plusieurs grandes villes dont Tokyo), j'ai pu m'apercevoir que j'étais cerné par la densité urbaine. Prisonnier de la folie des hommes qui inlassablement ont construit des barrières entre la nature et eux-mêmes. Et de mes deux modestes pieds, il ne m'est pas facile de pouvoir m'enfuir vers les oasis verts qui pointent a l'horizon. Situation qui était bien différente depuis la petite ville de Neuchâtel, située entre  lac et montagne, jamais réellement bien loin de la campagne.

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 5 février 2007

Retour des aventures japonaises de Noé après quelques semaines de silence. Faisant écho à ce que j’ai pu écrire sur les fêtes de fin d’année en Chine, Noé nous parle aujourd’hui de la version japonaise de ces célébrations. 

                 

 

Décembre, c'est bien entendu le dernier mois de l'année et la période des fêtes. Bien que des réjouissances aient lieu au Japon, elles sont quelquepeu différentes de celles qu'on peut voir en Europe, culture oblige. Premier constat général qu'on peut faire, Noël et Nouvel-An ont à peu près un signification contraire. Alors qu'en Occident, Noël se fête avec la famille et Nouvel-An avec les amis, on peut constater l'effet inverse en terre nipponne, soit Noël avec les amis et Nouvel-An en famille.

 

Noel, c'est avant tout un concept commercial qui trouve place dans la décoration des vitrines, dans les allées illuminées de guirlandes colorées, devant les portes des boutiques où se trouvent sapins en plastique et Père Noël électriques gigotant en saccades, et enfin dans les supermarchés avec produits aux couleurs de Noël et fameuses cuisses de poulet a l'américaine (avec os). Détail significatif : au Japon, on ne vend plus le poulet entier car peu de foyers prennent encore le repas en famille, faute de temps. C'est chacun de son côté, suivant l'emploi du temps, entre le travail, les réunions d'association de quartier, les cours de musique, le sport, les cours de répétitions scolaires (jukku) , les examens du dimanche, etc.


Pour Noël, on emméne généralement sa copine au restaurant, comme une sorte de Saint-Valentin à l’occidentale. On peut également manger un gâteau qu'on appelle "Christmas Cake" qui est une sorte de gâteau-éponge à la crême et aux fraises. Je ne sais pas d'où il sort mais ça semble être la tradition nipponne. Sinon le phénomène en lui-même est assez peu religieux, mis à part pour les chrétiens pratiquants qui, cette nuit-là, tout comme je l'ai fait, se rendent à l'église pour prier. Le jour en lui-même n'est pas férié du tout et tout le monde va au travail comme d'habitude. Certaines familles pratiquent cependant la distribution des cadeaux aux jeunes enfants, mais sans le sapin.


Noël n'étant pas un événement majeur, c'est sept jours plus tard que prend place l'une des plus importantes célébrations japonaises : Shogatsu, soit Nouvel-An. Pour une partie de la classe japonaise, cette célébration commencera le 31 décembre au soir pour se finir le 4 janvier. Pendant cette période, les employés ont normalement congé et les magasins sont censés être fermés, mais cependant, avec le libéralisme actuel, rares sont plutôt les magasins et autres surfaces qui prennent réellement des jours de congé. La tradition voudrait que pendant cette trève (la seule de l'année), on puisse se reposer et ne rien faire de fatiguant ou de pénible. Dans cette intention d'ailleurs, on peut confectionner (ou acheter) des boîtes-repas, un peu comme un panier pique-nique, composé de mets froids généralement plutôt gastronomiques. On nomme ces boîtes empilées (on peut faire plusieurs étages) Osechi. Cet Osechi permet alors non seulement de ne pas cuisiner pendant cette période, mais également d'avoir de la nourriture disponible pendant la fermeture des magasins. Mais l'ouverture bientot généralisée des surfaces commerciales tend gentiment à effacer cette tradition.


Autres élément symbolique de cette fête, les Toshikoshi Soba. Ce sont des nouilles de sarrasin ayant un peu la forme de nos spaghettis, qui sont consommés a la Saint Sylvestre. La croyance populaire voudrait que consommer des telles pâtes assure une longue vie, aussi longue que les nouilles elles-mêmes. Il y a également le kagami-mochi, composé de deux boules de riz gluant et concassé, surmonté d'une mandarine. On commence par le donner en offrande aux kami ("dieux") puis on peut le manger vers la fin des fêtes, soit le 11 janvier. Comme c'est un aliment fortement élastique, on peut constater chaque année le décès de quelques personnes âgées qui se sont etouffées en le consommant. Comme l'année commence, on peut assister à plusieurs rites qui sont liés aux premières choses qu'on fait dans l'année. Ainsi, le premier lever de soleil est admiré par nombre de Japonais, souvent au bord de l'océan. Vient également la première prière de l'année au temple shintoïste et la première calligraphie de l'année.

 


Pour ma part, j'ai pu joindre le patron du magasin ou j'étudie ainsi que sa femme et nous sommes allés dans un temple bouddhiste pour sonner les fameux cent huit coups de cloches qui annoncent le début de la nouvelle année. Ces cent huit coups symbolisent les cent huit péchés du bouddhisme et sont là chaque année pour nous rappeler ce mal. Chaque personne a ce soir-là la possibilite de pouvoir faire résonner la cloche une fois. Fort heureusement, nous sommes arrivé quelquepeu en avance et je me suis retrouvé le dixième de la file, ce qui fait que par le froid mordant qu'il y avait cette nuit, nous n'avons pas dû trop attendre. 

 

 

Dans la cour centrale, à la lueur de la lune, quelques moines ont entonné en choeur une prière au Bouddha. Puis nous nous sommes fait offrir une petite tasse de saké chaud (alcool de riz) qui fut fort appréciée. Comme cette année, nous nous trouvons être dans l'année du sanglier, un pavillon du temple qui n'ouvre que tous les douze ans (zodiaque chinois) nous a été dévoilé et nous avons pu admirer un petit autel avec statue de sanglier, symbole autrefois de la victoire militaire, bien utilisé par le général Tokugawa dans la grande bataille de Sekigahara, premier pas de l'unification du Japon. Une bataille qui avait alors eu lieu dans la région.


Puis nous nous sommes rendus dans un temple shintoïste, le plus important de Shizuoka, nommé Sengen-ji. Les Japonais qui ne sont pas de fervents pratiquants religieux se réfèrent cependant autant au shintoïsme qu’au bouddhisme dans divers aspects culturels et sociaux de la vie nippone comme pour les naissances, célébrations, mariages, prières, décès, etc.  Et ces deux mouvements de pensée ne sont en fait pas contradictoires comme on pourrait le penser. Ce soir-là, le temple était très fréquenté et dans le parc qui l'environne s'étallaient plusieurs dizaines de petites échoppes ambulantes vendant toutes sortes de nourriture comme des pommes enrobées de sucre, des bananes au chocolat, des takoyaki (boules de pâte  grillée au poulpe), des brochettes de poulet grillé, des crêpes, des mais grillés, etc. Le temple lui-même n'était pas en reste et avait de grands stands dans les bâtiments du temple qui vendent des porte-bonheur, des almanachs, des représentations de flêches pour chasser le mauvais sort, etc. Il faut dire que les temples japonais ne subsistent pas avec une taxe ecclésiastique comme chez nous mais rendent des services (payant) à la population et proposent toutes sortes d'amulettes et gri-gris. Quand on fait une prière, il est également de tradition de jeter dans une boîte a offrande une pièce de 5 yens (soit environ 6 centimes suisses). Après avoir acheté une barquette de takoyaki, nous avons donc fait nos voeux pour la nouvelle année puis, sous les rafalles de vent glacé, avons fini par regagner rapidement nos demeures. Nous n'avons pas eu le courage cette année de rester dehors jusqu'au premier lever de soleil. Ca sera pour la prochaine fois.


A l'instar de nos cartes de voeux composées du traditionnel « Joyeux Noël et Bonne Année », les Japonais ont également des cartes de voeux appelées nengajo. Elles sont imprimées d'un côté afin d'y inscrire l'adresse postale et on peut souvent personnaliser le dos soi-même. Soit y écrire un mot, soit y dessiner un motif, soit même y imprimer quelques illustrations toutes faites qu'on trouve sur un CD-ROM à l'intérieur d'un magazine ; dans ce cas, les illustrations représentent souvent l'animal zodiaque de l'année. On envoie ces cartes de voeux aux collègues de travail, aux clients, aux amis, à la famille et c'est un travail de longue haleine. Des amis que j'ai visité pour leur adresser mes voeux de nouvelle année en avaient reçu plus de trois cent. Ils ont donc également dû en envoyer un joli petit paquet. Ces cartes ont ceci de spécial qu'elles doivent arriver précisément le premier janvier. La poste a donc mis un système en place dans lequel on met de côté ces cartes et on emploie temporairement des centaines d'étudiants pour les distribuer le jour dit. Sur le côté imprimé de la carte se trouve un numéro qui permettra de participer le 15 janvier à un tirage au sort et de pouvoir remporter de nombreux petits prix comme une télévision, des appareils électriques et d’autres produits ménagers. Mais quand on reçoit des centaines de cartes, à moins d'avoir beaucoup de temps, je doute qu'on vérifie chaque numéro.

En fin d'année, on assiste également au Bonenkai ou réunion de fin d'année au sein des entreprises. J'ai donc été introduit par une amie pour pouvoir faire office de garçon et servir boissons et nourriture au bar. Cela c'est deroulé dans la cantine d'une grande entreprise pharmaceutique, transformée et embellie pour l'occasion par une entreprise qui organise des fêtes et mariages, et dont j'ai fait partie ce soir-là. En plus de l'éperon de serveur, je me suis vu coiffé du classique bonnet de Père Noël. J'ai passé la majeure partie de la soirée derrière le comptoir avec un jeune Belge incroyable. Ce dernier ne porte que de l'orange et tout le temps le même habit. Non qu'il ne le lave pas, mais c'est qu'il en achète une bonne cinquantaine pour être sûr d'avoir du stock. On peut trouver au Japon un magasin nommé Uniclo qui ressemble un peu a Switshirt dans le concept : habits aux coupes simples et teintes unicolores. Je lui ai donc demandé s’il s'etait fourni dans ce genre de boutiques bon marché. Il m’a répondu que ce n'est pas le cas car dans ce genre de magasins, les teintes peuvent légèrement varier suivant les saisons, il se rend donc dans une boutique d'uniformes où les habits sont exactement les mêmes chaque année. Un peu special et comique, ce Belge !


Sur ces paroles légères, je vous dis à la prochaine et vous souhaite tout le meilleur pour cette année 2007 !

                                  

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 18 décembre 2006

Suite, comme chaque lundi, des aventures japonaises de Noé.

                                                   

 Pour ma subsistance, je continue de donner des cours d'anglais et enseigne aussi le francais. Mon ami neuchâtelois expatrié à Shizuoka m'a refilé un de ses cours de français qu'il a organisé lui-même avec des personnes interessées en louant une salle. Le cours dure une heure et demie et s'intitule "Le Cercle de Francais" ; il comprend cinq femmes adultes d'une bonne cinquantaine d'annees venues certainement plus par loisir que par réel interet pour la langue.

 

 

Nous somme allés une première fois avec mon ami pour qu'il m'introduise et c'est alors qu'il m'a reservé une bonne surprise. Après dix minutes à donner des explications uniquement en japonais à son public débutant, il me lance: « Ah, au fait, je ne t'ai pas dit ? Je dois bientôt partir, j'ai un rendez-vous important ce soir. Je te laisse te débrouiller pour la suite. Les bouquins sont ici sur la table. Bonne chance! ». Et il me laisse devant l'auditoire qui ne comprend pas suffisament le francais pour pouvoir l'employer, avec un livre que je découvre en même temps que mes élèves. Je ne sais pas comment j'ai fait pour la bonne heure restante, mais je m'en suis plutot bien sorti. Il faut croire que mon japonais n'est pas si mauvais que je le pensais...

 

J'ai également pu créer un logo sur l'ordinateur portable de mon collocataire, pour une entreprise de Shizuoka, ce qui m'a rapporté un petit pécule. C'est une compagnie qui exporte des produits japonais de qualité à l'étranger tels que meubles, accessoires, lames, et autres objets traditionnels. Il leur fallait donc une communication assez traditionnelle et typiquement japonaise, c'est pourquoi notre choix s'est porté sur les portiques rouges qui précèdent les temples shintoistes. Leur forme typique en font un des emblèmes graphique du pays. Il a fallu décliner la typographie en lettres romaines et également en kanji (caracteres japonais).

                                    

 

En sortant de la maison pour diverses raisons, je remarque fréquemment des étudiants de l'ecole primaire, secondaire et du gymnase en costume, qui se déplacent dans les rues. Les garcons portent en général une sorte d'uniforme noir à boutonnière et col, et les filles de beaux costumes marins avec jupes et longues chaussettes montantes blanches. Bien que chaque école possède son propre uniforme, on aperçoit cependant une certaine constance dans le style vestimentaire et les couleurs sombres. Les enfants du jardin d'enfants, quand à eux, se coiffent d'un petit chapeau et d'un gros sac à dos avec autocollant fluo. C'est un peu déroutant (surtout pour les filles) au début mais on s'y fait. Par contre, là où c'est plus impressionnant, c'est qu'on les croise à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, en semaine autant que le week-end. N'y a-t-il donc pas de trève pour la jeunesse japonaise ? Durant la semaine, ils enchaînent après l'école avec les juku, des cours privés de soutien, frequentés par deux tiers des étudiants, qui peuvent se terminer vers les 21-22 heures, moment où les parents pourront tranquillement revenir de leur travail pour voir leurs enfants. Vient ensuite le samedi, qui est également un jour d'études dans certaines écoles, et le dimanche, où l'on peut prendre d'autres cours privés, passer des examens, etc... Et ce n'est pas que des ragots sensationnels, je connais certains élèves que j'ai pu questionner moi-même.

 

Un voyage (meme s'il s'étend actuellement sur un plus ou moins long terme) comporte toujours une série de péripéties et de difficultés qui, une fois surpassées, ajoutent au périple un brin de charme et d'excitation. Je n'y fais donc pas exception, et le problème du moment est la prolongation de mon visa. Je viens d'apprendre aujourd'hui qu'il m'est impossible d'étendre mon séjour sans un billet d'avion qui prouve mon depart du territoire nippon. Cela ne fait donc que confirmer le fait que je doive rentre un peu plus directement que prévu en Suisse. Mais le problème ou plutôt les problèmes sont les suivants :

 

1)      N'ayant pas de planning précis, il m'est extrêmement difficile de dire quand je quitterai le pays (je ne sais même pas encore s’il me sera possible de séjourner chez certains de mes contacts japonais et pour combien de temps) et donc de definir une date de depart pour le billet d'avion.

2)      Comment acheter un billet d'avion à l'avance, à des centaines de kilomètres de distance de l'aéroport, dans la langue japonaise, et comment pouvoir payer cedit ticket ?

3)      Je suis parti de Suisse avec deux cartes, l'une bancaire et l'autre postale pour augmenter mes chances de pouvoir retirer de l'argent. Le compte bancaire qui se vide gentiment fonctionne parfaitement, mais pour pouvoir acheter un billet d'avion, je vais devoir utiliser les ressources du compte postal. Petit problème : malgré les recommandations d'une amie japonaise vivant en Suisse, cette carte n'a pas fonctionné dans les divers endroits où je l'ai essayée. J'ai eu beau demander des informations au guichet, ils étaient tellement désolés et mal a l'aise de m'informer aprés quinze minutes de recherche qu'ils ne pouvaient rien faire pour moi qu'ils étaient presque au bord des larmes. Il faudra pourtant bien que je trouve un moyen de libérer le sésame.

 

Mais avec un peu de confiance, quelques connexions et un brin de magie venu du ciel, il n'y a aucun doute que je finisse par trouver une solution. Je vous laisse donc sur cette note de suspens et vous dis à bientot (je devrai si tout se passe bien rentrer aux alentours du début du mois de février).

 

Meilleures pensees a tous.

                              

 

pour écrire à Noé : noe.maeder@heidigmail.com

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Lundi 11 décembre 2006

Après deux semaines de silence, quelques nouvelles fraîches de notre ami Noé, installé pour le moment dans la ville japonaise de Shizuoka.

 

Cette lettre électronique vous est envoyée depuis la même ville que là où je vous ai ecrit un mois plus tôt. C'est que je m'y suis installé pour un petit moment, certainement jusqu'à la fin du mois de janvier. Une petite présentation s'impose donc.

 

Shizuoka, ville principale de la province du même nom, comprenant trois millions et demi d'habitants, est située à proximité d'une des plus grandes merveilles du Japon : le Mont Fuji, équivalent de notre Cervin national (d'ailleurs visité par un tres grand nombre de Japonais). Géographiquement au centre de l'île principale du pays (Honshuu), elle est cernée au sud par l’Océan Pacifique et au nord par les "Alpes du Sud" (chaine de montagnes).