LE PETIT RENMINBI QUI MONTE, QUI MONTE...

Publié le par David L'Epée

Ce lundi, la rubrique économique du Temps publiait une analyse très pertinente de Charles Wyplosz, professeur à l’Institut de Hautes Etudes Internationales (IUHEI) sur le taux de change du renminbi et le danger qu’il représente pour la stabilité du dollar. On y apprend notamment que :

 

-          Il est possible que la « manipulation » du taux de change du renminbi par la Chine soit une cause de la chute du dollar, mais ce n’en est aucun cas la cause principale (qui est à chercher dans la gestion étasunienne elle-même) ; la Chine est ici une fois de plus utilisée comme bouc émissaire par le gouvernement américain et ses agents à la Bourse.

 

-          En réponse aux réformes protectionnistes prises par Pékin, Washington ne trouve rien de mieux pour réagir et se protéger que... imposer de nouveaux droits de douane ! Ce qui montre encore une fois que les chantres de l’ultralibéralisme sont assez malins pour prôner leur idéologie économique dans le monde entier mais pas assez fous pour l’appliquer réellement chez eux lorsqu’ils sont au pouvoir...

 

-          Des réaction en chaîne dans plusieurs pays du monde en direction d’une intervention plus grande des Etats sur les marchés, c’est aussi ça la nouvelle révolution chinoise – et les travailleurs américains peuvent dire merci.

 

-          Une consommation élevée semblait être la recette miracle de la prospérité dans la logique libérale (cette consommation qui semblait être le point faible de la Chine où le mentalité de l’épargne était trop profondément ancré dans les habitudes de la population) mais elle pourrait s’avérer, du côté américain,  un des facteurs qui perdra le dollar, comme quoi une remise en question de nos certitudes s’impose...

 

-          Comme le relève M. Wyplosz, la croissance chinoise a permis de sortir de la misère de centaines de millions de personnes et c’est un fait unique dans l’histoire, mais n’oublions pas tout de même (et il le relève aussi) que la formidable épargne chinoise n’a été possible que grâce (à cause plutôt) à un manque sérieux dans le domaine des services sociaux ; là aussi certaines réformes s’imposent-

 

« Après avoir été maintenu rigoureusement accrochée au dollar, la devise chinoise, le renminbi, a été «libérée» en juillet 2005. Libération est un grand mot pour un taux de change qui reste sous l'œil vigilant des autorités chinoises, dont on sait qu'elles savent exercer un contrôle lorsqu'elles le souhaitent. Réévalué de 2% lors de sa libération, le renminbi est désormais fixé vis-à-vis d'un panier de monnaies, dont la composition est un secret d'Etat. Par rapport au dollar, il s'est apprécié de 6%, en deux ans.


A Washington, on s'étrangle de rage. Les Etats-Unis, il est vrai, connaissent un déficit externe impressionnant. Pendant le même temps, la Chine est dans la situation inverse : son compte courant est très largement positif et semble prospérer au fil du temps. Le parallélisme entre ces deux situations est irrésistible pour les parlementaires américains qui ont décidé que c'est la Chine qui est la cause du déficit américain. Leur raisonnement est limpide : un pays qui a un déficit externe voit sa devise se déprécier, c'est ce qui arrive au dollar, donc un pays qui a un surplus devrait voir sa devise s'apprécier. Or non seulement le renminbi ne bouge pas vraiment par rapport au dollar mais il accompagne ce dernier dans sa chute. La conclusion est évidente : la Chine manipule son taux de change. [...] L'affaire est entendue. La Chine pratique une politique de sous-estimation systématique pour se donner un avantage compétitif inexpugnable et venir concurrencer les producteurs américains et autres à des prix irrésistiblement bas. La solution est évidente : le Congrès se prépare à imposer des droits de douane conséquents pour rétablir une concurrence supportable.  [...]


Tout ceci ressemble furieusement à une farce, et c'en est une. Côté américain, le dollar baisse depuis quatre ans, mais auparavant il montait, malgré un déficit persistant. Le déficit américain date de l'arrivée de Bush à la Maison-Blanche et résulte avant tout d'un effondrement de l'épargne des ménages dont la soif de consommation n'a d'égal que les dépenses militaires de l'administration, lutte contre le terrorisme oblige. La Chine peut être un excellent bouc émissaire, comme le fut le Japon dans les années 1980 lorsque Reagan avait déjà admirablement creusé le déficit externe, mais on ne voit pas ce qu'une appréciation du renminbi peut faire.


Côté chinois, le renminbi est à l'évidence contrôlé, et l'idée de prendre le moindre risque compétitif en le laissant s'apprécier librement est totalement exclue. Les petits changements sont destinés à donner des arguments aux diplomates, pas à changer la situation. La vraie source du surplus chinois et de l'accumulation de réserves est symétrique de la source du déficit américain : collectivement, les Chinois épargnent près de la moitié de leurs revenus. Parce qu'ils n'ont ni assurance chômage, ni assurance maladie, ni caisses de pension. Leurs revenus ont beau avoir augmenté de près de 10% par an depuis près de vingt ans, ils ont de bonnes raisons de mettre une bonne part de leur nouvelle richesse de côté. [...]


Une appréciation du renminbi ou l'imposition par les Etats-Unis de droits de douane ne changera rien à tout cela, sauf à casser la croissance économique de la Chine qui, en permettant de sortir de la misère des centaines de millions de personnes, est sans doute aucun le plus grand succès mondial de lutte contre la pauvreté. Accessoirement, ce succès est ce qui maintient au pouvoir l'un des régimes politiques les plus répressifs du monde ; les dirigeants chinois ne sont pas prêts à prendre le moindre risque avec une politique économique qui a si bien marché. [...]


Que dira le Congrès américain quand la Chine cherchera à acheter et contrôler des entreprises américaines ? »

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Publié dans économie

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