LE REVEIL EN FORCE DU PROTECTIONNISME CHINOIS (II)

Publié le par David L'Epée

Nous avons parlé dimanche passé, dans la première partie de cette réflexion sur le protectionnisme en Chine, de deux domaines parmi d’autres ou l’opinion publique semblait réclamait plus de contrôle économique de la part de l’Etat et une politique de préférence nationale plus marquée : l’achat de matériel par le gouvernement et la construction des édifices publics.

 

Je publie aujourd’hui un article datant de quelques semaines tiré de la revue économique  L’Expansion et qui poursuit sur ce sujet : patriotisme économique, contestation de la politique d’ouverture, revendication de la préférence nationale, refus des capitaux étrangers... Il semblerait que l’économie chinoise soit à la veille d’un tournant historique. 

 

Les investissements étrangers sont accueillis avec de plus en plus de méfiance, voire d'hostilité, en Chine. Les groupes occidentaux craignent un durcissement de la législation et déplorent de ne pouvoir lutter à armes égales avec leurs concurrents chinois.

 

« Il est dangereux d'autoriser les participations malveillantes d'entreprises étrangères dans des sociétés chinoises. » La phrase est signée Li Deshui, président de l'Office national de statistique. Elle illustre un phénomène en plein essor en Chine : la montée d'un vrai patriotisme économique. En question, la place que les Chinois doivent laisser aux investisseurs occidentaux. Certains conservateurs, à Pékin, estiment en effet que les wai guo ren, les étrangers, prennent une trop grande importance dans l'économie chinoise.

 

Les chiffres sont éloquents : les entreprises à « capitaux étrangers » représentent 22% du PIB chinois, 59% du commerce extérieur, 1/4 des nouveaux investissements et 2/3 des brevets déposés en Chine. Place Tian An Men, les détracteurs ont su se faire entendre : de nombreuses mesures, coercitives pour les investisseurs étrangers, ont été prises depuis l'été. Parmi elles, le décret du 8 septembre 2006, qui remet en cause les acquisitions de sociétés chinoises par des étrangers. Désormais, un rachat peut être interdit s'il a des répercussions sur la sécurité économique nationale ou s'il fait passer sous pavillon étranger une marque célèbre. Du coup, de nombreuses acquisitions se retrouvent bloquées par l'administration chinoise, quand elles ne sont pas annulées.

 

Seb, Alstom Power, Schneider Electric, Carlyle… De nombreuses multinationales se retrouvent ainsi prises dans les filets de l'administration chinoise. A Pékin, on tempère toutefois l'ampleur du problème. « Vous aussi, en Occident, vous prenez des mesures protectionnistes », se défendent les Chinois, qui soulignent que leur économie est « plus ouverte que celle des Japonais ou des Coréens ». Il n'empêche. Ce raidissement dans la vie des affaires inquiète les diplomates français et américains, qui craignent que le ton se durcisse encore jusqu'au XVIIème Congrès du Parti, en octobre prochain. « L'ouverture n'est pas vraiment remise en cause, mais elle se fait à la chinoise, commente un consultant qui tient à rester anonyme. On donne d'une main, on reprend de l'autre… » [...]

 

La flambée de nationalisme trouve une forte résonance dans la population. La présence d'un café Starbucks dans la Cité interdite provoque un véritable tollé à Pékin. Tout commence en janvier 2007, lorsqu'un journaliste-vedette de la CCTV 9, Rui Changgang, s'interroge sur son blog sur la présence d'un café Starbucks dans l'enceinte de la Cité interdite. Dans les jours qui suivent, des milliers de Chinois se connectent sur son site. Les débats font rage, le sujet prend une ampleur démesurée. « Ce qui est étonnant, c'est qu'il existe depuis quatre ans, ce café », commente un consultant français, qui s'étonne que ce procès ait eu lieu « quelques semaines après que Starbucks ait gagné un procès pour contrefaçon contre une enseigne shanghaïenne… » Quoi qu'il en soit, beaucoup voient dans cette campagne, et dans le succès qu'elle a rencontré, une confirmation de cette poussée patriotique.

 

Révélateur, également, l'affaire Baidu. Que penser en effet de cette publicité du Google chinois, Baidu, visible sur YouTube, dans laquelle un Chinois vient perturber le mariage d'un Occidental et d'une Chinoise, pour finalement ravir la promise et terrasser le méchant étranger, qui se retrouve à terre, ensanglanté ? Crispation passagère ? Crise plus profonde ? Quoi qu'il en soit, les prochains mois seront très instructifs. Et suivis de près par les industriels Occidentaux qui tentent depuis tant d'années d'être « Chinois en Chine. »

 

Que pensez-vous de cette évolution ? Vous paraît-elle plutôt encourageante ou inquiétante ?

 

 

 

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Publié dans économie

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