LE REVEIL EN FORCE DU PROTECTIONNISME CHINOIS (IV)

Publié le par David L'Epée

Pour clore notre réflexion sur le nouveau protectionnisme chinois, examinons encore quelques dernières petits éléments complémentaires.

 

Une affaire récente illustre très bien le climat économique tel que nous l’avons décrit ces dernières semaines. Danone, le célèbre géant français, fait peser actuellement de très fortes pressions sur Wahaha, un producteur chinois de boissons, dans le but de le racheter. Zong Qinhou, le patron de Wahaha, n’a pas mâché ses mots pour renvoyer ces indésirables à leurs affaires. Voici ses paroles, citées par Le Monde du 11 avril :

 

« Je leur ai dit de manière solennelle que les Chinois sont désormais debout, que nous ne sommes plus à l'époque de l'invasion par la Chine des huit alliances étrangères. [...] La Chine a sa propre souveraineté, sa propre personnalité, mais vous continuez à nous parler de manière menaçante, ce qui accroît notre indignation. [...] J’appelle le gouvernement à édicter des règles pour protéger les entreprises nationales d'acquisitions malveillantes. »

 

Tout est dit. La nouvelle posture de l’économie chinoise me semble résumée dans ces quelques mots. Affirmation forte des entreprises nationales sur les marchés et tendance générale à réclamer l’intervention de l’Etat dans le travail de protection de ces entreprises face à la concurrence étrangère. L’ironie de l’histoire, bien sûr, c’est qu’en France, c’est-à-dire sur ses terres, Danone avait justement elle-même fait figure il y a quelques années de porte-étendard du protectionnisme...

 

Le blog Cinq Ans en Chine de Pierre Haski, qui vient par ailleurs de quitter le navire il y a quelques jours seulement, lançait il y a peu un débat intéressant sur cette affaire que vous pouvez encore consulter ici.

 

Pour les entrepreneurs étrangers désireux de conquérir les marchés chinois, cette attitude problématique énerve au plus haut point, et nombreux sont ceux à appeler arrogance ou présomption une chose aussi simple que la préférence nationale ou la revendication de vrais contrats, c’est-à-dire des contrats gagnant-gagnant, entre partenaires égaux, et non plus entre maîtres et esclaves. Ainsi, le 19 avril, Le Temps, dans un article intitulé « Pékin construit vite et pharaonique » écrivait :

 

« A vouloir faire travailler en priorité des entreprises nationales, pas forcément au point techniquement pour réaliser de tels travaux [les chantiers olympiques] et désirant aller vite pour limiter les dépenses en personnel, les ratés se sont multipliés. Rien d'inhabituel dans l'industrie chinoise du bâtiment. »

 

C’est une réaction claire à la question du protectionnisme chinois dans le domaine de l’architecture que nous avions présenté dans le premier volet de notre réflexion. Il m’est difficile de juger le bien-fondé de ces reproches mais il ne serait pas étonnant qu’une certaine rancoeur des entrepreneurs occidentaux y soit pour quelque chose...

 

Erik Izraelewicz avait très bien compris cela il y a quelques années dans son livre Quand la Chine Change le Monde alors qu’il parlait du rôle fort des gouvernements dans le développement des économies asiatiques. Il écrivait alors ceci (p.68) : 

 

« Certains évoquent [...] un modèle asiatique de développement. Et effectivement, il est frappant de constater de grandes similitudes dans les strategies adoptées par les trois premières generations d’ “oies volantes”. Rien à voir avec un quelconque modèle liberal : l’Etat y est le veritable pilote des operations ; il joue la carte d’une croissance tirée par les exportations ; il compte sur une épargne domestique massive, forcée si nécessaire, pour en assurer le financement ; il protège autant qu’il le peut son marché intérieur ; il développe l’éducation de ses sujets. »

 

J’irais quant à moi plus loin encore en disant que, dans le cadre de la mondialisation qui est celle que nous connaissons, ces modèles économiques-là sont des modèles de résistance. A la dérégulation globale et généralisée, ils opposent la barrière de l’Etat-nation, avec tout ce qu’elle représente de sûreté, d’équilibre et de souveraineté. Les pays européens feraient bien de s’en inspirer s’ils ne veulent pas devenir demain les vassaux impuissants du rouleau compresseur US...

 

Autres articles de la série :

 

-          Le Réveil en Force du Protectionnisme Chinois (I)

-          Le Réveil en Force du Protectionnisme Chinois (II)

-          Le Réveil en Force du Protectionnisme Chinois (III)

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Publié dans économie

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G
Il me semble que ton analyse de l'affaire Wahaha est plus que superficielle et ne cadre qu'une partie de l'affaire. <br /> Il faut reprendre l'histoire du début, c'est à dire 1996 lorsque la JV entre ZONG et Danone a été signée et où Danone obtenait 51% de la JV Wahaha. Or Zong, devant le succès de Wahaha s'est mis en tête de prendre 100% des profits et de récolter ainsi plus que les 49% qui lui revenait en créant de nouvelles usines qui produisait des produits Wahaha dans le dos de Danone et en gardant naturellement tous les profits. Danone s'en apercevant a proposé à ZONG de racheter 51% de ces usines, puisque tout ce qui se fait sous Wahaha l'est à 51% sous DANONE, celon le contrat de 1996. 51% d'investissement, 51% de risque, 51% de profit voir de perte. Et c'est là que ZONG refuse avec ses arguments nationalistes. Evidemment, si on ne montre que la fin de l'histoire, a l'impression que Danone ne sont que des colonialistes.<br /> Ce genre d'affaire où l'on ne respecte pas les contrats initiaux semblent abonder en Chine. Travaillant à Pekin, je le remarque régulièrement.
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