ETUDIANTS, OUVRIERS, FONCTIONNAIRES, POLICIERS

Il est intéressant de voir comment se mêlent sur le campus les étudiants et les travailleurs. Car l’Université emploie beaucoup de travailleurs de toutes sortes : fonctionnaires, ouvriers, policiers, jardiniers, cuisiniers, gardiens, lessiveurs, commerçants, etc. Ce mélange est très différent de chez nous. En Suisse, il arrive qu’on voie un chantier actif sur un campus, mais il est rare que ce chantier se reproduise à toutes les extrémités de la zone. Les ouvriers sont très nombreux, donc, et côtoient les étudiants et les fonctionnaires, mais chaque catégorie est très facilement reconnaissable à son apparence : les fonctionnaires en tenues très strictes, les étudiants en tenue légère et souvent d’inspiration occidentale, et les ouvriers à torse nu ou portant de vieilles chemises ou de vieux vêtements militaires.
Une autre catégorie présente dans la zone universitaire est celle des policiers et des gardiens. Ce qui est frappant, c’est le jeune âge de ces agents. Beaucoup semblent avoir dans les dix huit ans au plus, et je dois avouer que je n’ai pas pu m’empêcher de penser, en les voyant défiler, à ce que furent beaucoup de leurs parents une génération plus tôt – des gardes rouges. Je peux me tromper bien sûr, car il est très difficile pour nous d’estimer l’âge des Asiatiques, mais ils m’ont l’air vraiment très jeunes, et lorsqu’on n’en a pas l’habitude, c’est assez déstabilisant : on a presque l’impression qu’ils ne sont pas vraiment policiers mais qu’ils jouent à la police. Beaucoup, comme dans l’Université, ne portent pas d’armes à feu, mais sont armés de matraques qu’ils agitent constamment sous votre nez, comme ce petit policier d’un mètre soixante qui faisait les cent pas et surveillait les files d’attente dans la banque du campus, ne répondant aux questions que par des gestes, des grognements ou des mots brefs, une moue de butor plaquée sur son visage d’adolescent…
Les travailleuses que j’ai vues, que ce soit dans les magasins, dans les bureaux ou dans d’autres lieux de travail, me semblent elles aussi très jeunes. Ce phénomène n’est pas inintéressant, car avec les déséquilibres démographiques causés par le contrôle des naissances (et en disant ça, je ne remets pas en cause le fait qu’il s’agissait d’une réforme nécessaire),