« DANS LE CIEL VIDE DE LA CHINE... »

Publié le par David L'Epée

 

Il y a quelques semaines, comme je l’avais noté sur le blog, le Département d’Etat des USA avait attaqué la Chine sur la question des Droits de l’Homme ; il avait eu droit à une réponse très sèche des autorités chinoises qui lui avaient renvoyé la politesse en publiant un rapport incendiaire sur l’état déplorable des Droits de l’Homme aux Etats-Unis et en lui conseillant de nettoyer devant sa porte avant de jouer les gendarmes du monde...

 

Aujourd’hui, c’est la question des minorités religieuses en Chine que le justicier étasunien a pris comme nouvelle cible. Comme chacun sait, les Etats-Unis ne sont pas étrangères à la création et au fonctionnement de certains grands groupes évangélistes en Asie, et elles n’apprécient pas que leurs petits protégés se voient régulièrement remis à l’ordre par les gouvernements locaux. Il n’est pas impossible non plus, si j’en crois certaines sources, que les Américains n’aient engagé quelques intérêts dans une importante secte religieuse chinoise dont je tairai le nom ici (ceux qui connaissent comprendront) et qui, elle aussi – comme par hasard – mène un long travail politique visant rien moins qu’à la chute du régime communiste... Je ne m’avancerai pas plus sur ce point brûlant.

 

Un énième épisode de l’histoire des tentatives d’ingérence américaine dans la vie politique chinoise. Une dépêche Xinhua datée du 8 mai nous explique :

 

« Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé mardi son fort mécontentement ainsi que sa ferme opposition face à un rapport d'un organisme religieux des Etats-Unis contre la situation religieuse en Chine. La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a critiqué encore une fois la situation religieuse en Chine et dans d'autres pays en voie de développement dans son rapport annuel 2007, a indiqué la porte-parole Jiang Yu. La partie du rapport concernant la Chine déforme la réalité et accuse la Chine de ses politiques religieuses et minoritaires, ce qui montre encore une fois l'ignorance et les préjugés de cet organisme, a souligné Mme Jiang.


"Il est évident pour tous que le gouvernement chinois protège la liberté de croyance religieuse de ces citoyens en vertu de la loi et que les citoyens chinois jouissent d'une liberté de croyance totale, protégée par la loi", selon la porte-parole. "Nous conseillons à l'USCIRF d'arrêter de s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays sous prétexte de religion", a- t-elle fait remarquer. »

 

La religion semble ici en effet, une fois de plus, n’être qu’un prétexte. Les autorités étasuniennes défendent bien évidemment l’évangélisme, en pleine expansion en Chine, car c’est presque devenu aux USA la religion d’Etat, et parce que ces milieux sont intimement liés au lobby républicain qui a permi la réélection improbable du président Bush. L’évangélisme, la religion la plus expansionniste sur la surface du globe, cherche partout où elle se répand à destabiliser les structures sociales en place pour le compte du modéle américain, ce n’est un secret pour personne.

 

Ces messieurs voudraient aussi défendre les catholiques car certains rêvent encore que le pape Ratzinger fasse sur la Chine le même travail de sape que son prédécesseur Jean-Paul II sur l’Union soviétique... Quant aux bouddhistes, on s’intéresse surtout aux lamaïstes car, par leur revendication d’un Tibet indépendant, ils servent objectivement (quoi que sans s’en rendre compte) les intérêts géostratégiques des Etats-Unis en Asie.

 

A ce propos, les autorités chinoises lançaient il y a quelques jours (le 11 mai) un avertissement au gouvernement belge au sujet des tentatives de subversion des lamaïstes en Europe. C’est ce que rapporte l’agence Xinhua :

 

«  La Chine a demandé jeudi aux pays concernés de rester très vigilants face aux tentatives du Dalaï Lama de saboter leurs relations avec la Chine et de diviser le pays. "Nous souhaitons que les pays concernés puissent redoubler de vigilance contre les remarques et les actions de la clique du Dalaï Lama, destinées à saboter leurs relations avec la Chine et à diviser la patrie", a dit Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse régulière. [...]

 

Le Dalaï Lama représente une force politique de l"'indépendance du Tibet", à laquelle est fermement opposée le gouvernement central, a-t-elle indiqué. Les paroles et les actions du Dalaï Lama ces dernières décennies ont pleinement prouvé qu'il n'était nullement une simple figure religieuse mais un exilé politique ayant conduit des activités de division de la patrie sous prétexte de religion depuis des années, a souligné Mme Jiang. Peu importe à quelles activités il participe, en quel nom et à quel endroit, il ne s'agit ni d'une simple question religieuse ni d'un acte individuel. »

 

Il y aurait peut-être aussi quelques mots à dire sur les musulmans chinois mais les USA semblent avoir un peu moins de sollicitudes pour ces fidèles-là...

 

Pour conclure, je ne peux pas m’empêcher de citer Alain Peyrefitte qui, dans les années 1970, traitait déjà du problème chrétien en Chine, mais de manière beaucoup plus pragmatique :

 

« Trois millions de baptisés sur huit cent millions de Chinois, c’est-à-dire 0,4% - alors qu’on en compte 80% dans un pays aussi déchristianisé que la France , « pays de mission ». Sur ces baptisés, quelle proportion souffre de ne pas pratiquer librement son culte ? Un problème qui n’existe guère que pour un Chinois sur mille est-il un problème pour la Chine ? Compte-t-il, auprès de la révolution en marche ?

 

Nos interlocuteurs chinois, si fiers de pouvoir dire que l’on obtient deux récoltes de riz au lieu d’une et que l’on triple le rendement du blé, ne comprennent pas la préoccupation obsessionnelle que nous apportons au statut d’une infime minorité catholique. Un chrétien répondra qu’il ne s’agit pas du statut d’une minorité, mais de l’annonce de la venue du Christ dans le ciel vide de la Chine : une seule brebis perdue compte plus que les quatre-vingt-dix-neuf autres… Un Chinois maoïste répondra qu’il n’entend pas ce langage. »

 

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera…, tome II, Fayard, Paris , 1973, p. 202-203)

 

 

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Publié dans polémiques

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