QUELQUES EXEMPLES DE L’ORDRE MORAL CHINOIS (II)

Publié le par David L'Epée

Pour connaître le niveau moral d’une communauté moderne, dans une société dite de communication comme le sont les nôtres, il est toujours intéressant de se tourner vers les médias et spécialement vers les médias de masse. Ces derniers indiquent toujours l’étalon, la norme des comportements moraux tels que les dominants voudraient les voir se généraliser, mais cett norme, ils ne l’indiquent que dans la mesure où ils la préconisent, la recommandent, la prônent et la glorifient. La population réelle peut avoir plus ou moins de retard dans l’observation des normes prescrites mais le but des médias reste de les conformer tôt ou tard au schéma idéologique qu’elle met méthodiquement en place.

 

C’est le cas dans tous les pays modernes, y compris les nôtres, y compris la Chine aussi. Il y aurait beaucoup à dire sur le contenu idéologique sous-jacent dont on nous abreuve et nous matraque à travers les blockbusters hollywoodiens, les feuilletons américains, les émissions de téléréalité et les plateaux peoples parisiens, mais ce n’est pas notre sujet. Nous allons voir ce qu’il en est en Chine, quels messages cherchent à donner les mass media, notamment la télévision, et en quelle mesure ces impératifs s’accordent ou ne s’accordent pas avec les moeurs réelles du peuple chinois.

 

Premier exemple : les émissions musicales de découverte de jeunes talents. Le concept de la Nouvelle Star , bien connu chez nous, consistant à donner leur chance à de jeunes artistes méconnus pour en faire d’éphémères stars, existe également en Chine. Je dirais même que ce concept s’intègre encore mieux ici que chez nous car le milieu musical contemporain non commercial y est beaucoup moins développé que chez nous (la plupart des genres musicaux underground venant des genres étrangers, d’origine noire ou blanche (1) ), ce qui suscite bien moins de contestation de la part des artistes locaux. Mais si la pop qu’on distille dans ces émissions n’a rien de spécifiquement chinois (à part la langue des paroles), il n’est toutefois pas question de s’abaisser aux mêmes exhibitions, aux mêmes scandales que les collègues occidentaux.

 

Le quotidien québécois Matinternet du 8 avril explique quelles seront les règles à suivre :

 

« Avis aux amateurs: il n'y aura ni larmes, ni cheveux fous, ni chansons malsaines dans la version chinoise de la Nouvelle Star sur les petits écrans à compter du mois prochain. Ainsi en a décidé vendredi l'autorité chinoise de régulation de l'audiovisuel. "Pas de bizarrerie, pas de vulgarité, pas de mauvais goût" : telle est la consigne transmise par l'Administration d'Etat pour la radio, le cinéma et la télévision à la société de production Happy Boys Voice, a rapporté l'agence officielle Chine nouvelle. [...]

 

Que la production se le tienne pour dit : la Nouvelle Star chinoise ne devra faire entendre que "des chansons saines et inspirées d'un point de vue éthique", éviter les scènes de fans en folie et de concurrents en larmes, et "maintenir une atmosphère heureuse". »

 

Deux jours plus tard, une dépêche Xinhua précise quelles sont les directives du gouvernement sur le contenu des diffusions télévisées. Et cette fois, ce sont l’ensemble des émissions qui sont concernées :

 

« Le contrôleur chinois de la radiodiffusion et de la télévision a recommandé mardi aux stations de radio et aux chaînes de télévisions de refuser les programmes vulgaires au profit de productions saines. L'Administration d'Etat de la Radiodiffusion , du Cinéma et de la Télévision (AERCT) a appelé les départements administratifs de la radio, du cinéma et de la télévision ainsi que les organisations de radio et télédiffusion à préserver le prestige des stations de radio et de TV. Elle a mis en garde les personnalités de la radio et de la TV qui recherchent l'audience en satisfaisant les bas intérêts d'une minorité par la diffusion de programmes vulgaires. Les stations qui échoueront à surveiller la qualité des programmes se verront infliger des pénalités sévères.

 

Lors d'une conférence en novembre dernier, le directeur adjoint de l'AERCT, Zhang Haitao, a défini comme programmes vulgaires ceux dont les contenus représentent la violence, la pornographie, le crime et l'horreur. L'AERCT a indiqué que les programmes sains devaient exceller à la fois dans le contenu idéologique et dans la qualité artistique. »

 

Pour la qualité artistique, les objectifs sont loin d’être atteints si j’en crois ce que je vois sur les chaînes du service public, mais pour le contenu idéologique, force est d’admettre que les ordres sont respectés et qu’il y a de nombreux débordements familiers aux téléspectateurs occidentaux qu’on ne verra jamais sur les écrans chinois. Cela agacera de nombreux observateurs étrangers mais prendre le contrepied de la TV selon Berlusconi (désormais étalonnage de la plupart des télévisions européennes) n’est-il pas de bon augure pour la salubrité publique ?

 

 

(1) Car que peut opposer la musique contemporaine à la pop aseptisée ? Rock, hip-hop, jazz, punk, reggae, metal, blues, funk, etc : tous ces genres sont respectivement d’origine noire ou blanche – pas jaune. Il est beaucoup plus difficile dans ces conditions d’organiser une résistance culturelle qui ne soit pas uniquement tournée ou vers le passé ou vers l’étranger. Heureusement, j’ai remarqué à Pékin qu’avec l’éclosion et le développement des soirées slam, les genres underground, la chanson à textes chinoise et la poésie retrouvent un nouveau printemps.

 

 

 

 

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