SOUVENIRS : MES PREMIERS JIAOZI

Publié le par David L'Epée

Je vous ai dit il y a quelques jours que j’avais appris à préparer les 饺子(jiaozi), les raviolis chinois, avec la famille de Yiqi. J’oublie de préciser que j’avais déjà fait un premier essai en Suisse, lors d’une soirée organisée chez elle par Yiqi et ses amis chinois expatriés. Cette préparation avait été assez épique et, en guise de divertissement, je reproduis ci-dessous le passage de mon journal d’alors (c’était en mars 2006) qui relate cet épisode :

 

 

Je fus présenté à la compagnie comme l’élève de Yiqi, on me salua avec de grands sourires ostentatoires et autres poignées de mains vigoureuses. A peine arrivés, chacun déposa sur la table, comme pour légitimer sa présence, un grand nombre de bouteilles de vin et de whisky – de quoi abreuver tout un régiment de l’Armée Populaire de Libération.

 

« Ah, nous préparons des 饺子? remarqua un Chinois de petite taille au visage rond et aux cheveux ras, qui semblait être le meneur du groupe. Laissez-nous faire, nous sommes des spécialistes ! »

 

Il n’eut pas plus tôt fini sa phrase que les quatre compères s’agitèrent en tous sens, dévalisèrent les armoires, et se mirent au travail de façon frénétique, sous les directives du petit homme aux cheveux ras qui attribuait les tâches à chacun, à la manière d’un chef de commune populaire, ponctuant tous ses ordres et ses mouvements de « hop ! hop ! » dynamiques qui conféraient à toute cette agitation un air de chorégraphie survoltée. Je restais assis, les bras ballants, désemparés, devant ce cyclone impétueux qui faisait voler casseroles, spatules et baguettes en tous genres. Un peu abasourdi par cette précipitation, je me sentais comme Bilbo le Hobbit lors de l’invasion inattendue de sa maison par les Nains. Ici, on hachait les champignons ; là, on faisait crépiter l’huile dans la poêle ; des nuages de farine éclataient dans l’air ; tout semblait se dérouler en accéléré, on s’asseyait, on se relevait, on gesticulait, on s’affairait en tous sens, au rythme effréné des « hop ! hop ! » scandés par le chef de commune populaire.

 

L’entrée en scène désarmante de cette petite bande d’hystériques m’avait tout d’abord laissé dubitatif, certes, mais je dus convenir que ces Chinois étaient des maîtres dans l’art culinaire, et la manière qu’ils avaient de travailler en équipe était véritablement impressionnante. Le collectivisme fait des merveilles, pensai-je en moi-même en voyant s’amonceler les petits 饺子 dodus sur les plats ; il y a à nouveau là de quoi tirer des enseignements.

 

Une fois les 饺子 jetés dans l’eau bouillante, nos maîtres queux se calmèrent un peu et débouchèrent les premières bouteilles. La discussion s’anima ; on chantait, on riait, mais je ne comprenais pas grand-chose car tout se passait en chinois. Puis un nouveau personnage fit son entrée dans l’appartement : le colocataire de Yiqi, un Jurassien un peu bourru (comme tous les Jurassiens) qui glissa un œil furtif par la porte de la cuisine, décontenancé par toute cette animation. Il allait rejoindre sa chambre à pas de loups après un salut timide, mais un des Chinois bondit sur lui, l’attrapa et l’assit de force sur une chaise, lui présentant un verre de vin et une assiette vide qui n’allait pas tardée à être remplie. Il resta assis au milieu de la compagnie, l’air vaguement tétanisé, se demandant certainement ce qui était en train de se passer dans sa demeure d’habitude si tranquille. Je ne faisais pas meilleure figure, la chemise toute enfarinée – des inconvénients de s’habiller en noir aux moments inadéquats – tiraillés de tous côtés par ces Chinois qui me harcelaient de questions, me donnaient de grandes tapes dans le dos, me conseillaient mille ouvrages à lire pour apprendre leur langue, et me promettaient tous de m’accueillir à mon arrivée à Pékin.

 

Puis la soupe fut servie ; on remplit mon assiette mais à peine en avais-je pris deux cuillérées qu’on me dit que je ne devais pas me forcer et que je n’étais pas obligé de finir. J’allais répondre que c’était très bon et qu’il n’y avait pas de problème, mais on s’exclama que cette soupe était trop salée et on me retira mon assiette aussi prestement qu’elle était apparue. Mon assiette de 饺子 connut le même sort (il y avait trop de vinaigre, paraît-il) et les plats continuèrent à se succéder à un rythme endiablé, me laissant à chaque fois à peine le temps d’y goûter, avant qu’on me le resserve trois minutes plus tard sous une nouvelle forme, et qu’en picorant çà et là et en trompant la vigilance de ces méticuleux cuisiniers, je pus me rassasier – et même plus que cela, car les mets étaient bien trop abondants et nous en laissâmes une grande partie.

 

Cette manière survoltée de manger dans un tourbillon d’assiettes mobiles et intermittentes n’est certainement pas la plus propre à une saine digestion, mais pour la compagnie, cela semblait aller de soi, au grand désarroi du Jurassien et de moi-même, petits Suisses décontenancés par cette étrange manière de procéder.

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Publié dans mon quotidien

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D
Bonsoir, bonne nuit plutotJe me permets de vous faire un petit appel du pied meme si je ne connais votre blog ni d'Adam ni d'Eve. Je vous ai deja apercu sur le blog de PH, je ne sais plus lequel. Il vient de laisser un  post qui vous interessera vivement. Je me suis permis de mettre un lien en attendant. Bon w-e, bonnes elections.D_vu
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