LES AMOURS INSIPIDES DES CANARDS, LES QUATRE NOUVELLES PESTES ET LES CHIENS DE GARDE DE LA TELEVISION

Publié le par David L'Epée

Comme cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas alimenté (sans jeu de mots) la rubrique gatronomique du blog, nous commencerons notre revue de presse d’aujourd’hui par une note culinaire. Le Quotidien du Peuple du 16 mars nous parle du repas pékinois le plus connu à travers le monde : le canard laqué. Mais, au milieu de la description appétissante de la recette, le journaliste a glissé quelques considérations philosophiques pour les moins étonnantes...

 

« Quand le canard est bien préparé, la peau est or et croustillante, la viande est fine et le goût est très délicieux. D'abord on coupe de la viande de canard en tranches, et on les met dans un crêpe comme de la farce avec de la sauce salée et sucrée, des concombres, et des oignons. C'est vraiment un aliment exquis ! Mais quand on mange plusieurs crêpes roulées le canard laqué, on trouvera un peu gras. Cela ressemble à la vie amoureuse des riches. Nous les envions, mais en réalité, seuls des riches connaissent une vie amoureuse insipide. »

 

Si un lecteur a une proposition d’explication sur cette dernière phrase, qu’il la laisse en commentaire, elle sera la bienvenue...

 

Dans le registre désormais classique du crachat pékinois (je ne mets plus les liens du blog qui s’y rapportent car ils sont maintenant trop nombreux), revenons une dernière fois sur la CCPPC qui s’est maintenant achevée et qui a débattu une énième fois de ce glaireux problème, comme nous le rapporte Le Quotidien du Peuple du 13 mars :

 

« Dans les années 50, les mouches, moustiques, rats et punaises étaient connus en Chine comme les Quatre Pestes. Maintenant, cracher, ne pas faire les queues, fumer et les insultes sont les nouveaux interdits. Avec les Jeux Olympiques de 2008 approchant, ces derniers sont les Quatre Nouvelles Pestes selon Zi Huayun, un membre de la Conférence Consultative politique du peuple chinois . [...] "Bien que ces Quatre Nouvelles Pestes semblent être des détails, elles sont des maladies récalcitrantes qui ternissent l'image de la capitale" [...] "Nous devrions également instaurer quelques nettoyeurs amovibles dans les rues de Pékin qui récupèreront les déchets et les brandiront à la tête de ceux qui salissent" a-t-elle expliqué. »

 

Depuis, je rêve de voir une telle scène dans la rue, accompagnée bien sûr d’une dénonciation publique, d’une autocritique en bonne et due forme du criminel et d’une promotion en haut lieu pour le « nettoyeur amovible » au civisme exemplaire. J’espère pour lui, néanmoins, que le déchet incriminé ne sera pas un crachat car il risque d’avoir quelques difficultés à le « brandir »...

 

Politique internationale maintenant. Quatre ans après le déclenchement de la guerre en Irak, Le Quotidien du Peuple du 20 mars consacre son éditorial à cette catastrophe. On notera la ferme condamnation de la stratégie d’agression des Etats-Unis (condamnation qui ne cache pas sa satisfaction de voir le fiasco rencontré par cette entreprise militaire dans l’opinion publique mondiale) et le recours aux penseurs de l’ancienne Chine pour porter un juement sans appel :

 

« Hélas, quelle déplorable et lamentable guerre dans laquelle se fourvoient et se dépêtrent les Etats-Unis durant ces quatre années en Irak ! [...] Les rassemblements et les manifestations contre la guerre en Irak organisés à travers tous les Etats-Unis montrent que depuis les quatre années qui ont suivi le déclenchement de cette guerre, un nombre croissant d'Américains comprennent que celle-ci est un grand malheur, un cruel fléau et un pénible désastre pour les deux peuples des Etats-Unis et de l'Irak. [...]

 

Les sondages effectués dans divers pays du monde, y compris les proches alliés des Américains, tels que la Grande-Bretagne , l'Australie, le Japon et l'Allemagne, montrent que le prestige des Etats-Unis a subi un déclin brutal et est arrivé au niveau le plus bas. Lors de sa visite en Amérique latine, le Président Bush a rencontré partout des protestations qui prouvent que les Etats-Unis ont payé très cher leur aventure téméraire et hasardeuse en Irak et qu'ils ont subi un échec moral sans précédent. [...] Quatre années auparavant au 1er mai, le Président Bush, tout enorgueilli, se glorifiait de ses « succès » en Irak et déclarait au monde entier : la guerre contre l'Irak a remporté une entière et totale victoire ! Aujourd'hui où quatre années s'est écoulées, devant la marée des manifestations anti-guerre, Bush est obligé de se dérober au Camp David pour se creuser la cervelle afin de trouver les moyens de tirer son épingle du jeu et de se dégager de la situation difficile et embarrassante. [...]

 

Le philosophe de la Chine antique Sun Zi (né en l'an 535 av. J.-C.) a dit : L'envoi de troupes hors des frontières est une affaire d'Etat d'importance. Car c'est une question de vie ou de mort et c'est pourquoi on ne peut pas ne pas y réfléchir mûrement et prudemment avant d'agir. »

 

Et d’ajouter, deux jours plus tard, dans un éditorial intitulé sobrement La Chine est un grand pays qui agit de façon responsable :

 

« Depuis plusieurs siècles, notre planète a toujours été centrée sur le monde occidental. Aujourd'hui, malgré les grands et importants changements survenus dans notre monde, l'opinion publique occidentale continue à répandre et à développer la théorie selon laquelle l'Occident est le centre du monde, et cette théorie fait toujours fureur dans les pays occidentaux qui considèrent que si les autres se conforment à leurs idées et agissent comme eux, ils ont alors bien rempli leurs responsabilités ; mais si par hasard certains n'ont pas agi comme eux, ils affirment alors que ces derniers ne se sont pas acquittés de leurs responsabilités. La pensée que tout soit axé sur soi et que tous les autres doivent agir pour satisfaire son intérêt personnel est quelque chose d'irrationnel, d'illogique, d'absurde et d'inacceptable, et aucune personne sensée, judicieuse et responsable n'agirait comme cela. »

 

Toujours le 20 mars, la version française en ligne du Quotidien du Peuple commettait une maladresse de vocabulaire qui pourrait bien lui amener quelques ennuis de la part du gouvernement chinois :

 

« Les chiens de garde de la télévision chinoise ont interdit une station de télévision en ligne sur internet, pour avoir opéré sans licence, dans une énième tentative de réguler les programmes de télé en ligne. »

 

Pour information, ces « chiens de garde de la télévision chinoise » ne sont autre que la Direction Etatique de la Radio , du Film et de la Télévision (SARFT), c’est-à-dire un département d’Etat... Inutile non plus de rappeler que Le Quotidien du Peuple est le premier média de la presse officielle, donc dépendant de l’Etat. Le traducteur français du journal ignorait visiblement que l’expression « chien de garde » avait un sens clairement péjoratif, voire insultant. Imaginez un haut fonctionnaire du Parti comprenant le français et lisant cet article... On en a limogé pour moins que ça.

 

 

Autres sujets intéressants cette semaine sur Internet :

 

-          Ici le blog de Salut Public publie une analyse intitulée Ingérence et Droits de Réserve dans laquelle on parle, entre autres choses, de la misère des mingongs et des enjeux énergétiques chinois au Liban. 

 

-          Ici le blog du journaliste français Olivier Le Clouërec publie, à l’occasion de la journée internationale de la francophonie, le témoignage d’une jeune Chinoise étudiante en français sur son rapport à la langue française.

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Publié dans revue de presse

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