LES JAPONAIS EN PROIE AU DEMON DU JEU
Suite des aventures de Noé, comme tous les lundis

Un soir d'hiver, après la fatigue d'une journée froide, j'avais envie d'un bon revitalisant, quelque chose qui me redonne un peu de punch. Je suis donc allé avec un ami manger un bon bol de ramen très épicées. Non pas ces ramen instantanées et déshydratées que l'on trouve en container plastique dans les rayons asiatiques des grandes surfaces, auxquelles il suffit d'ailleurs d'ajouter un peu d'eau chaude quelques instants pour un repas improvisé, un rien malbouffe. Non, les vrais ramen japonaises dans des restaurants spécialisés dans ce plat. Une recette empruntée à
Le soir d'hiver suivant, je me suis rendu dans une salle de Pachinko malgré toutes les contre-indications de mes connaissances japonaises. Le phénomène est populaire et je voulais voir de quoi il en retourne. Dans les grandes villes, on aperçoit un peu partout ces salons de jeux d'argent au design très criard. Mais le plus déconcertant n'est ni le néon fluo tape-à-l'oeil ni le graphisme hideux qui s'en dégage. Non, une bien plus jolie surprise attend le visiteur ignorant. Quand les portes automatiques s'entrouvrent sur votre passage comme une invitation à rentrer, un tintamarre assourdissant vous envahit les oreilles avec la même agressivité qu'une rafale de vent sur le visage. Dès lors, on est déjà réticent à faire un pas de plus. Mais poussé par la curiosité, je m'aventure dans la nébuleuse. L'oreille ingénieusement conçue doit-t-elle sans doute par une réaction d'ordre physique se boucher instantanément de cire pour affronter une telle agression. Que dire alors des clients qui restent a l'intérieur de la salle à longueur de journée ?
Dans la pièce aveugle, éclairée aux seuls néons et derrière la brume épaisse de fumée de tabac on peut apercevoir, en rangées serrées comme des bidasses à l'appel, les fameuses machines à sous de Pachinko, sorte de flipper vertical japonais en plus primitif. La stratégie quasi-inexistante consiste à éjecter de petites billes, avec une molette automatique, qui filent sur un parcours de petits clous. Suivant le parcours aléatoire qu'elles empruntent, vous pouvez gagner d'autres billes pour continuer la partie. Une fois que vous en avez assez du jeu (c'est-à-dire tout de suite pour un individu standard) vous pouvez échanger en arrière-boutique vos billes contre monnaie trébuchante. Il va de soit que vous avez peu de chances de rapporter le gros lot et les plus acharnés s'accrochent désespérément devant cette machine supposée salvatrice représentant l'accès au bonheur et à la prospérité du petit peuple. Des parieurs en effet, se trouvent fréquemment chez les sans-emploi (mais où donc trouvent-t-ils donc l'argent pour jouer?), les retraités qui veulent essayer d'arrondir leurs fins de mois, et autres personnes souvent défavorisées par la vie,...
Je m'installe dans l'un des rares sièges disponible (malgré le nombre élevé de machines) et introduit 1000 yens dans l'appareil (env.12CHF). Après avoir fait tourner une molette, les billes sont éjectées et l'on en contrôle seulement la puissance de propulsion. Elles dégringolent à toute vitesse et l'on se contente de les suivre des yeux, cherchant encore innocemment une règle a ce jeu anarchique. C'est qu'elles ont vites fait de suivre la loi de la gravité, étant entraînées tout comme votre argent dans une fente obscure dont elles ne ressortiront jamais. Surpris par la sottise d'un tel jeu, on actionne encore désespérément le levier inerte, on cherche un principe, une erreur commise, et à regarder les faces endormies des pachydermes voisins, ont finit par se dire qu'on est trop grand pour ce genre de bêtise et trop naïf pour s'être fait voler de la sorte. Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus...
On trouve souvent à proximité d'un tel phénomène toutes sortes de machines à sous dont une seule, à mes yeux, vaut vraiment le détour. Il s'agit d'un appareil où l'on peut jouer seul ou à deux du taiko, sorte de tambourin japonais. On empoigne une paire de grosses baguettes en plastique et choisit sur un écran le niveau de difficulté et la musique désirée. Il faut alors taper le taiko en rythme suivant les indications défilant sur l'écran. Un petit point rouge signifie un petit coup de baguette sur la surface du tambour. Un gros point rouge symbolise un coup plus percutant. Les points bleus doivent quand à eux être tapés sur le côté du taiko. Il y a aussi toutes sortes de bonus ou éléments à roulement de tambour. C'est très amusant à jouer et pour une fois, le divertissement est exempt de violence ou autres armes à feu, ce qui est plutôt rare.