NOE DANS LA MONTAGNE
Suite des aventures de Noé, sur un ton particulièrement lyrique...

Je suis actuellement sur la dernière ligne droite qui me portera bientôt vers le sud du Japon, ma dernière destination. Je vais rester encore un mois ici à Shizuoka et bien profiter de voir les gens que j'ai eu l'opportunité de rencontrer. Sur un temps de séjour aussi long, on finit forcément par lier contact et comme c'était le cas en Russie, je présume qu'il sera difficile de laisser tous ces amis derrière.
Pour ce qui est de mon visa, je suis allé avec une amie dans une agence de tourisme et elle m'a aidé à acheter un billet d'avion pour la fin du mois de février. Mon visa m'aurait permis de rester encore un peu en mars mais les prix des compagnies aériennes montent fortement au début de cette période. Avec ce sésame, je me suis rendu à l'Office de l'Emigration, muni également d'autres papiers nécessaires et les formalités n'ont pas duré plus de cinq minutes. Et trois mois de visa de tourisme supplémentaire obtenu ! Dans la salle, pas mal d'étrangers des Philippines et de
Pas loin de ma maison se dresse une petite montagne-colline japonaise typique, contrastant assez fortement avec les montagnes suisses. Dans la ville, le sol est tout ce qu'il y a de plus plat, favorisant la circulation à velo. Puis, tout à coup, surgissant de nulle part, comme les champignons de L'Etoile Mystérieuse dans Tintin, dans un quartier résidentiel, derrière la façade d'une maison pousse, grimpe, jaillit, s'élève la silhouette d'une petite montagne. Alors qu'en Suisse la déclivité du sol va progressant depuis le plateau, le Jura, les préalpes puis les Alpes, le Japon offre un tout autre rapport. Le contraste entre la montagne et le plateau étant vraiment beaucoup plus fort et soudain. Autre différence notoire, le sol desdites montagnes est intégralement recouvert d'arbres, de sorte qu'on a l'impression d'observer une immense masse aux multiples teintes vertes, exempte de sol rocheux comme support.
Ayant fréquemment l'occasion d'admirer cette douceur verte surpassant la domination humaine (il y est impossible d'y construire à cause de la nature du sol, ce qui fait que ces montagnes restent vierges), j'eus par un bel après-midi ensoleillé l'envie de m'essayer à la rencontrer. Je ne savais comment l'approcher ou la grimper, mais quand le désir se fait fort, rien ne peut y resister. Tournant autour, la tête en l'air, admirant son sommet, je finis par tomber sur une rangée d'escaliers qu'elle avait su accepter. Avalant avec la rapidité de ma jeunesse des volées de marches entières, je ne desirais qu'atteindre l'apogée, gagner le point culminant de cette intrigue. Je parvins essouflé et en sueur à son sommet, tout excité par ce qu'elle allait m'y faire découvrir. Et m'arrachant de la terre, elle m'offrit le ciel, me libéra de mon asservissement urbain l'espace d'un instant de bonheur.
Ô infinie grandeur ! Espace sans frontieres ! Champs de liberté ! Affranchissement des étendues infinies conquises par la traître main de l'homme ! Une promesse d'indépendance qui n'a cependant de vérité que dans son fantasme. Il nous manque en effet les ailes pour réellement s'enfuir... Et il faudra bien redescendre pour retrouver notre précédente condition prosaïque. Mais avant que l'éphémère ne prenne fin, je cueille du bout des doigts une ravissante feuille aux chaudes couleurs de l'automne, qu'elle a deposé en cadeau à mes pieds, témoin matériel de notre entrevue céleste.
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
Tout cela pour dire que du haut de cette colline qui jadis était un poste d'observation militaire de la plaine du Kanto (plateau régional du nord du Japon regroupant plusieurs grandes villes dont Tokyo), j'ai pu m'apercevoir que j'étais cerné par la densité urbaine. Prisonnier de la folie des hommes qui inlassablement ont construit des barrières entre la nature et eux-mêmes. Et de mes deux modestes pieds, il ne m'est pas facile de pouvoir m'enfuir vers les oasis verts qui pointent a l'horizon. Situation qui était bien différente depuis la petite ville de Neuchâtel, située entre lac et montagne, jamais réellement bien loin de la campagne.