NOUVEL-AN AU JAPON
Retour des aventures japonaises de Noé après quelques semaines de silence. Faisant écho à ce que j’ai pu écrire sur les fêtes de fin d’année en Chine, Noé nous parle aujourd’hui de la version japonaise de ces célébrations.

Décembre, c'est bien entendu le dernier mois de l'année et la période des fêtes. Bien que des réjouissances aient lieu au Japon, elles sont quelquepeu différentes de celles qu'on peut voir en Europe, culture oblige. Premier constat général qu'on peut faire, Noël et Nouvel-An ont à peu près un signification contraire. Alors qu'en Occident, Noël se fête avec la famille et Nouvel-An avec les amis, on peut constater l'effet inverse en terre nipponne, soit Noël avec les amis et Nouvel-An en famille.
Noel, c'est avant tout un concept commercial qui trouve place dans la décoration des vitrines, dans les allées illuminées de guirlandes colorées, devant les portes des boutiques où se trouvent sapins en plastique et Père Noël électriques gigotant en saccades, et enfin dans les supermarchés avec produits aux couleurs de Noël et fameuses cuisses de poulet a l'américaine (avec os). Détail significatif : au Japon, on ne vend plus le poulet entier car peu de foyers prennent encore le repas en famille, faute de temps. C'est chacun de son côté, suivant l'emploi du temps, entre le travail, les réunions d'association de quartier, les cours de musique, le sport, les cours de répétitions scolaires (jukku) , les examens du dimanche, etc.
Pour Noël, on emméne généralement sa copine au restaurant, comme une sorte de Saint-Valentin à l’occidentale. On peut également manger un gâteau qu'on appelle "Christmas Cake" qui est une sorte de gâteau-éponge à la crême et aux fraises. Je ne sais pas d'où il sort mais ça semble être la tradition nipponne. Sinon le phénomène en lui-même est assez peu religieux, mis à part pour les chrétiens pratiquants qui, cette nuit-là, tout comme je l'ai fait, se rendent à l'église pour prier. Le jour en lui-même n'est pas férié du tout et tout le monde va au travail comme d'habitude. Certaines familles pratiquent cependant la distribution des cadeaux aux jeunes enfants, mais sans le sapin.
Noël n'étant pas un événement majeur, c'est sept jours plus tard que prend place l'une des plus importantes célébrations japonaises : Shogatsu, soit Nouvel-An. Pour une partie de la classe japonaise, cette célébration commencera le 31 décembre au soir pour se finir le 4 janvier. Pendant cette période, les employés ont normalement congé et les magasins sont censés être fermés, mais cependant, avec le libéralisme actuel, rares sont plutôt les magasins et autres surfaces qui prennent réellement des jours de congé. La tradition voudrait que pendant cette trève (la seule de l'année), on puisse se reposer et ne rien faire de fatiguant ou de pénible. Dans cette intention d'ailleurs, on peut confectionner (ou acheter) des boîtes-repas, un peu comme un panier pique-nique, composé de mets froids généralement plutôt gastronomiques. On nomme ces boîtes empilées (on peut faire plusieurs étages) Osechi. Cet Osechi permet alors non seulement de ne pas cuisiner pendant cette période, mais également d'avoir de la nourriture disponible pendant la fermeture des magasins. Mais l'ouverture bientot généralisée des surfaces commerciales tend gentiment à effacer cette tradition.
Autres élément symbolique de cette fête, les Toshikoshi Soba. Ce sont des nouilles de sarrasin ayant un peu la forme de nos spaghettis, qui sont consommés a
Pour ma part, j'ai pu joindre le patron du magasin ou j'étudie ainsi que sa femme et nous sommes allés dans un temple bouddhiste pour sonner les fameux cent huit coups de cloches qui annoncent le début de la nouvelle année. Ces cent huit coups symbolisent les cent huit péchés du bouddhisme et sont là chaque année pour nous rappeler ce mal. Chaque personne a ce soir-là la possibilite de pouvoir faire résonner la cloche une fois. Fort heureusement, nous sommes arrivé quelquepeu en avance et je me suis retrouvé le dixième de la file, ce qui fait que par le froid mordant qu'il y avait cette nuit, nous n'avons pas dû trop attendre.

Dans la cour centrale, à la lueur de la lune, quelques moines ont entonné en choeur une prière au Bouddha. Puis nous nous sommes fait offrir une petite tasse de saké chaud (alcool de riz) qui fut fort appréciée. Comme cette année, nous nous trouvons être dans l'année du sanglier, un pavillon du temple qui n'ouvre que tous les douze ans (zodiaque chinois) nous a été dévoilé et nous avons pu admirer un petit autel avec statue de sanglier, symbole autrefois de la victoire militaire, bien utilisé par le général Tokugawa dans la grande bataille de Sekigahara, premier pas de l'unification du Japon. Une bataille qui avait alors eu lieu dans la région.
Puis nous nous sommes rendus dans un temple shintoïste, le plus important de Shizuoka, nommé Sengen-ji. Les Japonais qui ne sont pas de fervents pratiquants religieux se réfèrent cependant autant au shintoïsme qu’au bouddhisme dans divers aspects culturels et sociaux de la vie nippone comme pour les naissances, célébrations, mariages, prières, décès, etc. Et ces deux mouvements de pensée ne sont en fait pas contradictoires comme on pourrait le penser. Ce soir-là, le temple était très fréquenté et dans le parc qui l'environne s'étallaient plusieurs dizaines de petites échoppes ambulantes vendant toutes sortes de nourriture comme des pommes enrobées de sucre, des bananes au chocolat, des takoyaki (boules de pâte grillée au poulpe), des brochettes de poulet grillé, des crêpes, des mais grillés, etc. Le temple lui-même n'était pas en reste et avait de grands stands dans les bâtiments du temple qui vendent des porte-bonheur, des almanachs, des représentations de flêches pour chasser le mauvais sort, etc. Il faut dire que les temples japonais ne subsistent pas avec une taxe ecclésiastique comme chez nous mais rendent des services (payant) à la population et proposent toutes sortes d'amulettes et gri-gris. Quand on fait une prière, il est également de tradition de jeter dans une boîte a offrande une pièce de 5 yens (soit environ 6 centimes suisses). Après avoir acheté une barquette de takoyaki, nous avons donc fait nos voeux pour la nouvelle année puis, sous les rafalles de vent glacé, avons fini par regagner rapidement nos demeures. Nous n'avons pas eu le courage cette année de rester dehors jusqu'au premier lever de soleil. Ca sera pour la prochaine fois.
A l'instar de nos cartes de voeux composées du traditionnel « Joyeux Noël et Bonne Année », les Japonais ont également des cartes de voeux appelées nengajo. Elles sont imprimées d'un côté afin d'y inscrire l'adresse postale et on peut souvent personnaliser le dos soi-même. Soit y écrire un mot, soit y dessiner un motif, soit même y imprimer quelques illustrations toutes faites qu'on trouve sur un CD-ROM à l'intérieur d'un magazine ; dans ce cas, les illustrations représentent souvent l'animal zodiaque de l'année. On envoie ces cartes de voeux aux collègues de travail, aux clients, aux amis, à la famille et c'est un travail de longue haleine. Des amis que j'ai visité pour leur adresser mes voeux de nouvelle année en avaient reçu plus de trois cent. Ils ont donc également dû en envoyer un joli petit paquet. Ces cartes ont ceci de spécial qu'elles doivent arriver précisément le premier janvier. La poste a donc mis un système en place dans lequel on met de côté ces cartes et on emploie temporairement des centaines d'étudiants pour les distribuer le jour dit. Sur le côté imprimé de la carte se trouve un numéro qui permettra de participer le 15 janvier à un tirage au sort et de pouvoir remporter de nombreux petits prix comme une télévision, des appareils électriques et d’autres produits ménagers. Mais quand on reçoit des centaines de cartes, à moins d'avoir beaucoup de temps, je doute qu'on vérifie chaque numéro.
En fin d'année, on assiste également au Bonenkai ou réunion de fin d'année au sein des entreprises. J'ai donc été introduit par une amie pour pouvoir faire office de garçon et servir boissons et nourriture au bar. Cela c'est deroulé dans la cantine d'une grande entreprise pharmaceutique, transformée et embellie pour l'occasion par une entreprise qui organise des fêtes et mariages, et dont j'ai fait partie ce soir-là. En plus de l'éperon de serveur, je me suis vu coiffé du classique bonnet de Père Noël. J'ai passé la majeure partie de la soirée derrière le comptoir avec un jeune Belge incroyable. Ce dernier ne porte que de l'orange et tout le temps le même habit. Non qu'il ne le lave pas, mais c'est qu'il en achète une bonne cinquantaine pour être sûr d'avoir du stock. On peut trouver au Japon un magasin nommé Uniclo qui ressemble un peu a Switshirt dans le concept : habits aux coupes simples et teintes unicolores. Je lui ai donc demandé s’il s'etait fourni dans ce genre de boutiques bon marché. Il m’a répondu que ce n'est pas le cas car dans ce genre de magasins, les teintes peuvent légèrement varier suivant les saisons, il se rend donc dans une boutique d'uniformes où les habits sont exactement les mêmes chaque année. Un peu special et comique, ce Belge !
Sur ces paroles légères, je vous dis à la prochaine et vous souhaite tout le meilleur pour cette année 2007 ! 
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com