« AUX FRONTIERES DE LA HONGRIE, ILS N’ONT PAS REAGI... »

Publié le par David L'Epée

                                

Je reproduis ci-dessous les paroles de Budapest, une chanson très partisane du chanteur français Jean-Pax Méfret sur la révolte hongroise de 1956. Je ne le cite qu’à titre d’ « objet culturel », car du reste, Jean-Pax Méfret est un artiste assez nauséabond : se qualifiant lui-même de réactionnaire, proche de l’extrême droite, engagé sur la scène de la musique dite « identitaire », son oeuvre se résume à des pamphlets anti-communistes et des apologies de l’Algérie française.

 

Ils étaient plus de cent mille

Ils marchaient dans les rues

La neige tombait sur la ville

Tu ne t’en souviens plus...

Ils venaient pour protester

Ils criaient des slogans

Des ouvriers

Des étudiants

Soudain, ils ont vu des chars

Qui stationnaient sur les boulevards

Ils ont vu les soldats armés

Ils ont chanté la Marseillaise

Un morceau d’histoire française

Tout d’un coup, les a fait rêver

Helena avait quinze ans

Elle a pris un fusil

Izvan n’avait que douze ans

Il est mort aussi

Si je chante cette chanson, c’est pour que le souvenir reste

Gloire aux enfants de Budapest !

Soudain, ils ont vu des chars

Qui avançaienr sur les boulevards

Ils ont vu les soldats tirer

Ils ont chanté la Marseillaise

Un morceau d'histoire française

Dans leur coeur cognait : liberté ! 

Ils étaient plus de cent mille

Ils couraient dans les rues

Le sang coulait sur la ville

Tu ne t'en souviens plus... 

Aux frontières de la Hongrie

Ils n'ont pas réagi

La suite, c'est Prague et Varsovie

Là-bas, il y a des chars

Qui stationnent près des boulevards

Il y a des miliciens armés

Dans les prisons polonaises

On se tourne vers la terre française

En criant : Solidarité ! 

 

Si je chante cette chanson, c’est pour que le souvenir reste

Gloire à tous ceux qui luttent à l'Est !

 

Il me paraît donc intéressant d’observer comment l’extrême droite a pu faire son jeu de cet événement, notamment ici en célébrant un utopique « modèle français » dans l’action des insurgés (allusions à la Marseillaise et aux prisonniers qui « se tournent vers la terre française »), et en plaçant cette révolte comme élément déclencheur des troubles qui allaient mener quelques décennies plus tard à la chute de l’URSS (« la suite, c’est Prague et Vasovie »).

 

La révolte de Hongrie est toutefois difficilement récupérable, car au stade actuel de la recherche historique, il semblerait bien qu’elle ait eu lieu de façon tout à fait spontanée, et qu’elle soit le fait du peuple hongrois lui-même, et non par l’action souterraine des agents américains, comme ça a souvent été le cas en URSS (et comme ce le fut plus récemment en Ukraine avec la Révolution Orange ) et comme l’avaient craint la Chine – ce que j’essaie de démontrer dans mon billet d'il y a quelques jours.

 

Car il n’y a pas que les impérialistes qui trouvaient leur compte dans cette déstabilisation de l’URSS. Les fascistes de tous bords, plaçaient leurs espoirs, par idéologie, dans le retour d’un gouvernement ultra-nationaliste débarrassé du communisme (un peu comme cela se passera plus tard en Pologne où les sympathiques ouvriers révolutionnaires de Solidarnosc ont laissé place à d’écoeurants populistes catholiques et xénophobes). Leurs espoirs ont été déçus puisque actuellement, c’est une clique socialiste qui dirige le pays – ce qui ne vaut vraiment pas mieux, si on en croit ce qu’on dit de ce gouvernement corrompu et menteur. Mais pour combien de temps encore ?

 

Comme vous l’avez vu si vous avez lu la presse ce mois de septembre, la Hongrie pourrait bien rentrer une fois de plus en révolution. Cette fois, celui qu’on veut déloger de son trôle s’appelle Ferenc Gyurcsany, et il est socialiste – ou plus exactement social-démocrate, ne mélangeaons pas tout. Il est accusé d’avoir menti au peuple pour se faire élire et d’avoir mis le pays dans une situation de blocage catastrophique, faisant échouer toutes les réformes lancées. Et ceux qui tiennent la rue sont des nationalistes, passablement noyautés par des groupes d’extrême droite. Etrangement, d’autres groupes dissidents, comme les communistes (ils reviennent !) et les anarchistes semblent trouver leur compte dans les émeutes qu secouent actuellement la Pologne , mais je crains hélas que ces éléments ne soient vite débordés par ceux qui ont pris les rennes du mouvement. Réjouissons-nous de voir les sociaux-libéraux en difficulté, mais inquiétons-nous de ceux qui peuvent prendre leur place.

 

Ce gouvernement est de plus en plus fragilisé, la crise est loin d’être finie, et après Hongrie 56 pourrait bien venir Hongrie 2006, avec un vrai retour du nationalisme hongrois... Entre deux maux, difficile de savoir quel est le moindre.

                                     

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Publié dans mémoire

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