« MÊME USÉES, MES DÉFROQUES SONT TROP GRANDES POUR TOI »
Encore un dernier extrait du Chien de Mao de Lucien Boudard. Celui-ci me semble intéressant parce que moins fantaisiste que bien d’autres passages du roman sur les relations entre les passages, il exprime quelque chose d’assez juste entre les rapports ambigus entre Mao Zedong et son épouse Jiang Qing.

Mao est de retour à Pékin. Malgré sa lassitude, il a convoqué Jiang Qing. Et elle est là, face à lui, et elle gronde :
« Tu abandonnes
Mao, de son bras si faible, tente de l’interrompre :
« Ne dis pas qu’ils veulent me tuer. J’ai confiance en eux.
« Comme tu avais confiance en Liu Shaoqi et en Lin Biao. Mais hier, tu avais su réagir, recouvré tes esprits, maintenant tu as l’âge de la crédulité. Je te le répète, ils te haïssent et détruiront ton oeuvre.
Mao regarde Jiang Qing avec reproche : cette harpie ne l’épargnera donc jamais ! Il est si fatigué. Cependant, il essaie encore de s’expliquer :
« Laisse... Que puis-je faire que de m’en remettre à eux ?
Jiang Qing crie :
« Tu avais dénoncé l’économisme comme un crime, et maintenant tu dérailles.
« Ne hurle pas, mes oreilles sont fragiles.
« Tu acceptes que
«
« Tu emploies les mots de mes pires ennemis.
« N’est-tu pas, toi aussi, mon ennemie ? Je m’efforce de t’ouvrir les yeux, de te protéger contre toi-même et contre tes mollosses, et tu ne m’écoutes pas. Jiang Qing, l’heure est grave. Ne brandis pas trop l’étendard de
Lucien Boudard, Le Chien de Mao, Grasset, Paris, 1998