« LA CHINE ETAIT EN DEUIL »
Voici deux extraits du livre Le Président Mao est Mort de Du Qinggang. L’auteur, un intellectuel chinois ayant étudié le français pendant
Nous nous mîmes à pleurer bruyamment, plus fort que les cigales. Je versais des larmes comme une fontaine. Nos pleurs étaient sincères. Le ciel, tout d’un coup, nous paraissait assombri. Il nous offrait alors un jour ensoleillé plus noir que la nuit. Beaucoup de monde s’évanouit. Au début, nous n’en croyions pas nos oreilles car le bruit courait que Mao pouvait vivre jusqu’à cent cinquante ans. C’était, disait-on, la prévision scientifique du médecin. [...]
Mes parents me recommandaient souvent de retenir par coeur les grands exploits de Mao car sans lui, je vivrais à nouveau dans la misère, comme dans l’ancienne société. La chanson qu’ils aimaient le plus était L’Orient Est Rouge, dont je connais encore les paroles :
L’Orient flamboie, le soleil monte
En Chine a surgi Mao Zedong
Il nous apporte du bonheur, il est notre grand sauveur
Le Parti Communiste rayonne comme
Il nous éclaire là où il passe
Il nous a sauvés de la misère.
Mon père murmurait, les larmes aux yeux :
« Hélas, le grand soleil s’est couché... Mais il ne se relèvera plus demain. »
La rue était silencieuse. Les feuilles mortes voltigeaient dans le vent d’automne. Personne ne souriait. Les cinémas étaient tous fermés. A la radio, on n’écoutait qu’un air de deuil et L’Orient Est Rouge. Dans les restaurants, on ne buvait pas de vin. Et quand on se renontrait, on se saluait tout juste d’un signe de tête.
Mao est mort il y a vingt-six ans. Mais beaucoup de Chinois, notamment les ouvriers, lui témoignent une profonde gratitude. Au moment où la corruption fait rage dans le pays, les Chinois sont d’autant plus nostalgiques de l’époque de Mao durant laquelle les cadres étaient beaucoup plus probes. Selon mon père, Mao sympathisait avec les travailleurs. Il les aimait beaucoup. Ayant appris que j’écrivais un livre sur
« Ne soit pas ingrat ! Sois impartial ! Ne dis pas de mal de Mao. »
Du Qinggang, « Le Président Mao est Mort », Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 136-143