QUELQUES EXEMPLES DE L’ORDRE MORAL CHINOIS (IV)

Publié le par David L'Epée

photo : une petite fille de la campagne  présentant son certificat de mérite certainement obtenu à l’école ou dans la Ligue de jeunesse

 

Les différentes caractéristiques de la moralité chinoise que nous avons déjà examinées lors des volets précédents consacrés à ce sujet ne relèvent pas uniquement de la sphère privée. En effet, la morale se définissant avant tout comme une valeur sociale (la sociabilité commençant au couple et pouvant s’étendre à tout le genre humain), il paraît normal que ce soit dans la société, c’est-à-dire sur son terrain d’application, que cette morale doive être examinée. Le bien-fondé de cet axiome peut être discuté, mais en Chine c’est ainsi qu’on le comprend.

 

Une dépêche Reuters datée du 8 avril dernier nous en donne un exemple :

 

« Les autorités de la région de Changyuan, dans le centre de la Chine , envisagent d'accorder des promotions sociales aux fonctionnaires selon des critères privilégiant l'amour des parents, a annoncé samedi l'agence Chine nouvelle. Un demi-millier de membres de la famille, d'amis, de collègues et de voisins vont ainsi être interrogés spécialement par des enquêteurs qui s'intéresseront au comportement de tous les fonctionnaires. Seront tout particulièrement étudiées à la loupe les valeurs familiales et les habitudes de chacun en matière de consommation d'alcool et de pratiques du jeu. Les conclusions de ces enquêtes serviront de base à d'éventuelles promotions au travail. "Notre personnel doit respecter les valeurs chinoises traditionnelles de piété filiale et de responsabilité familiale qui sont le pilier d'une carrière réussie", explique le chef du Parti communiste local, Liu Sen, cité par l'agence. »

 

Avec le temps, ces exigences pourraient bien s’étendre à l’ensemble du pays. Ainsi, Le Quotidien du Peuple du 5 juin nous présente une nouvelle réglementation concernant les fonctionnaires et rappelant certains devoirs que les penseurs de chez nous auraient plutôt tendance à considérer comme relevant du privé :

 

«  La Réglementation sur les sanctions à l'encontre des fonctionnaires des organes administratifs vient d'être publiée officiellement le 1er juin et a commencé à entrer en vigueur le jour même. Parmi tous ses articles, il y en a un qui suscité une grande attention et un grand intérêt, et le voici : En cas où un fonctionnaire d'une institution administrative ne pratique pas la piété filiale, refuse de subvenir aux besoins de ses parents et d'accomplir ses autres obligations concernées, ou bien maltraite ou délaisse les membres de sa famille, il sera appliqué à son égard les sanctions telles que avertissement, blâme, blâme sévère, rétrogradation et destitution. Si c'est un cas grave, il pourrait être même expulsé et licencié.

 

Cette réglementation est, depuis la fondation de la Chine nouvelle en 1949 du siècle passé, la première réglementation administrative spécifique qui fixe de façon complète et systématique l'application des mesures de sanctions administratives, alors que c'est la première fois qu'il est prévu des prescriptions concrètes à l'encontre de « la piété filiale » personnelle des cadres des organes administratifs. Nos aïeux ne cessèrent de répéter : « Parmi tous nos comportements, le premier et le plus important c'est la piété filiale ». La nation chinoise, qui est liée par le sang, préconise depuis toujours le profond sentiment d'amour et de respect filiaux. »

 

Outre les vertus familiales, il existe bien d’autres impéraitfs et d’autres tabous que le Chinois se doit de connaître et auquel on l’appelle à se conformer. La décence par exemple. Le 9 juin, le site Yahoo Actualités nous parlait du recrutement d'hôtesses pour les cérémonies de remise de médailles et autres activités protocolaires autours des Jeux Olympiques de Pékin. Les jeunes Chinoises volontaires et bénévoles se présentent en grand nombre pour proposer leurs services, à tel point qu’on refuse du monde. Plusieurs de mes amies sont du nombre, elles doivent investir beaucoup d’elles-mêmes et  même sacrifier leurs vacances pour suivre des cours de préparation, comprenant des cours de langues étrangères, de maintien, etc. Mais il ne suffit pas d’être jolie et de présenter bien pour avoir une chance d’être prise, il y a des fautes de goût à éviter :

 

« Les femmes qui envisagent d'officier en tant qu'hôtesses lors des cérémonies de remise de médailles aux JO 2008 de Pékin devront soigner leur apparence : pas de tatouages, de postérieurs trop rebondis et de boucles d'oreilles trop visibles, a annoncé vendredi Li Ning, chef du protocole à Pékin. "Les tatouages et les boucles d'oreilles tendent à donner une apparence sordide, tandis que des postérieurs trop rebondis pourraient focaliser excessivement l'attention", ont rapporté les médias d'Etat, citant des responsables chargés du recrutement d'hôtesses pour les cérémonies de remise de médailles et autres activités protocolaires. »

 

Dans le dernier volet de cette série consacrée à l’ordre moral chinois, je reviendrai sur la question délicate du rapport aux médias, et notamment à Internet, thème que j’ai déjà passablement développé mais qui appelle encore quelques exemples.

 

 

Sur le même sujet :

 

-          Quelques Exemples de l’Odre Moral Chinois (I), (II) et (III)

-          Les Jeux Olympiques de 2008 : le  Couronnement du Miracle Chinois ?

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Publié dans divagations

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