LA FÊTE DE DISTRICT AUX PREMIÈRES LOGES

Je vous ai raconté il y a quelques jours comment j’avais été engagé par le Groupe des Femmes d’un Certain Age, association féminine de volontaires d’entraide citoyenne, pour photographier la répétition générale d’un numéro de chant qu’elles préparaient pour le spectacle du district. Le spectacle a finalement eu lieu, réunissant un certain nombre d’habitants du district. Le district en question regroupait toute la ville de Dezhou à l’exception de la périphérie, soit environ un demi million de citoyens. Les participants à la fête étaient bien sûr moins nombreux mais il y avait tout de même du monde dans ce restaurant du centre-ville à la décoration végétale. Les gens, par petits groupes d’une dizaine environ, étaient assis autour des traditionnelles tables rondes dont la salle à manger était remplie.

Lorsque je suis entré dans la grande salle, au bout de laquelle on avait dressé la scène pour le spectacle, une jeune fille assise devant laquelle je passais s’est retournée et m’a dit : « Ni hao Da wei ! » (Bonjour David) J’ai été un peu étonné, ne l’ayant jamais vue auparavant, mais je me suis souvenu du reportage de la télévision et des articles de journaux. Il n’était d’ailleurs pas très difficile de me reconnaître : j’étais le seul Blanc de la fête. Quelques jours auparavant, deux balayeuses dans la rue m’avaient également montré du doigt après mon passage (et en pensant que je ne les entendais pas) et l’une avait dit à l’autre : « J’ai déjà vu cet étranger dans la télévision ! » Je n’en ai eu que plus honte pour les médiocres interviews auxquels je m’étais livré...

Après avoir pris le thé avec les Dames d’un Certain Age qui achevaient de se maquiller, Yiqi et moi avons été présentés à un haut fonctionnaire qui nous avait gardé une place à la table d’honneur. En effet, sur la grande table ronde, la plus richement parée et située juste devant la scène, nos deux noms figuraient maintenant. Mais officiellement, Yiqi n’était que ma traductrice et on nous a fait comprendre que c’est pour cette raison qu’on lui avait aussi réservé une place à cette table. A côté de nous, à cette table, étaient installés d’autres invités d’honneur, des hommes d’affaires d’autres provinces chinoises qui participaient au développement économique de Dezhou. Une seule place était vacante, celle à côté de moi.

Quelques apéritifs plus tard, toujours avant le début du spectacle, un homme de forte corpulence a fait son entrée dans la salle. Aussitôt, tout le monde s’est levé et a applaudi. L’homme est venu serrer la main un à un aux invités de la table d’honneur, il a fait quelques saluts à l’assemblée et il est venu s’asseoir à côté de moi. C’était le chef du Parti pour le district.
Enfin, le spectacle a commencé. Un programme très éclectique : chorale de policiers, démonstration de qi gong, défilé de mode, chants et danses en tous genres avec des escouades de ravissantes jeunes filles, opéra de Pékin, spectacles traditionnels chinois tels que des imitateurs d’oiseaux (j’avais déjà vu ça dans une Maison de Thé) ou des poésies rythmiques. Bref, à peu près la même chose que dans les énormes shows télévisés et spectaculaires dont sont friands les Chinois, spécialement aux alentours du Nouvel-An. Au milieu de cela, la profession de foi civique du Groupe des Dames d’un Certain Age, qui se fondaient parfaitement dans le reste du spectacle.

A la fin du spectacle, après les salves d’applaudissements et les voeux divers des autorités, on a généreusement servi à manger et à boire à tous les spectateurs. Surtout à boire. J’étais habitué à la tradition chinoise de porter des toasts à tous moments, à tout le monde et à toute occasion, mais je n’avais encore jamais vécu ça à une telle intensité. Ca n’arrêtait pas de se rendre des hommages d’un bout à l’autre de la table, et les citoyens des autres tables arrivaient les uns après les autres vers la nôtre pour porter un toast au chef du Parti, nous englobant souvent dans leurs voeux et, donc, dans le devoir de vider notre verre. Et quand on veut montrer son respect à celui à qui on porte un toast comme à celui qui nous en porte un, on doit impérativement finir son verre de 百酒 (bai jiu, alcool blanc d’une quarantaine de degrés dont j’ai déjà parlé une autre fois) d’un trait – ou cul-sec comme on dit chez nous. Ce soir-là, j’ai été si respectueux que j’ai dû laisser mon vélo devant le restaurant et prendre un taxi...
épisode précédent de mes péripéties dans le Shandong :