LES VISITES DU "BAI NIAN" : UNE TRADITION CHINOISE

J’en ai fini pour ma critique des médias chinois. Je m’arrête là car Yiqi m’a fait comprendre que ce genre de digressions n’était pas du tout à son goût ; comme tous les Chinois, elle déteste qu’on dise du mal de son pays ou de ses institutions, surtout lorsqu’on s’adresse à des étrangers. Mais vous aurez tous compris ce que je voulais dire, et je répète qu’il ne s’agit pas pour moi de faire une critique des médias chinois comme cas exceptionnel mais bien du système médiatique en général, sous quelque latitude que ce soit. Ce qui, dans mes propos cités dans l’article du journal, a pu être amplifié ou déformé n’a rien de diffamatoire, et j’imagine que dans certains cas, la fin peut justifier les moyens. Car cette fin, c’est le patriotisme.
Les gens du comité de quartier, après bien des insistances de ma part, m’ont promis de me rappeler dans la semaine pour l’un ou l’autre nettoyage, bien que tous considèrent que rien ne m’y obligeait et que ce n’était absolument pas nécessaire. Mais pour moi, il n’était pas question qu’on me présente partout comme un joyeux volontaire de l’entraide populaire si je n’avais en tout et pour tout balayé que cinq minutes ! « Servir le Peuple »... c’est un peu court.
Les jours suivants, nous sommes allés rendre visite à d’autres personnes âgées, non pas pour les aider mais pour leur rendre les visites traditionnelles du bai nian. Le bai nian est la période qui précède le Nouvel-An, celle qui suit le grand nettoyage des maisons. La tradition veut que l’on se rende chez ses proches pour leur faire les voeux de circonstance et leur apporter des présents, qui sont en général des biens de nécessité courante : huile, farine, fruits, etc.
Nous sommes allés rendre visite, souvent accompagnés de quelques dames de l’un ou l’autre comité de quartier, dans plusieurs endroits de la ville, notamment dans les hu tongs, ces petites ruelles étroites de maisons à un seul étage (mais c’est l’appellation pékinoise, on les appelle autrement dans le Shandong). Nous sommes allés chez une vieille dame de plus de quatre-vingt ans, elle aussi militante communiste de longue date, chez qui nous avons pris le thé. Cette dame bénéficiait de ce qu’on appelle en Chine le système des cinq aides gouvernementales. Certains retraités ont droit à une aide sociale très généreuse qui inclut entièrement cinq domaines fondamentaux : le logement, l’alimentation, les vêtements, les fras médicaux et... les frais d’enterrement.
Cette aide est réservée aux retraités les plus démunis, ceux qui ne disposent d’aucune ressource et ne peuvent pas compter sur leur famille. La vie qu’ils mènent est très modeste, ils ont juste de quoi vivre, mais ils vivent, et dans des conditions décentes. C’est un fait à noter, d’autant que peu de commentateurs occidentaux relèvent ce genre de mesures sociales, préférant se concentrer sur les imperfections du régime.
Cette vieille dame vivait donc dans une très grande sobriété et nous ne voulions pas abuser de son accueil mais elle nous a forcé à prendre du thé et des fruits, car l’hospitalité est une valeur sacrée en Chine. Sur une ancienne photo accrochée au mur et qui devait dater d’avant

Épisodes précédents de mes aventures dans le Shandong :
- « Un Jeune Suisse Volontaire dans un Quartier »