Voici ci-dessous une prise de position très intéressante de M. Rui Chenggang, animateur de télévision sur CCTV9, au sujet de l’invasion du marché chinois (et surtout de l’espace public chinois) par Starbuck, célèbre chaîne de cafés. Il parle ici de l’indignation provoquée chez de nombreux Chinois comme de nombreux visiteurs étrangers face à la présence d’un Starbuck au coeur de la Cité Interdite ! Ce sujet est actuellement à Pékin l’objet d’une vive polémique dans les médias et elle a donné cours à plusieurs grands débats citoyens sur Internet.

Voici l’intervention de Rui Chenggang :
Bien que l’offre de Starbucks ne soit pas mauvaise, et que certaines corrections sinisantes aient été apportées pour pouvoir gagner l’argent des Chinois, il s’agit en fin de compte d’un porteur et d’un symbole de la culture alimentaire américaine, qu’on ne peut pas qualifier de grande qualité. En Occident, c’est aussi devenu une sorte de symbole. Un Starbucks situé à proximité de la Cité interdite ne serait probablement pas un problème. Mais dans la Cité , cela devient une partie des mémoires que le monde garde de la Cité interdite et c’est franchement déplacé. Il ne s’agit pas de globalisation, mais d’érosion de la culture chinoise. [...]
Comme l’a dit un ami en plaisantant, est-ce que Huangcheng Laoma (une chaîne de restaurant du Setchuan) pourrait ouvrir un restaurant à la Maison blanche ? Et se pourrait-il aussi que les brioches de Goubuli (chaîne de restauration rapide de Tianjin ) se vendent sur la colline du Capitole ? Une comparaison encore plus appropriée serait l’entrée au Louvre d’une chaîne de thé chinoise ! Si on en parlait à un Français, il trouverait probablement cela très drôle !
Quand on effectue sur Internet la recherche “Starbucks dans la Cité interdite”, il y a en fait plus de 289’000 articles qui apparaissent, et également une énorme quantité de photos. Quand on lit les textes, on se rend compte qu’il s’agit d’un sujet qui prête au ridicule. Il y a un grand nombre d’Occidentaux, particulièrement dans les milieux académiques, qui estiment que cette façon de procéder est écoeurante et manque de respect envers la Chine. Alors que les Occidentaux s’indignent du Starbucks dans la Cité interdite, il est temps pour nous Chinois de faire entendre notre voix !
J’avais déjà mentionné dans un post précédent mon intervention lors d’un sommet de l’Université de Yale auquel assistait le PDG de Starbucks, Jim Donald. J’avais dit en plaisantant à moitié : « Bravo pour avoir fait de la Chine le second marché de Starbucks, alors que les Chinois n’ont pas l’habitude et la tradition de boire du café. Mais quant à la présence d’un Starbucks dans la Cité interdite, je pense, ainsi que de nombreux amis chinois et étrangers, que cela n’est pas en harmonie dans cet environnement. J’ignore si vous avez de grands plans pour installer des Starbucks dans le Taj Mahal, dans les pyramides d’Egypte et au Palais de Buckingham, mais je vous invite à vous retirer de la Cité interdite! » La réaction avait été un grand éclat de rire, mais la plupart des dirigeants présents étaient d’accord avec moi. Pendant une pause, Jim Donald m’a confié qu’il n’appréciait pas non plus cette façon de faire dans la Cité interdite, mais qu’il était en poste depuis peu à Starbucks et devrait d’abord discuter de la chose avec ses collègues et surtout avec ses partenaires en Chine. Cela fait près de 4 mois que je suis rentré de Yale mais Starbucks est toujours dans la Cité interdite. Je pense me rappeler qu’il y avait une pancarte verte à l’entrée, et elle a été retirée. Je ne sais pas si ce changement était appelé à intervenir tôt ou tard ou si j’y ai modestement contribué. Mais apparemment la révolution n’est pas terminée, je dois continuer à être un bon camarade !
Et ce n’est pas que Starbucks. Toutes les explications en anglais dans la Cité interdite porte l’incroyable inscription suivante : “rendue possible par American Express“. Si il s’agit d’une forme de publicité douce pour compenser le manque d’argent investi dans la protection du patrimoine culturel, alors nous demandons à Lenovo et à Hai’er de remplacer les sociétés américaines. Et si ça ne marche pas, nous, les personnes qui n’aimons pas voir des images de ce genre, peut-être devons nous faire des dons à la Cité interdite […].
Parmi mes amis, le rejet d’un Starbucks dans la Cité interdite n’est pas moins fort chez les étrangers que chez les Chinois. Parce qu’ils comprennent encore mieux la signification cuturelle qui est représentée par Starbucks aux Etats-Unis et en Occident, et estiment encore plus que sa présence dans la Cité interdite nuit à l’image de la Chine. [...] Peut-être estimez-vous qu’il n’est pas si important qu’il y ait ou pas Starbucks dans la Cité interdite. Mais à mon humble avis, ce sont ces nombreuses choses que l’on peut dire ou taire, que l’on peut faire ou non, qui sans que l’on s’en rende compte, tissent le malentendu qui peut exister entre le monde et la Chine.