SKIER A LOMBRE DE LA GRANDE MURAILLE

Cette fois, Yiqi n’y tenait plus : elle voulait absolument aller skier. Quand on habite en plein coeur de Pékin, c’est une idée plutôt incongrue, mais elle avait appris dans les montagnes suisses et voulait se relancer sur les pistes pour ne pas perdre la main (ou le pied), quand bien même sa dernière descente du côté de Zinal s’était terminée par un voyage héliporté suite à une rencontre inattendue avec un pylône. Idée incongrue donc, mais à l’impossible nul n’est tenu, car le ski, dans certaines régions de Chine, est en passe de devenir une nouvelle mode, et plusieurs stations sont déjà en activité. La plus proche de chez nous se trouvait ...juste à côté de
Nous y sommes allés de bon matin en car, avec notre ami Bo, et j’ai découvert un paysage que mes compatriotes, habitués des longues randonnées alpestres et enneigées, auront certainement peine à imaginer. A cause de la température plutôt tiède et de la basse altitude, on ne pouvait pas espérer voir le moindre flocon dans la région. Mais plusieurs pentes de la montagne avaient été recouvertes d’une neige artificielle imitant la vraie à la perfection et qui aurait trompé plus d’un oeil avisé si ces quelques pentes blanches ne décadraient pas complètement avec le reste de la montagne, sec et rocailleux. Les pistes semblaient avoir été rajoutées au montage, d’autant que juste à côté des rochers nus et des ruines de

En station de ski comme partout ailleurs,
Ainsi, à ma première montée en assiettes (après un quart d’heure d’attente tout de même), un petit remonte-pente qui devait bien faire dans le cinquante mètres à l’heure, je n’avais pas fait dix mètres qu’un skieur me collisionne et me fait tomber. Car ce qui rend les pistes chinoises si dangereuses, c’est l’inexpérience de la plupart de ceux qui les fréquentent. Et pourtant, on se trouve sur des pentes dont l’inclination frôle celle des Pays-Bas, mais cela n’empêche pas les Chinois de multiplier les chutes magistrales, de déplacer des avalanches de neige, de faire des descentes supersoniques en hurlant sur une seule jambe les bras écartés avant de renverser les files d’attente à la manière d’un jeu de domino.

Les files d’attente, voilà bien le fléau des stations chinoises ! Attendre vingt minutes pour prendre un téléski avançant au ralenti et s’interrompant à chaque chute pour gravir une pente presque plate d’une vingtaine de mètres que l’on dévalera en quinze secondes, le temps de se remettre en file et d’attendre son tour... De nombreux skieurs, d’ailleurs, préfèrent encore monter ces pentes à pieds, les skis sur l’épaule, car c’est plus rapide. A l’extrémité de la station, nous avons trouvé une piste un peu moins fréquentée et un peu moins plate que les autres. Nous y avons fait quelques descentes plutôt agréables avant qu’un employé ordonne à Yiqi de quitter la piste, sous prétexte qu’elle ne faisait pas assez de virages et qu’elle devait aller apprendre sur la piste des débutants... C’est bien la première fois que je vois un service d’ordre dans une station de sports d’hiver ! Quoi qu’il en soit, je connais des excommuniés, des exilés de leur patrie, des personnes virées de leurs entreprises ou de leurs écoles, des privés de dessert, des interdits de boîte de nuit ou de que sais-je encore, mais je ne connaissais pas encore de personne interdite de piste de ski... C’est maintenant chose faite.
Il faut dire que ces employés ont la vie dure et font un travail qui n’est pas de tout repos. En véritables anges gardiens, ils ont la mission, à chaque chute, de récupérer le long de la pente les objets perdus par les skieurs (bâtons, gants, bonnets, cartes magnétiques, baguettes, etc.) et de les leur rapporter. Et croyez-moi, il n’y a pas une minute de pause ! Les techniciens ont également adapté leur matériel aux débutants ; au moindre faux mouvement du skieur, le fixation du ski se décroche, de façon à éviter des torsions douloureuses et autres blessures. Prudence !
A la fin de l’après-midi, nous avons rejoint notre car (après avoir rendu le matériel) et sommes rentrés à Pékin où nous avons scrupuleusement repris toutes les calories perdues durant la journée dans un de ces restaurants où on peut trouver de la bière occidentale (même de la brune ô joie !) et où on peut manger à volonté pour 38 yuans...
