« NOUS DEVONS TROUVER CETTE ORDURE ET LE VIRER DE CHINE ! »
Il n’est pas toujours facile d’être étranger en Chine, et même lorsque l’on cherche à s’intégrer et que tout semble bien aller, il suffit qu’un autre étranger fasse des siennes pour que la méfiance et l’hostilité reviennent en force ! Un exemple trouvé dans la rubrique actualités de Yahoo cette semaine : un Anglais résidant à Shanghai met le feu aux poudres en racontant ses expériences sexuelles sur un blog, multipliant les conquêtes chinoises, et parsemant son tableau de chasse de critiques anti-communistes. Les réactions dans la population, comme vous l’imaginez, ne se sont pas faites attendre :
« Un blog anomyme, relatant les expériences sexuelles d'un supposé auteur étranger avec des femmes de Shanghai, a provoqué l'ire d'internautes chinois. Le site "Sex and Shanghai", qui n'était pas accessible lundi, avait aussi abordé occasionnellement le thème des prouesses sexuelles des hommes chinois et émis des opinions critiques sur le Parti Communiste. Le blog, présenté comme étant rédigé par un Britannique enseignant l'anglais dans une université de Shanghai, est devenu célèbre la semaine dernière quand il a été dénoncé sur la toile par un professeur chinois.
"Internautes et compatriotes, si vous êtes des hommes avec des tripes et si vous respectez les femmes chinoises, alors rejoignez cette chasse à l'étranger immoral sur l'internet ! Tous ensemble !", a lancé dans son blog Zhang Jiehai, professeur de psychologie à l'Acamédie des sciences sociales de Shanghai. "Nous devons trouver cette ordure et le virer de Chine", estimait M. Zhang. Depuis le début de la chasse ouverte par le professeur Zhang, des messages sur le web se sont multipliés en Chine, appelant à la "castration" de l'auteur et à l'éradication de "l'obscénité étrangère". »
Et le pire, c’est qu’il se trouve encore des gens, dans les expatriés de la blogosphère occidentale (notamment des Français) pour s’offusquer de ce langage un peu leste et crier au racisme ! Mais, bon sang, qui est le raciste dans l’histoire : celui qui déconsidère la femme de son pays hôte comme un simple objet de consommation ou le patriote décidé à défendre l’honneur des femmes de son pays et emporté par une colère bien compréhensible ?
La seule chose rassurante dans cette affaire, c’est la saine réaction de ce M. Zhang. Son langage est un peu dur, mais quand il s’agit d’honneur, il n’y en a pas d’autre. Comme il le dit, c’est une question de tripes. Non, vraiment, la politique d’ouverture n’a pas que des bons côtés, et dans un pays qui a connu la colonisation, on est très sensible à tout ce qui peut ressembler à une décadence venue de l’étranger. Ce n’est pas être raciste que de dire cela – d’ailleurs, c’est moi qui le dis ! – mais il est normal qu’un peuple s’offusque de certains affronts, surtout quand les auteurs de cet affront viennent amener le désordre chez leurs hôtes et ne manifestent aucun respect pour la sensibilité culturelle du pays qui les accueille.
Car le fond du problème est bien là : cette conception voyeuriste et infantilisante de la sexualité n’a rien de chinoise, elle est occidentale – ou plus exactement, elle est libérale, car ce serait faire injure à l’Occident que de croire qu’il a toujours été dans le triste étant où nous le connaissons actuellement. La libération sexuelle, ce miroir aux alouettes soixante-huitard (et largement dégénéré depuis) est quelque chose qui est propre à notre histoire et à certaines errances idéologiques de cette dernière, mais on ne peut en aucun cas vouloir exporter ainsi ses modèles de société – surtout quand les modèles en question sont si déstructurants ! Mépris de la femme, pratiques sexuelles considérées comme une simple consommation, multiplication des « conquêtes », phallocratie ras-les-pâquerettes : non seulement ces éléments sociologiques sont caractéristiques de la mentalité libérale, mais en plus, ils sont vilain goût de déjà-vu. Les colonies…
Il y a encore du travail à faire pour que certains Occidentaux arrogants, débarqués en Chine uniquement pour profiter du marché – et de la chair fraîche, semble-t-il – acceptent de considérer les Chinois comme des êtres humains et comme leurs égaux. Il faudra du temps aussi pour qu’ils acceptent de s’adapter à la culture et à la sensibilité locales et ne croient pas être partout chez eux. En attendant, voilà un coup de gueule qui s’imposait, et comme disait en son temps la Pucelle d’Orléans : « Boutons les Anglois… »