Y A-T-IL UN RACISME CHINOIS ? (I)

Lors de mes billets précédents sur la question de l’insécurité, des commentateurs ont recentré à plusieurs reprises le débat sur la question de la sécurité des étrangers en Chine. Ce n’était pas la question qui m’intéressait le plus car j’avais commencé par parler de la sécurité des citoyens chinois, mais puisque le sujet semblent en intéresser quelques uns, je m’y plonge à mon tour, fort de mon expérience d’étranger dans ce pays. S’il existe en Chine un problème d’insécurité lié à la xénophobie ou au racisme, je suis bien placé, pour l’identifier. Je dis bien s’il en existe un car, à dire vrai, je n’en ai, à titre personnel, jamais constaté. Il semble, de manière générale, que les Chinois soient peu portés aux haines ethniques, et ce pour au moins deux raisons. La première est historique.
Lorsque les communistes arrivèrent au pouvoir, ils se servirent de ce jeune nationalisme chinois et le renforcèrent encore, car ce nationalisme était à la fois le vainqueur des luttes de décolonisation et de la lutte anti-japonaise ainsi que le garant de l’unité de la patrie de laquelle dépendait le socialisme. Ce qui a changé avec ce retournement du pouvoir, c’est que ce communisme, tout nationaliste qu’il était, ne s’inspirait pas moins de Marx, et que l’idéal marxiste, c’est l’internationalisme. Mao ne l’a pas oublié : tout en galvanisant le patriotisme du peuple, il a placé
Cette vision globale, cette solidarité avec les prolétaires de tous les pays que seule permettait la conscience de classe la plus élevée, ont contribué à former en Chine un esprit de tolérance à l’égard des étrangers, une ouverture au monde extérieur. Marx l’avait dit : les contradictions entre les classes sont les seules contradictions réelles, les autres contradictions (raciales par exemple) ne sont que des écrans de fumée utilisés par les impérialistes pour détourner la classe ouvrière de sa mission historique et briser son unité internationale. Cela n’a pourtant pas été le cas dans tous les pays prétendument communistes : en URSS par exemple, le racisme restait très présent, depuis le Kremlin jusqu’aux masses populaires (les épurations ethniques entreprises par Staline le montrent bien), et après la chute du régime, le fascisme russe a littéralement explosé avec toute la force qu’on lui connaît aujourd’hui. Autre exemple frappant : alors qu’en pleine Révolution culturelle, nombre de gardes rouges chinois allaient suivre des cours d’anglais entre deux manifestations, les Khmers rouges cambodgiens exécutaient systèmatiquement tous ceux de leurs compatriotes suspects de connaître une langue étrangère...
Cet esprit internationaliste sincère de