Y A-T-IL UN RACISME CHINOIS ? (I)

Publié le par David L'Epée

Lors de mes billets précédents sur la question de l’insécurité, des commentateurs ont recentré à plusieurs reprises le débat sur la question de la sécurité des étrangers en Chine. Ce n’était pas la question qui m’intéressait le plus car j’avais commencé par parler de la sécurité des citoyens chinois, mais puisque le sujet semblent en intéresser quelques uns, je m’y plonge à mon tour, fort de mon expérience d’étranger dans ce pays. S’il existe en Chine un problème d’insécurité lié à la xénophobie ou au racisme, je suis bien placé, pour l’identifier. Je dis bien s’il en existe un car, à dire vrai, je n’en ai, à titre personnel, jamais constaté. Il semble, de manière générale, que les Chinois soient peu portés aux haines ethniques, et ce pour au moins deux raisons. La première est historique.

 

La Révolution chinoise, comme toutes les révolutions rouges, a été une révolution à proprement parler national-communiste dans la mesure où elle a donné corps à un nationalisme moderne (le même qui s’est fait jour dans différents pays d’Europe dès la fin du XVIIIe siècle) et l’a placé en lieu et place de l’ancien système impérial pour qui le corps national était moins déterminant que les délimitations entre les différentes catégories sociales de la Chine féodale.

 

La Chine de Sun Yat-sen et du Kuomintang (avant même la Chine communiste) a « inventé » la nation comme les révolutionnaires français l’avait fait en leur temps en renversant l’Ancien Régime. Ce nationalisme chinois – qui existait en germe, étouffé, depuis le XIXe siècle au moins, et qui s’était nourri en partie des humiliations coloniales et guerrières – a connu quelques violentes explosions dans lequelles le racisme n’était pas absent ; le plus célèbre de ces incidents restera la Révolte des Boxers. Il y en a eu d’autres par la suite, et le Kuomintang lui-même n’était pas dépourvu d’éléments potentiellement racistes puisqu’à l’extrême droite de son parti, Chiang Kaï-chek était parvenu à mettre sur pied ceux qu’on appelle les Chemises Bleues et qui resteront, dans l’histoire chinosie, la seule tentative connue d’instauration de milices fascistes. Car le fascisme, rappelons-le, s’il a rencontré un certain succès au Japon, ne réussit pas à s’implanter en Chine et n’y réapparut plus depuis.

 

Lorsque les communistes arrivèrent au pouvoir, ils se servirent de ce jeune nationalisme chinois et le renforcèrent encore, car ce nationalisme était à la fois le vainqueur des luttes de décolonisation et de la lutte anti-japonaise ainsi que le garant de l’unité de la patrie de laquelle dépendait le socialisme. Ce qui a changé avec ce retournement du pouvoir, c’est que ce communisme, tout nationaliste qu’il était, ne s’inspirait pas moins de Marx, et que l’idéal marxiste, c’est l’internationalisme. Mao ne l’a pas oublié : tout en galvanisant le patriotisme du peuple, il a placé la Chine au coeur d’un combat mondial contre l’impérialisme et a engagé la lutte aux côtés de la Corée , du Vietnam et de bien d’autres, leur prêtant l’aide militaire et logistique, tout en envoyant des fonds très loin, en Afrique, pour venir en aide aux « frères prolétaires », conscient que la Chine nouvelle se devait être l’avant-garde du tiers-monde, de ceux que la vulgate communiste appelle les damnés de la terre. Les patriotes français de 1789 rêvaient d’une République universelle ; les patriotes chinois de 1949 voulaient construire l’Internationale.

 

Cette vision globale, cette solidarité avec les prolétaires de tous les pays que seule permettait la conscience de classe la plus élevée, ont contribué à former en Chine un esprit de tolérance à l’égard des étrangers, une ouverture au monde extérieur. Marx l’avait dit : les contradictions entre les classes sont les seules contradictions réelles, les autres contradictions (raciales par exemple) ne sont que des écrans de fumée utilisés par les impérialistes pour détourner la classe ouvrière de sa mission historique et briser son unité internationale. Cela n’a pourtant pas été le cas dans tous les pays prétendument communistes : en URSS par exemple, le racisme restait très présent, depuis le Kremlin jusqu’aux masses populaires (les épurations ethniques entreprises par Staline le montrent bien), et après la chute du régime, le fascisme russe a littéralement explosé avec toute la force qu’on lui connaît aujourd’hui. Autre exemple frappant : alors qu’en pleine Révolution culturelle, nombre de gardes rouges chinois allaient suivre des cours d’anglais entre deux manifestations, les Khmers rouges cambodgiens exécutaient systèmatiquement tous ceux de leurs compatriotes suspects de connaître une langue étrangère...

 

Cet esprit internationaliste sincère de la Chine maoïste (qui n’entrait d’aucune manière en contradiction avec le nationalisme du régime) a marqué durablement les mentalités chinoises. C’est, à mon avis, la raison historique qui explique l’absence presque complète en Chine d’insécurité liée au racisme. Je donnerai la prochaine fois ce que je pense être les raisons migratoires et culturelles du même phénomène.

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C
oui ya un racisme chinois qu creve ces jaunes ils vont nous bouffer
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S
--Il est vrai que les Jap sont ennemis jurés n°1 des Chinois; mais il est dû plus largement au négationisme qu'aux séquelles de la WWII. Je n'ai pas l'intention de faire l'éloge de mon peuple. Toutefois, j'insiste à dire que les Chinois pardonnent facilement à partir du moment où nos anciens adversaires font un geste SINCERE de repentance dans leur politique générale (pas particulièrement envers la Chine). Vous avez-vous posé la question: pourquoi en Europe, on n'entend jamaos la revendication de la Chine pour la réparation des injustices historiques: les guerres de l'opium, la démolition de l'ancien palais d'Eté, les concessions ... ? Pourquoi uniquement le Japon? D'ailleurs, il est trop facile de prétendre que la haine des japonais est nourrie par la propagande officille, car vous entendez par là que les Chinois ne sont pas capables de mener une réflexion de fond d'une manière indépendante et détachée d'émotions. Or quand l'on grandit dans un pays comme la Chine, la chose la plus importante qu'on a appris dans la vie est de sé méfier toujours de ce que disent les médias, que ce soit CCTV, CNN, le Monde ou TF1.
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S
---Dans les villes on dénigre ceux des campagnes, et les riches dénigrent les pauvres. Bref une vraie usine à gaz qui mélange racisme, stereotypes et capitalisme sauvage...<br /> A Paris, les germanopratins dénigrent ceux du Triangle d\\\'Or (ex: quand on va à Trocadéro, c\\\'est comme aller dans une banlieue banale). Les gens dans le nord du 16ème vivent le déménagement vers le sud dans le même arrondissement comme un exil au tiers monde. Pour couronner tout,  les habitants de l\\\'Ile St-Louis méprisent le reste du monde!  Comment qualifierez vous de tout ça, racisme, stereotype ou capitalisme décadent? Pourtant, je ne parle ici que des gens riches et intelligents dans la plus belle ville du monde...<br />  
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S
Quant au racisme anti-blanc dont tu dis qu'il n'existe pas, laisse-moi te dire qu'hélas tu te trompes lourdement. -Je reconnais qu'il existe un phénomène d'intolérance vis-à-vis des blancs dans une partie des minorités visibles. Cependant il serait un peu simpliste de le qualifier de racisme, qui dessine une hiérarchie entre les ethnies et conforte la race en position sociale dominante dans leur croyance de supériorité. Ceci dit, le racisme ne peut émaner que de la race en position dominante. Or en Europe les minorités visibles ne peuvent nullement se prévaloir de leur statut et pouvoir social pour justifier ce sentiment de supériorité. Les habitants des HLM croient-ils sérieusement qu'ils sont plus intelligents, plus élégants, plus beaux et plus cultivés que ceux de Neuilly-sur-Seine? Ma réponse est évidemment non. Le mépris des blancs n'est dans ce contexte qu'une expression de frustration, nourrie d'une complexité d'infériorité. Ils ont besoin d'une illusion de force pour se consoler quoi... Quant à l'auto-persécution des blancs eux-même, je te cite une célèbre phrase de Mencius: quand l'on est riche, on reste modeste; quand l'on est pauvre, on ne se sous-estime pas; face à la force, on garde la tête haute. Ma traduction est sans doute médiocre, mais le sens est là: nos amis blancs ne sont pas très confortables dans leur position dominante et souhaitent garder un profil bas. L'intention est bien louable, même si comme tu dis, ils font un peu trop et tombent dans la haine de soi. Nos amis noirs ou maghrébins dans des cités ont du mal à s'en sortir dans la vie. Du coup, ils décident de passer pour un fort devant de petits blancs et se donnent un peu de moral. Là, bien sûr, nous ne pouvons pas dissiper sous silence ces comportements d'excès. Finalement, je crois qu'il est plus important de comprendre le mécanisme psychologique d'un phénomène social que de lui donner une étiquette pré-fabriquée, qui pourrait réduire la véritable portée du problème.
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J
J'ai l'impression qu'il y a un racisme omniprésent, plus large que la conception occidentale du racisme ce racisme touche tous ceux qui sont différents: déjà ceux des autres pays, ceux d'autres couleurs (surtout plus foncés que les chinois) mais aussi ceux des ethnies minoritaires ou autres provinces...On entend par exemple dire : Ah ceux du Xingjiang c'est des voleurs, ceux du Henan ils sont pas honnêtes, .... difficiles pour eux d'accéder à certaines fonctions.Dans les villes on dénigre ceux des campagnes, et les riches dénigrent les pauvres. Bref une vraie usine à gaz qui mélange racisme, stereotypes et capitalisme sauvage...
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