CACHEZ CES PONEYS QUE JE NE SAURAIS VOIR !

Publié le par David L'Epée

Je vais vous parler aujourd’hui de mon ami Bo, un Chinois du nord (de Harbin) qui travaille à Pékin dans le secteur de la sidérurgie et qui m’a beaucoup aidé lors de mon arrivée dans la capitale.

 

Bo est également collaborateur à l’université dans le domaine de la recherche des nouvelles énergies et technologies. C'est un secteur en pleine expansion en Chine, et il est particulièrement favorisé par le gouvernement, car le maître mot du dernier Plan Quinquennal était « environnement ». Outre de nouvelles règles concernant la taxation des voitures et des produits du bois, il est urgent, dans le pays dont la capitale est une des villes les plus polluées du monde, de trouver des alternatives à la consommation énergétique actuelle. Ce changement se traduit dans un premier temps par un développement rapide du secteur de l’électricité et un recours de plus en plus massif du nucléaire, corollaire encore inévitable de l’abandon progressif des émanations carboniques. Tout laisse à penser que le stade nucléaire n’est qu’un stade transitoire, et que grâce aux barrages titanesques (comme celui des Trois-Gorges, qui fut à la fois, sur le plan écologique, un désastre et une merveille) que l’on construit en ce moment dans plusieurs provinces, et aux nouvelles technologies, la révolution nucléaire sera suivie rapidement par une révolution plus verte.

 

A côté de ses recherches scientifiques, Bo n’a pas le temps de s’ennuyer. Il gère une petite entreprise de vente de bijoux qu’il a créée, qui produit en Indonésie et vend en Chine ; il a profité d’un séjour en Suisse pour y installer le siège de sa société, ce qui est selon lui une garantie de crédibilité pour les clients… Il fondera prochainement une autre entreprise, d’architecture celle-là, en collaboration avec un collectif d’architectes français. Et quand il n’a plus rien à faire, il m’emmène visiter Pékin, ses lieux touristiques et ses restaurants.

 

Bo représente à mon avis le personnage typique du patriote chinois moderne : ambitieux, fana de développement (et si possible très rapide), très orgueilleux des réussites de son pays et de sa marche vers la modernisation, et faisant toutes choses dans un esprit conquérant, comme lancé dans un perpétuel « grand bond en avant ». Il me vante son pays à la fois comme un agent de l’office du tourisme, comme un promoteur immobilier et comme un marchand de quatre-saisons. Et en même temps, il mime d’être blasé, de ne pas se laisser impressionner par l’empire qui est train de se construire autour de nous ; il veut laisser croire que cela n’est encore rien, que ce n’est que le début… ce qui n’est sûrement pas faux. Lorsque je lui dis que j’admire telle ou telle chose, il sourit et me répond invariablement : « Ca ? Mais tu n’as encore rien vu ! » Par exemple, lorsqu’il m’a emmené dans un énorme marché de contrefaçon dans l’est de la ville qui s’étendait en rangs serrés sur cinq étages et que je lui ai dit que je trouvais ça « grand » (ce qui était peu dire), il me réplique : « Ce marché, grand ? Non, il est relativement petit. Demain, je t’en montrerai un bien plus grand si tu veux. »

 

Dans de nombreux récits de voyageurs dans la Chine des années soixante ou soixante-dix, on retrouve chez les Chinois une attitude un peu semblable quoique légèrement différente. Lorsqu’ils présentaient leurs usines, leurs appareillages techniques, les responsables disaient toujours aux étrangers : « Naturellement, nous sommes encore loin de vous, nous avons à rattraper un retard énorme, notre rendement n’est pas encore satisfaisant ; nous avons besoin de vos conseils et de vos critiques pour corriger notre travail et progresser… » Je ne sais pas si c’était alors de la politesse, de la fausse modestie ou s’ils le pensaient vraiment, mais cette manière de minimiser le développement de leur pays pour mieux faire comprendre à quel point il est massif existe toujours chez les patriotes. La différence – et elle est extrêmement positive – est qu’ils n’ont plus besoin de nos conseils, et que la Chine peut maintenant marcher « sur ses deux jambes », comme le disait Mao, sans être (trop) dépendante des apports occidentaux. La Chine a survécu au retrait des ingénieurs soviétiques venus l’aider ; elle survivra aisément à la fin de l’hégémonique modèle occidental.

 

Bo pousse ce souci très loin, et de manière qui me semble parfois extrême, car selon lui, le développement chinois repose entièrement sur la modernisation du pays, et tout ce qui pourrait contrecarrer cette modernisation, notamment en terme d’image, est dommageable. Ainsi, alors que je photographiais des ouvriers qui transportaient des matériaux dans des chariots tirés par des chevaux (c’est quelque chose que l’on voit encore assez souvent à Pékin, même sur les grandes routes), il s’emporta contre ces journalistes occidentaux qui ne s’amusent qu’à « filmer des poneys » pour faire croire au public que la Chine est un pays de bouseux médiévaux…

 

Je commence à comprendre dans quelle croisade sont engagés les Chinois : une grande partie de la lutte se joue sur la façade, sur l’image que leur pays est capable de donner au reste du monde. « Exhiber la réussite pour provoquer la réussite » pourrait être un des slogans de la Chine actuelle, ce qui serait tout à fait dans la philosophie de Deng Xiaoping. Et en ce moment, l’événement qui se trouve au cœur de cette propagande, c’est les Jeux Olympiques, que Pékin accueillera en 2008.

 

Mais le grand défi de la Chine , je le répète, ce n’est pas de maintenir la croissance explosive qu’elle connaît actuellement, ce n’est pas de poursuivre sur la voie de la modernisation avec ce rythme de croisière effréné, non, le grand défi, c’est d’accomplir cette croissance et cette modernisation en suivant une recette chinoise. C’est de croître encore sans tomber dans les pièges d’une gouvernance libérale à l’anglo-saxonne (ce dont elle s’est bien gardée jusqu’ici, maintenant un contrôle strict de l’Etat sur tous les secteurs de l’économie nationale), c’est de continuer à s’industrialiser et à se moderniser sans se fondre dans un moule occidental.

 

Malgré la détermination politique au sommet de suivre cette voie-là – l’autonomie est une garantie géopolitique précieuse – la partie n’est pas encore gagnée, et il sera difficile de résister à certaines tentations. Bo est d’accord avec mon analyse, mais ça ne l’empêche pas, comme beaucoup de jeunes Chinois de la classe moyenne montante, de s’être attribué un deuxième prénom, occidental. Il met un point d’honneur à ce que ses amis ne l’appellent plus Bo, mais Léopold ! Il m’a dit qu’il avait choisi ce prénom car il voulait y trouver un L et un O. Il a bien pensé à Louis, mais cela lui rappelle trop le nom de certains rois de France qui ne sont pas en odeur de sainteté par ici… Il paraît étonné quand je lui apprends qu’en Belgique, Léopold était aussi le nom d’un roi…

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Publié dans mon quotidien

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D
Bonjour Laeticia. Excuse-moi, je ne lis ton message que maintenant. Mon adresse e-mail est celle qui est indiquée sur le blog : david.lepee@unine.ch  Si tu m'écris, je pourrai te donner mon numéro de téléphone mais je ne peux pas le faire ici. N'hésite pas à me contacter si je peux t'aider. Salutations à la famille.
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A
Au coeur de la Suisse, je cherche à te contacter. As-tu une adresse e-mail? Je suis la fille de Cadenas et  je viens bientôt à Pékin. J'aimerais avoir des bonnes adresses.<br /> Laetitia Aeberli
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L
longu vie aux rois belges et à la Flamandie! Je crois que Léopold roi des Belges et du Congo était un colonialiste à sale réputation. A léopoldville dans l'excongo belge, les belges et le roi étaient moins connu spour leurs gags ou leurs moules que leurs coups de rosses sur leurs esclaves noirs... <br /> dis lui de choisir Baudoin, c'était un roi assez réglo ou encore Albert l'actuel, qui a toujours une blague dans sa poche.<br />  
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B
c'est du beau bravo!
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