LIBERTE DES MEDIAS, CRIMINALITE SEXUELLE ET VIOLENCE JUVENILE
Nouvelle contribution sur le thème de la liberté des médias et du modèle chinois en la matière.

Chen Hui, condamné à la prison à vie pour pornographie numérique
Au moment où, en Suisse, s’ouvrait la foire d’Extasia, le célèbre salon de l’érotisme, se fermait en Chine
La même semaine (le 18 novembre pour être précis), on rappelait dans les colonnes du Temps quelques faits divers particulièrement odieux qui avaient eu lieu récemment dans le pays :
« Les cas de violence sexuels commis par des adolescents et portés à la connaissance du public semblent se multiplier. Jeudi, la police zurichoise annonçait qu'une jeune fille de 13 ans avait subi un viol collectif commis par des adolescents de son entourage. L'agression a été filmée sur des téléphones portables. Quelques jours avant c'est une jeune fille de 14 ans qui était victime de huit adolescents dans l'Oberland bernois. En juin, une enfant de 5 ans était violée par un garçon de 13 ans aidé d'un camarade de 11 ans, à Rhäzuns dans les Grisons. »
Le quotidien genevois a rencontré la psychologue Josiane George, présidente du Centre de consultation pour les victimes d'abus sexuels, qui a émis l’hypothèse suivante :
« L'accès facilité à la pornographie joue un rôle. Les ados se transmettent en rigolant des images où la femme est déconsidérée, humiliée. Ils jouent à des jeux électroniques mettant en scène la violence sexuelle, prennent pour acquis que les femmes ont des fantasmes de viol, par exemple. Des pensées fausses se mettent ainsi en place, et l'on aboutit à une distorsion cognitive.
Une mauvaise interprétation de l'attitude de l'autre. Ainsi un sourire peut-il être compris comme une approbation. Si leur victime paralysée, choquée, ne dit rien, ils la pensent consentante. Et puis ces jeunes banalisent ce qu'ils font sinon ils ne pourraient pas passer à l'acte. [...] Est-ce que celui qui filme cherche à mettre une distance entre lui et la scène qu'il observe ou au contraire veut-il pouvoir se vanter devant ses copains ? Je n'ai pas de réponse.
Notre société est toujours plus permissive. Elle banalise ce qui relève de l'intime. Face à cela, les parents doivent absolument prendre position, donner des limites, dire à leurs enfants, par exemple à la faveur de l'actualité, qu'un viol est inadmissible et qu'aucune société ne l'accepte. »
Cette interprétation des faits tombe sous le sens, et cela fait longtemps que certains esprits lucides s’en alarment. Mais jusqu’ici rien n’a pu stopper la course des pervertisseurs en tous genres vers le profit, car ces criminels (j’insiste sur le mot) bénéficient de la plus grande et de la plus inattaquable des immunités : la liberté d’expression. Dans le doute, c’est toujours à cette dernière qu’on donnera raison, et on aura beau jeu de se cacher derrière l’Etat de droit. Dans une société où la justice évalue les accusés en terme de malades et de bien portants et non plus en terme de coupables et d’innocents, faire de la morale est devenu quelque chose de très périlleux...
Si vous vous intéressez comme moi au problème ou si simplement vous êtes un peu curieux et doté d’un ordinateur avec connexion Internet, vous n’ignorez rien de ce qu’on peut trouver aujourd’hui sur la toile. Vous n’ignorez pas que les différentes législations nationales n’ont plus leur place dans ce domaine voué au déréglement le plus total, où tout est donné en pâture à des consommateurs qui, pour certains, n’ont même rien demandé. Tout ? Oui, tout – appels à la haine, pédophilie, snuff movies, calomnies sur tout et n’importe qui, porno ultra-hard, happy slapping, et ce dans une profusion qui donne de sérieuses inquiétudes sur la santé mentale d’une partie de nos concitoyens.
Ces abominations, beaucoup de gens en ont connaissance, mais l’impuissance est telle devant l’ampleur du problème, la lèpre est si purulente, qu’à voir cela au quotidien s’afficher sur notre écran nous finissons par croire que c’est tolérable, un peu comme si la perversion était un mal nécessaire – c’est d’ailleurs toujours ce qui caractérise la pensée unique : l’idée que c’est comme ça, que vouloir changer certaines choses n’est pas une attitude pragmatique. Quant à la génération de nos grands-parents qui, pour la plupart d’entre eux, n’a pas accès à ce genre de choses, j’imagine que tout cela doit dépasser de loin leur imagination... Qui aurait imaginé, il y a à peine vingt ans, qu’il serait possible un jour, et tout à fait impunément, de voir depuis son bureau des vidéos d’enfants violés ou d’ôtages mis à mort ?
Qu’il existe des déviants dans toute société, c’est un fait connu, et ça ne date pas d’hier, mais que ces déviants se voient offrir une tribune pour propager leurs lubies destructrices, c’est quelque chose qui est difficilement défendable !
A quoi est donc due cette anarchie ? A un développement ultra rapide d’une technologie qui n’a pas attendu que le droit la rattrape pour poursuivre son chemin ? Oui, mais ça n’explique pas tout. Le principal problème réside à mon avis dans le caractère transnational du réseau. Il s’agissait du but premier d’Internet, on le sait, relier le monde entier dans un immense réseau, créer le village planétaire. Mais en quoi un contrôle national sur Internet constituerait-il un obstacle à la construction de ce village planétaire ? Pour quelles raisons une telle banque d’informations, le point d’orgue de notre société dite de communication, échapperait-elle à une juridiction et une autorité étatique ?
Quelques Etats dans ce monde – ils sont encore peu nombreux mais tout laisse à croire qu’ils se multiplieront – ont pris leurs responsabilités et se sont donnés les moyens juridiques et technologiques d’épurer Internet. Oui, je dis bien épurer ; ce mot, je ne sais pourquoi, fait peur à beaucoup de gens, mais en quoi le fait de « rendre pur » (car c’est bien le sens du mot) devrait-il nous effrayer ? Ces Etats, dont
Je ne nie pas que le combat de Reporters Sans Frontières pour libérer certains journalistes incarcérés arbitrairement soit tout à fait légitime, mais leurs revendications vont désormais beaucoup plus loin. C’est rien moins qu’un retrait de l’Etat du Web qu’ils exigent ! Révélant ainsi les aspirations réelles de ceux qui les financent (les Etats-Unis), RSF, dans un délire typiquement libertaire-libéral, semble croire que le réseau va s’autoréguler, que tout va rentrer dans l’ordre naturellement, que tout recours extérieur serait inapproprié. Les anarcho-capitalistes ne disent pas autre chose, eux qui croient (ou plus exactement veulent nous faire croire), selon un néo-darwinisme biaisé et utilitaire, que le marché lui aussi se régule seul. Il est devenu de plus très difficile de critiquer Reporters Sans Frontières, car cette association semble aujourd’hui aussi au-dessus de tout soupçon que
Juste avant de poster ce billet, je fais un petit tour sur les sites d’information suisses et chinois, et je relève deux nouvelles révélatrices de cette différence dont je viens de parler entre Chine et Occident. D’un côté, on apprend que le créateur et administrateur d’un site web pornographique chinois vient d’être condamné à la prison à vie pour ce délit (car cette activité est tout à fait illégale en Chine). En effet, son site contenait jusqu’à sa fermeture en octobre 2005, 9 millions d’images et d’articles pornographiques, il avait réuni plus de 600 000 utilisateurs et avait généré 25'000 dollars à son profit et à celui de ses complices !
De l’autre côté, j’apprends avec consternation qu’en Suisse, le Conseil juridique du Conseil national a décidé, après de houleux débats, de suspendre une réforme du droit décidée démocratiquement il y a quelques années par le peuple suisse. Une réforme dont mes lecteurs suisses se souviennent certainement et qui consistait à désormais donner la possibilité aux juges de condamner les criminels dangereux (parmi lesquels les criminels sexuels étaient visés en premier lieu) à des peines de prison à perpétuité. La cause de ce revirement ? Cette réforme ne serait pas conciliable avec le droit international, spécialement le droit européen...
Merci, Bruxelles, de nous montrer une fois de plus que les idéaux démocratiques dans lesquels tu te drapes ne sont que des cache-sexes (et l’expression est particulièrement mal choisie) pour dissimuler ton vrai fonctionnement : un jacobinisme ultralibéral ennemi de toutes les souverainetés nationales et de toutes les volontés populaires. Merci, Bruxelles, de nous montrer la haute attention que tu portes à la sécurité de nos enfants et la grande charité chrétienne avec laquelle tu traites ceux qui oseront porter la main (et autre chose) sur eux.
Si vraiment tu ne veux pas jeter ton regard vers
« Je suis inflexible avec les oppresseurs parce que je suis compatissant avec les opprimés. »
Tu n’as pas voulu choisir le camp des opprimés. Nous ne compterons donc plus sur ta justice. Tant pis. Les Suisses, quant à eux, auront une fois de plus de bonnes raisons de voter contre l’Europe la prochaine fois que nous serons amenés à nous prononcer sur la question.