LE GINGKO BILOBA ET L’EFFET MADELEINE DE PROUST

Publié le par David L'Epée

Comme je me baladais dans un quartier de Pékin l’autre jour, j’ai soudain été subjugué par une odeur extrêmement forte qui provenait d’on ne sait où. Une odeur indéfinissable, rappelant à la fois la bile humaine, la pourriture végétale et les excréments. Cette odeur, un peu comme le goût de la madeleine dans A la Recherche du Temps Perdu de Proust, me replongea dans un passé lointain, associant à cette expérence odorante d’autres sensations, de vagues souvenirs, des sons, des images... Qu’était-ce donc ? Le voile serait levé au moment où je parviendrais à identifier cette odeur.

 

Je regarde autour de moi. Assez rapidement, je tressaille en reconnaissant non loin de moi l’origine du mal qui m’habite. Derrière un muret, émergeant d’un parc public se dresse – ô horreur ! – un énorme gingko biloba, en pleine exhalaison automnale. Qu’est-ce qu’un gingko biloba ? C’est un arbre dont les feuilles ont une forme particulière, assez jolie, et qui est extrêmement résistant, survivant à toutes les intempéries grâce à sa sève ignifugée. Il est, par exemple, le seul arbre à avoir survécu lors du bombardement d’Hiroshima.

 

Ce qui le caractérise, outre sa résistance et la forme de ses feuilles, c’est qu’il produit en automne des fruits qui viennent s’écraser sur le sol, libérant en éclatant une odeur très forte et inimitable, correspondant très exactement à celle que j’ai décrit plus haut. Ces fruits ne sont toutefois produits que les arbres femelles – d’où la nécessite de ne pas confondre gynécologue et gingkologue. Si en plus vous avez le malheur de marcher dessus, vous êtes maudit jusqu’à la prochaine pluie et votre vie sociale touche à sa fin.

 

Plusieurs générations d’étudiants neuchâtelois ont été marqués par cette odeur, car il se trouve depuis des années un gingko biloba de taille respectable dans la cours du lycée cantonal Denis-de-Rougemont, qui chaque automne, pousse encore les pauvres lycéens à se retrancher dans la caféteria durant les pauses. Tout a été tenté pour que cesse cette nuisance : pétitions, recours au tribunal fédéral, attentats nocturnes, bûchers, assauts aériens avec défoliant, mais rien n’y fit – non seulement l’arbre était résistant mais il était protégé, parce que très rare en Suisse.

                               

Le gingko biloba a aussi des vertus pharmaceutiques. Ci-dessus un paquet de fruits séchés de cet arbre mythique - mais ils ont heureusement perdu leur odeur en séchant...

 

Pour résister contre ce fléau, nous avions écrit, avec un ami, une petite chanson que plusieurs de nos camarades avaient appris, et qui était la suivante :

(à chanter sur l’air de Gingle Bells)

 

REFRAIN

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

Tu ne crains si pesticide

Ni hache, ni pluie acide

Oh !

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko biloba !

Les tronçonneuses t’indiffèrent

Nous attendrons l’hiver.

COUPLET 1

Vois ce bel arbre de Chine

Et ses feuilles en éventail

Mais c’est une vraie machine

A fiente de bétail

Si tu le manges en gélules

Il ravive tes cellules (1)

Si tu traînes devant l’école

Tu sens que tes pieds collent...

REFRAIN

COUPLET 2

Quelle est cette odeur ? bingo !

Mais c’est le fruit du gingko !

Bien plus disret qu’une twingo

Mais à l’effet plus court (2)

Faisons l’éloge de ce fruit

Il est l’odeur sans le bruit (3)

A croire qu’un troupeau de truie

A dormi dans la cour...

REFRAIN

COUPLET 3

Tu approches et tu humes – hein ?

Tu dis que c’est inhumain ?

Plus violent que le cumin ?

J’ai le rhume et je nie

Une question existentielle

Cet arôme pestilentiel

Finira-t-il dans le ciel

Chez De Rougemont Denis ?

REFRAIN  FINAL

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

A lui seul ton bel aspect

Nous inspire le respect

Gingko Bill ! Gingko Bill ! Gingko Biloba !

Si notre odorat sature

Jamais ton tronc n’oscille

Tous les goûts sont dans la nature

Et les odeurs aussi !...

 

 

(1)     référence à l’usage homéopathique qu’on fait de ce fruit dans la médecine naturelle, notamment la 中药 (médecine chinoise). Il a pour vertu de revivifier les capacités mémorielles.

 

(2)     Je n’arrive pas à me souvenir du sens de cette comparaison fumeuse....

 

(3)     référence chiraquienne...

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Publié dans insolite

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F
L'Elan ne mentait pas! Tu as bel et bien réussi à replacer le ginko au centre de la cours (ou dans son pays d'origine)!Bien joué et que de souvenirs! D'ailleurs j'ai traversé dernièrement la cours du DDR (comme disent les jeunes aujourd'hui) en me livrant à une sorte de danse, mélange entre un rituel Inca, la marelle et un pogo, pour éviter de condamner mes semelles à une mort lente mais certaine. Quelques lycéens me regardaient bizarrement mais je constatais surtout que, eux, marchaient allégrement d'un bout à l'autre de la cours. Une seule conclussion s'impose: c'est des "première année"...Sinon notre souper de classe était fort sympathique, Elan est devenu tout rouge quand on lui a chanté joyeux anniversaire au cercle, après son arrivée tardive. Les habituels étaient présents, et les éternel spécialistes du faux-bond n'ont pas manqué à leur réputation. Mais le vin coulait à flot et les pizzas étaient délicieuses!
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O
Ah l'odeur du Ginko, une expérience traumatisante pour tout les gymnasiens. En lisant le début de ton post j'ai tout de suite pensé à la fameuse chanson, mais tu as fais plus fort, vu qu'en plus tu te rappelle de toute les paroles !
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