LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION JUSQUE DANS LES MANUELS DE LANGUE

Publié le par David L'Epée

Avant mon départ, Yiqi m’a offert un manuel de conversation chinois-anglais-français. Au chapitre Song Shou Li Pin (offrir et accepter des cadeaux), on trouve le dialogue qui suit – j’utilise ici le pinyin (transcription phonétique du chinois avec notre alphabet) faute d’avoir le logiciel me permettant de composer les idéogrammes ; je regrette de ne pas non plus sur mon clavier disposer des quatre accents permettant de distinguer les sons. On remarquera que lorsqu’une campagne est menée en Chine, elle accapare tous les domaines du quotidien, et prend même à parti les étrangers. Tout ce que nous pouvons souhaiter, c’est qu’elle porte ses fruits et que le fléau de la corruption soit éradiqué.

 

A : Dui bu qi, wo bu neng jie shou. Désolé, je ne peux pas l’accepter.

B : Wei shen me ? Pourquoi ?

A : Tai gui zhong le. Parce qu’il est d’une trop grande valeur.

B : Ni yi ding yao shou xia, fou ze wo jiu yao bu gao xing le. Acceptez-le, je vous prie, pour me faire plaisir.

A : Peng you, ni xi wang wo fan cuo wu ma ? Mon ami, vous ne vous attendez pas à me voir commettre une faute, n’est-ce pas ?

B : Dang ran bu. Certainement non.

A : Wo men zheng zai kai zhan fan fu bai dou zheng. Jie shou ru ci gui zhong de li wu deng yu fan cuo wu. Nous menons maintenant une lutte contre la corruption. Ce serait une faute que d’accepter un cadeau de cette valeur.

B : Wo ming bai le, bu nan wei ni le. Je comprends, je n’insiste plus.

 

Le 27 septembre dernier, le Quotidien du Peuple commentait la destitution du n°1 du Parti de Shanghai, limogé suite à une grave affaire de corruption et de détournements de fonds. La lutte contre la corruption semble être un des objectifs prioritaires du gouvernement en vue d’ « épurer le Parti de ses éléments nuisibles » :

 

« Gan Yisheng [secrétaire général de la Commission Centrale de Contrôle et de Discipline du Comité Central du Parti Communiste Chinois] a indiqué que cette année, la Chine a obtenu des succès évidents et remarquables dans les luttes pour préserver la discipline du Parti et celle du gouvernement, pour combattre la corruption commerciale et pour dévoiler et extirper les éléments corrompus et dépravés cachés profondément.

 

Il a ajouté en soulignant que malgré le nombre infime de ces éléments parmi l'ensemble des membres du Parti, il faut continuer et accentuer la force de frappe contre ces éléments négatifs et nuisibles, il faut maintenir l'impétuosité de poursuite en justice de ce genre de cas et il faut les traiter un par un, et tout cela pour garder et assurer la pureté du Parti Communiste Chinois. »

 

A propos de ce qu’il est possible ou pas de donner et de recevoir en Chine, j’ai commis une petite erreur de ce type quelques jours après mon arrivée à Pékin. Etant allé manger dans un petit restaurant, je paie l’addition  et laisse sous le cendrier un billet de 5 yuans comme pourboire. Mais à peine suis-je parti que la serveuse court à ma poursuite et me rend avec empressement mon billet. Je lui fais comprendre que c’est pour elle mais elle refuse catégoriquement, manifestement très décontenancée par mon geste. Je reprends donc mon argent et repars. Je n’apprendrai que plus tard que la tradition du pourboire n’existe pas en Chine et que les gains des serveurs se limitent à leurs salaires.

 

La demoiselle, qui ne connaissait peut-être pas cet us exotique, aurait-elle pensé que j’ai cherché à la corrompre ?...

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Publié dans mon quotidien

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M
<br /> <br /> Bonjour,<br />  <br /> <br /> Je pense qu'à l'heure actuelle, la chine est complètement partagé entre les gens respectueux de la morale agissant comme cette serveuse de restaurant (qui constituent tout de même la majorité) et les autres qui cherchent absolument le moyen de faire du fric sur ton dos.<br />  <br /> <br /> J'ai été d'ailleurs assez surpris lors d'un de mes voyages en chine de voir à quel point l'ouverture au "socialisme de marché" avait changé la mentalité des gens, au point de faire payer certains services qui seraient difficilement concevable en Europe. (L’accès à des sentiers de randonnées par exemple). Je me souviens également lors de ma visite à Dujiangyan, de l’attitude du guide touristique anglophone me pressant de lui donner un pourboire « obligatoire » à la fin de la visite.<br />  <br /> <br /> Bref, ce ne sont que des exemples qui tendent à prouver que en plus de la corruption des hauts fonctionnaires (de l’ordre de 50 000 individus), il existe indéniablement une catégorie de personnes qui commettent des actes allant à l'encontre de la morale, et ce pour s’enrichir.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Sinon, je viens de découvrir ton blog et je le trouve plutôt bien fait. Continue comme ça, tes articles sont intéressants et donnent une vision plutot réaliste de la chine, même si je ne suis pas toujours d'accord avec ce que tu écris.<br /> <br />  <br /> <br />  <br /> <br />
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S
Très marrant, le manuel de chinois. Par contre, pour l'épuration de Shanghai, je suis plus partagé. La "pureté" du Parti Communiste, ça fait bien longtemps qu'elle a été jetée aux orties... Mais surtout, cette rhétorique pseudo-moralisatrice cache le véritable enjeu de cette épuration, qui est une bonne vieille lutte de pouvoir entre Pékin et Shanghai, les deux éternelles rivales. Bien sûr, les accusations de corruption ne sont sans doute pas fausses. Mais l'administration shanghaienne n'est pas nécessairement plus corrompue que bien d'autres administrations locales...
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