SEDUIRE L’ETRANGER : UN OBJECTIF QUI NE RECULE DEVANT AUCUNE COMPROMISSION

Publié le par David L'Epée

Ce n’est pas bien de médire, je le sais bien, mais ce soir, j’ai envie de me permettre un bon coup de gueule que je pense justifié, et c’est quelque chose qui me chatouille la plume depuis un bon moment. Je veux parler de la politique d’ouverture de la Chine , et plus précisément de certaines de ses manifestations concrètes, que je suis bien placé pour voir dans le lieu où je me trouve – l’université.

 

On connaît tous le credo de Deng Xiaoping : ouvrir la fenêtre pour laisser entrer un peu d’air et revivifier celui d’une chambre restée trop longtemps fermée – en d’autres termes, permettre à la Chine une ouverture régulée sur le monde extérieur afin d’amener des apports précieux à son développement. Jusque là, difficile de contredire le bien fondé de cette théorie, cela paraît assez sage. Mais il faudrait tout de même que cela ait certaines limites, car on a parfois un peu trop tendance à confondre l’air pur et les courants d’air !

 

Mon université, l’Université de Langue et de Culture Chinoise de Pékin, présente plusieurs exemples intéressants de ce qui est attendu de cette politique d’ouverture. En effet, la plupart des étudiants de la faculté de chinois (il y a aussi des facultés d’anglais, de japonais, de coréen et de français dans la même université) sont étrangers – sans quoi ils n’auraient pas besoin d’apprendre le chinois, ils le sauraient déjà ! – et le campus présente un panorama vraiment cosmopolite. Ainsi, dans ma classe, on trouve neuf Kazhakstanais, quatre Américains, une Coréenne, deux Mongols, un Libanais, deux Marocains, un Panaméen – et moi. Les gens du Kazhakstan sont dans toutes les classes en majorité, en partie parce que c’est un pays voisin de la Chine , et en partie parce que les échanges d’étudiants ont toujours été très florissants entre la Chine et les pays russophones, et ce depuis le début de la Révolution  ; cela se poursuivra d’ailleurs même au temps de la rupture sino-soviétique, ce qui n’est pas rien. Ici, la langue étrangère qu’on entend le plus, et celle qui est le plus répandue chez les Blancs, bien avant l’anglais, c’est sans conteste le russe.

 

Je crois que les autorités sont très contentes d’avoir mis en place une université comme celle-là – elle est d’ailleurs réputée dans toute la Chine , reconnue comme étant une des meilleures pour apprendre le chinois – parce qu’elle participe au développement de la langue chinoise dans le monde, un phénomène de plus en plus tangible et qui devrait prendre demain des proportions impressionnantes. Il est dans l’intérêt de la Chine d’assimiler (au moins linguistiquement) un grand nombre d’étrangers, qui deviendront des futurs collaborateurs du pays, des intellectuels, des chercheurs, des investisseurs, et qui participeront, selon la théorie officielle du « gagnant-gagnant », au processus de développement national. Or, le premier pas de cette collaboration est bien souvent l’apprentissage de la langue, élément essentiel pour qui veut faire des affaires en Chine, et c’est donc dans mon université que vont être recrutés pour l’avenir de nombreux collaborateurs. Partant de cette perspective, la stratégie est celle de la séduction : il faut plaire, et surtout ne pas rebuter, pour s’assurer que les meilleurs d’entre nous, une fois nos études finies, resterons en Chine.

 

Mais qu’est-ce que séduire l’étranger ? Qu’est-ce que s’efforcer de ne pas le rebuter ?

 

C’est, dans un premier temps, ne lui montrer que les côtés agréables du pays, de son mode de vie, de ses mœurs – je ne dis pas les bons côtés, je dis les côtés agréables – et ce qui est agréable, c’est ce qui est arrangeant, ce qui est facile, ce qui n’est pas contraignant. C’est aussi, dans une certaine mesure, ce qui n’est pas différent – pas différent de l’Occident, qui est la provenance principale de ces éventuels futurs collaborateurs étrangers. Il ne s’agirait pas, comprenez-vous, de braquer le liu xué sheng (étudiant étranger) avec des us et manières de faire qui contrasteraient trop avec les siens. Mais je vais sans plus attendre prendre des exemples concrets, car je sens que vous vous impatientez et que vous vous demandez où je veux en venir.

 

Ou plutôt je vais attendre quelques jours, le temps de vous laisser méditer sur la question...

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Publié dans divagations

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Bonjour,Un grand bravo et merci a votre blog et vos commentaires. Je n'aurais jamais cru lire autant de compassion et de comprehension ou de tentavive de comprehension des locaux, venant d'un "lao wei".Cela est tout a votre honneur.Un blog dans la veine de celui de Celine, contrastant heureusement avec les "merdes" comme celui d'Hesiem & Co qui malheureusement pullulent encore.Xavier
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C
Salut David, <br /> Rien à voir avec cet article, mais une question concernant le blog: si je veux faire voir une série  de photos,  comment je fais ? Y a-t-il un album quelque part ?<br /> Claire
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