PUISQUE LES LECTEURS EN ONT DECIDE AINSI…

Publié le par David L'Epée

Depuis le début de ce blog, c’est-à-dire depuis le mois d’août, je lis tous les messages qui me parviennent dans ma boîte e-mail et tente de répondre à tous les lecteurs qui me contactent, même s’il ne m’est pas possible de le faire aussi régulièrement que je le voudrais.

Parmi vos critiques – je parle des critiques sérieuses et constructives, pas du venin idéologique injecté à tout va par les ultras de la clique de Guy Sorman (pardon pour le pléonasme) et autres tristes sires – une remarque revient souvent : on me reproche d’accorder trop de place aux réflexions politiques et économiques (notamment par ma revue de presse et mes analyses) et pas assez à mes récits personnels de « découvreur » de Pékin. L'une de mes lectrices – elle se reconnaîtra – va même jusqu'à me reprocher mon "manque de nombrilisme"...

J’avoue que je ne suis qu’à moitié convaincu du bien-fondé de cette critique. J’ai peur qu’elle reflète une tendance actuelle de la lecture dans laquelle on préfère les récits anodins – ceux auxquels ont peut s’identifier personnellement – aux grandes idées et aux réflexions fondamentales. Certains lecteurs, si j’ai bien compris, préféreraient lire la description par le menu de mes repas (« le menu de mes repas »… jolie expression), de mes cours et de mes promenades dans le jardin, plutôt que de subir mes péroraisons sur le protectionnisme, le contrôle des médias ou les relations diplomatiques en Asie. Je suis un peu sceptique : qu’est-ce qui a réellement de l’importance ?

Moi aussi, comme vous, je suis un lecteur de romans. Il m’arrive assez souvent d’en lire un, et pas seulement entre deux traités de sciences politiques ! J’aime donc les récits, les lire comme les écrire, et je m’intéresse beaucoup à la narration autobiographique – je me suis déjà occupé dans le passé d’un blog consacré entièrement à ce genre littéraire et que certains de mes amis connaissent bien. Parler de mes aventures en Chine, en y mettant les formes, ne me pose donc aucun problème. Mais je ne souhaite pas tomber dans le piège de l’anecdote gratuite.

Lorsqu’on arrive dans un pays si différent que la Chine comme étranger, rien de ce qui peut nous arriver n’est vraiment anodin, et aucun événement n’est vide de sens, car chaque spectacle, chaque parole, chaque action, nous apprend quelque chose sur l’environnement dans lequel nous évoluons. Ainsi, derrière chaque anecdote, il y a un sens – un peu comme dans une fable, si vous voulez – et il s’agit de le mettre en lumière, ou du moins d’en donner quelques interprétations, sinon cette anecdote apparaîtra aux lecteurs comme une anecdote gratuite. Chaque interaction que j’ai avec les Chinois, chaque découverte que je fais à Pékin, chaque situation à laquelle je me trouve confronté, m’apprend quelque chose, me révèle une information, ou soulève une interrogation sur le milieu, la mentalité, l’esprit de la Chine. Et puisque rien n’est gratuit, puisque tout a un sens, je dois convenir avec vous, en fin de compte, que raconter mes petites aventures personnelles pourrait avoir quelque intérêt.

Je prend donc en compte vos critiques, et pour satisfaire mes lecteurs, je profite du passage au mois d’octobre pour changer quelque peu ma ligne éditoriale. Je continuerai, quand je le jugerai intéressant, de reproduire l’une ou l’autre dépêche de presse (mais toujours sous forme d’extraits très courts) et de commenter l’actualité, ainsi que de revenir de temps à autre sur un personnage ou un événement historique, mais je laisserai une place plus importante au récit de mes aventures, et je profiterai de l’extension de cet espace pour vous proposer davantage d’illustrations, notamment les photos et de petits croquis que je m’amuse à faire pendant mes temps morts. Ainsi, tout le monde sera content, y compris les amateurs de vie privée, de faits divers, de blog-réalité et de soirées-diapositives. Le prochain changement de formule devrait être le passage au format tabloïd, mais j’essaierai de m’arrêter avant…

Et dire qu’il y en aura encore pour dire que je ne fais pas de concession…

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Publié dans éditoriaux

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