PETIT-DEJEUNER A LA FRANÇAISE
Ce dimanche matin, comme mon colocataire est parti pour une bonne demi-journée de sommeil après une nuit festive, j’ai la responsabilité de devoir m’occuper de sa copine qui est levée depuis déjà un moment et qui tourne comme une lionne en cage dans la chambre. Il ne veut pas la laisser sortir seule (il sort d’ailleurs sans elle le soir) car elle vient juste d’arriver en Chine depuis le Kazhakstan et elle ne sait pas un mot de chinois. Comme elle semble avoir faim, je lui propose de trouver un endroit pour prendre le petit-déjeuner.
Le réfectoire de l’Université étant déjà fermé, nous sortons en ville à la recherche d’un café où se sustenter. Ce n’est pas si facile qu’on pourrait le croire, même dans une métropole, car il semble que l’habitude de prendre son café sur une terrasse le matin, qui fait partie de nos mœurs, ne soit pas très usitée par les Chinois. Après un moment, nous trouvons quelque chose qui ressemble à un café : c’est une boulangerie attenante à un cybercafé qui permet de consommer sur place.
Tout, dans cette boulangerie, est français : le nom – Tous les Jours – ; les produits (croissants, baguettes, café) ; la musique de fond (Edith Piaf quand nous entrons) ; et la décoration, constituée de reproductions de vues parisiennes et de vieux ustensiles de cuisine français. Malheureusement, les prix aussi sont français… Les aliments sont vraiment chers, et je pense qu’il doit s’agir d’un café pour ceux qu’on appelle ici les « petits-bourgeois » (je ne me souviens plus du terme chinois), ces jeunes un peu snobs au fort pouvoir d’achat qui hantent les milieux culturels contemporains et s’entichent de tout ce qui est occidental. Je souris en pensant qu’un même type d’exotisme, mais de façon inversée, produit à peu près en Europe les mêmes comportements…
Mais les tenanciers de ce café ne semblent néanmoins pas connaître tout des mœurs françaises. En effet, au moment où une employée vient nous présenter une bouteille de champagne pour accompagner nos croissants, je dois lui expliquer que cette pratique n’est pas si courante que ça, même à Paris…
Au moment de partir, je me retourne vers les employées : je n’en suis pas sûr, mais j’ai comme l’impression qu’elles ont été débridées – une opération des paupières malheureusement très usitée par celles qui en ont les moyens et qui répond à certains canons de beauté occidentalisants. Serait-il possible qu’on les ait forcées à faire cette opération pour faire plus « françaises » ?...

