OU MAO EST PLUS QUE JAMAIS D’ACTUALITE

Publié le par David L'Epée

Je reproduis ci-dessous de larges extraits d’un article du syndicaliste chinois Lao Cai sur la pensée de Mao telle qu’elle se présente dans le peuple chinois d’aujourd’hui. Elle a été originellement publié sur son blog Journal d’un Chinois.

 

Lao Cai, figure connue de la diaspora chinoise (il vit actuellement en France) est un personnage controversé et difficilement cernable. Leader syndicaliste d’un grand courage, il a joué un rôle important dans les incidents de 1989 avant d’avoir dû s’exiler pour des raisons aisément compréhensibles. C’est là que les choses se brouillent : devenu agitateur anti-communiste, il est aujourd’hui constamment courtisé par certains noms européens du libéralisme le plus ultra, ce qui devrait nous amener à prendre une certaine distance avec l’individu.

 

Néanmoins, ce blog étant ouvert à plusieurs voix divergentes, je vous invite à lire le texte ci-dessous car il a un intérêt évident. Je vous invite également à faire un tour sur le blog de Lao Cai qui a fait l’effort de le rédiger entièrement en français.

 

Ce texte, dans son propos, s’inscrit dans la continuité de celui que j’avais écrit il y a quelques jours sur ce blog et intitulé Et pendant ce temps-là, tout à droite du Parti.

 

                                         

 

 

Trente ans après la mort de Mao Zedong, une sorte de nostalgie de sa personnalité et des temps où il dominait le pays tout entier est devenue une véritable force sociale et politique.

 

Avec la politique de réforme économique, la vie des Chinois est devenue plus en plus précaire. Les ouvriers et les citoyens moyens, ainsi que les paysans, expriment ouvertement leur regret des temps maoïstes, marqués par l’emploi garanti, la sécurité sociale et l’école gratuite. Le citoyen en ressentait une certaine fierté nationale, bien estompée aujourd’hui.

 

Certains journaux et surtout les sites Internet, expriment assez souvent des critiques quant aux réformes en cours, ils s’en prennent à la politique très « libérale » menée sous la présidence de Jiang Zemin. Au mois d’août 2004, l’économiste Lang Xianping, un professeur de Hong Kong, a publié un article, Le joyeux festin de l’entreprise d’État dans lequel il accuse les sociétés privées de piller les biens de l’État à l’occasion des privatisations. Cet article a fait de lui une star ; un des plus grand sites internet de Chine, Sina, a réalisé un sondage auprès de quatre vingt mille internautes : 90% soutenaient la position de Lang Xiangping. Rappelons qu’il y a déjà cents cinquante millions d’internautes en Chine aujourd’hui.

 

Au mois de juillet 2005, un économiste officiel de renom, Liu Guoguang, ancien vice-président de l’Académie sociale de Chine, a publié une Réflexion sur l’enseignement et la recherché en sciences économiques. Il a préconisé la restauration des principes fondamentaux du marxisme. Le 23 novembre 2005, dans une conférence à Beijing, il annonçait que Li Changchun, un membre permanent du bureau politique, avait affirmé que nombre des points de vue exprimés dans l’article étaient de la plus haute importance.

 

Le 12 août 2005, un autre professeur maoïste de l’Université de Beijing, Gong Xiantian, a attaqué le projet de lois sur la propriété dans une lettre ouverte qu’il a adressée à M. Wu Bangguo, président de l’Assemblée Populaire de Libération et membre permanent du Bureau politique. [...]

 

Les Chinois se plaisent à comparer la personnalité charismatique et les discours populistes de Mao Zedong, qui leur semblaient vivants, clairs. Mao a même osé à appelé les jeunes, les ouvriers et les paysans à se révolter contre la classe bureaucratique (ce qui désignait d’abord ses propres ennemis politiques), et d’autre part, les dirigeants actuels, si ennuyeux, ont peur de tout et n‘ont que la langue de bois. Là encore, le contraste peut expliquer ce retour d’un courant maoïste. [...]

 

Les maoïstes d’aujourd’hui échangent leurs idées par les courriers électroniques et touchent ainsi le milieu des hauts fonctionnaires, retraités ou en activité ; depuis cinq ans, ils multiplient les sites internet. Citons parmi ces derniers les plus connus Drapeau de Mao Zedong, Le Village de l’Utopie (wu you zhi xiang), Le Forum des Ouvriers, Paysans et Soldats, Le Communiste.

 

Les tenants de ce courant organisent fréquemment des séminaires avec la présence de hauts fonctionnaires autrefois en poste et d’anciens généraux et universitaires réputés de « gauche ». Ils attaquent vivement les anciens conseillers de Jiang Zemin, les économistes libéraux dits « du courant principal », aujourd’hui encore « conseillers du prince », qu’ils considérent comme les responsables des difficultés sociales présentes. Ces maoïstes n’aiment guère passer à l’action. En revanche, depuis plusieurs années, les ouvriers descendent de plus en plus souvent dans la rue pour protester contre les licenciements arbitraires ou pour réclamer les impayés de salaries ; de leur côté, les paysans se sont dressés à maintes reprises pour défendre leurs terres menacées de réquisition. Des avocats, des journalistes et des intellectuels s’engagent de leur côté en nombre croissant. [...]

 

D’un côté, la pression du courant libéral, dans la lignée de Jiang Zemin, pour laquelle les problèmes sociaux d’aujourd’hui n’étant que le résultat de réformes incomplètes ou pas assez radicales ; d’un autre côté, un courant de « gauche » dont les maoïstes forment la composante principale et qui gagne du terrain. Ce courant estime que les problèmes sociaux trouvent leur origine dans le système de propriété.

Publicité

Publié dans politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article