MES PREMIERS PAS EN CHINE

Publié le par David L'Epée

Lorsque j’arrive à la sortie de l’aéroport de Pékin, un homme s’approche de moi et me tend un téléphone portable, me faisant comprendre qu’il y a un appel pour moi. Très étonné, je prends le téléphone et dis : « ui ? » (allo en chinois). A l’autre bout du fil, c’est Yiqi, qui me parle depuis la Suisse ! L’homme au téléphone n’est autre que M. Liu, son père, venu me chercher à mon arrivée. Accompagné d’un camarade, M. Wu, ils m’aident à embarquer mes bagages dans leur voiture et m’emmènent à l’Université.

Durant le trajet, après avoir échangé quelques mots avec les deux hommes qui n’ont pas compris grand-chose (à cause de mon horrible accent français), je regarde par la fenêtre. Une vraie scène de science-fiction : la banlieue pékinoise, noyée dans la fumée des usines, en éternelle construction. Erik Izraelewicz écrivait, dans son livre sur l’économie chinoise, que parmi toutes les grues en activité dans le monde, plus de la moitié l’était en Chine. Je veux bien le croire car cette partie de la ville est une véritable forêt de grues, et bien qu’il ne soit même pas sept heures du matin, des masses d’hommes s’affairent déjà, remuant la poussière de tous les côtés et semblant prêt, comme dans la légende chinoise, à faire et défaire des montagnes. Izraelewicz explique dans le même livre que dans les quinze prochaines années, la Chine construira une ville de la taille de Paris… chaque mois ! Et ici, on casse la pierre à la pioche et on remue la terre à la pelle ; il semble que certains retards technologiques soient compensés par la multitude des bras, appuyée sur une conception du travail certainement très différente de la nôtre.

Nous arrivons à l’Université, un endroit d’apparence très agréable (voir note précédente). C’est là que les difficultés administratives commencent, mais je n’interviens pas, je laisse M. Liu négocier, disputer, et arranger tout – en déployant une énergie étonnante compte tenu de la chaleur. J’ai écrit dans une de mes premières notes que naviguer dans la bureaucratie suisse pouvait faire penser à la Maison des Fous d’Astérix ; que dire alors de la bureaucratie chinoise ? Imaginez la même chose, mais en ajoutant quelques degrés Celsius de plus, des queues interminables (que personne ne respecte), des policiers dans tous les coins, des ordinateurs qui tombent sans cesse en panne, des renvois systématiques d’un bureau à l’autre, et une langue que vous ne comprenez pas et que vos interlocuteurs ne semblent guère mieux comprendre puisque la communication d’un côté à l’autre du guichet ne passe qu’avec beaucoup de difficultés. Néanmoins, à la fin de la journée, j’ai tout ce qu’il me faut et même bien plus : une chambre, un compte bancaire, une carte de téléphone, une carte de rationnement (pour le réfectoire), une connexion Internet et assez d’argent liquide pour survivre un bon moment.

M. Liu me traite visiblement comme si je faisais déjà partie de la famille, car il m’a accueilli et m’a tout préparé avec une efficacité et une générosité vraiment admirables. Il amène dans ma chambre tout ce dont je pourrais avoir besoin : des pantoufles, une bouilloire (l’eau courante n’est pas potable), un thermos, du papier à lettre, du café (un produit de luxe ici), une casserole, des rallonges électriques et diverses autres choses fort utiles. Il harcèle le personnel pour que tout soit en ordre, et j’avoue que c’en est presque gênant : il en fait tellement pour moi que j’ai peur de passer auprès des fonctionnaires de l’Université pour un petit prince capricieux – mais je suppose que c’est, dans une certaine mesure, une habitude, depuis l’arrivée de la politique de l’enfant unique. Ensuite, il m’emmène en ville pour me présenter les endroits à connaître : la poste, le commissariat, le centre commercial, etc. Croyant me faire plaisir en me proposant des produits bien connus des Occidentaux, il veut m’inviter au Mc Donald’s. Je refuse poliment son offre : « Duibuqi, wo puchi zai meiguo fandian. » Ayant boycotté ce lieu de perdition depuis des années en Europe, ce n’est tout de même pas dans un pays communiste que j’allais y céder !

M. Liu ne lira pas ce blog, mais je voudrais tout de même le remercier sincèrement pour son aide. Sans lui, je serais encore en train d’errer dans l’aéroport. Je lui dois beaucoup mais devrai attendre de maîtriser mieux la langue pour pouvoir le remercier comme il se doit.

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Publié dans voyages

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