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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Dimanche 15 juillet 2007

Lors de mes billets précédents sur la question de l’insécurité, des commentateurs ont recentré à plusieurs reprises le débat sur la question de la sécurité des étrangers en Chine. Ce n’était pas la question qui m’intéressait le plus car j’avais commencé par parler de la sécurité des citoyens chinois, mais puisque le sujet semblent en intéresser quelques uns, je m’y plonge à mon tour, fort de mon expérience d’étranger dans ce pays. S’il existe en Chine un problème d’insécurité lié à la xénophobie ou au racisme, je suis bien placé, pour l’identifier. Je dis bien s’il en existe un car, à dire vrai, je n’en ai, à titre personnel, jamais constaté. Il semble, de manière générale, que les Chinois soient peu portés aux haines ethniques, et ce pour au moins deux raisons. La première est historique.

 

La Révolution chinoise, comme toutes les révolutions rouges, a été une révolution à proprement parler national-communiste dans la mesure où elle a donné corps à un nationalisme moderne (le même qui s’est fait jour dans différents pays d’Europe dès la fin du XVIIIe siècle) et l’a placé en lieu et place de l’ancien système impérial pour qui le corps national était moins déterminant que les délimitations entre les différentes catégories sociales de la Chine féodale.

 

La Chine de Sun Yat-sen et du Kuomintang (avant même la Chine communiste) a « inventé » la nation comme les révolutionnaires français l’avait fait en leur temps en renversant l’Ancien Régime. Ce nationalisme chinois – qui existait en germe, étouffé, depuis le XIXe siècle au moins, et qui s’était nourri en partie des humiliations coloniales et guerrières – a connu quelques violentes explosions dans lequelles le racisme n’était pas absent ; le plus célèbre de ces incidents restera la Révolte des Boxers. Il y en a eu d’autres par la suite, et le Kuomintang lui-même n’était pas dépourvu d’éléments potentiellement racistes puisqu’à l’extrême droite de son parti, Chiang Kaï-chek était parvenu à mettre sur pied ceux qu’on appelle les Chemises Bleues et qui resteront, dans l’histoire chinosie, la seule tentative connue d’instauration de milices fascistes. Car le fascisme, rappelons-le, s’il a rencontré un certain succès au Japon, ne réussit pas à s’implanter en Chine et n’y réapparut plus depuis.

 

Lorsque les communistes arrivèrent au pouvoir, ils se servirent de ce jeune nationalisme chinois et le renforcèrent encore, car ce nationalisme était à la fois le vainqueur des luttes de décolonisation et de la lutte anti-japonaise ainsi que le garant de l’unité de la patrie de laquelle dépendait le socialisme. Ce qui a changé avec ce retournement du pouvoir, c’est que ce communisme, tout nationaliste qu’il était, ne s’inspirait pas moins de Marx, et que l’idéal marxiste, c’est l’internationalisme. Mao ne l’a pas oublié : tout en galvanisant le patriotisme du peuple, il a placé la Chine au coeur d’un combat mondial contre l’impérialisme et a engagé la lutte aux côtés de la Corée , du Vietnam et de bien d’autres, leur prêtant l’aide militaire et logistique, tout en envoyant des fonds très loin, en Afrique, pour venir en aide aux « frères prolétaires », conscient que la Chine nouvelle se devait être l’avant-garde du tiers-monde, de ceux que la vulgate communiste appelle les damnés de la terre. Les patriotes français de 1789 rêvaient d’une République universelle ; les patriotes chinois de 1949 voulaient construire l’Internationale.

 

Cette vision globale, cette solidarité avec les prolétaires de tous les pays que seule permettait la conscience de classe la plus élevée, ont contribué à former en Chine un esprit de tolérance à l’égard des étrangers, une ouverture au monde extérieur. Marx l’avait dit : les contradictions entre les classes sont les seules contradictions réelles, les autres contradictions (raciales par exemple) ne sont que des écrans de fumée utilisés par les impérialistes pour détourner la classe ouvrière de sa mission historique et briser son unité internationale. Cela n’a pourtant pas été le cas dans tous les pays prétendument communistes : en URSS par exemple, le racisme restait très présent, depuis le Kremlin jusqu’aux masses populaires (les épurations ethniques entreprises par Staline le montrent bien), et après la chute du régime, le fascisme russe a littéralement explosé avec toute la force qu’on lui connaît aujourd’hui. Autre exemple frappant : alors qu’en pleine Révolution culturelle, nombre de gardes rouges chinois allaient suivre des cours d’anglais entre deux manifestations, les Khmers rouges cambodgiens exécutaient systèmatiquement tous ceux de leurs compatriotes suspects de connaître une langue étrangère...

 

Cet esprit internationaliste sincère de la Chine maoïste (qui n’entrait d’aucune manière en contradiction avec le nationalisme du régime) a marqué durablement les mentalités chinoises. C’est, à mon avis, la raison historique qui explique l’absence presque complète en Chine d’insécurité liée au racisme. Je donnerai la prochaine fois ce que je pense être les raisons migratoires et culturelles du même phénomène.

par David L'Epée publié dans : social
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Jeudi 28 juin 2007

Suite à quelques réactions de lecteurs à mon texte intitulé Mais où est donc Passée l’Insécurité ?, je voudrais revenir brièvement sur une institution que j’y avais évoqué, celle des milices de quartier. Je tiens à préciser que je ne me suis référé qu’à ma propre expérience de résident de Pékin pour en parler et que je n’ai pas fait de recherches approfondies sur la question. Je ne nie donc pas que malgré son apparence de discrétion, la police est tout de même bel et bien présente, notamment, comme me le signale un de mes lecteurs, au travers de la vidéosurveillance. Mais je maintiens que la différence entre une police discrète et une police s’exhibant dans les rues (renforçant par la même le sentiment d’insécurité et finissant par se rendre impopulaire), est une différence essentielle.

 

A André qui trouve que je devrais « prendre mes distances avec le monde politique chinois », je répondrais que j’ai très peu parlé de politique dans ce texte (préférant adopter une approche sociologique, voire civilisationnelle) et qu’en ce qui concerne le système chinois de surveillance policière, je me suis contenté de le décrire, sans prendre position. Pour le lecteur occidental moyen, cette simple description suffirait d’ailleurs à lui laisser une impression négative, car il est vrai que les idées de surveillance, de vigilance citoyenne, et plus encore de délation – « la délation dans toute son abjection » nous dit André – sont particulièrement impopulaires dans la sensibilité européenne. Qui est dans le juste ? Je préfère, une fois de plus, suspendre mon jugement.

 

J’ai retrouvé un texte du juriste Henri Isaïa, dans son livre La Justice en Chine (Economica, Paris, 1978), qui présente les attributions des comités de quartier. Il se réfère lui-même à des écrits d’Edgar Snow, le célèbre journaliste américain ayant longtemps vécu en Chine. Ces observations datent un peu mais, d’après ce que j’ai vu, le principe de ces comités de quartier est resté à peu près le même :

 

« Tout voyageur étranger qui se déplace en Chine a pu remarquer combien la présence de la force armée y était discrète. C’est que l’on se trouve dans une « société bien patrouillée – de l’intérieur ». Selon E. Snow, « il n’y a pas aujourd’hui un pays au monde dans lequel les gens soient plus enrégimentés, disciplinés, et les écarts de conduite publics plus rapidement rappelés à l’ordre par d’autres citoyens ». La défense de l’ordre public n’incombe pas seulement ou même essentiellement aux agents de la sécurité publique. Des « comités de sécurité du peuple » présidés par des cadres dirigeants y participent également.

 

Ces organismes fonctionnent sur les lieux de travail et d’habitation. Ils existent dans la plupart des unités de production et services administratifs (usine, brigade de production, bureau communal ou gouvernemental) ; dans les quartiers d’habitation, leur rôle est assumé par des comités de rue et de blocs d’immeubles.

 

Les comités de sécurité du peuple « maintiennent l’ordre, s’entremettent dans les discussions et sont même habilités à entreprendre à leur échelon des refontes de la pensée de certains individus. Ils aident à l’établissement du recensement et tiennent des dossiers sur chaque famille. Leurs fonctions ne sont pas secrètes mais électives. Leurs tâches quotidiennes sont humbles : vérifier l’hygiène, s’assurer de la propreté des rues, de l’état de santé des familles, de l’assiduité dans les écoles, et que les rations soient équitablement réparties ; ils aident au réglement des querelles domestiques, à la distribution des rations spéciales ou de combustibles aux nécessiteux. Comme la police, ils rendent des services à la société tout en la surveillant. »

 

Il n’est pas douteux que la direction des comités de sécurité du peuple soit assurée par des membres du Parti Communiste. Mais les représentants des masses populaires qui ont été désignés pour y siéger n’en sont pas moins des auxiliaires de police subalternes : ils sont chargés de surveiller, de prévenir les autorités de tout ce qui paraît suspect, de collaborer avec les services de la sécurité publique.

 

De toutes façons, chaque individu, même s’il n’est pas membre d’un comité de sécurité du peuple, se doit d’être vigilant en tout occasion. En Chine, dénoncer aux autorités une attitude ou une activité suspecte, loin d’apparaître comme une démarche douteuse, est au contraire une preuve de civisme ; car c’est un devoir de tout bon citoyen de veiller au maintien de l’ordre et au respect de la loi. »

 

(p.56-58)

 

La traductrice Françoise Naour, dans la préface d’une traduction française de l’écrivain Gan Xue (Dialogues en Paradis, p.23) en donne une vision plus personnelle et plus féroce :

 

« Ne quittons pas la maison avant d’avoir rencontré les voisins, les tout-puissants voisins.  S’ils ne sont pas dedans, ils sont juste derrière le mur, ou l’oreille collée à la porte, ou l’oeil écrasé à la vitre. Epier, dénoncer, telle est leur raison d’être là. Un bon comité de quartier – « les vieilles paricaridelles ramiellées et foruses, les sales coquillardes achactées à tout » dit Michaux – vaut les micros, les caméras les plus sophistiqués. Milliards d’yeux et d’oreilles, milliards de langues, disponibles presque en continu, police si bénévole, si diligente. [...] Ils arrivent en masse, comme un essaim d’abeilles, commentent, supputent, s’esclaffent... Voisins-Erynnies, voisins-mouches, mouchards, charognards. »

 

 

 

 

Sur le même sujet :

 

-          Mais    est  donc  Passée  l’Insécurité ?

-         « En  Cas  de  Problème,  Cherchez  la  Police  »

par David L'Epée publié dans : social
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Samedi 10 mars 2007

La Holy Spirit Study Center de Hong Kong a publié récemment les chiffres suivants sur la pratique du christianisme en Chine, dans ses différentes composantes.

 

 

Catholiques – 12.000.000
Diocèses – 138
Baptêmes d'adultes en 2004 – 150.000

 

EGLISE OFFICIELLE

 

Évêques – 67
Prêtres – 1.740
Séminaires – 14
Séminaristes – 580
Religieuses – 3.500
Noviciats – 40
Novices – 800

 

EGLISE CLANDESTINE

 

Évêques – 44
Prêtres – 1.100
Séminaires – 10
Séminaristes – 800
Religieuses – 1.700
Noviciats – 20
Novices – 800

 

Je rappelle que l’Eglise officielle, appelée aussi Eglise nationale, est tolérée et chapeautée par le Parti, qui a eu l’intelligence de comprendre que lorsque l’ennemi est trop fort pour le défier en duel, il vaut mieux tenter de l’apprivoiser pour pouvoir, en le gardant sous contrôle, limiter les dégâts – je le dis sans ironie aucune car il n’y a pas vraiment de quoi rire.

 

Le traitement réservé au christianisme dans les pays qui ont fait leur révolution est toujours un peu semblable. Une des premières mesures qu’avait pris la Révolution française n’avait-elle pas été de créer une Eglise de France, c’est-à-dire de nationaliser l’Eglise ? Il y avait aussi d’autres enjeux évidemment, et moins spirituels – nationaliser les biens du Clergé était une bonne affaire... – mais la différence essentielle avec la Chine est bien plus essentielle : le christianisme, produit importé dans cette région d’Asie, n’a aucune légitimité historique, traditionnelle ni culturelle ici.

 

Dans cette Eglise nationale, indépendante de Rome, les dignitaires ecclésiastiques ne sont pas nommés par le Vatican. C’est ce qui explique la création d’une (de plusieurs en fait) Eglise clandestine, refusant l’intervention de l’Etat et voulant demeurer fidèle au pape. Je ne sais pas exactement comment cet institut s’y est pris pour avoir des chiffres aussi précis sur une organisation clandestine... Je reviendrai prochainement sur cette question et tenterai d’expliquer pourquoi, de l’avis de nombreux observateurs, la re-colonisation chrétienne de la Chine est de très mauvais augure.

 

Les chiffres restent à faire sur le nombre de protestants en Chine : le résultat serait peut-être plus inquiétant encore...

 

sur le même sujet :

 

                               - Comment  Enrayer  la  Peste   Evangélique   qui  Ronge  la  Chine  ?

par David L'Epée publié dans : social
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Jeudi 12 octobre 2006

Cet après-midi, en me promenant dans Pékin, alors que la rue était relativement calme (elle ne l’est jamais complètement) et que j’étais un peu distrait, je me fais bousculer par un homme, puis dix, puis trente, qui se ruent vers un bus comme des sauvages, avant de s’y engouffrer dans une confusion indescriptible. Cette meute sortie d’on ne sait où est constituée d’hommes de tous âges au visage buriné, portant des vêtements rapiécés ou de vieux habits militaires, des casques de chantier et divers instruments (pioches, pelles, marteaux). Leur apparence est assez misérable et on reconnaît au premier coup d’œil leur appartenance – j’allais dire : leur enracinement – à la classe ouvrière ; mais, nous allons le voir, à une catégorie bien particulière de la classe ouvrière. Comme, après le départ du bus, quelques passants se plaignent d’avoir été bousculés par cette petite troupe pressée, j’entends un mot qui revient plusieurs fois : mingong.

Je vais essayer d’expliquer ce que recoupe ce terme. Le mingong est un prolétaire, ou plus exactement un sous-prolétaire. C’est un homme de la campagne, souvent fils de paysan, qui s’est lancé dans l’exode rurale et a migré vers les zones urbaines dans l’espoir de trouver du travail. Pourquoi cette migration ? Les raisons sont nombreuses ; en voici quelques unes :

I – Le travail de l’agriculteur n’a pas été valorisé ces dernières années comme il aurait dû l’être par le gouvernement ; aussi beaucoup de paysans demandent davantage de soutien et aimeraient voir rehaussée leur contribution à la vie économique du pays. Il faut noter que pour enrayer ces tendances migratoires et rendre aux paysans ce qui leur est dû, le gouvernement est en train peu à peu de changer de politique, et il a par exemple supprimé un impôt agricole, sorte de dîme féodale, qui existait depuis 4000 ans et auquel même la Révolution n’avait pas osé toucher !

II – La vie dans les grandes villes est mythifiée dans les campagnes, envisagée comme pouvait l’être le Nouveau Monde jadis en Europe (et comme il l’est toujours en Afrique), et beaucoup de paysans croient réellement que Pékin ou Shanghai sont des Eldorado et qu’on y trouve du travail pour tous.

III – La politique de l’enfant unique a conduit à de graves déséquilibres entre le nombre de garçons et de filles, surtout dans les campagnes (dans les villes, ce déséquilibre n’est pas vraiment visible). En effet, beaucoup de paysans préfèrent avoir des fils pour reprendre la terre, et il semble que les cas d’avortements illégaux et d’infanticides soient encore courants. Aussi, arrivé à l’âge adulte, beaucoup d’hommes ne peuvent pas se marier faute de femmes, et espèrent pouvoir trouver quelqu’un dans des régions où elles sont plus nombreuses – c’est-à-dire dans les villes.

Cet exode massif, fruit de l’incompréhension et de faux espoirs, est source de graves déséquilibres sociaux :

I – Dans certaines régions rurales, on commence à manquer de bras pour cultiver la terre ; il est urgent pour le gouvernement de ramener ces paysans chez eux.

II – Certains patrons profitent de l’afflux de cette main d’œuvre sous-qualifiée et très malléable pour la sous-payer et la traiter dans des conditions très dures, provoquant du même coup la colère des ouvriers citadins qui se voient soumis à une concurrence déloyale.

III – l’arrivée de ces mingong accentue la concurrence sur le marché du travail et sur celui du logement, créant un sentiment de rejet chez la population urbaine, rejet qu’on pourrait associer à du racisme s’il ne s’agissait pas d’un côté comme de l’autre de représentants de la même ethnie (les Hans).

IV – Ce rejet est accentué par une hausse de l’insécurité ; en effet, les mingong, particulièrement pauvres, sont souvent réduits à la mendicité, au vol et au trafic pour pouvoir survivre.

Le travail étant très précaire (quand il y a du travail), les mingong sont la plupart du temps des travailleurs itinérants, ce qui renforce encore la disposition de leurs patrons à les exploiter, car ils ne sont protégés par aucune convention collective de travail ni quoi que ce soit, ce qui fait d’eux, comme je l’ai dit avant, des sous-prolétaires.

Une dépêche datée du 1er septembre sur China.org nous apprend que dans un arrondissement du Xi’an, on a changé le statut officiel des mingong en celui de « paysans-citadins », ce qui, sur le plan légal, équivaudra à une amélioration de leur sort. Ils bénéficieront dès maintenant de ces nouveaux avantages mais ils ne possèdent pas encore l’état civil correspondant :

« [Cette nouvelle appellation] revêt une signification exceptionnelle et un rôle de démonstration au moment où les autorités centrales appellent sans cesse à améliorer le traitement des mingong. En Chine, les mingong sont considérés comme faisant partie des ouvriers industriels. Mais, deux cents millions de mingong travaillant en ville sont souvent victimes de traitements inéquitables et de discriminations, et leur jouissance des ressources publiques urbaines, sur un pied d'égalité, reste problématique.

Les mingong constituent une nouvelle armée de travailleurs surgie dans la réforme et l'ouverture de la Chine, et au cours de son industrialisation et de son urbanisation. Ils apportent une importante contribution à la prospérité des villes, au développement des régions rurales et à la modernisation du pays.

La solution de leurs problèmes doit observer le principe de l'équité et de l'égalité. Les « nouveaux citadins » ont remplacé toutes sortes d'appellations anciennes pour désigner les travailleurs migrants non seulement dans les documents officiels et les discours des dirigeants de l'arrondissement de Yanta, mais aussi dans les appels adressés à la population de l'arrondissement. Il est stipulé dans un document promulgué par l'administration de l'arrondissement de Yanta que les « nouveaux citadins » peuvent bénéficier du minimum vital comme les autres citadins, s'ils répondent aux conditions requises, que leurs enfants peuvent aller aux écoles publiques dans les mêmes conditions que les autres citadins, et que douze hôpitaux de l'arrondissement donnent une faveur ou une subvention aux « nouveaux citadins » trouvés dans le besoin. La décision de l'arrondissement de Yanta a joui de la compréhension et du soutien des citadins.

La Chine compte 200 millions de mingong et, selon une estimation du ministère de l'Agriculture, 100 millions d'autres paysans doivent aller travailler en ville. Dans de nombreuses provinces chinoises, la réforme du système d'état civil est en cours afin de rechercher le moyen de briser définitivement le cloisonnement entre villes et campagnes, et d'accumuler des expériences en cette matière. Avec la progression et l'achèvement final de la réforme du système d'état civil, les villageois et les citadins auront une même identité et un même traitement. C'est la tendance générale à la fusion et à l'harmonie sociales. »

Espérons, en effet, que l’harmonie puisse se faire dans ce domaine aussi, mais cette phrase sur « une nouvelle armée de travailleurs surgie dans la réforme » me fait un peu froid dans le dos, car elle me rappelle douloureusement un passage du livre Quand la Chine Change le Monde de l’économiste Erik Izraelewicz, qui explique :

« Dans Le Capital, ce grand théoricien qui a inspiré il y a très longtemps bien des dirigeants pékinois [Marx], expliquait que les capitalistes rêvaient par-dessus tout d’entretenir une « armée de réserve » de chômeurs. Une telle armée d’oisifs à la recherche de moyens de survie aurait constitué pour eux un moyen de pression redoutable sur leurs propres travailleurs. Grâce à cette masse d’inactifs, ils devaient pouvoir imposer à leur personnel les pires conditions d’exploitation (des salaires bas, des horaires interminables, un rythme effréné et une protection sociale réduite au minimum). Ils devaient pouvoir lutter avec efficacité contre la supposée baisse tendancielle des taux de profit. Les capitalistes de Marx auraient trouvé dans la Chine d’aujourd’hui leur paradis. »

De nature optimiste, j’ose croire que le gouvernement n’a pas réellement intérêt à ce que cette catégorie sociale continue d’exister, et qu’au contraire, son premier souhait doit être de ramener les paysans à la terre et de régulariser la situation des travailleurs migrants. L’avenir nous le dira…

par David L'Epée publié dans : social
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«  La Chine est excitante comme peut l’être pour un physicien une équation majeure à poser et à résoudre. »

 

(Guillain Robert, Dans Trente Ans la Chine )

 

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