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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Mardi 8 mai 2007

« C’est ça que je veux ! »

(Nicolas Sarkozy découvrant le Sénat américain, lors de sa visite au président Bush)

Donc...

par David L'Epée publié dans : politique
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Samedi 17 mars 2007

A la fin du mois de février, à l’approche de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC), le Premier ministre Wen Jiabao a présenté un discours intitulé "Les Tâches Historiques au Cours de la Première Phase du Socialisme". Ce discours, relayé par tous les médias officiels, est extrêmement concis et direct. Avec une franchise à laquelle la politique ne nous avait pas toujours habitués, Wen Jiabao dresse un constat assez dur de la situation : le socialisme en Chine est toujours dans sa phase de construction et il faudra attendre encore plusieurs « dizaines de générations » (je cite) pour voir son avénement décisif et durable.

 

Cette théorie des « générations sacrifiées », propre au communisme et particulièrement à la Chine (pour des raisons que l’on comprendra aisément) n’est pas nouvelle, certes – elle date au moins de Lénine et des « lendemains qui chantent » célébrés par la propagande soviétique. Mais l’exprimer ainsi, de but en blanc, devant son peuple, révèle le profond pragmatisme acquis par le régime chinois au fil du temps. Reconnaître l’imperfection du système, l’état inabouti du socialisme actuel, ce n’est pas seulement une question d’honnêteté politique, c’est aussi et surtout une posture résolument réaliste. Et le réalisme est toujours un peu dur.

 

Voici un passage choisi de ce discours, que je vous invite à lire avec attention :

 

« La première phase du socialisme à la chinoise indique que le pays reste encore sous-développé à la fois dans ses forces productives et dans son système socialiste, qui réclament davantage de réformes et d'innovations. [...] Pour consolider et faire avancer le socialisme, la Chine doit pleinement comprendre et bien mener deux tâches : libérer et accélérer la productivité afin d'augmenter la richesse matérielle de la société chinoise, et progressivement améliorer l'équité et la justice sociales afin d'activer la créativité du peuple et de promouvoir l'harmonie sociale. [...]

 

Sans le développement durable de la productivité, la Chine ne peut matérialiser l'équité et la justice sociales. Sans progression de l'équité et de la justice sociales de manière appropriée et graduelle, la Chine ne peut pleinement mobiliser l'enthousiasme et la créativité de la société tout entière, ce qui empêchera de maintenir la croissance de la productivité. [...]

 

Les objectifs de l'édification socialiste de la Chine étaient d'éliminer l'exploitation et la bipolarisation, et de réaliser la prospérité commune. Consolider et faire avancer le système socialiste du pays réclamera les efforts concertés et continus de plusieurs, voire une dizaine et même des dizaines de générations. »

 

Ce passage nous apprend plusieurs choses sur la conception chinoise du socialisme et son évolution. Ce socialisme de la croissance, loin des idéaux « décroissants » de nombreux gauchistes occidentaux (que je respecte), qui oscille de façon permanente entre massacre des ressources (naturelles et humaines) et développement durable (1), ne s’inscrit pas seulement dans une logique de redressement du pays, mais aussi dans une logique d’affirmation de la Chine dans le contexte de la mondialisation.

 

Ancien pays pauvre, ancien pays colonisé et inféodé à des puissances étrangères, nation ambitieuse et en pleine phase de développement, la Chine sait que dans la structure actuelle du monde – celle de la concurrence globalisée entre les pays – elle ne pourra garantir sa souveraineté que par sa supériorité. Elle sait par expérience qu’on soumet les pays pauvres, les pays faibles, les pays sous-développés. Elle ne veut plus revenir à cet état honteux, elle doit donc s’affirmer, rejoindre les puissants – non pas pour collaborer mais pour leur tenir tête – et, si possible, les dépasser sur certains points. Le constat est terrible, mais dans un monde globalisé, la garantie de la souveraineté d’une nation est à ce prix-là.

 

D’où l’obsession de la croissance, d’où la surchauffe de la productivité, d’où l’explosion du dernier budget militaire (car qui veut l’ « émergence pacifique » prépare la guerre). « Augmenter la richesse matérielle de la société chinoise » est donc à la fois un impératif social et un impératif géopolitique. C’est cet aspect géopolitique du problème qui est nouveau dans le socialisme chinois et qui est lié à l’actuelle mondialisation – car je rappelle que cette mondialisation n’est en aucun cas une mondialisation de coopération entre les pays mais au contraire une mondialisation de la concurrence et des guerres économiques.

 

En quoi l’impératif géopolitique est-il lié à l’impératif social ? Par une causalité très simple : si la Chine veut se protéger des ingérences extérieures dans ses propres affaires (inutile de préciser de la part de qui), si elle veut continuer de se gérer comme elle l’entend et maintenir le régime en place, elle a besoin de dissuader ses éventuels ennemis de tenter toute action de subversion ou simplement d’intervention chez elle. Pour les dissuader, elle doit s’affirmer face au reste du monde, présenter une image de force, un front inattaquable. Si elle y parvient, elle pourra poursuivre en paix la construction du socialisme et ainsi marcher sur la voie de l’amélioration du niveau de vie de ses citoyens. Par le succès de sa lutte géopolitique, la Chine sera en mesure de remplir sa mission sociale auprès de son peuple. Ce sont là les deux faces de son objectif de « prospérité commune ».

 

Pour le reste du discours, le message est exactement le même que celui qu’on apprend à tous les écoliers chinois, à savoir que le chemin vers le socialisme est long et sinueux et qu’il faudra encore attendre plusieurs générations (peut-être plusieurs dizaines, nous dit Wen Jiabao) pour connaître le communisme, qui est, si on prend la logique de développement marxiste au pied de la lettre, l’aboutissement du long processus actuel qu’on appelle socialisme.

 

Cette « sinuosité » de la voie socialiste chinoise, que les prédécesseurs de Wen avaient déjà mis en exergue, signifie aussi, outre son caractère très lent et parfois laborieux, que le développement peut emprunter plusieurs chemins différents, se tromper, revenir en arrière, se rectifier, tourner autour du pot, repartir de plus belle dans une direction opposée... L’histoire de la Chine depuis la fondation de la République en 1949 l’a montré abondamment : à une période de relative équilibre social (années 50) a succédé une grande campagne anti-droitière et de dénonciations des intellectuels, suivie d’une crise économique sans précédent (le Grand Bond en Avant), puis des excès de la Révolution culturelle, de divers révolutions de palais qui ont abouti, après la mort de Mao et après la destitution de la bande des Quatre, a ramener au pouvoir une fraction jadis disgrâciée du Parti, fraction qui prit le contrepieds de la politique des années 60-70 pour se tourner vers l’ouverture et un certain nombre de réformes économiques. A partir de là, l’évolution semble se stabiliser un peu, mais ce n’est qu’une impression. Suite à la crise de 1989, on verra arriver au pouvoir une équipe dirigeante (celle de Jiang Zemin) qui se fera rapidement détester des masses populaires par ses dérives libérales (tout en prétextant suivre la ligne tracée par Deng Xiaoping), suivie de l’équipe actuelle (Hu Jintao et Wen Jiabao), rivale féroce de la précédente, à la fois plus modérée et partisane d’un retour à certaines formes d’étatisme susceptibles de freiner les risques créés par l’ouverture : c’est à elle notamment qu’on doit le grand mouvement actuel de protectionnisme que j’évoquerai dans une série d’articles à venir.

 

C’est, je crois, ce qu’on peut appeler une chemin « long et sinueux »...

 

Tout cela – et ce sera ma conclusion – n’est pas sans faire penser à ce qu’avait pu dire Mao il y a de cela plus de quarante ans :

 

« L’étape de la société socialiste est une période historique relativement longue qui ne connaît pas la disparition des classes, des luttes de classes et des contradictions de classes. Subsistent donc la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste, ainsi que le danger d’une restauration du capitalisme. Il nous faut admettre la permanence de ce genre de luttes et ne pas en méconnaître la complexité. Il faut rester vigilants. Il faut mettre en pratique l’éducation socialiste. » (2)

 

(1) Car le développement et la primauté de l’ « harmonie » prônée par Hu Jintao va aussi, heureusement, dans ce sens, et de plus en plus avec les avancées techonoligiques. Ségolène Royal le relevait lors de son voyage en Chine il y a quelques mois : « C'est d'ici que viendra la survie et l'invention du nouveau modèle de développement, celui du développement durable. » (dépêche AFP, 9 janvier)

(2) Mao Zedong, Intervention à la Conférence de Travail du Comité Central du Parti Communiste Chinois du 9 août 1962 à Beidahe

Sur le même sujet :

 

                - Et  pendant  ce  temps-là,  tout  a  Droite  du  Parti

par David L'Epée publié dans : politique
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Mardi 6 mars 2007

Samedi s’est ouverte à Pékin la nouvelle session de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC). La CCPPC , organe institutionnel de démocratie représentative, est constituée de nombreux représentants de la société civile extérieurs au Parti Communiste, issus d’autres partis, d’associations ou simples individus. Les sessions permettent un débat bilatéral entre les députés de la CCPPC et les représentants du Parti et aboutissent généralement à des décisions importantes relatives au fonctionnement de l’Etat et à la bonne marche du pays.

 

Cette fois-ci, la CCPPC , qui siège en même temps que l’Assemblée populaire nationale, s’est donnée plusieurs objectifs très ambitieux qu’elle annonce comme des voeux pour la nouvelle année du cochon qui commence. Ces objectifs sont les suivants :

 

-          trouver des solutions aux problèmes concernant la justice sociale et la discrimination dans la recherche des emplois

 

-          lutter contre la corruption et la dépravation et punir sévèrement les fonctionnaires cupides, dépravés et corrompus (voir notre sujet)

 

-          appliquer des mesures draconiennes pour contrôler et stabiliser les prix des logements afin de permettre aux masses populaires d'avoir un logis décent (voir notre sujet)

 

-          établir un système perfectionné d'assurance médicale qui permettra de régler les problèmes au sujet des difficultés pour se faire soigner et abaisser les frais médicaux exorbitants

 

-          créer des emplois et régler efficacement les difficultés dans la recherche d'emplois

 

-          mettre fin au désordre dans le paiement des frais d'éducation et supprimer les divers frais de l'éducation obligatoire

 

-          prêter une attention soutenue à la réforme du système de salaire et perfectionner le système de rémunération fondé sur le principe « à chacun selon son travail »

 

-          maintenir l'opposition à l'«Indépendance de Taïwan » et préserver de l'unité de tout le pays (voir notre sujet)

 

-          accélérer le perfectionnement du système de sécurité

 

-          appliquer les lois dans les affaires administratives et instaurer un gouvernement qui exerce son pouvoir en tenant compte de la loi.

 

Un vaste programme pour ce début d’année, donc. Nous n’avons plus qu’à espérer que ces voeux-là ne soient pas que des voeux pieux et que les conditions d’existence des Chinois puissent s’améliorer sur tous ces points.

 

Quoi qu’il en soit, encore une fois, bonne année du cochon à tous !

 

 

Ce dessin m'a été envoyé pour le Nouvel-An par mon amie Wang Jing, dont je vous ai déjà parlé l'une ou l'autre fois.

par David L'Epée publié dans : politique
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Jeudi 14 décembre 2006

Une dépêche intéressante publiée le 11 décembre par Xinhua :

« L'Université de science politique de la Jeunesse de Chine (USPJC) a mis en place un nouvel institut du Marxisme en vue de renforcer les recherches idéologique et théorique du Parti communiste chinois. L'Institut du marxisme de Chine dépendant de l'USPIJC s'occupera de recherches sur les théories idéologioques et politiques et renforcera l'éducation idéologique au sein des jeunes Chinois, a-t-on appris de sources de l'USPJC.

 

La création de cette école traduit les efforts du PCC en vue de renforcer l'étude de la théorie du marxisme. Un haut dirigeant chinois a appelé tout récemment à faire de grands efforts afin de promouvoir la sinicisation du marxisme et d'explorer un nouvel horizon du marxisme en Chine contemporaine. »

 

Cela m’a rappelé un article de Frédéric Koller intitulé Piqûre de Rappel Marxiste en Chine et paru dans Le Temps le 13 avril 2006. En voici un extrait :

 

« Il existe des centaines de centres de recherche marxistes à travers les universités de tout le pays. Rien de plus naturel, a priori, pour un pays dont la Constitution stipule qu’il est guidé par le marxisme-léninisme. Mais l’institut de l’ACSS [Académie Chinoise de Sciences Sociales], inauguré le 26 décembre dernier à l’occasion du 112e anniversaire de la naissance de Mao Zedong, se veut d’un type particulier.

 

« Nous voulons rompre avec l’ancien marxisme, objet théorique et de propagande, pour explorer un marxisme réaliste et utile servant à renforcer la base théorique des dirigeants » explique son vice-directeur, Cheng Enfu, qui se décrit comme un néo-marxiste. L’institut n’est à vrai dire pas nouveau, mais il a vu son statut rehaussé et ses moyens considérablement augmentés. Passant de 57 à plus de 200 employés, il est chargé de piloter sur dix ans un vaste chantier mobilisant 3000 chercheurs de tout le pays pour produire 100 à 150 manuels marxistes avec un budget illimité qui devrait se situer entre 100 et 200 millions de yuans (16 à 32 millions de francs). Placé sous le patronage du ministre de la Propagande , Liu Yunshan, le projet a reçu indirectement le soutien du numéro un du régime, Hu Jintao, qui a présidé, en novembre dernier, une séance d’étude du bureau politique du Parti Communiste consacrée à l’application du marxisme. […]

 

Aujourd’hui comme hier, l’ACSS fait figure de rempart contre les influences étrangères et l’universalisme des Lumières. Difficile de voir dans ce programme davantage qu’une simple reprise en main disciplinaire ou une autre forme de mobilisation patriotique. […] Cheng Enfu et son équipe ont donc pour fonction de redonner un contenu théorique à cette réorientation qui pourrait fonder une nouvelle orthodoxie. […]

 

« Nous ne sommes pas des conservateurs, explique le vice-président. Nous luttons contre la Nouvelle Gauche (1) et le néolibéralisme. Le néo-marxisme est désormais le courant dominant parmi les hauts dirigeants. » […]

 

Pour Mao Yushi, un économiste libéral ostracisé par le régime, la création de cet institut représente un signal fort : « Cela démontre l’intention du pouvoir de replacer le marxisme dans une position centrale en Chine. C’est une victoire de la gauche. »

 

 

(1) Ce qu’on appelle en Chine la Nouvelle Gauche est l’aile néo-maoïste radicale du Parti ainsi que sa composante hors du Parti. Nébuleuse nouvellement apparue dans le paysage politique, elle est très hétérogène et comprend à la fois des jeunes radicaux, des nationalistes anti-mondialistes et des (contre)-révolutionnaires appelant à la chute du PCC (qu’ils accusent, bien entendu, de révisionnisme). La méfiance du Parti envers certaines fractions de la Nouvelle Gauche doit à mon avis être comprise comme celle des bolchéviks russes à l’époque où ils étaient confrontés aux gauchistes critiqués par Lénine dans La Maladie Infantile du Communisme. Mais cette interprétation n’engage que moi...

par David L'Epée publié dans : politique
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Mardi 5 décembre 2006

...ou en deux mots comme en cent : Viva Chavez !

 

La réélection hier de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela est assurément une très bonne nouvelle, à la fois pour le Venezuela, pour l’Amérique latine et en dernière analyse pour tous les peuples des pays non alignés sur la politique impériale des Etats-Unis. Entre Chavez, Castro, Evo Morales et tous les autres, j’en connais qui doivent suer sous leurs chapeaux texans, tant il semble vrai que le virus du socialisme se répand comme une traînée de poudre ces dernières années en Amérique du Sud...

 

J’ai suivi l’élection sur CCTV, la principale chaîne de télévision chinoise. Comme on s’y attendait, la Chine a été parmi les premiers à applaudir cette victoire. Deux diplomates chinois connaissant bien le Venezuela étaient invités sur le plateau du journal télévisé, ne tarissant pas d’éloges sur Chavez, relevant de surcroît que c’était un homme d’une grande culture et un fin connaisseur de la pensée de Mao Zedong... Un des diplomates montrait à la caméra des photos de lui avec le président vénézualien, enlacés comme de vieux frères, l’autre présentait un bilboquet en bois que lui avait offert Chavez en souvenir de sa visite.

 

La Chine a raison de se réjouir, car elle sait que derrière (et malgré) le discours officiel de l’ « émergence pacifique » qu’elle tient pour rassurer ses partenaires étrangers, elle saura en temps voulu s’appuyer sur toutes les forces anti-américaines pour amener au monde son modèle et mettre fin à l’hégémonisme unilatéral que l’on connaît aujourd’hui sur notre planète. Et ces forces, elle les puisera autant dans l’Amérique latine socialiste que dans l’Iran de la révolution islamique ou dans les pays de l’ex-bloc soviétique.

 

Ce siècle nous réserve encore bien des surprises.

par David L'Epée publié dans : politique
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Samedi 2 décembre 2006

Je reproduis ci-dessous de larges extraits d’un article du syndicaliste chinois Lao Cai sur la pensée de Mao telle qu’elle se présente dans le peuple chinois d’aujourd’hui. Elle a été originellement publié sur son blog Journal d’un Chinois.

 

Lao Cai, figure connue de la diaspora chinoise (il vit actuellement en France) est un personnage controversé et difficilement cernable. Leader syndicaliste d’un grand courage, il a joué un rôle important dans les incidents de 1989 avant d’avoir dû s’exiler pour des raisons aisément compréhensibles. C’est là que les choses se brouillent : devenu agitateur anti-communiste, il est aujourd’hui constamment courtisé par certains noms européens du libéralisme le plus ultra, ce qui devrait nous amener à prendre une certaine distance avec l’individu.

 

Néanmoins, ce blog étant ouvert à plusieurs voix divergentes, je vous invite à lire le texte ci-dessous car il a un intérêt évident. Je vous invite également à faire un tour sur le blog de Lao Cai qui a fait l’effort de le rédiger entièrement en français.

 

Ce texte, dans son propos, s’inscrit dans la continuité de celui que j’avais écrit il y a quelques jours sur ce blog et intitulé Et pendant ce temps-là, tout à droite du Parti.

 

                                         

 

 

Trente ans après la mort de Mao Zedong, une sorte de nostalgie de sa personnalité et des temps où il dominait le pays tout entier est devenue une véritable force sociale et politique.

 

Avec la politique de réforme économique, la vie des Chinois est devenue plus en plus précaire. Les ouvriers et les citoyens moyens, ainsi que les paysans, expriment ouvertement leur regret des temps maoïstes, marqués par l’emploi garanti, la sécurité sociale et l’école gratuite. Le citoyen en ressentait une certaine fierté nationale, bien estompée aujourd’hui.

 

Certains journaux et surtout les sites Internet, expriment assez souvent des critiques quant aux réformes en cours, ils s’en prennent à la politique très « libérale » menée sous la présidence de Jiang Zemin. Au mois d’août 2004, l’économiste Lang Xianping, un professeur de Hong Kong, a publié un article, Le joyeux festin de l’entreprise d’État dans lequel il accuse les sociétés privées de piller les biens de l’État à l’occasion des privatisations. Cet article a fait de lui une star ; un des plus grand sites internet de Chine, Sina, a réalisé un sondage auprès de quatre vingt mille internautes : 90% soutenaient la position de Lang Xiangping. Rappelons qu’il y a déjà cents cinquante millions d’internautes en Chine aujourd’hui.

 

Au mois de juillet 2005, un économiste officiel de renom, Liu Guoguang, ancien vice-président de l’Académie sociale de Chine, a publié une Réflexion sur l’enseignement et la recherché en sciences économiques. Il a préconisé la restauration des principes fondamentaux du marxisme. Le 23 novembre 2005, dans une conférence à Beijing, il annonçait que Li Changchun, un membre permanent du bureau politique, avait affirmé que nombre des points de vue exprimés dans l’article étaient de la plus haute importance.

 

Le 12 août 2005, un autre professeur maoïste de l’Université de Beijing, Gong Xiantian, a attaqué le projet de lois sur la propriété dans une lettre ouverte qu’il a adressée à M. Wu Bangguo, président de l’Assemblée Populaire de Libération et membre permanent du Bureau politique. [...]

 

Les Chinois se plaisent à comparer la personnalité charismatique et les discours populistes de Mao Zedong, qui leur semblaient vivants, clairs. Mao a même osé à appelé les jeunes, les ouvriers et les paysans à se révolter contre la classe bureaucratique (ce qui désignait d’abord ses propres ennemis politiques), et d’autre part, les dirigeants actuels, si ennuyeux, ont peur de tout et n‘ont que la langue de bois. Là encore, le contraste peut expliquer ce retour d’un courant maoïste. [...]

 

Les maoïstes d’aujourd’hui échangent leurs idées par les courriers électroniques et touchent ainsi le milieu des hauts fonctionnaires, retraités ou en activité ; depuis cinq ans, ils multiplient les sites internet. Citons parmi ces derniers les plus connus Drapeau de Mao Zedong, Le Village de l’Utopie (wu you zhi xiang), Le Forum des Ouvriers, Paysans et Soldats, Le Communiste.

 

Les tenants de ce courant organisent fréquemment des séminaires avec la présence de hauts fonctionnaires autrefois en poste et d’anciens généraux et universitaires réputés de « gauche ». Ils attaquent vivement les anciens conseillers de Jiang Zemin, les économistes libéraux dits « du courant principal », aujourd’hui encore « conseillers du prince », qu’ils considérent comme les responsables des difficultés sociales présentes. Ces maoïstes n’aiment guère passer à l’action. En revanche, depuis plusieurs années, les ouvriers descendent de plus en plus souvent dans la rue pour protester contre les licenciements arbitraires ou pour réclamer les impayés de salaries ; de leur côté, les paysans se sont dressés à maintes reprises pour défendre leurs terres menacées de réquisition. Des avocats, des journalistes et des intellectuels s’engagent de leur côté en nombre croissant. [...]

 

D’un côté, la pression du courant libéral, dans la lignée de Jiang Zemin, pour laquelle les problèmes sociaux d’aujourd’hui n’étant que le résultat de réformes incomplètes ou pas assez radicales ; d’un autre côté, un courant de « gauche » dont les maoïstes forment la composante principale et qui gagne du terrain. Ce courant estime que les problèmes sociaux trouvent leur origine dans le système de propriété.

par David L'Epée publié dans : politique
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Vendredi 17 novembre 2006

« Laissez les gens parler. Le ciel ne tombera pas pour autant, et vous ne serez pas renversés. Et si vous ne les laissez pas parler ? Un jour ou l’autre, vous serez renversés. »

(Mao Zedong)

 

                                

 

Ceux qui, en Occident, présentent le Parti Communiste Chinois comme un monolithe s’exprimant d’une seule voix, sont bien loin de la vérité. Et comment pourrait-il en être ainsi, avec un parti, le plus grand du monde, qui compte plus de 70 millions de membres ? Inévitablement, des sensibilités différentes se font jour, et le PCC se divise en plusieurs ailes. Laisser s’exprimer les contradictions au sein du Parti car ces contradictions sont ce qui font de lui un organisme vivant : c’était un des credos de Mao Zedong, souvent présenté à tort comme un personnage autoritaire, alors que sa conception du pouvoir était aux antipodes de celle d’un Staline. Si, par peur ou par négligence, les contradictions se taisent au profit de l’aile dominante, quelle qu’elle soit, le Parti sera cliniquement mort – c’est ainsi que Mao poursuivait sa réflexion sur la nécessité d’une dialectique vivante à tous les niveaux de la société, et à plus forte raison au sein de l’équipe dirigeante.

 

Actuellement, l’aile dominante est représentée, sans surprise, par le président Hu Jintao et son Premier ministre Wen Jiabao. Je qualifierais cette tendance, difficilement cernable, de conciliatrice, modérée. S’appuyant sur la doctrine de la quête d’une « civilisation socialiste harmonieuse », le duo et leurs partisans cherchent à concilier élévation du niveau social et développement économique, en revenant sur les erreurs et les excès de l’équipe précédente, celle de Jiang Zemin. Mais cette voie est la cible de vive critiques, à gauche comme à droite.

 

A gauche, on trouve les néo-maoïstes, très nationalistes et partisans sur tous les plans d’une plus grande autonomie de la Chine , de jeunes dissidents qui se qualifient eux mêmes de « nouveaux gardes rouges », et une nébuleuse très intéressante qu’on appelle ici la Nouvelle Gauche et dont je parlerai plus en détail une autre fois. A droite on trouve les compagnons d’armes de l’ancien président Jiang Zemin, ceux qui ont profité des réformes de Deng Xiaoping pour libéraliser nombre de domaines essentiels au pays, creusant ainsi les inégalités sociales et corrompant les principes initiaux de la nouvelle économie socialiste de marché. Ceux-ci sont très impopulaires dans la population, comme j’ai pu le constater à plusieurs reprises, à commencer par Jiang Zemin lui-même, qui est certainement le président le plus détesté de toute l’histoire de la République populaire.

 

Après les excès gauchistes et droitistes de la Révolution culturelle et du règne de Jiang Zemin, les Chinois semblent avoir retrouvé le goût du « juste milieu », notion inhérente à la philosophie de cette civilisation millénaire, et qu’on trouve notamment chez Confucius. En cela, l’assise du couple Hu-Wen est assez bonne, car la modération et la recherche du juste milieu sont justement ce que le duo au pouvoir prétend représenter.

 

Plusieurs des Chinois avec qui j’ai parlé m’ont dit la même chose : « Les réformes engagées par Deng Xiaoping étaient nécessaires pour relever le pays, mais son successeur, en poussant ces principes à leurs points extrêmes, les a corrompus, trahissant à la fois l’esprit de Deng et ceux, originnels, du Parti communiste chinois. Si autant d’opposants aujourd’hui sont des opposants de « gauche », c’est parce que ce dont le peuple a le plus souffert sous la présidence de Jiang, c’est le chômage, l’exploitation ouvrière, l’insécurité sociale, le retour des inégalités. »

 

Pour mieux illustrer la diversité interne du PCC et l’existence de la contradiction dans ses rangs, je voudrais prendre l’exemple d’une dissidence de droite et citer l’éditorial du Quotidien du Peuple du 29 octobre dernier. La rédaction du journal a laissé tribune libre à Fan Gang, membre du Comité des mesures politiques monétaires de la Banque centrale, Secrétaire général de la Fondation de recherches sur la réforme du système économique chinois et directeur de l'Institut de recherches sur l'économie nationale. Ce Fan Gang, comme vous allez le constater, est un représentant typique de l’aile droite, l’aile libérale, du Parti. Son texte s’intitule Pourquoi l'écart entre les revenus augmente en Chine ?

 

« Le problème de système est un important facteur qui suscite des difficultés et qui nécessite une décision. A l'heure actuelle, les problèmes et les ennuis dus à l'ancien système sont en voie d'être réglés. On peut citer par exemple les personnes corrompues et dépravées qui utilisent souvent leurs attributions et leurs prérogatives, c'est-à-dire les droits publics, pour obtenir des intérêts égoïstes personnels, alors que l'ancien régime attribue pouvoir et privilège à tout fonctionnaire en lui permettant d'agir au nom des droits publics.

 

Le but de la réforme de l'économie du marché est justement de faire en sorte que les droits privés redeviennent ce qu'ils étaient. Seule la réduction des droits publics rend possible la surveillance et la punition des personnes corrompues et perverties et permet de diminuer au maximum les coûts nécessaires à cela. Dans ce sens là, le problème n'est pas dû à la réforme, il a en fait surgi dans l'application de celle-ci, et la seule solution réside dans la réforme du système économique. [...] Tout cela n'est pas dû à l'économie du marché, au contraire c'est que cette dernière n'est pas mise en pratique de façon générale. »

 

Le ton est très clair : il s’agit d’un appel à faire transiter l’économie socialiste de marché, modèle typiquement chinois, vers une économie libérale de marché à l’américaine. C’était, en gros, le credo de Jiang Zemin, et ce Fang Gang est certainement un de ses sbires.

 

A titre personnel, je ne vous cacherai que je considère ce genre de théories comme particulièrement nauséabondes, dans la mesure où elle manipule les faits pour servir l’idéologie : elle prétend expliquer les problèmes sociaux liés à la réforme par une mise en place trop modérée de la réforme, c’est-à-dire qu’il faudrait selon elle accélérer les processus économiques qui ont créé ces inégalités pour mieux les faire disparaître... Pas très crédible.

 

Ce type de doctrines, qui cherche avant tout à défendre un système profitable à une minorité (dans la mesure où elle veut enrichir quelques privilégiés aux dépens de la masse), est très dangereuse pour la Chine , mais elle ne représente que la voix d’une opposition, et qui plus est d’une opposition minoritaire. L’équipe au pouvoir, heureusement, tient un discours bien différent. Mais il me semblait intéressant de montrer que le PCC, loin d’être aussi dictatorial qu’on le dit souvent, laisse aujourd’hui s’exprimer la contradiction, et ce jusqu’au sein de la presse officielle. Belle leçon de tolérance maoïste, il me semble.

par David L'Epée publié dans : politique
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Vendredi 13 octobre 2006

Ci-dessous une dépêche assez optimiste publiée par Xinhua lundi et qui annonçait du prochain congrès du Parti, qui s’est terminée avant-hier . Les réformes sociales entamées semblent destinées à suivre leur cours, et j’espère vivement que le processus de réharmonisation, dont Hu Jintao a fait un de ses chevaux de bataille, puisse s’accélérer pour soulager les trop nombreux nécessiteux qu’on trouve encore en Chine. « Moins pour le marché, plus pour le service public » n’est plus un slogan sorti du peuple, mais du Parti lui-même, et je pense que nous pouvons nous en réjouir. Avoir conscience des graves problèmes du pays, c’est en tout cas déjà un premier pas vers le changement.

 

Des analystes de Beijing pensent  que la 6e Session plénière du 16e Comité central du Parti  communiste chinois (PCC), qui a débuté dimanche, mettra l'accent sur la manière d'améliorer le niveau de vie des citoyens à faibles  revenus et des populations pauvres du pays.  La 6e session plénière du Comité central issu du 16e Congrès  du PCC se réunit à Beijing du 8 au 11 octobre avec pour thème  l'édification d'une société socialiste harmonieuse

Les analystes indiquent que la réunion devrait aboutir à une recherche pour la préservation de l'égalité sociale, la réduction  des énormes inégalités de revenus et l'augmentation de l'emploi,  et les membres du Comité central devraient décider de mettre en  place une série d'importantes mesures dans des secteurs tels que  la santé, l'éducation et la sécurité sociale, afin que les  populations à faibles revenus et pauvres puissent bénéficier des  résultats des réformes et du développement du pays. Toutes ces  mesures devront compenser les facteurs de disharmonie. 

Des analystes ont déclaré que la Chine devrait accélérer  la mise en place d'un système de sécurité sociale avec une plus  large couverture et de plus basses allocations. Les agriculteurs  devraient en bénéficier et un nouveau système de coopérative  médicale rurale devrait voir le jour à la campagne.  Dans le même temps, les populations défavorisées des villes  devraient recevoir de l'aide pour l'éducation de leurs enfants et  les soins médicaux. Les frais pour l'eau, l'électricité, le gaz et les transports devraient être réduits. 

Les analystes ont dit que la session plénière devrait  conduire le gouvernement à investir davantage dans les services  publics et moins dans les projets axés sur le marché

Le lendemain, la même agence publiait une proposition novatrice faite au gouvernement par un chercheur universitaire, qui pourrait s’inscrire dans ce vaste programme de réformes sociales, et que je vous laisse découvrir :

Lors de la première session annuelle du Forum sur la sécurité sociale en Chine tenue récemment, le célèbre économiste chinois Wu Jinglian a déclaré que toutes les conditions sont requises pour appliquer le système de minima sociaux à l'égard du Peuple chinois en entier. Wu Jinglian estime qu'il est temps pour la Chine d'appliquer le système en question afin d'aider les personnes les plus démunies. « Nous devons faire des efforts pour établir au plus vite le système de sécurité social, a-t-il ajouté, et les minima sociaux de tout le peuple seront son premier pilier. Cela doit être une contrainte obligatoire à réaliser durant le 11ème Quinquennat. »

Selon Wu, la Chine remplit les conditions requises pour l'application du système des minima sociaux du peuple en entier, sa capacité financière peut tout au moins soutenir cet important et grandiose système de bien-être social.  La sécurité sociale du peuple en entier n'est pas une illusion imaginaire ni une aspiration exagérée et excessive.

Hier enfin, Xinhua faisait le bilan de la Session et en rappelait les objectifs principaux :

-          le perfectionnement du système démocratique légal

-          la protection  des droits de l'Homme

-          la réduction de l'écart des richesses

-          l'augmentation de l'emploi

-          l'amélioration de la fonction du  service public du gouvernement

-          la promotion de la morale au  sein du peuple <