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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Vendredi 22 juin 2007

 

Le film dont je vais parler aujourd'hui n’a qu’un rapport indirect avec la Chine. J’ai revu récemment Les Filles de Kamaré, l’étrange réalisation de René Viénet, et j’ai beaucoup ri. Disciple de Guy Debord, Viénet était un des réalisateurs les plus audacieux de l’école situationniste, s’étant surtout fait connaître par son oeuvre intitulée La Dialectique Peut-elle Casser des Briques ? détournant un film chinois d’art martiaux à des fins idéologiques et tirant son titre de La Dialectique dans la Culture des Arachides, un autenthique film de propagande agricole de l’ère maoïste...

 

Les Filles de Kamaré, sorti en 1974, n’est autre à la base qu’un film porno japonais mettant en scène de jeunes lycéennes en uniformes (comme quoi le X japonais ne se refait pas). Seulement, Viénet a entièrement refait le montage, rajouté un ou deux plans complémentaires et il s’est amusé à sous-titrer le film en français. Mais comme il ne connaît pas un traître mot de japonais (et qu’il sait que la plupart des spectateurs français non plus), il se permet de faire dire tout ce qu’il veut aux personnages. C’est un procédé cher aux situationnistes qui avaient commencé par détourner des comics et des bandes dessinées populaires en réécrivant le contenu des phylactères. Au final, au lieu d’avoir un porno japonais de série B comme il en existe tant d’autres, nous avons un film éminemment politique et subversif, plein d’humour, au contenu verbeux (mais assumé comme tel) et ultra-libertaire.

 

C’est dans les scènes porno à proprement parler que Viénet se laisse aller le plus à sa boulimie dialectique. Ainsi, alors que l’écran nous montre les galipettes de deux lycéennes nues dans un cabinet de toilettes, on peut lire sur les sous-titres :

 

« Le cinéma est à refaire ; tous les spécialistes de la production et de la distribution ne l'empêcheront pas. De ceux-là que je ne veux pas comprendre, mieux vaut n'être pas compris. Jamais je n'ai prétendu révéler du neuf et lancer de l'inédit sur le marché du cinéma. Une infime correction du cinéma porno importe plus que cent innovations accessoires. Seul est nouveau le sens du courant qui charrie la pornographie et les banalités. On échappe à la banalité qu'en la manipulant. Il reste à faire de la liberté des abus divers et précieux. »

 

En effet, un des côtés subversifs de l’oeuvre n’est pas de se construire sur un film X (subversion qui pouvait pourtant éventuellement encore faire illusion dans les années 70) mais au contraire de faire le constat de cette incroyable entreprise de marchandisation des corps qu’était en passe de devenir le porno et d’en tirer les conséquences en terme de contestation du système.

 

Le pensionnat de jeunes filles du film original devient une prison (transition lourde de sens pour qui connaît le combat mené par les situationnistes contre tous les systèmes pénitentiaires) dans laquelle on cite fréquement des noms aussi lointains que la Santé ou Fleury-Mérogis. Dans ces murs, on retrouve pelle-mêle une voleuse de voitures, une « branleuse de routiers » (je cite – et elle ajoute pour sa défense « mais je ne branle que des prolos »), une « bouffeuse de curés » (dont l’insulte favorite est « chrétien de gauche ! ») et une lectrice hérétique des Habits Neufs du Président Mao, le célèbre ouvrage à charge de Simon Leys. Toutes plus sexys les unes que les autres ainsi que l’exigent les règles du genre.

 

L’originalité du film (si tant est qu’il en manquât jusqu’ici), c’est alors de nous parler de tout autre chose que du Japon. Les dialogues évoquent, en vrac, les tortures pendant la guerre d’Algérie, les conflits au sein de la Ie Internationale , la dictature chilienne, la répression stalinienne contre le POUM durant la guerre civile espagnole, ou encore la révolte de Cronstadt. Mais surtout, on y parle de la Chine , abondamment, et sur un ton à la fois docte et irrévérencieux. La scène la plus mythique du film restera sans doute celle du coït entre un bureaucrate dépravé et une prostituée-étudiante, le postérieur de cette dernière confortablement calé sur un livre de poche qu’un zoom nous révèle être l’édition 10/18 du fameux Revo Cul dans la Chine Pop (comprenez « Révolution Culturelle dans la Chine Populaire  ») que certains de mes lecteurs sinologues et familiers des bouquinistes connaissent bien. Là encore, le message est clair et on retrouve l’opposition communistes/libertaires, déjà esquissée un peu plus tôt dans le film par une guerre de gangs entre le clan des « débauchées marxistes » et celui des « salopes bakouninistes » (là encore je cite).

 

Vers la fin, alors que les lycéennes/prisonnières achèvent de se révolter contre l’autorité et saccagent leur pensionnat/prison tout en affrontant des escouades de flics anti-émeutes (qui appellent à la conciliation sous prétexte qu’ils sont syndiqués), la voix off lit un texte dont la traduction fantaisiste de Viénet nous apprend qu’il s’agit d’un télégramme envoyé en 1968 par les étudiants en lutte de la Sorbonne au comité central du Parti Communiste Chinois, dans lequel ce dernier est critiqué violemment et qui finit par : « A bas l’Etat ! Vive la Grande Révolution Culturelle... de 1927 (!) »

 

Pour résumer, je dirais que Les Filles de Kamaré est un film à la fois curieux, amusant et énervant, comme peut l’être tout manifeste libertaire pour un non-libertaire. Certains le trouveront bavard et confus et s’ennuieront durant les controverses idéologiques en attendant les scènes X. Pour pouvoir apprécier ce film, il faut s’intéresser à l’effervescence qui animait la création underground de l’époque, notamment dans les milieux culturels proches de l’extrême gauche, et saisir à quel point les querelles entre maos et anti-maos étaient vives et significatives, même si loin de Chine. Mais pour qui souhaite mieux comprendre la pensée situationniste, je conseillerais plutôt les classiques du genre, c’est-à-dire les films de Guy Debord tels que La Société du Spectacle, In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni, Sur le Passage de Quelques Personnes a travers une assez Courte Unité de Temps, etc. Mais autant vous prévenir tout de suite : ces ovnis cinématographiques, souvent en noir-blanc et plan fixe aggrémentés seulement de la récitation monocorde de Debord, sont très austères et peu faciles d’accès.

 

 

Vous pouvez télécharger légalement et gratuitement Les Filles de Kamaré (René Viénet, France, 1974) sur les sites suivants :

 

-      Acte Gratuit

-     Ubu.com

par David L'Epée publié dans : cinéma
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Jeudi 7 juin 2007

Pour trouver les origines du cinéma de fantômes chinois, il faut remonter assez loin dans le passé. Je n’ai certainement pas trouvé la première oeuvre de cette filmographie, mais je suis tombé, au hasard de mes recherches, sur un document très intéressant.

 

Le film dont je vais parler est un court-métrage d’une vingtaine de minutes daté de 1937 et intitulé Gui. Son réalisateur, Zhang Shilin, n’est pas un inconnu pour les amateurs de cinéma chinois. Il a notamment réalisé en 1948 l’Histoire Secrète de la Cour des Qing, et plus de vingt autres films entre les quarante et soixante. Il est par contre très difficile de savoir ce qu’il a fait à ses débuts, c’est-à-dire avant les années quarante car les sources sur cette période-là de son travail sont rares et lacunaires, et il n’est presque jamais fait mention de cet étrange court-métrage qu’est Gui.

 

Penchons-nous d’abord sur le titre. En chinois, Gui signifie « monstre » ou « fantôme » ; c’est ici le deuxième sens qu’il faut comprendre. L’histoire est très courte. Alors qu’une dame de maison est touchée par une grave maladie et qu’on craint qu’elle ne succombe, les voisins, inspirés par l’événement, débattent de l’existence des fantômes, partagés sur la question. On raconte qu’une femme s’était jadis pendue dans une maison du quartier. Toute retournée par ces discussions et ces doutes, l’héroïne, une jeune fille (jouée par Li Lili, que vous voyez sur les deux photos), rentre chez elle – justement dans la maison de la pendue – pour se coucher. Sa mère aurait déjà dû rentrer mais elle a été pris par une partie endiablée de mah-jong (jeu traditionnel chinois) avec ses amis et compte bien passer la nuit à jouer. Seule dans sa chambre, la jeune fille croit être attaquée par des fantômes. Cette courte scène est la plus aboutie au niveau de la mise en scène : photo très contrastée avec de larges zones noires, images fortes (un gros plan sur les yeux terrifiés de la fille se risquant au-dessus de la couverture, l’ombre d’un chat qui passe). L’héroïne tente de fuir et se retrouve nez-à-nez avec un de ses voisins, qui croit lui aussi à l’existence des fantômes et lui promet de la protéger. Très sûr de lui, il explique : « Les femmes sont yin et les hommes yang ; une yin, vivante ou morte, ne s’en prendra jamais à un yang. »

 

En retournant chez elle au petit matin, la mère trouve sa fille au lit, tétanisée par la peur. Par une superposition d’images sur la pellicule, le film nous montre qu’au lieu de voir sa mère penchée sur elle, la jeune fille voit le visage de ce qu’on pense être un fantôme. Mais étrangement, ce fantôme emprunte les traits du voisin... Pensant que sa fille a été ensorcelée par des fantômes, la mère va chercher des moines taoïstes pour l’exorciser. Il faut préciser que dans les films de fantômes chinois, les anciens comme les plus récents, les moines taoïstes jouent le même rôle que les prêtres exorcistes dans les films de fantômes occidentaux. Les moines entrent dans la chambre et commencent leur rituel quand la jeune fille bondit sur eux, en fureur, brandissant un sabre, et les chasse de chez elle en criant : « Il n’y a pas de fantôme ! Il n’y a jamais eu de fantôme ! C’est vous qui les inventez ! » Le film finit, subitement, sur cette scène énigmatique.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le sens de ce petit film n’est pas très clair. Pour tenter de saisir quelque chose, il faut essayer de s’imaginer comment on pouvait raconter une histoire dans les années trente en Chine. Ce qu’il faut comprendre en fait, c’est qu’il n’y a pas plus de fantôme dans ce film que de couleur sur la pellicule. Il s’agit, de toute évidence, d’un court-métrage « éducatif » visant à expliquer au peuple que les fantômes n’existent pas, qu’il s’agit de vieilles superstitions féodales et que ces légendes n’ont pour effet que d’engraisser les moines taoïstes et les charlatans de tous poils. Dans la discussion entre les voisins, on évoque également la réincarnation des fantômes, ce qui étend les attaques du réalisateur (ou du commanditaire) à la fois au taoïste et au bouddhisme. La dernière scène montre la prise de conscience de l’héroïne (la prise de conscience matérialiste bien sûr) et sa révolte contre les taoïstes, présentés finalement comme des hypocrites mentant au peuple. Voilà pour le côté idéologique.

 

Pour le côté narratif, il faut comprendre (je l’ai appris en lisant un commentaire à ce sujet sur Internet) que le drame de l’histoire, c’est que la jeune fille s’est faite violer par le voisin durant cette terrible nuit. Là encore, on nous montre que le criminel parvient à ses fins en faisant croire à l’héroïne qu’il la protégera des fantômes (selon une théorie philosophique plus que douteuse), c’est-à-dire en utilisant la superstition, qui se trouve condamnée une deuxième fois dans le film. L’hallucination que voit la jeune fille à son réveil n’est donc pas l’image d’un fantôme mais celle de son agresseur.

 

Ainsi, même si on ne le remarque pas du premier coup d’oeil, il ne s’agit de rien d’autre que d’un film de propagande, certainement d’origine communiste (quoique pas forcément) pour favoriser l’éveil des esprits aux conceptions progressistes de ce que sera la Chine nouvelle. Dans cette optique, on critique la mère qui n’était pas présente à la maison au moment où sa fille se faisait violer et qui a préféré fuir ses responsabilités dans le jeu (on la voit de plus fumer une cigarette, ce qui est lourd de sens). Rappelons qu’on luttait à l’époque contre le jeu, expression de la débauche, et l’oisiveté. Le message, à cet égard, est on ne peut plus clair. En ce qui concerne le flou de la narration et cette impression que le film ne se suffit pas à lui-même et qu’il réclame des éclairages extérieurs pour être compris, c’est un problème de contexte : nous ne sommes pas des spectateurs chinois de 1937, voilà. Aurait-il été possible, dans ce pays et à cette époque, de représenter un viol autrement que par un sous-entendu scénaristique un peu ambigu ? Certainement pas.

 

Pour un premier film de fantômes chinois, nous voilà donc ramenés – quoique soixante-dix ans plus tôt – à ce que nous expliquait Zang Bingjian lors du premier volet de notre réflexion : inutile de chercher des fantômes dans le cinéma chinois. Vraiment ? Pas si sûr. Dans le prochain volet de notre série cinéma, je m’engage à vous montrer de vrais fantômes chinois...

 

 

Zhu Shilin, le réalisateur

Sur le même sujet :

 

                               - Les  Films  de  Fantômes  Chinois  (I)

par David L'Epée publié dans : cinéma
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Lundi 21 mai 2007

S’il y a bien un sujet qui a été négligé sur ce blog depuis mon arrivée en Chine, c’est le cinéma. Pourtant, je suis un grand amateur du septième art, et j’ai été tout naturellement amené à m’intéresser au cinéma chinois. Je possède maintenant une collection assez importante de films locaux (les DVD se vendent ici à des prix dérisoires) et si j’ai omis jusqu’ici de vous entretenir du cinéma chinois, c’est uniquement car je n’ai pas eu le temps de visionner beaucoup de ces films – et encore moins de les chroniquer. Je vais essayer de me rattraper en vous proposant dès maintenant et régulièrement quelques chroniques sur ce sujet.

 

Nous allons commencer avec un genre qui occupe une place toute particulière dans la filmographie chinoise : les films de fantômes. Si ce genre est particulier, c’est qu’il ne s’inscrit pas forcément, comme sous nos latitudes, dans la catégorie des films d’horreur, mais malgré cela il a été entouré longtemps de nombreux tabous.

 

Je me souviens que lors de l’édition du NIFFF (1) de 2005, le festival avait reçu le réalisateur Zhang Bingjian pour présenter son film Suffocation, dont on parlait alors d’ores et déjà comme le premier film de fantômes de l’histoire du cinéma chinois. Pour quinconque connaît un peu le domaine, il ne faisait aucun doute que ce n’était qu’une accroche publicitaire : la Chine n’avait pas attendu 2005 pour réaliser des films de fantômes, comme je vais l’expliquer bientôt.

 

Ce film, Suffocation, était de facture plutôt moyenne, quoique pas inintéressant. A l’issue de la projection, j’ai eu l’occasion de rencontrer Zhang Bingjian pour un bref interview. Je lui ai demandé quel était le statut du film de fantômes en Chine, voilà ce qu’il m’a répondu :

 

« Parler des fantômes pose un double problème pour le pouvoir chinois. Ce problème est à la fois culturel et politique. Culturel parce que dans la tradition chinoise, toujours extrêmement vivace, il est communément admis qu’on évite autant que possible de parler de la mort et de tout ce qui s’y rattache, particulièrement dans le domaine des symboles (2). On évite particulièrement de plaisanter avec la mort et de faire mention de certains mots s’y rapportant, sauf dans les cas où c’est vraiment nécessaire. Parler de fantômes est au mieux considéré comme une faute de goût, et au pire comme un mauvais présage.

 

 

« C’est également un problème politique car la croyance aux fantômes, très enracinée dans la Chine ancienne, a été considérée par la Révolution , de même que l’ensemble des vieilles croyances, comme une superstition, un reste de l’obscurantisme de l’époque féodale. Dans une époque matérialiste où on ne jure plus que par la science et le progrès, les superstitions sont toujours considérées par le pouvoir chinois comme un ferment de la réaction.

 

« Pour faire accepter Suffocation, j’ai dû renoncer à mettre en scène de « vrais » fantômes mais les présenter au spectateur comme les hallucinations psychotiques de mon personnage principal, c’est-à-dire comme quelque chose qui, même à l’intérieur de la fiction, reste irréel. »

 

Un problème de type tout à fait différent se posait également à Zhang Bingjian, qu’il m’a expliqué :

 

« Contrairement à ce que vous connaissez en Europe, il n’existe pas en Chine de limitation d’âge pour pouvoir aller voir un film au cinéma. Lorsqu’il réalise son oeuvre, tout cinéaste doit garder en tête qu’elle devra pouvoir être vue par n’importe qui, des plus jeunes aux plus âgés. Jusqu’à récemment, le cinéma avait une vocation tout-public, familiale, ce qui excluait de fait toute représentation violente ou érotique explicite. Ce qu’on appelle le cinéma d’horreur n’a donc normalement pas sa place dans les salles chinoises car il s’adresse à un public majeur et averti, il n’y a guère jusqu’ici que Taiwan et Hong Kong qui se soient risqués à l’exercice. Il est donc difficile pour les films de fantômes de trouver un public, mais c’est peu à peu en train de changer. »

 

L’analyse que venait de me faire Zhang Bingjian était tout à fait pertinente, mais il était loin d’être le pionnier qu’il prétendait être, et j’ai découvert par la suite qu’au cours du XXe siècle, de nombreux films racontant des histoires de fantômes avaient échappé à la censure sans créer de véritables scandales. Je vais en donner quelques exemples, non pas en tant que spécialiste (que je ne suis pas) capable de dresser des listes exhaustives, mais en tant que curieux découvrant au hasard quelques oeuvres de cette filmographie de genre. C’est ce à quoi je vais m’atteler dans ma prochaine chronique.

 

 

 

(1)     Le Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF) est un festival de cinéma très remarquable qui a lieu chaque été dans ma ville et que je vous recommande vivement.

(2)     Le chiffre 4, par exemple, porte malheur, dans la mesure où sa prononciation si ressemble fortement au son si (mais avec un autre accent), qui signifie « mort ». Il arrive donc, comme avec le chiffre 13 chez nous, qu’on ne construise pas de quatrième étage à certains immeubles, qu’on évite d’acheter un numéro de téléphone comportant ce chiffre, etc.

par David L'Epée publié dans : cinéma
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Jeudi 12 octobre 2006

Le cinéma chinois, qui a repris vie ces dernières années sur la scène internationale avec des réalisateurs comme Ang Lee, Lou Ye ou Tsui Hark, est entré dans une nouvelle phase de maturation. Il semble aujourd’hui que les sujets historiques reviennent à la mode et servent à des productions pour le grand public. Rappeler l’histoire, en chantant la gloire des héros patriotiques et en flétrissant les ennemis, est également un moyen idéal d’insuffler dans les masses le patriotisme et l’esprit civique nécessaire à la bonne marche du pays. Ce mois-ci, on nous annonce deux réalisations : une superproduction sur le massacre de Nanjing (Nankin en français) et une série télévisée sur le docteur Norman Bethune.

Voici ce que nous apprend une dépêche de Chine Informations au sujet du premier film :

La Chine a décidé de travailler de concert avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour tourner un film sur le massacre de Nanjing, qui pourrait devenir un autre classique sur la Seconde Guerre mondiale après La Liste de Schindler qui avait remporté plusieurs Oscars. « Nous espérons faire de ce film un classique sur un massacre pendant la Seconde Guerre mondiale » a dit Gerald Green, producteur américain du film. Le film sera réalisé avant le 1er septembre 2007 et fera ses débuts en Chine avant le 13 décembre 2007 pour marquer le 60ème anniversaire du massacre de Nanjing. Il sera lancé sur le marché mondial au printemps 2008.

Avis aux âmes sensibles donc : mieux vaut s’abstenir d'aller voir ce film si la vue des charniers vous rebute. Car le massacre de Nanjing fut une boucherie atroce perpétrée en 1937 par les troupes japonaises pendant la guerre. Pillages, tortures, exécutions, supplices en tous genres, tels furent les sévices infligés durant des heures à la population civile, femmes et enfants compris. Un tiers des maisons furent brûlées, 20'000 femmes violées et 300'000 personnes tuées. Le plus odieux, c’est qu’il existe encore aujourd’hui des Japonais, dans les plus hautes sphères de l’Etat (sous la protection de M. Koyzumi, cela va sans dire) qui continuent de minimiser ce massacre ; ce sont les mêmes qui balaient sans regret cet événement des livres d’histoire pour les écoles. Le gouvernement allemand, lui, a su reconnaître les horreurs perpétrés par ses prédécesseurs et cela fait longtemps qu’il a demandé pardon aux victimes ; le gouvernement japonais, lui, n’a rien fait de tout cela, et le Premier Ministre continue chaque année d’aller honorer la tombe de criminels de guerre reconnus…

A l’attention de tous les blogueurs français déracinés à Pékin ou ailleurs et qui passent leur temps sur leurs blogs à fustiger le nationalisme chinois et ce qu’ils appellent le « racisme » anti-japonais : renseignez-vous un peu sur l’histoire avant de juger vos hôtes si légèrement, et demandez-vous franchement quelle serait votre attitude aujourd’hui à l’égard de vos anciens bourreaux si vous aviez connu un martyre semblable à celui du peuple chinois.

Passons maintenant au feuilleton télévisé :

Dans l'après-midi du 6 août, la conférence de presse sur la première diffusion de la série télévisée Norman Bethune  s'est tenue à Beijing. Ce feuilleton en vingt épisodes, qui a nécessité un an et quatre mois de travail, sera diffusé par la première chaîne de la télévision centrale de Chine à partir du 11 août. Il est d'ores et déjà encensé par la critique qui n'a pas manqué de louer ses qualités morales et artistiques. Ce feuilleton retrace les 49 années de la vie de Bethune, chirugien et humaniste d'origine canadienne, à travers un grand nombre de documents historiques inédits. Adapter pour le petit écran l'histoire de Norman Bethune (ou Bai Qiuen, nom sous lequel les Chinois le connaissent) est une manière de rendre hommage à ces hommes et femmes dont le dévouement à des causes humanitaires éveille en chacun des résonances profondes. Dans le feuilleton, ses remarques sur l'esprit d'abnégation, la conscience professionnelle, le sens des responsabilités donnent matière à réflexion à beaucoup de Chinois sur ce qu'un individu peut croire et faire pour édifier une société plus harmonieuse.

Yang Yang, réalisatrice de ce feuilleton, a dit : « Pourquoi la Chine, un pays millénaire, prend t-elle un étranger pour modèle ? Pourquoi, 66 ans après sa mort, est-on allé tourner une version télévisée de sa vie au Canada ? Peut-être tous les Canadiens ne pourront comprendre ce qui nous lie à Bethune. Mais les téléspectateurs ne pourront pas rester insensibles. Parce qu'ils auront en face d'eux un personnage vrai et riche. Pour les Chinois, Bethune était non seulement un grand médecin mais aussi un grand humaniste. En tant que médecin, il a sauvé la vie de milliers de personnes ; en tant qu'homme, il a combattu l'iniquité et la guerre. Et il a payé de sa vie ce dévouement ». Pour Yang Yang, le feuilleton rappelle le souvenir de l'humaniste et célèbre la noblesse de cœur.

Ce feuilleton ne sera vraisemblablement pas exporté à l’étranger. Je vais essayer à tout hasard de voir si je peux le capter depuis le petit téléviseur d’avant-guerre de ma chambre…

Demain, je vous ferai un petit rappel historique sur ce grand homme que fut Norman Bethune.

par David L'Epée publié dans : cinéma
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«  La Chine est excitante comme peut l’être pour un physicien une équation majeure à poser et à résoudre. »

 

(Guillain Robert, Dans Trente Ans la Chine )

 

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