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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Jeudi 10 mai 2007

J’ai terminé récemment la lecture du petit livre de Lisa Carducci, « Ma Chine au Quotidien », qui est une anthologie d’observations et de réflexions diverses sur le thème de la Chine. Lisa Carducci, enseignante italo-canadienne résidant en Chine et travaillant au sein du journal Beijing News, a écrit un texte que je considère très intéressant et très différent de tout ce qui se dit habituellement en Occident sur la question des médias chinois, de la censure et de la liberté d’expression. Je le reproduis ici, vous invite à le lire et attends vos réactions.

 

Elle nous en aura fait voir de toutes les couleurs, la liberté de presse. En Occident, j’y étais tellement habituée que je ne distinguais plus le mensonge de la vérité. Pourtant, je disais toujours à mes étudiants que le plus important dans un article n’était pas ce qui était écrit noir sur blanc mais ce qu’il fallait déceler entre les lignes. Quand je suis arrivée en Chine – au siècle dernier ! – je trouvais la presse bien fade. Jamais on ne rapportait une catastrophe, même naturelle. Pas de chronique de chiens écrasés. Pas de médisances sur les autres pays. Toutes les rencontres des dirigeants chinois avec des chefs d’autres États se concluaient par la satisfaction des deux parties, qui avaient, dans leur tête-à-tête, « amélioré les relations d’amitié et approfondi la connaissance mutuelle entre les deux pays ».

 

Puis, la Chine s’est mise à répondre aux États-Unis qui, chaque année sans manquer au rendez-vous, font un long commentaire sur la situation des droits de l’homme dans tous les pays sauf chez eux – grand bien leur fasse! Comme je collectionne ces pages annuelles, il est facile de constater que d’une année à l’autre on reprend les mêmes exemples, et que rien ne semble changer dans le monde, c’est-à-dire que la Chine ne se prosterne toujours pas au bon vouloir des puissants États-Unis, qui ne connaissent qu’une vérité, un principe et une règle : les leurs. La Chine , donc, a d’abord commencé à « se défendre », jusqu’au moment où elle a pris les devants et s’est mise à publier elle aussi, en contrepartie qu’elle avait préparée en attendant le coup de l’adversaire, son propre rapport sur les droits humains aux États-Unis.

 

Au cours des douze dernières années, que j’ai vécues en Chine, j’ai vu la liberté de presse se développer considérablement. Par les journaux et la télévision de Chine, nous avons pu suivre de près des événements comme les attaques terroristes du 11 septembre, la guerre en Afghanistan et le jeu de cache-cache de Ben Laden, et la guerre non moins révoltante en Irak, qui n’en finit plus et dont les conséquences sont pires que l’acte même. À l’étranger, on pense tellement que la Chine prive ses citoyens de toute information venant de l’extérieur que mes amis et parents m’envoient des nouvelles… sur la Chine même! L’opinion est répandue que « le gouvernement chinois limite la liberté de la presse ». Je dirais plutôt qu’il la gère.

 

La Chine compte actuellement plus de 10 000 journaux et revues et environ 2 000 chaînes de télévision pour 450 postes. Son secteur de l’information regroupe 550 000 personnes. Lors d’une visite au siège du China Daily, il y a bien sept ou huit ans, j’avais demandé qu’on nous parle de la censure exercée sur les médias en Chine. Or, la réponse fut : « Il n’existe aucun organisme de censure. Les journalistes savent jusqu’où ils peuvent aller trop loin », prononcée avec un sourire en coin par le rédacteur en chef. Les journalistes ont l’habitude de suivre la déontologie de leur profession : ne pas encourager des articles qui inciteraient à renverser le pouvoir, par exemple; ne pas susciter la violence ou répandre la pornographie. En quoi de tels reportages servent-ils l’intérêt du peuple ou la cause de l’éducation? L’autocensure est bien davantage une question de morale que de contrôle extérieur. Est-ce être privé de liberté que de n’avoir pas le droit de s’élever contre le gouvernement? Cela n’empêche pas de critiquer, de discuter, de suggérer. Des revues comme la nôtre [NDLR : Beijing Review] présentent de tels articles ; les journaux, les stations de télévision ont des pages ou des programmes d’arène publique où la controverse se fait parfois vive.

 

Est-ce n’avoir le droit de rien dire que de ne pas avoir le droit de tout dire? Le droit de parole n’est pas le droit de diffamation, de désordre, de calomnie. Comment parler de paix sociale dans un pays qui utiliserait la presse pour se défouler de toutes ses pressions ? Le gouvernement chinois ne craint pas la critique, mais le désordre. Il encourage les médias à critiquer ses actions, et il existe des organismes de supervision des fonctionnaires. Les infractions à la loi commises par des administrateurs publics, les actes qui vont à l’encontre de la protection de l’environnement, et d’autres gestes de corruption ou d’injustice doivent être dénoncés par le peuple qui en est témoin afin que le pays puisse se prendre en main et évoluer.

 

Si à l’Ouest on dit que le gouvernement chinois est dictateur, c’est sans doute parce que le système politique de la Chine n’est pas bipartite, basé sur un parti au pouvoir et un parti de l’opposition qui s’entredéchirent tout en rangeant derrière eux les médias dont ils graissent la patte. Peu d’étrangers comprennent que la Chine est un pays soumis à un système de coopération multipartite sous l’égide du Parti Communiste. Et parmi ceux qui le comprennent, plusieurs ne l’acceptent pas, parce que ce système fonctionne bien tout en étant à l’opposé du leur, ce qui leur paraît inadmissible. Si ce système est apprécié en Chine, c’est qu’il convient à cette nation de civilisation cinq fois millénaire, composée de cinquante six ethnies qui vivent en harmonie, et à ce pays qui confine à quinze voisins immédiats. S’en prendre à la liberté de presse en Chine est faire preuve d’étroitesse et d’ignorance. Et se mêler des affaires intérieures d’un pays souverain.

 

tiré de « Ma Chine au Quotidien » de Lisa Carducci, Editions en langues étrangères, Pékin, 2004, p.177-180

 

 

 

Sur des sujets similaires :

 

-          La Chine Remet les Etats-Unis à leur Place

-          Télévision et Internet : le Long Travail d’Assainissement

-          Liberté des Médias, Criminalité Sexuelle et Violence Juvénile

-          RSF Prend la Défense des Pornographes Chinois

par David L'Epée publié dans : médias
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Vendredi 30 mars 2007

Plusieurs de mes amis, notamment Fabien (mon ex-colocataire, informaticien de son état), m’ont demandé comment fonctionnait l’Internet chinois, ce qu’il avait de différent du nôtre et quelles étaient les méthodes de filtrage des autorités pour maintenir « un environnement numérique sain ». Voici donc quelques réponses à ces questions. Je m’abstiendrai de faire une présentation trop technique, afin que tout le monde puisse suivre – d’autant que je ne suis pas moi-même informaticien. Vous verrez que le système chinois est particulièrement intéressant et qu’il pourrait bien faire des émules dans le futur à l’étranger si la toile continue de s’empoisser comme elle le fait actuellement…

 

Tout d’abord quelques chiffres. L’Internet chinois est, comme la plupart des autres domaines relevant des nouvelles technologies, en constante expansion. La Chine compte actuellement plus de 130 millions d’internautes, ce qui est beaucoup mais ce qui ne représente encore que 7,9% de la population totale. Il se peut d’ailleurs qu’à l’heure où j’écris, ce chiffre ait déjà augmenté. La fracture numérique, en Chine, n’apparaît pas qu’entre les régions urbaines et rurales, mais également entre les générations. Je ne sais plus quel journaliste faisait remarquer il y a quelques temps qu’on pouvait trouver dans la même famille un grand-père qui n’avait presque pas connu le téléphone et un petit-fils qui était quasiment né avec un mobile dans les mains : l’explosion technologique est si rapide ici qu’elle saute des étapes. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’histoire est en marche et la Chine rattrape son retard à pas de géants – avant de dépasser peut-être ceux qui ne resteront pas longtemps devant elles. Fossé entre générations, donc, puisque actuellement, 80% des internautes ont moins de trente ans.

 

Si la maison et le lieu de travail restent, comme en Europe, les lieux où l’on surfe le plus, les cyber-cafés occupent ici une place plus importante qu’ailleurs. Et cela rend plus aisé – comme nous allons le voir – le contrôle des contenus et des utilisateurs.

 

Notons également que deux utilisations abondamment utilisées en Europe sont ici très marginales : le e-business et le téléphone on line. Pour le e-business, l’explication est simple : la carte de crédit n’est pas une méthode de paiement auxquels tous les Chinois se seraient accoutumés ; on paie encore beaucoup en liquide et dans beaucoup de zones rurales, la carte de crédit n’existe pour ainsi dire pas. Pour le téléphone on line, l’explication est plus politique : les entreprises qui proposent ce type de services, comme Skype (la plus connue) ont l’habitude de crypter les communications vocales, ce qui n’est pas du tout au goût du gouvernement qui se sent attaqué dans son omniscience. L’Etat a également interdit ces services dans un objectif protectionniste, afin de prendre la défense des compagnies nationales de téléphonie « traditionnelle ».

 

Mais quand nous disons l’Etat, qu’est-ce que cela signifie exactement ? Qui sont les organismes responsables qui s’occupent du contrôle de l’Internet chinois ? Il y en a six :

 

-          la General Administration of Press and Publication (GAPP), responsable du contrôle des journaux, des livres, des périodiques et des sites web

-          l’agence chinoise d’administration de la radio, des films et de la télévision, responsable de tout ce qui se transmet par satellites y compris sur Internet

-          le Ministère de l’information et de l’industrie, responsable du contrôle des télécommunications et du licenciement des fournisseurs de contenu Internet

-          le Ministère de la sécurité publique

-          le Bureau secret d’Etat

-          le Département de la propagande

 

Avec les actions coordonnées de ces six organismes, le gouvernement parvient à assurer un contrôle qui, sans être optimal, semble donner des résultats satisfaisants. Mais évidemment, la censure gouvernementale ou les poursuites de cyber-dissidents relèvent déjà de la répression, c’est-à-dire du dernier stade de cette architecture complexe. Le premier stade, celui sur lequel le gros des efforts est mis, c’est bien sûr la prévention.

 

Comment fonctionne cette prévention ? Le mot d’ordre est simple : « Quel que soit le niveau où son trouve dans le processus, chacun est responsable de ce qu’il publie ». Tout d’abord les administrateurs de sites bien sûr, mais également les fournisseurs d’accès, les fournisseurs de contenus, les propriétaires de cybercafés, etc. jusqu’aux utilisateurs. Les fournisseurs sont tenus responsables des contenus qu’ils fournissent au même titre que ceux qui produisent ces contenus.

 

Les cybercafés, pour obtenir une licence, doivent répondre aux conditions suivantes : posséder les logiciels adaptés pour bloquer les sites interdits, et conserver pendant au moins soixante jours l’identité de chaque internaute, les sites sur lesquels il est allé et ceux auxquels il a essayé d’accéder – ces derniers étant en général les plus compromettants, et pour cause puisqu’ils ne sont pas accessibles. Ces listes doivent régulièrement être envoyées au Bureau de la sécurité publique qui y donne suite si nécessaire. Outre ces conditions, pour ouvrir un cybercafé, il faut également disposer d’un personnel qualifié et ne pas se situer à moins de 200 mètres d’une école primaire ou d’une zone résidentielle, protection de la jeunesse oblige.

 

Imaginez maintenant que vous soyez Chinois et que vous souhaitiez ouvrir un site. Vous devez alors vous déclarer auprès des autorités ; si vous ne le faites pas et que vous êtes découverts (ce qui arrivera immanquablement), votre site sera fermé et vous serez probablement soumis à une amende. Selon le contenu de votre site, évidemment, cette amende pourrait vite se changer en peine de prison, voire, dans des cas extrêmes – espionnage, subversion grave – en peine de mort.

 

Il faut vous déclarer, donc, et pour cela, il faut demander aux autorités une sorte de licence, un certificat attestant de la légalité de votre site. Si votre contenu est correct, s’il ne présente aucun caractère de désinformation, de pornographie ou de dissidence, vous obtiendrez votre certificat et vous pourrez administrer votre site en toute légalité.

 

Le fameux filtre chinois, qui porte le nom de Great Firewall (Grand Pare-Feu) en référence à la Grande Muraille , est en fait constitué d’une multitude de routeurs internes et externes tous situés sur le territoire chinois. Ce filtrage intervient sur quatre niveaux :

 

-          sur l’adresse IP de l’utilisateur

-          sur des mots-clés composés dans la barre URL

-          sur des mots-clés contenus dans le code HTML

-          sur la redirection

 

Par redirection, j’entends le système qui fait que lorsque vous cherchez à atteindre un site interdit, vous serez redirigés vers un autre, plus conforme aux normes acceptées. Ainsi en est-il par exemple lorsque vous cherchez à entrer sur la version internationale de Google (google.com) ; vous êtes automatiquement redirigés vers la version chinoise du même moteur de recherche (google.cn) qui, elle, comme on le sait, a accepté de filtrer ses entrées… D’autres sites interdits vous amènent simplement vers une page « introuvable » (ou une page Error 404) ou vous font croire à un téléchargement très lent – qui en fait ne finit jamais. J’ai connu ce cas par exemple en tentant d’accéder à l’encyclopédie en ligne Wikipedia.

 

En ce qui concerne les mots-clés « suspects » qu’il faut éviter d’utiliser pour ne pas attirer la méfiance, il existe des listes qui circulent sur Internet (en dehors de Chine), et j’en utilise moi-même une assez souvent, ce qui m’oblige parfois, comme vous aurez pu le remarquer, à ne pas être aussi direct que je le voudrais et à utiliser des périphrases.

 

Quelques exemples de mots « sensibles » :

 

-          en neuf lettres, chef spirituel de l’église bouddhiste tibétaine, actuellement exilé pour cause d’occupation de son domaine par l’armée chinoise

-          en dix lettres, système politique né à Athènes et permettant au peuple de se prononcer dans la gouvernance de la cité par le moyen du vote

-          en neuf lettres, secte religieuse chinoise déclarée illégale par le gouvernement et appelant à la chute du Parti communiste

-          mutinerie survenue en 1989 sur la grande place de Pékin et ayant mené à la mort de plusieurs étudiants

-          etc.

 

Voilà donc une ou deux choses qu’il faut savoir si on veut surfer en Chine sans risquer de se faire réveiller un matin par la police ou de se faire saisir son disque dur… Etant concerné au premier plan par ces règlements en tant qu’internaute, auteur et administrateur, je me suis tout naturellement intéressé aux lois en vigueur dans le domaine.

 

On pourra déplorer ce système de censure, on pourra regretter, notamment dans le domaine de l’expression politique, la répression constante de journalistes trop audacieux, mais je ne peux pas m’empêcher de lever mon chapeau devant une telle prouesse technique. Et surtout, surtout, devant un pays – peut-être le seul – qui a su se donner les moyens de dire non à la pornographie numérique.

 

Les informations techniques de cette présentation sont librement tirées du blog de Marieke, que je remercie pour son travail très pointu dans le domaine.

Sur le même sujet : 

      - La  Reglementation   Chinoise   d’Internet

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Je reproduis ci-dessous des extraits d’une interview accordée par Cai Wu, directeur du Bureau d’information du Conseil des Affaires d’Etat, au site Beijing Information. M. Cai Wu nous en apprend plus sur le nouveau règlement relatif aux agences de presse étrangère, dont nous avons parlé hier, ainsi que des nouveaux porte-parole que forme le gouvernement pour informer les médias étrangers sur ses travaux. Il se préoccupe de l’image que la Chine donne à l’étranger, et rappelle ses objectifs de développement pacifique, tout en affirmant ne pas refuser la provocation dans le contact avec les médias…

La publication d’informations joue un rôle de plus en plus important dans le travail du PCC et du gouvernement chinois. Publier les informations de source autorisée et expliquer les questions qui intéressent le public à travers les conférences de presse peut aider le public à connaître les différents aspects de la société et informer la société entière des politiques du PCC et du gouvernement. Les conférences de presse augmentent la transparence des activités du gouvernement et du PCC et le respect du droit à l’information de la population. Enfin, la publication opportune des informations importantes en conférence de presse organisées par des organismes gouvernementaux […] aide à faire face et à réfuter les attaques de l’opinion anti-chinoise. […] Je crois qu’avec le progrès de la démocratie socialiste et avec l’ouverture plus large au monde extérieur, le gouvernement chinois et le PCC prêteront une plus grande attention à la transparence de leur travail pour satisfaire les besoins d’information du monde sur la Chine. […]

Dans le passé, le Bureau d’information ne travaillait qu’à l’offre d’une plateforme selon la demande de différents organes gouvernementaux. Maintenant, il joue un rôle d’orientation, de coordination et de surveillance et procède à la division organisationnelle stricte dans le but d’institutionnaliser et de normaliser l’annonce des nouvelles. […]

Les conférences se concentrent sur les questions cruciales, les sujets chauds et les incidents publics. Par exemple, pour les négociations sur le commerce textile entre la Chine et les États-Unis et entre la Chine et l’Europe, le deuxième vol spatial habité de la Chine, aussi bien que l’épidémie de grippe aviaire et la prévention et le contrôle en la matière, le Bureau d’information a invité des responsables des départements pertinents à rencontrer les médias pour leur expliquer la position du gouvernement. […] Les fonctions de publication de nouvelles peuvent se résumer comme suit : informer les médias des nouvelles, présenter les politiques, donner des explications, percer à jour le mensonge, clarifier les faits et orienter l’opinion publique. Les porte-parole doivent non seulement avoir les points de vue et les positions corrects, mais aussi être aptes à communiquer et échanger. […]

Je préfère les questions provocantes parce que ce sont les questions auxquelles le public prête le plus d’attention et dont il a envie d’entendre la réponse. Quand je réponds à ces questions, la réponse se répand largement et les bonnes réponses apportent de bons effets. […] J’ai dit une fois que dans le passé, comme on ne présentait pas de manière appropriée le développement de la Chine au monde, cela entraînait des malentendus dans le monde. Bon nombre de fonctionnaires travaillaient dans un milieu relativement fermé et ne savaient pas communiquer avec les médias, surtout les médias étrangers. […]

[L’image de la Chine] est une image de paix et développement, de civilisation et de progrès, de démocratie et de légalité, de réforme et d’innovation, ainsi que d’ouverture sur l’extérieur et de coopération « gagnant-gagnant ». C’est la meilleure description de la Chine contemporaine. J’aimerais noter que, quand on présente l’image de la Chine au reste du monde, il faut cibler le fait que la Chine s’est engagée à suivre une voie de développement pacifique. La poursuite du développement pacifique est un engagement politique solennel de la Chine envers la communauté internationale. C’est un choix inévitable du peuple chinois qui a souffert amèrement de l’invasion, du pillage et de l’oppression des puissances impérialistes depuis la guerre de l’Opium en 1840. C’est aussi un choix inévitable des traditions historiques et culturelles de la Chine, et un choix inévitable du courant historique de paix, de développement et de coopération. En suivant cette voie, nous œuvrons, dans le pays, à la construction du socialisme à la chinoise en nous concentrant sur la réforme, la construction et le développement.

À la lumière du concept scientifique de développement, nous nous adonnons à établir une société marquée par :

- la démocratie,

- la légalité,

- l’impartialité,

- la justice,

- la sincérité,

- l’amitié,

- la vitalité

- et la coexistence harmonieuse de l’homme et de la nature.

En même temps, nous portons haut levé la bannière de la paix, du développement et de la coopération, et joignons nos efforts à ceux des autres pays pour édifier un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune. L’essence de la voie empruntée par la Chine vise à réaliser son propre développement en se saisissant les occasions favorables de paix dans le monde et, en revanche, à mieux sauvegarder et favoriser la paix mondiale et le développement commun par son propre développement. La Chine ne cherchera jamais l’hégémonie et restera une force ferme dévouée à la sauvegarde de la paix mondiale et à la promotion du développement commun.

J’aimerais signaler qu’il faut un effort de longue haleine pour inculquer au monde une compréhension objective et générale de la Chine, parce que la Chine est un grand pays au développement inégal entre les régions. Historiquement, il y a seulement vingt-huit ans que la Chine mène la réforme et l’ouverture et son contact avec le reste du monde est encore limité. Des étrangers peuvent donc trouver que quelques Chinois communiquent facilement, d’autres pas. Avec l’élargissement de l’ouverture et l’augmentation des échanges internationaux, la communication et la compréhension entre la Chine et les autres pays se renforceront et s’amélioreront progressivement. […]

Avec les changements de la situation internationale et le développement économique et social de la Chine, des changements importants ont eu lieu dans l’opinion publique internationale face à la Chine. En premier lieu, l’élévation du statut international de la Chine et le renforcement de sa puissance nationale attirent de plus en plus l’attention du monde. Autant les gouvernements que les peuples veulent en savoir davantage au sujet de Chine. La proportion de reportages sur la Chine des médias étrangers continue d’augmenter. Deuxièmement, les reportages positifs, objectifs et neutres sur la Chine augmentent. Il y a de plus en plus de films, d’émissions de télévision et de produits audio-visuels étrangers qui apprécient la Chine ou présentent objectivement la situation en Chine. Troisièmement, les médias étrangers ont tendance à citer dans leurs reportages liés à la Chine plus d’informations et de faits publiés par les départements autorisés de Chine et des agences de presse dont Beijing Information.

Néanmoins, vu les nombreuses différences entre la Chine et d’autres pays, y compris la différence idéologique, les reportages sur la Chine sont peu nombreux ; les reportages irréels, incomplets ou négatifs de médias occidentaux sur la Chine restent un phénomène général. Pendant une assez longue période à venir, l’opinion publique internationale face à la Chine peut nous poser un grave défi ; nous devons faire des efforts inlassables pour remédier à cette situation défavorable.

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Etre journaliste en Chine, comme envoyé spécial d’un média étranger, doit certainement être un travail passionnant ; mais il comporte aussi certains risques, et il est bon de savoir quelles sont les choses à faire et à ne pas faire, d’autant que les législations sur l’information en Chine sont en constant remodelage – allant plutôt, il faut le dire, vers un certain durcissement. Comment concilier l’envie de faire un reportage intéressant et celle de ne pas se retrouver en prison jusqu’à la fin de ses jours ? Tout est question de souplesse...

Le 10 septembre dernier, le gouvernement publiait un document extrêmement important intitulé « Mesures d’administration de la publication des nouvelles et informations en Chine par les agences de presse étrangères ». L’agence Reuters, directement concernée par ces nouvelles directives, présente ce document en ces termes :

« La Chine a présenté un règlement aux termes duquel les médias étrangers doivent désormais solliciter l'approbation de l'agence officielle Xinhua pour la diffusion d'informations, de photos et de graphiques en territoire chinois. Les nouvelles règles, annoncées par Xinhua avec effet immédiat, s'accompagnent d'une mise en garde contre les informations qui "mettent en péril la sécurité nationale". Elles permettent aussi à l'agence officielle de censurer des informations diffusées en Chine par les médias étrangers et de supprimer des textes jugés contraires aux lois du pays. En vertu de ce règlement, les informations, photos et graphiques étrangers ne peuvent être vendus en Chine que par l'intermédiaire d'agents approuvés par Xinhua.

Les autorisations octroyées aux agences de presse étrangères peuvent être suspendues ou révoquées si ces dernières enfreignent des règles concernant la publication de nouvelles contestables ou l'établissement direct de contacts avec des clients. Les nouvelles règles visent à "favoriser une diffusion saine et ordonnée de l'information", a indiqué l'agence officielle. »

Cette fameuse agence Xinhua (plus connue en Europe sous le nom de Chine Nouvelle), qui est l’agence de presse officielle du gouvernement, et qui fournissait jusqu’ici l’ensemble des médias chinois – à commencer par le Quotidien du Peuple, premier quotidien du pays – deviendra donc également le point de référence pour les médias étrangers. Toute information devra passer par elle et être validée pour pouvoir être publiée.

Xinhua revient sur ce document le lendemain de sa présentation par le gouvernement, et explique plus clairement quels sont les contenus qu’elle considérera comme irrecevables, donc impubliables, et auxquels elle refusera de donner son aval. Ces contenus sont ceux qui sont suspectés de :

– violer les principes fondamentaux définis dans la Constitution de la République populaire de Chine

– saboter la solidarité nationale, la souveraineté et l'intégrité nationale de la Chine

– compromettre la sécurité nationale, la réputation et les intérêts de la Chine

– violer les politiques religieuses ou prôner de mauvais cultes ou la superstition

– inciter la haine et la discrimination parmi les groupes ethniques, saboter leur union et empiéter sur leurs coutumes et usages, ou porter atteint à leur sentiment

– publier de fausses informations, perturber l'ordre économique et social de Chine ou saboter la stabilité sociale de Chine;

– propager l'obscénité et la violence, ou encourager les crimes

– humilier ou calomnier d'autres personnes, ou empiéter sur les droits et intérêts légitimes d'autres personnes

– porter atteinte aux règles morales de la société ou aux excellentes traditions culturelles de la nation chinoise

– comporter d'autres contenus interdits par les lois et les règlements administratifs chinois

La première impression qu’on a, en lisant ce règlement, c’est qu’il ne fait que codifier plus précisément et plus officiellement des règles de déontologie journalistique élémentaire auxquelles tout reporter devrait songer sans avoir la menace de sanctions derrière lui, et ce quel que soit le pays où il se trouve. En effet, le racisme, les appels au crime, le sabotage, les atteintes aux traditions, les obscénités, ou que sais-je encore, ont toujours figuré dans les impairs à ne pas commettre dans ce métier.

J’aimerais connaître les impressions de mes lecteurs sur le contenu de ce règlement et sur ce qu’ils pensent de cette reprise en main de l’information par les autorités. Qu’est-ce qui doit primer, selon vous, une totale liberté de la presse, ou le respect de certaines autorités de régulation permettant, comme le disent les auteurs du document, de « favoriser une diffusion saine et ordonnée de l’information » ?

Le débat est ouvert. Ici, du moins, vous n’aurez pas besoin de passer par Xinhua pour donner votre avis…

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006
Les autorités chinoises nous montrent une fois de plus qu'elles n'ont pas peur de prendre leurs responsabilités, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. A quand un peu de nettoyage en Europe ?
 
dépêche parue aujourd'hui dans le Renmin Jibao :
 

Les autorités policières chinoises ont fermé plus de 320 sites web illégaux et pages Internet, et supprimé 15 000 articles sur Internet contenant des informations dangereuses entre le 6 et le 8 septembre. Un officiel du ministère de la Sécurité publique a indiqué que les sites fermés étaient ceux qui diffusaient des jeux ou qui vendaient des armes, des explosifs, des dispositifs d'écoute et des anesthésiques, ou encore qui organisaient des escroqueries et des vols en ligne. Il a ajouté que les autorités policières allaient intensifier leurs efforts pour purifier l'environnement Internet à l'avenir.

Le ministère de la Sécurité publique a lancé vendredi un site destiné aux citoyens qui pourront signaler les sites web dangereux et les informations Internet préjudiciables.

 
J'invite les expatriés francophones en Chine à participer eux aussi à cette opération civique en utilisant ce site et en signalant les sites francophones douteux (je pense particulièrement à la pornographie) auxquels il serait accidentellement possible d'accéder depuis ici.
par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Comme promis, je ferai chaque semaine une petite sélection de dépêches qui m’auront semblées intéressantes dans la presse chinoise, et je vous en citerai quelques extraits en les commentant. Après avoir traité il y a quelques jours de la collectivisation dans l’agriculture, parlons d’un sujet tout autre : les dessins animés pour enfants.

Le gouvernement a décidé de mettre le holà en constatant que les dessins animés d’importation avaient tendance à prendre de plus en plus de place sur les grilles horaire de la télévision. Et la provenance principale de ces cartoons est la même qu’en Europe : le Japon. Mais si chez nous, nous n’avons aucune peine à l’accepter, vous comprendrez qu’en Chine, le problème est plus délicat. Cette régulation des programmes s’inscrit dans les nouvelles mesures protectionnistes prises par le gouvernement dans plusieurs domaines pour protéger et promouvoir les industries chinoises. Inutile de préciser que c’est là une des bases du socialisme chinois : ouvrir le marché national pour profiter des investissements extérieurs n’est viable que si ces réformes sont accompagnées de mesures de protection garantissant la prééminence des travailleurs nationaux.

Voici la dépêche :

« Les enfants chinois fanas des cartoons étrangers devront attendre la nuit pour voir leurs programmes préférés. A partir du premier septembre prochain, aucun dessin animé étranger ni programme en rapport avec des dessins animés étrangers ne pourront être diffusés entre 17H00 et 20H00 sur l'ensemble des chaînes de télévision et les chaînes thématiques à destination des enfants, selon un nouveau règlement de l'Administration d'Etat de la Radiodiffusion, du Cinéma et de la Télévision (SARFT). Ce règlement est considéré comme une des mesures de la SARFT en vue de favoriser le développement de l'industrie locale.

La première étape remonte à l'an 2000, quand la SARFT a demandé à ce que les dessins animés étrangers obtiennent une approbation officielle avant toute diffusion. Cette mesure a été suivie d'une circulaire en 2004, qui stipulait que les dessins animés chinois devaient représenter au moins 60% des cartoons diffusés par chaque chaîne. Le développement de l'industrie d'animation joue un rôle important en matière de préservation de la civilisation chinoise puisque les enfants peuvent y apprendre les valeurs traditionnelles. »

Comme le suggère la dernière phrase, au souci économique s’ajoute un souci culturel : les dessins animés chinois sont garants des valeurs traditionnelles et ils ont donc un rôle éducatif prédominant dans un pays où les pressions culturelles occidentales sont de plus en plus fortes.

Le quotidien taïwanais Taipei Soir ajoute :

« Le gouvernement chinois a aussi ordonné aux réseaux de télévision de cesser de montrer des films d’horreur durant les heures de grande écoute et aux animateurs de s’habiller de façon plus conservatrice et d’employer moins de mots et de tournures anglophones sur les ondes. »

Ce souci va parfois très loin, comme dans cette note parue dans le Bulletin de la CLEI (Cellule de lecture et d’évaluation de l’information du département de propagande du Comité central du Parti Communiste Chinois) du 19 mars 1997 :

« Le monde animal, dans les histoires chinoises traditionnelles pour enfants, est bien souvent divisé en deux camps, les bons et les méchants, selon un schéma bien établi. Ainsi, les chats sont des héros alors que les souris incarnent les vilains. Mais, avec l’arrivée massive de cartoons importés, nous avons eu la surprise de découvrir que, dans les dessins animés étrangers, les souris devenaient brusquement de petits anges adorables, à l’esprit vif et intelligent. Sous l’influence de ces cartoons, nos propres dessins animés ont fini par intégrer cette conception positive du rôle de la souris. »

La conception positive du rôle de la souris… Tom et Jerry feraient bien de vite intervertir leurs places s’ils veulent rester sur les téléviseurs chinois !

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Plus que trois jours avant mon départ. Assis sur la terrasse du Chauffage Compris, bar bien connu des Neuchâtelois, je lis Le Temps d’aujourd’hui. Au bas de la page 23, côte à côte, je découvre deux titres évocateurs : à gauche « Campagne pour inciter les ados à la prudence » et à droite « La censure s’accroît en Chine ». Deux sujets sans rapports, vraiment ? Voyons de quoi il est question.

Dans le premier article, on nous apprend que face aux dangers courus par les plus jeunes internautes, dangers liés notamment au visionnement de sites pornographiques et à la pédocriminalité, l’ONG Action Innocence a décidé d’agir. Elle mène une campagne-choc pour inciter les parents à prendre conscience des risques liés à l’utilisation d’Internet :

« La campagne menée par Action Innocence a pour but d’inciter les parents à dialoguer avec leurs enfants et leur propose quelques règles de conduite. Avertir l’enfant de ne jamais donner son nom et son adresse, de ne pas diffuser ses photos sans protection sur la Toile, et de ne jamais répondre à un rendez-vous fixé par un internaute ; placer l’ordinateur dans une pièce commune au reste de la famille plutôt que dans sa chambre. »

Et ces conseils de base ne sont pas fortuits, semblerait-il, car le constat de la situation est alarmant :

« Selon l’organisme international Innocence en Danger, qui lutte contre la pédocriminalité, un tiers des enfants qui utilisent Internet ont fait l’objet de sollicitations sexuelles lors de leur navigation sur le web […] 34% ont été confrontés à des contenus choquants. »

Une campagne qui tombe sous le coup du bon sens, donc, et que nous ne pouvons que soutenir.

Le deuxième article traite d’un autre sujet : la censure de l’Internet en Chine, une mesure technique qui aurait tendance à se renforcer ces derniers temps. Parmi les portails tolérés par le Parti, le communiqué parle d’une « dizaine de portails basés à Pékin qui se sont engagés à censurer les contenus "malsains" recouvrant des sujets sensibles. »

Maintenant, réfléchissons deux minutes : l’un des deux articles ne devrait-il pas nous faire réfléchir sur l’autre ? On peut se réjouir qu’une organisation privée, constituée certainement d’humanistes et – je l’espère – de quelques généreux donateurs, se mobilise pour lutter contre la pédocriminalité sur Internet, certes, mais ne serait-ce pas plutôt le rôle de l’Etat ? Car enfin, un Etat qui tolère que des individus aussi pervers que peuvent l’être les pédophiles utilisent Internet pour recueillir des informations sur des enfants et prendre contact avec eux dans le but que l’on sait, un Etat qui sait que cela a lieu sur son territoire et qui ne fait rien peut-il porter encore le nom de gouvernement ?

Le voisinage de ces deux dépêches semble donc providentiel (voir photo). Elle aura peut-être mis la puce à l’oreille de certains lecteurs qui commenceront peut-être à se dire que la censure, ça peut avoir du bon. Comme quoi les grandes idées de côtoient parfois, et j’ose espérer qu’un jour viendra où nous comprendrons que la sécurité de nos enfants vaut plus que l’hypothétique liberté qu’on cherche à nous vendre depuis quelques années à toutes les sauces…

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

En guise de complément au texte précédent, je publie ici un extrait d’un article que j’avais écrit en janvier dernier sur le site de la Jeunesse SolidaritéS. J’y évoquais la législation en vigueur en Chine en ce qui concerne le contrôle étatique d’Internet. Un modèle à suivre à mon avis. Ce texte m’a valu plusieurs critiques acerbes des bobos habituels, mais les vrais socialistes ne manqueront pas, je l’espère, d’abonder dans mon sens.

A l’heure où, sauf de rares exceptions, on a cessé de s’offusquer de l’extension de la pornographie à des domaines appelés pudiquement « marginaux » (je rappelle que la scatophilie est tolérée par le droit suisse et que la zoophilie est également présentable sur Internet en toute impunité), à l’heure où on s’est fait à l’idée que les jeunes avaient accès bien avant leur majorité aux produits pornographiques (il y a juste les caissières de kiosques à journaux qui s’insurgent pour la forme et parce que c’est les ordres, mais il faut croire que le reste du monde s’en fout), il faut vraiment aller très loin pour faire se réveiller les juges et les médias.

Vous pouvez dégradez l’image de la femme tant que vous le souhaitez (si vous êtes publicitaire), vous pouvez diffuser sans censure des images de fientes, de vomissures et de dégradations humaines (si vous travaillez à Jackass), vous pouvez librement faire l’éloge du libertinage (si vous êtes Catherine Millet), du partouzage (si vous êtes Thierry Ardisson) ou de la pédophilie (si vous êtes Daniel Cohn-Benditt) ; non seulement vous pouvez le faire sans obstacle, mais c’est en plus un moyen infaillible pour qui veut prendre sa place dans la course au profit. Il faut vraiment que vous dépassiez les bornes mêmes de la décadence bourgeoise (car elle en a tout de même quelques unes) et que vous alliez jusqu’à l’homicide en bonne et due forme pour que les cours de justice recommencent à s’agiter.

Il y a quelques semaines, Samuel Schmid, représentant la Suisse au Sommet Mondial sur la Société de l’Information, adressait un vibrant plaidoyer à son hôte tunisien, en vue de plus de liberté d'expression, pour l’appeler à relâcher le contrôle qu’il exerçait sur Internet. Cet appel n’était pas infondé, il faut l’admettre, et il est aujourd’hui évident pour tous que la dictature tunisienne est une immonde tyrannie policière qu’il importe de voir tomber au plus tôt – je le sais particulièrement pour avoir rencontré il y a quelques années des dissidents tunisiens en fuite qui avaient été torturés et avaient évité la peine de mort de justesse suite à une action d’Amnesty International. Malheureusement, ce plaidoyer « humaniste » (si tant est qu’un conseiller fédéral UDC puisse être humaniste) a un goût plutôt amer si on regarde honnêtement quel usage nous avons fait de cette liberté d’expression et comment Internet, dans les démocraties occidentales, est devenu en peu de temps une déchetterie informe, une décharge vérolée et purulente, une affreuse basse-cour des miracles donnant la vedette aux pires perversions qui aient pu être conçues par l’âme humaine dans ses moments les plus noirs.

Cette leçon moralisante sur la liberté d’expression, si elle a été faite à juste titre à l’infâme Ben Ali, dictateur de Tunisie, a été aussi faite à la Chine à qui on adressait le même reproche : oser avoir l’outrecuidance de vouloir exercer un contrôle étatique sur Internet. Avant de se voiler en chœur la face derrière les Droits de l’homme, il faut tout de même savoir une ou deux choses sur la Chine. Ce pays compte 94 millions d’internautes, ce qui est énorme (et révélateur de l’avancée du développement durant ces dernières années), et ce qui justifie déjà en soi la nécessité d’une réglementation. Le Parti Communiste Chinois a adopté au cours de cette année la directive suivante :

« Nous avons besoin de mieux réguler les services d’information sur le Net en raison de la prolifération importante d’articles malsains qui pourraient induire en erreur le public. »

Horreur ! Ces sauvages ont osé suggérer que quelque chose pouvait être « malsain » ! Ils ont osé prétendre que tout ne se vaut pas – crime de lèse-relativisme triomphant ! Ils ont osé affirmer un jugement de valeur – crime de lèse-pensée unique ! On commence à comprendre pourquoi nos petits-bourgeois occidentaux, qui ont bâti leur fortune sur la dégradation morale de leurs concitoyens, font la grimace…

Un article du Asia Times Online, journal de Hong Kong, nous explique la chose suivante:

« Un rapport d’Open Net Initiative [organisme créé par plusieurs universités, dont Harvard et Cambridge, qui analyse les censures étatiques sur le Net] portant sur le filtrage opéré par la Chine fait état d’un système de surveillance particulièrement sophistiqué, associant contrôles informatiques et pressions auprès du public. L’accès à certains sites est bloqué par intermittences, tandis que d’autres sont accessibles, mais certaines recherches par mots-clés y sont filtrées. En outre, les autorités provinciales et locales emploient du personnel pour surveiller les courriers électroniques et les forums de discussion à contenu sensible. L’auto-censure est enco