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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Mardi 10 juillet 2007

En faisant quelques rangements, je suis tombé par hasard sur un vieux numéro de La Nouvelle Revue d’Histoire consacré intégralement à la Chine. Je l’avais sans doute acheté au moment de sa sortie, en juillet 2005, soit il y a exactement deux ans, mais je n’avais pas encore eu le temps de le lire. Comme vous le savez peut-être, La Nouvelle Revue d’Histoire est une revue très curieuse : elle est, à ma connaissance, la seule publication historique explicitement d’extrême droite paraissant à gros tirage et chez tous les marchands de journaux de la francophonie. Je goûte peu cette prose-là mais c’est aussi cela la liberté d’expression, et il est toujours intéressant de voir ce que l’on peut penser dans d’autres camps retranchés que le nôtre.

 

Cette revue, qui prétend, rompre avec « les interprétations partiales de l’histoire », donne tous les deux mois la parole à plusieurs franges marginales de la nébuleuse des intellectuels de droite et d’extrême droite : royalistes, ultra-nationalistes, anti-gaullistes, légitimistes, fascistes, anti-communistes, etc. La Nouvelle Revue d’Histoire, outre la glorification de ses idoles en tous genres et ses analyses historiques frôlant souvent le révisionnisme, est familière d’une méthode particulière : réécrire l’histoire des grands hommes de gauche en les peignant sous les traits d’affreux réactionnaires, non pas tant dans le but de les récupérer que de les discréditer auprès de leurs partisans. Ainsi, on a pu apprendre dans le n°9 que Rousseau avait été le précurseur d’Hitler, et dans le n°19 que Salvador Allende avait débuté sa carrière avec des écrits racistes. Je précise tout cela pour bien situer l’orientation idéologique de la revue.

 

Curieux, je me suis plongé dans la lecture de ce numéro spécial pour apprendre ce que ces gens-là pouvait nous dire d’un sujet qui m’est aussi cher que la Chine. Passons en revue, si vous le voulez bien, les différents papiers présentés par l’équipe de rédaction.

 

Après un article sur les relations Chine-Occident à partir du XVIIe siècle, nous découvrons un entretien avec l’éminent sinologue Léon Vandermeersch qui s’avère très éclairant. Selon lui, la chute du communisme chinois étant inévitable – ce qui reste à prouver, mais c’est une affirmation que la revue claironne à chaque page de son dossier sans cacher une certaine satisfaction – la Chine aura sous peu à choisir entre deux modèles de société : le retour à ses traditions nationales pré-communistes ou l’adhésion au libéralisme mondialisé. Il écrit :

 

« Je pense que la complète dévitalisation de l’idéologie officiellement régnante [c’est-à-dire le communisme] pourrait permettre, dans le meilleur des cas, la réactivation des valeurs propres au monde sinisé [confusianisme, taoïsme, bouddhisme], moyennant leur réadaptation à la modernité ; le pire étant le simple envahissement du vide idéologique par la sous-culture mondialisée d’aujourd’hui. »

 

Ce n’est donc plus seulement une question politique, mais également une question culturelle. Selon M. Vendermeersch, quitte à changer de régime et de modèle dominant, autant vaudrait revenir à un modèle traditionnel conforme à l’identité du peuple chinois. Plus conforme, en tout cas, que le capitalisme occidental qui a largement fait les preuves, sur tous les continents, de son caractère nuisible.

 

J’espère bien sûr quant à moi que le communisme chinois puisse perdurer, qu’il entame les réformes nécessaires au développement d’une société plus équilibrée, plus égalitaire et moins corrompue qu’à l’heure actuelle, mais si ça ne devait pas être le cas, s’il devait être arrivé à sa chute (ce qui serait tout de même étonnant de la part d’un géant qui s’annonce d’ores et déjà comme la seconde puissance mondiale, seule capable de tenir tête aux Etats-Unis !), alors nous devons appeler de nos vœux l’avènement d’une nouvelle société populaire et anti-libérale – au final, qu’importe la couleur du drapeau qui flottera sur cette société.

 

Le risque qu’engendrerait un coup d’Etat, un renversement du Parti Communiste Chinois, est énorme : c’est celui qu’en l’absence de projet de société concret, l’anarchie profite aux prédateurs capitalistes, locaux et étrangers, aboutissant à ce « vide idéologique par la sous-culture mondialisée » dont parle Vandermeersch. Voilà, il me semble, au moins une bonne raison de préférer des réformes au sein du PCC plutôt que son renversement pur et simple.

 

Dans un article intitulé Constantes de la Géopolitique Chinoise , Aymeric Chauprade interprète la politique chinoise actuelle comme un ensemble de visées ultra-impérialistes susceptibles de mettre en danger toute l’Asie et même une partie de l’Occident. Il écrit :

 

« L’important, pour les stratèges chinois, est de constituer un axe de contrepoids permettant de faire échec à l’unipolarité voulue par Washington et de favoriser au contraire l’équilibre multipolaire, en attendant de disposer des moyens suffisants pour restaurer l’unipolarité chinoise dans le cercle des vassaux, et peut-être même au-delà, au détriment des Barbares. »

 

D’un point de vue général, l’impérialisme est indubitablement une très mauvaise chose – « Personne n’aime les missionnaires armés » disait Robespierre au sujet des projets d’ « exportation européenne » de la République française (et qu’importe que les armes en question soient des fusils ou des chaînes de télévision). Mais dans l’état actuel du monde marqué par l’hégémonisme unilatéral des Etats-Unis, il faut reconnaître qu’un impérialisme chinois pourrait être porteur d’un nouvel équilibre géopolitique, comme à l’époque des deux blocs, et proposer ainsi aux peuples du monde un autre voie que le libéralisme à l’américaine. Ce ne serait certes pas l’idéal, mais ce serait déjà, comme on dit, moins pire.

 

Reste à savoir si la Chine a réellement des visées impérialistes, notamment en dehors d’Asie. Et si la Chine ne cherchait qu’à se défendre des intrusions occidentales ? Si le renforcement sans pareil, depuis quelques années, de son pouvoir économique et militaire, ne s’expliquait que par cet impératif de résistance ? Je ne fais que poser la question, je n’ai pas la réponse. M. Chauprade suggère aussi cette hypothèse dans la conclusion de son article, écrivant, dans un lexique très discutable mais conforme à l’idéologie de la revue :

 

« Ce n’est donc pas un mondialisme chinois qui est en passe de mettre en échec la mondialisation américaine, mais une résistance civilisationnelle et raciale. »

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Dimanche 1 juillet 2007

Seconde partie de l’article commencé il y a quelques jours :

 

Le réveil de la Chine (prédit déjà par Napoléon qui avait dit que le monde tremblerait ce jour-là) est peut-être l’espoir que nous attendons depuis longtemps, l’espoir de la levée d’une grande puissance contre l’Empire américain, la seule puissance qui soit capable de lui tenir tête et, le moment venu, de lui porter le coup de grâce. La Chine réussira peut-être à mener à bien ce que notre faiblesse (à nous Européens) nous a empêché d’accomplir. Mais quelle forme prendra cette guerre ? Robert D. Kaplan fait la suggestion suivante :

 

« Seule une approche pragmatique nous permettra de faire face à l’inévitable retour de la Chine en tant que grande puissance, sous peine de voir la Terre du XXIe siècle se muter en un vaste champ de bataille. Chaque fois que des grandes puissances ont fait leur apparition ou sont revenues sur le devant de la scène (comme l’Allemagne et la Japon au cours des trente premières années du XXe siècle, pour citer deux exemples récents), elles ont eu tendance à se montrer dominatrices, entraînant donc de violents bouleversements dans les relations internationales. La Chine ne fera pas exception. »

 

On sent, en arrière-fond, la volonté d’ingérence que les Etats-Unis ont toujours nourrie face au reste de la planète (ce n’est pas pour rien qu’on les appelle les gendarmes du monde) et l’intention de recourir à cette stratégie, une fois de plus, pour éviter de « violents bouleversements dans les relations internationales ». Mais cette fois, il ne s’agit pas de faire de l’arbitrage à l’autre bout du monde, l’Amérique est directement menacée (comprenez ses dirigeants et ses élites), et alors que la guerre a déjà commencé, certains Américains, pourtant d’habitude si belliqueux, souhaitent encore l’arrêter, de peur qu’ils ont de la perdre, c’est-à-dire de perdre définitivement leur statut de puissance hégémonique.

 

Kaplan tente ensuite d’expliquer les méthodes guerrières de la Chine , les comparant (ce n’est pas innocent) aux luttes de libération menée par la guérilla irakienne, et à ce qu’il appelle la « guerre asymétrique » :

 

« Les Chinois opteront, comme les terroristes, pour une approche asymétrique. En Irak, les insurgés ont recours à une version rudimentaire de la guerre asymétrique en utilisant des voitures piégées. Les Chinois, eux, sont prêts à en développer une version plus sophistiquée, et c’est bien là qu’est la menace. […] La gestion du risque deviendra l’idéologie dominante. Même si l’on assiste à une réussite de la démocratie en Irak, ce succès ne sera probablement obtenu que d’extrême justesse, une expérience que personne dans l’armée ou dans l’establishment diplomatique ne brûlera de répéter, en particulier en Asie, où les répercussions d’une aventure militaire bâclée seraient considérables. […] Un analyste du Pentagone m’a déclaré : « Pour l’emporter dans une guerre contre la Chine , nous serons obligés de réduire substantiellement ses capacités militaires, et donc de menacer ses sources d’énergie et l’emprise qu’a le Parti Communiste sur le pouvoir. Le monde ne sera plus le même. C’est une voie très dangereuse. »

 

Seulement, peut-être n’avez-vous déjà plus le choix, Messieurs les Américains. Et le jour où la Chine se réveillera, elle ne sera pas seule contre vous, mais le séisme ramènera à la surface tous les peuples opprimés par votre politique (à commencer par ceux qui vivent sur votre continent), toutes les victimes des diktats du FMI, tous les laissés-pour-compte du libéralisme à l’américaine, ainsi que toutes les nations solidaires du combat mené contre vous.

 

Rassurez-vous toutefois : vous n’aurez peut-être pas besoin de sortir votre grosse artillerie, car si la lutte a déjà commencé, c’est avant tout sous la forme d’une concurrence dans tous les domaines, du commercial à l’éducation, et sur ces plans-là, les Américains lucides doivent reconnaître qu’ils ne tiennent plus la route, et que la déliquescence dans laquelle les a mené le capitalisme semble irrattrapable. Nicholas D. Kristof écrit dans le The New York Times :

 

« Les Etats-Unis m’inquiètent. Notre gestion économique manque tellement de rigueur que, à long terme, il nous sera impossible de faire face aux subventions agricoles et aux déficits budgétaires. Notre technologie est forte, mais les écoles américaines sont médiocres en mathématiques et en sciences. Et le manque d’intérêt des Américains pour le reste du monde est à l’opposé de la fougue, de la volonté et de la détermination qui poussent la Chine sur le devant de la scène. »

 

Il relate, pour illustrer son propos, un souvenir qui l’a passablement fait réfléchir :

 

« Sur la rive du Fleuve Jaune, j’ai rencontré Hao Wong, un paysan de 70 ans, qui n’avait jamais mis les pieds dans une école. Il ne savait même pas écrire son nom, mais il en allait tout autrement pour sa progéniture. Deux de mes petits-fils sont à l’université, m’a-t-il lancé avec fierté. »

 

Et c’est bien la construction de ce « pôle d’excellence » chinois, conséquence d’une réussite sur bien des plans, qui explique, selon Mc Gregor, l’étonnement et la consternation des Chinois devant le spectacle décadent d’une Amérique qui a perdu toutes ses valeurs, qui se laisse aller, et qui choit insensiblement. Il écrit dans le Washington Post :

 

« Les Chinois, enfin, nous méprisent parce qu’ils pensent que nous sommes sur le déclin. […] tout en se demandant comment nous avons pu devenir aussi indisciplinés, aussi superficiels et aussi dissolus. Le tumulte du Monicagate constitue à leurs yeux une perte de temps incompréhensible, eux dont les empereurs avaient des milliers de concubines. »

 

Une attaque aussi grossière et typiquement étasunienne que celle qui consistait à prétendre que l’Islam se résumerait à la promesse de sept cent vierges dans l’au-delà…

 

« Ils sont tout autant surpris de voir que les Américains se vautrent dans l’endettement et qu’ils laissent leur enseignement public aller à vau-l’eau pendant que les médias se passionnent pour l’affichage des dix commandements dans les tribunaux. En Chine, tout est question d’unité, d’engagement et de puissance. Les responsables politiques et commerciaux sont obsédés par une seule et unique question : quel avantage aurai-je par rapport à vous ? Il n’est donc pas étonnant que les dirigeants chinois se réjouissent à l’idée qu’ils financent des portions de plus en plus importantes de la dette américaine. Ils savent que s’ils venaient à faire l’impasse une seule fois sur les enchères de bons du Trésor américain, la Bourse américaine s’effondrerait. »

 

C’est là un point capital : un travailleur américain, habitué à la société des loisirs et à une politique d’abrutissement constante menée par l’idéologie dominante de son pays, ne sera jamais un travailleur chinois, habitué toujours à travailler beaucoup et consciencieusement, de même qu’un étudiant (ou même un élève d’école primaire) américain, vivant dans un pays où la culture est constamment dévalorisée et où on ne vit plus que dans l’instant, ne sera jamais un étudiant chinois, issu d’institutions à la discipline forte et aux exigences élevées. C’est une différence à la fois culturelle et politique. Or, il est clair qu’actuellement, cette différence favorise sensiblement les Chinois, qui présentent l’image d’un peuple beaucoup plus sain et plus volontaire.

 

Contrairement à ce que voulaient nous faire croire les prêtres du libéralisme, l’Histoire n’est pas finie, et elle nous réserve encore bien des surprises. Une chose est pourtant sûre : d’ici peu, notre monde ne sera plus le même. A quoi ressemblera-t-il ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais nous devons constater, d’une part, que, comme Emmanuel Todd l’avait prédit, l’Empire américain est en train de lentement s’effondrer, emportant dans sa chute une partie de l’idéologie qui l’avait amené au pouvoir, et d’autre part, comme l’écrivait récemment John Raiston Saul, essayiste canadien, dans les pages du Harper’s Magazine de New-York, que le vide géopolitique ne peut exister sur le long terme, surtout dans un système mondialisé, et que le déclin américain sera automatiquement suivi de l’élévation d’une autre nation. Nous avons tout intérêt à ce que cette autre nation soit la Chine.

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Mardi 19 juin 2007

J’ai retrouvé récemment dans mes archives un assez long article que j’avais écrit il y a environ deux ans, pour le compte de je ne sais plus quelle revue, au sujet de la rivalité Chine-USA sur la scène internationale. Je m’étais servi, pour le rédiger, et pour changer des médias chinois et occidentaux, de plusieurs articles très percutants parus dans la presse américaine sur ce sujet. Je me permets de le publier sur le blog – en deux parties (à cause de sa longueur) dont voici la première – car je ne pense pas, vu l’évolution actuelle du monde, que cet article ait beaucoup vieilli ; peut-être même, à la lumière de l’actualité, certains jugeront-ils qu’il est en-deçà de la réalité... Vos observations et critiques sont les bienvenues.

 

 

Sous la façade de relations diplomatiques pacifiques entre les Etats-Unis et la Chine , la situation pourrait être plus tendue qu’on ne le pense. Le Pentagone est en état d’alerte : le nouvel Empire qui émerge en Asie commence à lui faire de l’ombre, à la fois par la concurrence commerciale et militaire à laquelle il soumet l’Amérique, et à la fois par la dépendance économique dans laquelle il la tient, sans parler du défi intellectuel inégal entre un pays qui se targue d’un système éducatif brillant et un autre qui, sous l’effet du libéralisme, laisse ce même système s’affaisser et le niveau général choir toujours plus bas. Le combat sera rude, mais il est à parier que d’ici peu, le paysage géopolitique de notre planète n’aura plus le même visage.

 

Les chiffres sont accablants (ou réjouissants, selon le point de vue) : la croissance économique des Etats-Unis, qui n’a pourtant rien d’un pays pauvre, s’élève actuellement à 4,2% alors que celle de la Chine , frôlant le prodige de la croissance à deux chiffres, atteint fièrement les 9,5% !

 

Sur le plan des exportations, la comparaison ne fait que renforcer la supériorité chinoise : les Etats-Unis exportent pour 34,7 milliards par année, alors que la Chine franchit allégrement le pas des 196,7 milliards par année ! Actuellement, la Chine représente 6% des exportations mondiales ; dans cinq ans, elle sera le premier pays exportateur du monde.

 

La guerre économique est déclarée. Les Etats-Unis ont-elles encore une chance ? Le plus simple est de le leur demander. Quand les journalistes étasuniens chauvins prennent la plume pour parler de la Chine , on la sent trembler (leur plume) et leur propos est tout sauf rassuré. James Mc Gregor écrit dans le Washington Post :

 

« Nous sommes en train de perdre la guerre du renseignement contre la Chine. […] Aujourd’hui, le gouvernement chinois comprend bien mieux l’Amérique que le gouvernement américain ne comprend la Chine. Ainsi , Pékin sait mieux nous manipuler que nous ne savons les manipuler. […] A l’opposé, la vision qu’a notre gouvernement de la Chine est floue, morcelée et souvent mal informée. La Chine est-elle encore le péril rouge du temps de la guerre froide, ou plutôt un nouveau concurrent prêt à venir manger notre pain économique ? […] Ajoutez à cette confusion une politique ennemie du compromis, et nous n’avons pratiquement aucune chance de développer une politique chinoise cohérente. »

 

Voilà qui est clair. L’offensive est à peine lancée qu’elle semble déjà perdue. Et s’il n’y avait que les journalistes qui amenaient le découragement dans l’opinion publique, le gouvernement Bush pourrait toujours intervenir, au nom du Patriot Act ou de je ne sais quel chiffon de papier, pour les faire taire, mais c’est plus grave, car les responsables stratégiques du pays se joignent au chœur des lamentations. Michel Beuret, dans un article de L’Hebdo intitulé Le Retour du Péril Jaune, nous rapporte la chose suivante :

 

« Durant des années, cet homme [Michael Pillsbury], conseiller du Pentagone, fut un embrasseur de pandas, comme on appelle chez lui les amoureux de la Chine. Mais un jour, en 1989, il sent que le ton a changé : « Même mes amis dans l’armée chinoise nous décrivaient comme des ennemis mortels, une force du mal ». Pillsbury s’est alors transformé en croisé antichinois. Avec une obsession : avertir la Maison Blanche du péril jaune. […] Officiellement, ce budget [le budget des dépenses militaires chinoises] est de 30 milliards de dollars en 2005. Mais un rapport du Pentagone, publié en juillet, estime que cette somme ne comprend ni la recherche, ni le développement, ni les achats de matériel. »

 

Il faut avouer que cette méfiance de la Chine face à leurs adversaires impériaux fait plaisir à voir, cela nous change des discours officiels de conciliation prononcés par les autorités chinoises lors des voyages diplomatiques de Bush en Chine et tels qu’on peut en lire à la pelle dans les pages du Quotidien du Peuple.

 

Puisque nous en sommes à la question militaire, revenons à James Mc Gregor, du Washington Post, qui, après avoir concédé que l’Amérique n’avait aucune chance dans ce combat, reprend du poil de la bête en évoquant, au cours d’un souvenir plutôt cynique, l’arrogance militaire de son pays :

 

« Mais la Chine a peur, car elle a vu notre machine de guerre high-tech en action. Jamais je n’oublierai ce jour, à la gare de Pékin, pendant la première guerre du Golfe. Je me trouvais au beau milieu d’une foule d’ouvriers chinois qui, par milliers, avaient arrêté leurs vélos dans la rue pour contempler, bouche bée, les immenses écrans de télévision en plein air qui diffusaient des images de missiles américains s’abattant sur des zones industrielles de Bagdad. A quelques immeubles de là, dans les bâtiments administratifs de Zhongnanhai, les responsables chinois, envisageant la possibilité qu’une telle destruction frappe Pékin, ont compris que la stratégie qui consistait à défendre la Chine avec des vagues de soldats paysans était aussi dépassée que la philosophie maoïste. »

 

Voilà qui représente bien la pensée impérialiste américaine : être prêt à attaquer à tout moment n’importe quelle partie du monde, et profiter des guerres en cours pour menacer les ennemis potentiels, quitte à instrumentaliser le bombardement d’un pays pour un intimider un autre… Ce qu’oublie de préciser Mc Gregor, c’est que depuis l’époque dont il parle, l’Armée Rouge Chinoise s’est effectivement modernisée, et qu’elle n’a actuellement plus grand-chose à envier à ses ennemis. En témoigne cet article inquiet de Robert D. Kaplan paru dans The Atlantic Monthly à Boston :

 

« Les forces armées chinoises étudient avec minutie les adversaires potentiels et elles apprennent vite. Leur soft power se développe rapidement, preuve d’un réel don d’adaptation. Si les terroristes sont attirés par les vides sécuritaires, les Chinois, eux, s’intéressent aux vides économiques. Sur toute la planète, les Chinois deviennent des maîtres de l’influence indirecte. Ils établissent des communautés financières et des avant-postes diplomatiques, négocient des contrats commerciaux et de construction. Vibrant d’une énergie martiale, forte d’une paysannerie qui, contrairement à d’autres dans l’Histoire, est fortement alphabétisée, la Chine incarne la principale menace conventionnelle pour l’empire libéral américain. »

 

 

 

(seconde partie de l’article dans quelques jours)

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Mercredi 18 avril 2007

Il y a trois semaines, le président chinois Hu Jintao s’est rendu à Moscou pour rencontrer le président Poutine et célébrer le début de l’année de la Chine en Russie. Il semble maintenant clair, de l’avis de beaucoup de spécialistes, qu’un mouvement de rapprochement entre les deux grands pays est en route. Cela n’est pas au goût de tous, car non seulement on est en train de voir se construire une nouveau front sans les Etats-Unis, mais il semble trés clairement que ce soit aussi un front contre les Etats-Unis. Certains journalistes avaient déjà évoqué la question avant les élections vénézueliennes, lorsque Chavez, président et candidat à sa propre succession, avait entamé une grande tournée internationale, à la fois diplomatique et pour acheter des armes, se concentrant sur tous les pays réputés pour leur anti-américanisme. La différence, c’est que Chavez a toujours mené une politique franche et directe (espérons que cette force ne devienne pas sa faiblesse face à ses ennemis) alors que la Chine et la Russie ont préféraient des stratégies de faux-semblant pour mieux parvenir à leur but. Mais ce but, désormais, est de plus en plus clair, et pour les uns comme pour les autres, ce qui les unit pourrait bien dès maintenant être plus fort que ce qui les divise.

 

Dans Le Temps du 27 mars, Frédéric Koller, que nous avons déjà cité plusieurs fois sur le blog, écrit la chose suivante au sujet de cette rencontre entre les deux chefs d’Etat :

 

« Les temps changent. Car entre le pays le plus peuplé de la planète et le pays le plus vaste, longtemps seules la peur (côté russe) et la rancœur (côté chinois) ont dominé. Désormais, un objectif commun les unit : renouer avec la puissance dans un monde multipolaire pour contrer l'hégémonie des Etats-Unis. [...] Cette cordiale entente devrait encore se renforcer avec la visite depuis lundi à Moscou de Hu Jintao pour inaugurer l'année de la Chine en Russie. Pour l'année de la Russie en Chine, l'an dernier, le karatéka Poutine avait fait le pèlerinage de Shaolin, le berceau du kung-fu. On ne sait pas encore quelle surprise l'hôte du Kremlin va réserver à l'amateur de danse qu'est le président chinois. [...]

 

Rien n'incarne mieux ce rapprochement sino-russe que le destin croisé de leurs chefs. Entre l'ex-agent du KGB et l'apparatchik issu des jeunesses du Parti communiste chinois, puis formaté à l'école centrale du PCC, il y a une même rigidité, un même goût de l'ordre, une même aspiration à rayonner au nom de la Nation et un même refus de la démocratie occidentale. Alors que l'Europe déplore la dérive dictatoriale du «tsar Poutine» après l'ère libérale de Boris Eltsine, les médias chinois ne ménagent pas leurs satisfecit envers un homme qui, en redressant la Russie , donne raison au modèle chinois. [...]

 

Il y a deux ans, dans un portrait élogieux de Vladimir Poutine, la revue Orient contrôlée par l'agence Chine nouvelle décrivait le président russe non pas comme un «dictateur» qui renvoyait la Russie à son passé soviétique mais comme un «homme du futur». Car les nations qui ont à gérer des empires multiethniques comme la Russie et la Chine , écrivait encore la revue, «aspirent à l'autorité d'un pouvoir fort». [...]

 

Sur le plan international, Moscou et Pékin sont particulièrement soucieux d'empêcher les Etats-Unis de s'installer durablement en Asie centrale. C'est l'objectif non avoué de l'Organisation de coopération de Shanghai qui réunit les deux pays et leurs voisins de la région. Le dossier du nucléaire iranien est une autre illustration de leur position commune face à Washington. Si Moscou et Pékin ont voté les sanctions du Conseil de sécurité le week-end dernier contre Téhéran, ils n'accepteront en aucun cas un recours à la force. »

 

L’hypothèse d’une radicalisation de la position russe face à l’Occident et aux menaces qu’il représente n’est pas que pur fantasme. Nezavissimaïa Gazeta, un journal russe d’opposition, visiblement pro-occidental, le déplore et décrit, comme exemple de l’ambiance qui règne actuellement en Russie, une manifestation des Nachi (littéralement « les Nôtres », organisation de jeunesse du parti de Poutine) en l’honneur de l’anniversaire des sept ans de présidence de Poutine :

 

« Le mouvement proprésidentiel Nachi a organisé, dimanche 25 mars, une manifestation antioccidentale sans précédent dans les rues de la capitale. [...] Dès l'aube, l'avenue Sakharov avait été bloquée par des véhicules spéciaux et bordée de cordons de police. L'événement du jour a été le tract distribué au cours de la manifestation. En dix points, il expliquait de façon nette et précise qui est l'ennemi de la Russie. Réponse : l'Occident. La première question suffisait déjà à provoquer des angoisses : "Que pensez-vous (que penses-tu) du fait que des bases militaires sont déployées tout autour de la Russie et que la tension monte ?" Une question qui semblait rhétorique, et qui l'était. La deuxième question proposait de choisir entre divers ennemis, et suggérait la réponse : les pays occidentaux "et surtout les Etats-Unis", mènent-ils une politique hostile ou amicale à l'égard de la Russie ?

 

La question trois faisait froid dans le dos : "Qu'est-ce que l'Occident cherche à obtenir de la Russie ?" Suivaient plusieurs hypothèses démoniaques, telles qu'"établir dans le pays un régime contrôlé par l'étranger". L'ambiance de cette manifestation ne laissait planer aucun doute sur son objectif : pousser les jeunes à adopter une mentalité isolationniste et antioccidentale par le biais d'une terminologie datant de la guerre froide, vieille d'un demi-siècle mais qui a fait ses preuves. »

 

(traduction française : Courrier International)

 

Un ami du site Salut Public, qui connaît bien la Russie pour y avoir vécu, ainsi que dans plusieurs des ex-républiques soviétiques, a donné sur son site la traduction plus exacte de certains textes présentés sur les tracts des Nachis au cours de cette manifestation :

« Durant l’été torride de 1941, personne ne voulait même penser que la guerre allait éclater. [...] A l’été 1991, personne ne voulait même penser que quelques mois plus tard un immense et grand pays n’existerait plus [...] Aujourd’hui, à l’aube du printemps 2007, à nouveau nous ne voulons pas penser que d’ici quelques mois, en décembre, nous allons encore une fois perdre notre pays. Ils vont nous le prendre, l’Amérique va nous le prendre ! [...] Aujourd’hui nous sommes de la pitance américaine… Regardez par la fenêtre : ces arbres, cette terre, ces champs, ces rues, ces lacs sont à eux ! [...] Cette année ils auront une dernière chance d’établir en Russie un commandement extérieur. Car cette année nous auront des élections [...]

[Il faut] immédiatement mettre en œuvre la deuxième partie du plan Poutine. Parce qu’autrement, nous nous transformerons en Irak, Poutine aura le destin de Saddam Hussein et nous celui des Irakiens, planqués dans les ruines, faisant la queue pour de l’eau. [...] Imagine le matin du 21 juin 1941. Imagine que toi et toi seul sais ce qui se passera demain. [...] L’histoire n’enseigne rien, elle ne fait que punir ceux qui ignorent ses leçons. »

Un nouveau combat dont, une fois de plus, l’Europe sera la grande absente...

 

 

 

Autres billets sur les relations sino-russes :

 

-          Un Axe Paris-Berlin-Moscou ?

-          Il y a 50 Ans : la Hongrie se Révoltait

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Mercredi 20 décembre 2006

J’ai écrit l’article qui suit durant l’été dernier, après une petite enquête sur les relations triangulaires étranges qui unissaient la Chine, Taiwan et mon pays ( la Suisse ). J’avais proposé ce texte à un grand hebdomadaire romand, qui avait manifesté quelque intérêt de travailler avec moi pendant mon séjour en Chine, mais n’ayant aucune nouvelle de la rédaction après plusieurs mois d’attente, je me considère en droit de me réapproprier cet article et de le publier sur le blog.

 

Bonne lecture donc, et j’attends vos réactions.

 

Depuis maintenant vingt cinq ans, l’île de Taiwan entretient des relations non officielles avec la Suisse en invitant chaque année ses parlementaires à de luxueux voyages sur son territoire. Non officielles car aux yeux de la communauté internationale, Taiwan n’est pas un Etat mais une province chinoise. La Suisse , deuxième pays d’Europe à avoir reconnu la République populaire de Chine, est dans une position délicate : comment concilier le respect de ses exigences diplomatiques avec la Chine et ses relations avec un petit pays qui est un de ses principaux partenaires commerciaux en Asie ? Rencontre avec deux parlementaires invités à l’un de ces « voyages de découverte ».

 

Jean Studer, Conseiller d’Etat neuchâtelois, est également conseiller national, et c’est dans ce cadre qu’il a été amené, entre 2001 et 2005, à présider le groupe Suisse-Taiwan, un groupe informel constitué d’une soixantaine de parlementaires et d’anciens parlementaires « sensibilisés par la situation très particulière de Taiwan. » Ce groupe, qui n’est pas officiellement enregistré sous forme d’association privée, pose, aux yeux de certains, un problème majeur : il entretient des relations de type diplomatique avec un Etat qui n’est pas reconnu par la Suisse.

 

En effet, officiellement, l’île de Taiwan est rattachée à la Chine continentale comme faisant partie de la même communauté politique, c’est-à-dire qu’elle est une province dépendant de l’autorité de Pékin au même titre que n’importe quelle autre. Jean Studer, qui accepte le terme de lobby pour parler de cette association, se défend de faire de la diplomatie secrète. « Le Conseil national reçoit sans cesse de nombreuses invitations de ce genre, provenant d’Etats ou d’autres collectivités ; il est vrai que cette invitation-là est un peu particulière vu le statut de Taiwan, mais je me sens moins coupable d’y participer que de travailler, comme beaucoup de parlementaires, pour des associations aux intérêts privés et de toucher d’énormes indemnités comme cela arrive trop souvent. »

 

Alain Charbonnier (photo), député socialiste au Grand Conseil genevois, n’est pas du même avis. Invité lui aussi à un de ces voyages, dans le cadre du gouvernement cantonal, par l’antenne genevoise de la Délégation culturelle et économique de Taipei, il a refusé tout net, suivi par l’ensemble des députés de gauche. Ici, comme à Berne, l’invitation est adressée, dans un souci de pluralisme démocratique, à un membre par groupe politique.

 

Chef du groupe socialiste, Alain Charbonnier considère que ces voyages constituent « un risque potentiel de dérapage diplomatique. » Favorable à l’indépendance de Taiwan et à l’autodétermination de tous les peuples, il pense cependant que manœuvrer ainsi dans le dos de la Chine n’est pas une attitude diplomatique responsable. Ayant traité Taiwan, dans les colonnes du Temps du 15 juin dernier, de « pseudo-démocratie », il s’est vu corriger quelques jours plus tard dans le même journal par Rex Wang, représentant de la Délégation culturelle et économique de Taipei, qui lui rappelait qu’à l’instar de la Suisse , Taiwan était un pays démocratique pratiquant le pluripartisme.

 

« L’évolution de ce pays est remarquable depuis le temps de l’hégémonie du Kuomintang [NDLR : parti nationaliste chinois qui avait émigré sur l’île, sous la direction de Chiang Kai-Chek, après sa défaite contre les communistes], confirme Jean Studer. Le pays dispose maintenant d’un système d’alternance, et son développement économique n’est pas moins impressionnant. » Du fait de cette réussite économique, Taiwan est aujourd’hui le quatrième partenaire commercial de la Suisse en Asie et un grand investisseur dans notre pays. A cet égard, Rex Wang regrette une certaine ingratitude de la Suisse qui jouit des fruits de ce partenariat sans participer au travail pour la reconnaissance officielle de l’île ; ce double jeu est selon lui assez hypocrite et a été la source de plusieurs disputes avec Micheline Calmy-Rey.

 

Outre le problème diplomatique, Alain Charbonnier relève deux autres points d’ordre éthique pour lesquels il lui semble injustifiable d’accepter les invitations de Taiwan. Le premier est que la fonction de député ne doit pas être un privilège, et que le travail d’un représentant du peuple consiste à servir ce dernier et non à profiter de ses fonctions pour participer à des voyages luxueux à l’étranger. Le second concerne le peuple taïwanais : « le contribuable taïwanais préférerait certainement voir ses impôts investis ailleurs que dans la réception fastueuse de délégués étrangers. » Une semaine de séjour, des hôtels de luxe, une dépense de près de dix mille francs par députés… les chiffres ont en effet de quoi faire réfléchir. Alain Charbonnier s’étonne que la droite, si prompte sur ses terres à défendre l’austérité budgétaire et les économies de toutes sortes, n’hésite pas une seconde à se comporter de manière inverse à l’étranger. Ironiquement, il relève que son collègue Yves Nidegger, députés UDC au Grand Conseil, avait justifié sa participation au voyage en argumentant que cela ne coûterait pas un centime au contribuable genevois… « Et le contribuable taïwanais ? » s’interroge Alain Charbonnier.

 

Rex Wang élude cette objection d’un revers de manche. « Il est vrai que cela coûte cher, mais personne ne conteste ces investissements, explique-t-il. Le peuple est derrière nous car il sait que nous ne devons pas hésiter à faire des sacrifices pour obtenir la reconnaissance internationale de notre souveraineté. » Jean Studer (en photo ci-dessus) est du même avis, lui qui, au cours de son voyage à Taiwan en octobre 2000, a découvert « un Etat riche, tout à fait capable d’un investissement important pour ses relations publiques. »

 

Il n’en reste pas moins vrai, dans l’exemple genevois, que le clivage entre la gauche et la droite est très net sur cette question. Même si lors d’années précédentes (le Grand Conseil reçoit ces invitations depuis quatre ou cinq ans), des députés des Verts ou de l’Alliance de Gauche avaient participé au voyage, la gauche est cette année unanime à avoir refusé la proposition de Taiwan, et ce au nom des arguments que nous venons d’évoquer.

 

Lorsqu’on demande à Jean Studer comment il concilie ses convictions socialistes avec son engagement dans le groupe Suisse-Taiwan, sa réponse est nuancée : « Ce clivage n’est pas tant dû à des prises de position politique qu’à l’environnement dans lequel a été faite l’invitation. Je ne connais que celui du Conseil national, où le clivage n’était pas si marqué ; je ne suis pas à même de parler du contexte dans lequel cela s’est déroulé dans le gouvernement genevois. » C’est à ces réticences d’une partie du monde politique ainsi qu’à l’attitude parfois un peu servile de la Suisse à l’égard de la Chine , grande puissance montante, que Jean Studer attribue le peu d’écho rencontré par ces invitations.

 

En effet, voici vingt cinq ans que Taiwan reçoit chez elle des délégations suisses en grande pompe et concrètement, presque rien n’a changé et le gouvernement suisse, notamment le ministère des Affaires étrangères, ne donne pas le moindre coup de pouce pour favoriser la situation de l’île. « Ce travail de sensibilisation n’a pour le moment donné que peu de résultats. Pourtant, dans les faits, l’imbrication économique entre nos deux pays est totale. Tout ce que nous pouvons faire, à moyen terme, c’est de maintenir les relations commerciales avec Taiwan » conclut-il, espérant qu’un jour, l’autonomie de ce partenaire un peu spécial puisse être reconnue officiellement par la Suisse.

 

 

 

Demain ou dans quelques jours, je publierai l’interview de la rencontre que j’ai eue avec M. Rex Wang, représentant en Suisse de la Délégation culturelle et économique de Taipei.

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Mardi 12 décembre 2006

Une réflexion géopolitique intéressante de Philippe Delbauvre, trouvée sur le site de Vox NR, et qui explique comment un front russo-européen pourrait se construire, par un jeu d’intérêts mutuels, contre la domination américaine, et comment ce front pourrait recevoir le soutien actif de la Chine et de l’Iran. Difficile de savoir si cette vision a des chances d’être un jour ou l’autre concrétisée, mais elle est assez séduisante.

 

 

«  La Russie reviendra. » Ainsi s’exprimait le général De Gaulle à une époque où le rideau de fer était tombé poussant de nombreux analystes à pronostiquer la durée de l’Union soviétique sur le long terme. Le chef d’état français invariablement utilisait le vocable de ‘Russie’ songeant à l’histoire sur le long terme qui selon lui finirait par avoir raison du communisme et ainsi ferait renaître de ses cendres le pays des tzars. Le mur est tombé et l’ancien empire russe n’est certes plus ce qu’il était. Qu’importe, les Russes sont revenus et c’est pour les Européens d’aujourd’hui et de demain l’essentiel.

 

Paradoxalement, ce retour ne semble pas apprécié de tous et pour prendre un seul exemple, tout se passe comme si le Russe anciennement « malade » du communisme et convalescente pouvait à nouveau rechuter et éventuellement contaminer. L’épidémie fut si longue que pour nombre d’esprits, tout se passe comme si le mur de Berlin n’était pas tombé ou comme si l’habitude aidant, il faille continuer de voir derrière le Russe le possible Rouge. Chez certains c’est pathologiquement incurable et c’est la raison pour laquelle il serait vain de vouloir expliquer. Géostratégiquement, la Russie c’est globalement trois frontières :

 

-          la Chine

 

-          la zone sud qui s’étend de la Syrie à l’Afghanistan

 

-          la zone ouest, qui est l’Europe

 

Ces trois zones n’en font qu’une : il suffit d’utiliser la clef américaine pour ouvrir ce paradoxe.

 

La Chine est le grand pays de l’Asie et bien évidemment membre du conseil permanent de l’ONU. Les Chinois savent très bien qu’ils sont directement visés par l’expansionnisme américain à long terme. Les relations sino-russes ne peuvent donc que se développer. La zone sud est actuellement le grand divertissement américain. On peut être certain que la tentative d’invasion du Liban récemment n’avait pour but que d’être un marchepied en direction de la Syrie. On obtient ainsi une bande continue qui d’Ouest en Est comprend la Syrie , l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan. Deux de ces quatre pays sont déjà occupés, le Pakistan est sous contrôle. On comprend le danger pour les Russes qui voient s’ériger progressivement dans des zones pétrolifères et musulmanes une barrière américanisée susceptible de faire main basse sur les denrées du sous-sol mais aussi de développer des troubles au sein même du sud de la Russie.

 

La Chine a bien évidemment perçu ce danger dont elle peut être elle-même la victime puisque les ressources naturelles lui font défaut. Le flanc Ouest n’est guère plus réjouissant et l’on comprend désormais mieux le maintien de l’OTAN malgré la disparition du pacte de Varsovie : l’OTAN anti-communiste est devenue russophobe. Ses plus acharnés défenseurs sont justement ceux qui naguère appartinrent au bloc soviétique. Ce sont sur ces nationalismes là que jouent les Etats-Unis afin d’établir un cordon sanitaire entre l’Europe dans sa version actuelle et la Russie. Parce qu’en fait, le pire cauchemar que pourrait connaître Washington serait de voir se constituer l’axe Paris-Berlin- Moscou et cela d’autant plus s’il était assorti d’une entente avec Téhéran et Pékin.

 

Cela bouge à Moscou qui désormais freine pour le plus grand profit de Téhéran. C’est aussi le cas à Pékin ou madame Rice vient de se faire envoyer poliment sur les roses. Pékin qui, sur l’affaire iranienne, est également très circonspect. Les dirigeants européens comme d’habitude réfléchissent ou font semblant de le faire. Peut être espèrent-ils, à tort, rallier les nouveaux ou futurs arrivants dans l’union à l’Europe qu’ils souhaitent ? A tort. Ces derniers sont pro-américains pour des raisons historiques que l’on peut certes comprendre mais qui n’en feront jamais politiquement des continentaux.

 

L’avenir passe par Moscou.

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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