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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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géopolitique

Jeudi 12 octobre 2006
une réflexion très intéressante d'Alain Rebours sur une définition non-géographique des termes d'Orient et d'Occident et sur les dangereux dispositifs offensifs qui se mettent en place en Asie avec le renforcement de l'alliance Japon-USA, au grand dam de la Chine - paru sur VoxNR :
 

La visite du Premier ministre japonais au temple de Yasukuni le 15 août a laissé la majorité des Français indifférents. Ce temple patriotique héberge les âmes de deux millions de japonais dont quatorze criminels de guerre. Il est bon de rappeler que ces derniers n’ont d’ailleurs été enregistrés en ces lieux qu’en 1978 alors que leur condamnation remontait à une trentaine d’années. Cela fut donc discrètement réalisé en connaissance de cause.

Ainsi, depuis sa nomination monsieur Koizumi, partisan du renforcement de l’alliance américaine et de la remilitarisation qui dans les faits existe déjà, se rend tous les ans en ces lieux depuis sa nomination et cela de manière officielle. Encore faut-il faire remarquer que cette année la date choisie correspond à celle de l’anniversaire de la fin de la guerre et réhabilite de facto les criminels en question. Il serait facile d’imaginer la réaction mondiale si dans un pays européen auquel je songe un dirigeant de même importance adoptait la même attitude un 8 mai… Evénement passé inaperçu aux yeux des français qu’il faut bien innocenter puisque les médias, fidèles à leurs habitudes, n’ont que peu évoqué l’affaire somme toute dérisoire à première vue. Il est des détails d’un passé dépassé qui comptent davantage que d’autres qui sont pourtant de la dernière actualité et qui, en conséquence, peuvent être une indication sur ce que sera peut être l’avenir. Le désintérêt très majoritaire des hommes de chaque pays pour tout ce qui se passe hors de chez eux, exception faite de ce que les gouvernants souhaitent faire savoir, constitue un phénomène emblématique d’une mondialisation que l’on a par trop tendance à considérer comme étant dans tous les domaines advenue.

On serait tenté, à tort, de croire que l’Asie est un tout homogène que l’on appelle l’Est. C’est la distinction classique entre Occident et Orient qui réapparaît. A nouveau à tort. Au même titre que Chavez et le Venezuela quoique situés à la verticale des Etats Unis ne sont pas d’Occident, le Japon, quoique situé en Asie et jaune racialement, est occidental. La géopolitique est donc bien autre chose que la géographie. Le fameux choc des civilisations qui opposerait l’Occident judéo-chrétien et libéral aux hordes arabo-musulmanes est lui aussi tout aussi navrant de simplisme intellectuel. On comprend dès lors mieux son succès auprès des masses.

Le choc des civilisations dont on va de plus en plus nous parler sachant que celui qui fait actuellement fureur n’existe pourtant pas, concernera l’Asie. Si la notion de péril jaune n’est pas récente et fût mise en sommeil suite au rapprochement sino-américain consécutif à une russophobie partagée par les deux pays, la disparition de l’empire soviétique et l’implantation américaine progressive dans nombre des ex-républiques vont permettre aujourd’hui de ressortir ce concept. Encore faudrait-il pour cela ne point faire référence à trop de chocs à venir sous peine de voir nos contemporains légitimement s’interroger, la naïveté ayant des limites. Le lecteur comprendra que ce n’est pas à moi d’aller fournir de l’aide à Washington afin de mieux faire passer la pilule aux terriens même si j’aurais bien des idées à leur proposer sur la question.

Les Etats-Unis sont évidemment présents dans l’archipel nippon où ils disposent pratiquement d’une centaine de bases et d’une demi-centaine de milliers d’hommes. Il va de soi que la présence des forces américaines, la militarisation et l’évocation d’un armement atomique ne fait pas l’unanimité. Il n’empêche que compte tenu de l’évolution depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, on ne peut que constater que ce pays qui à l’origine se devait d’être étranger à la chose militaire a particulièrement changé. Les Chinois et Coréens qui en sont bien davantage conscients que nous parce que directement concernés ont fort logiquement protesté. Pékin sait très bien que la présence américaine en Afghanistan comme en Irak ainsi que la volonté de Washington de décrédibiliser la Perse n’a pas pour enjeu la conquête de nouveau territoires mais plutôt d’une part de se rapprocher du far east, c’est à dire de l’Asie profonde et d’autre part de monopoliser les réserves pétrolières dont justement la Chine aura de plus en plus besoin et qui lui font défaut.

Ainsi donc Pékin voit s’amorcer à son encontre une strangulation progressive, côté ouest par une progression des forces américaines en terre d’islam et côté est par une agressivité croissante du Japon stimulée par les Etats Unis. Là se trouve le choc et pas ailleurs et il n’est pas lié à la civilisation. A moins évidemment de considérer la Chine comme un pays arabo-musulman…

Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006
 
déclaration du Ministère des Affaires étrangères de Chine
 

Le 9 octobre, au mépris de l’opposition générale de la communauté internationale et de manière flagrante, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a procédé à un essai nucléaire. Le gouvernement chinois exprime sa ferme opposition à cet événement.

Réaliser la dénucléarisation de la péninsule coréenne et s’opposer à la prolifération nucléaire est la position ferme, inébranlable et constante du gouvernement chinois. La Chine demande énergiquement à la RPDC de tenir ses engagements de dénucléarisation de la péninsule coréenne, de cesser toute action qui pourrait mener à une détérioration de la situation, et de reprendre le chemin des pourparlers à six.

Sauvegarder la paix et la stabilité de l’Asie du Nord-Est correspond aux intérêts communs de toutes les parties. Le gouvernement chinois appelle toutes les parties à rester calmes face à la situation et à résoudre le problème par voie de concertation et de dialogue. La partie chinoise continuera à déployer des efforts inlassables pour résoudre le problème.

Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006

Et voilà, il l’a fait, le bougre ! Kim Jong-Il, le maniaque pseudo-stalinien qui dirige la Corée du Nord, a tenu ses promesses et procédé à un essai nucléaire lundi en dépit de toutes les mises en garde internationales. Et à présent, c’est toute l’Asie du Nord-Est qui est sur la corde raide !

Résumons les faits. Kim Jong-Il annonce publiquement qu’il considère que son pays est menacé par une attaque américaine et que pour assurer sa sécurité, il a décidé de procéder sous peu à un essai nucléaire. Les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU ne savent qu’en penser : menace sérieuse ou simple bluff ? La Corée du Nord, si pauvre et si retardée, a-t-elle vraiment les moyens techniques de se doter de l’arme atomique ?

A peu près au même moment, cette même partie de l’Asie s’emploie à soigner d’autres plaies, plus lointaines mais encore très vivaces dans le cœur des peuples : les exactions commises pendant la Guerre de Résistance par les troupes japonaises sur les populations chinoises et coréennes. Plus de soixante ans après les faits, les haines mutuelles ne sont pas retombées, et de nouvelles formes de nationalismes sont apparues qui n’ont de cesse de les alimenter de part et d’autre. Koyzumi, le Premier ministre japonais connu à la fois pour son ultralibéralisme (il a privatisé la poste nationale, pour ne donner que cet exemple) et ses visites récurrentes dans un temple dédié aux criminels de guerre, s’est retiré de la scène politique. Son successeur, M. Abe, ne semble hélas pas promettre un horizon plus apaisé, car il fait lui aussi partie du clan des « faucons », les partisans d’une remilitarisation massive du Japon pour faire face à ses éventuels ennemis – inutile de les nommer.

Mais, à la surprise de tous, M. Abe, dès les premières semaines de son mandat, dit tenir à améliorer les relations avec ses voisins chinois et coréens dans un esprit de paix et de coopération, et pour appuyer ses dires, il programme deux voyages diplomatiques dans les deux pays, qui seront relayés généreusement par les médias du monde entier. En Chine, la rencontre avec Hu Jintao, pour ce qu’on en sait, se déroule dans les meilleures conditions ; au moment où il reprend son avion pour la Corée, la bombe explose.

Apparition d’un nouvel acteur sur la scène : Mahmoud Ahmadinejad, le président de l’Iran. Il joint sa protestation à celle des autres pays, plaidant même pour une « dénucléarisation du monde », mais les médias, frustrés par ce conformisme inattendu de sa part, lui prêtent déjà les intentions les plus noires et prétendent à qui mieux mieux que l’Iran va profiter de la crise pour revendiquer encore une fois, elle aussi, ses droits à l’arme nucléaire, et pour poursuivre ses recherches sans tenir compte de l’ « opposition internationale » (comprendre : l’opposition des Etats-Unis et d’Israël). Mais attention, à force de crier au loup, plus personne ne lèvera le petit doigt lorsque le loup sortira vraiment du bois…

François Heisburg, qui y croit lui aussi dur comme fer, écrit dans les colonnes du Temps de ce matin :

« Le vrai problème, c'est ce qui va se passer dans la tête des Iraniens. Ils auront noté que l'Irak, qui ne disposait pas d'armes de destruction massive, a été envahi, alors que la Corée du Nord s'en sort sans une égratignure. C'est une leçon malheureusement très claire. En Iran, elle risque de renforcer la détermination de ceux qui veulent aller au bout de l'aventure nucléaire. Si l'Iran devait franchir le pas, l'ensemble du régime de non-prolifération s'effondrerait. »

Sans une égratignure ? Pour le moment oui, mais m’est avis que les mesures de rétorsion ne vont pas tarder, et je devine déjà exactement d’où elles vont venir…

Que va-t-il se passer maintenant ? Kim Jong-Il s’arrêtera-t-il en si bon chemin ? Abe poursuivra-t-il sur la voie du rapprochement après ce camouflet ou se repliera-t-il sur ses positions offensives initiales ? S’il se laisse emporter par sa fougue et choisit la deuxième option, il peut être sûr de trouver l’appui des Etats-Unis, qui ont toujours été ses meilleurs alliés contre les nations communistes d’Asie, et qui n’attendent que ça. Rappelons que le père d’Abe a été un furieux officier de l’armée japonaise connu pour ses opinions anti-communistes, sa violence anti-chinoise et accusé lui-même de plusieurs crimes de guerre…

La Corée du Sud, elle, a déjà fait son choix : elle a décidé, pour punir son frère turbulent, de suspendre l’aide humanitaire. On comprend sa colère, bien sûr, mais est-ce vraiment faire le bon choix que de prétendre s’en prendre à un tyran en affamant un peuple qui vit déjà dans une misère intolérable ?

Un autre péril – peut-être le pire – qui menace et que pourtant, étrangement, presque personne n’a évoqué, c’est la réaction des Etats-Unis. Pas en tant que nation mais en tant qu’empire. Les USA ne sont certainement pas réellement mises en danger par les gesticulations de Kim Jong-Il, mais ils pourraient avoir avantage à le faire croire. Car, après tout, les « armes de destruction massive » irakiennes ne les mettaient pas en danger non plus, ni eux ni personne – et pour cause : la rumeur de ces armes avait été inventée de toutes pièces par la Maison Blanche elle-même ! – mais cela ne les a pas empêchés de partir en guerre et d’occuper le pays. La Corée du Nord, dont les armes semblent, elles, être bien réelles, offrent donc une occasion en or pour les ambitions impériales de Bush.

Imaginez : à la tribune de l’ONU, le représentant des Etats-Unis annonce que pour la sécurité du « Monde Libre », il a été décidé – et cela n’admettra aucune contestation – que la Corée du Nord, nouveau pivot de « l’Axe du Mal », devra être désarmée, et qu’il est temps par ailleurs d’abattre le tyran qui la dirige, d’y amener la démocratie et de la placer sous un quelconque protectorat digne du nouveau féodalisme international que l’Amérique affectionne tant. Avouez que ce discours a un vilain goût de déjà-entendu. Oui, me direz-vous, mais en Irak, il y avait du pétrole ; il n’y en a pas en Corée du Nord ; où est donc l’intérêt américain ? La bombe leur ferait-elle réellement peur ? Non, bien sûr que non, cette histoire de bombe n’est qu’un prétexte. Mais un prétexte essentiel puisqu’il va peut-être leur permettre d’entrer en Asie du Nord-Est – quand je dis entrer, je veux parler d’une présence militaire. Pourquoi l’Asie du Nord-Est ? Parce que la Chine. Je crois que vous commencez à comprendre…

Si les Etats-Unis décident d’intervenir militairement du côté de la Corée du Nord, toute cette histoire ne sera évidemment qu’un prétexte : le but caché sera de s’approcher de la Chine pour mieux la surveiller et tenter diverses opérations de sabotage de toutes sortes – notamment commerciales, on sait que les USA sont généreuses lorsqu’elles distribuent à tous vents des blocus et des embargos.

Ce cas de figure doit absolument être évité, ce serait un drame pour la Chine et pour tous les pays de cette région de l’Asie ! Plus personne ne veut ici du néo-colonialisme, plus personne ici ne veut de l’ingérence américaine dans des affaires qui ne la regardent pas, plus personne ici ne veut que les souverainetés nationales soient encore une fois bafouées par le « gendarme du monde » ! Voilà pourquoi je le dis et je le répète : la Corée du Nord a fait une très grosse gaffe ce lundi, et en pensant imposer la négociation par la menace nucléaire (quel délicat sens de la diplomatie !), elle vient peut-être de déclencher une crise sans précédent sur cette partie du globe !

Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006

« Si des sanctions d'envergure sont décrétées, nous les assimilerons à une déclaration de guerre. Plus la pression sera importante, plus le degré de notre réponse sera élevé. Si les Etats-Unis persistent dans leur attitude hostile et font pression sur nous de différentes façons, nous n'aurons d'autre choix que d'entreprendre d'autres actions physiques pour y faire face. » (porte-parole du gouvernement nord-coréen, ce matin)

« Sur le plan de la sécurité régionale, l'équilibre de l'Asie orientale est brisé. » (le Quotidien du Peuple, Pékin)

Par David L'Epée
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Jeudi 9 novembre 2006

Je publie ici l’extrait d’un article du journaliste américain James Traub paru il y a peu dans le New-York Times. L’auteur, habitué des bruits de couloir de l’ONU, analyse le rôle de la Chine dans cette institution. A l’en croire, elle semble préoccupée avant tout par les buts suivants : le maintien des souverainetés nationales (à commencer par la sienne), la défense de ses alliés, et une attitude d’opposition presque systématique aux positions américaines, qui traduisent un conflit de pouvoir de plus en plus concret au sein de l’ONU. Le texte qui suit est très éclairant – notamment sur la manière dont la Chine concilie l’idéal de l’ « émergence pacifique » avec des actions diplomatiques parfois très offensives – mais il est à lire avec un œil de critique. L’auteur est américain, et aussi brillant soit-il, c’est pour sa paroisse qu’il plaide avant tout.

 

                                              

 

La Chine a une vision de l’“ordre international” très différente de celle des Etats-Unis ou de l’Occident, ce qui l’amène à entraver nombre de projets qui donnent sa raison d’être aux Nations unies. La République populaire utilise ainsi son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, et du droit de veto qui va avec, pour protéger des régimes autoritaires avec lesquels elle est en bons termes. […] Et, dans l’épreuve de force avec l’Iran qui préoccupe actuellement le Conseil de sécurité et l’Occident dans son ensemble, la Chine est bien décidée à jouer les empêcheurs de tourner en rond en bloquant toute tentative d’imposer des sanctions au régime intransigeant de Téhéran.


C’est un truisme de dire que le Conseil de sécurité ne fonctionne que dans la mesure où les Etats-Unis l’y autorisent. Cela pourrait bientôt s’appliquer également à la Chine.  […]

 

La grande question qui divise l’ONU n’est plus comme autrefois l’opposition entre communisme et capitalisme ; le problème aujourd’hui est celui de la souveraineté. Depuis les catastrophes de la Bosnie et du Rwanda, on demande au Conseil de sécurité de protéger des individus contre un Etat abusif. Lorsque certains Occidentaux critiquent l’ONU en disant qu’elle est un échec en tant qu’institution, ils veulent presque toujours signifier que le Conseil de sécurité n’est pas capable de trouver la volonté nécessaire pour assurer la protection des individus contre un Etat particulièrement brutal, que ce soit au travers d’une intervention, de sanctions ou même d’une simple condamnation. Mais cet échec est une préoccupation purement occidentale : en Chine, où le souvenir du “siècle d’humiliation” imposé par les impérialistes occidentaux est encore vivace, […] la souveraineté est depuis longtemps un slogan mobilisateur. […] Aujourd’hui, la Chine est plus souple sur le plan pratique, mais la doctrine tenant les droits de souveraineté pour absolus demeure un élément central de sa politique étrangère.

 

Mes conversations avec Wang [le représentant de la Chine à l’ONU] en reviennent toujours à ce point épineux. « Chaque pays se doit d’assurer le bien-être de sa population, souligne-t-il. Il y a un problème dans certains pays, où la protection de la population est… là, le très diplomate diplomate chercha le terme exact –… négligée. L’ONU peut intervenir de façon pacifique, fournissant de l’aide, prodiguant des conseils. Mais son rôle n’est pas de s’imposer. Là où le gouvernement fonctionne, on doit le laisser assumer ses responsabilités. » Dans une autre conversation, tenue une semaine plus tard dans le salon des délégués de l’ONU, où Wang transgressa allègrement l’interdiction de fumer, l’ambassadeur insista sur le fait que le droit à exercer sa souveraineté sans aucune interférence extérieure était inscrit en lettres d’or dans le droit international. […]

 

En fait, la Chine souhaite rejoindre la communauté internationale, mais à ses propres conditions. La République populaire est une entité particulière, une puissance mondiale qui se consacre presque exclusivement à l’exploitation de ses ressources internes et au règlement de ses conflits intérieurs. Elle ne cherche guère à utiliser le pouvoir dont elle dispose, sauf pour assurer un environnement harmonieux à son “émergence pacifique”. De toute façon, la Chine est passée si rapidement du statut d’Etat appauvri et replié sur lui-même à celui de grand pays sûr de lui et immensément influent qu’elle n’a pas eu le temps de réfléchir à ce qu’elle pouvait faire de ce pouvoir. C’est pourquoi la Chine se préoccupe énormément de questions qui sont de peu d’intérêt pour l’Occident – l’“intégrité territoriale”, notamment – tout en négligeant les questions brûlantes qui inquiètent Washington, Londres ou Paris. […]

 

                                 

 

 

Le sujet qui, en revanche, suscita la fureur de la Chine fut la demande du Japon de devenir membre permanent du Conseil de sécurité. La mobilisation générale de la Chine sur cette question rappela au monde que ce pays est capable de renoncer à toute retenue lorsqu’il estime que son intérêt national est en jeu, comme cela avait été le cas une décennie plus tôt, lorsque Pékin avait ouvertement tenté de saboter l’envoi de missions de paix au Guatemala, en Haïti ou en Macédoine sous prétexte que ces pays entretenaient des liens commerciaux avec Taïwan. […] Et, surtout, la Chine n’a toujours pas pardonné les atrocités qui ont marqué la prise de Nankin en 1937 et l’agression du territoire chinois par le Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale. En avril 2005, peu après que le Japon, l’Allemagne, l’Inde et le Brésil eurent déposé officiellement leur candidature à un Conseil de sécurité élargi, des manifestations antijaponaises éclatèrent en Chine. Des représentations diplomatiques et des entreprises nippones furent mises à sac. Les Japonais furent choqués tant par la violence des manifestations que par le fait que, de toute évidence, les autorités chinoises toléraient, voire approuvaient les excès. […]


En août 2006, l’ONU a commencé à chercher un successeur à son secrétaire général, Kofi Annan. Les pays asiatiques estiment que c’est à leur tour de se voir confier le poste. Les Américains s’opposeront à tout candidat soutenant trop ouvertement les revendications du tiers-monde ; Pékin refusera tout secrétaire général originaire d’un pays trop proche de Washington. […] Wang ne cache pas son espoir de voir le successeur de l’actuel secrétaire général « apporter un point de vue asiatique ». Il entend par là, explique-t-il, une priorité donnée à « la patience sur la précipitation » et une attention particulière apportée aux droits collectifs – autrement dit ceux de l’Etat – plutôt qu’aux droits individuels.

 

Si la Chine atteint ses objectifs, l’ONU pourrait bien apparaître aux yeux des Etats-Unis comme un endroit encore moins hospitalier qu’il ne l’est déjà !


La Chine et les Etats-Unis sont les deux bêtes noires jumelles de l’ONU : les Etats-Unis parce qu’ils insistent pour entraîner l’organisation internationale dans leurs croisades, la Chine parce qu’elle refuse obstinément de participer à toute initiative contraire à son intérêt national. […] Et les deux capitales peuvent se permettre de défier les visions consensuelles. La Chine et la Russie ont les mêmes positions sur les questions concernant la souveraineté, […] Wang affirme que les Etats-Unis ont une diplomatie tonitruante « parce que l’Amérique est une superpuissance et que sa parole a beaucoup de poids ».

 

Il semblerait que la Chine ait également acquis du poids, mais ce n’est pas l’avis de Wang. A la fin de notre second entretien, il revint à l’un de ses thèmes favoris. « Les Américains sont forts et jouent de cette force, me dit-il. La Chine est faible et n’a aucune intention de jouer les costauds. »


Je lui fis remarquer que la Chine est en réalité un poids lourd mais que les coups qu’elle porte sont ceux d’un poids plume. La comparaison fit sourire Wang. « Et alors, quel mal y a-t-il à ça ? » fit-il. Eh bien, rétorquai-je, cela dépend. C’est alors que Wang me fit cette étonnante déclaration : « La Chine se considère toujours comme un pays faible, petit et peu puissant. J’ai le sentiment qu’au cours des trente prochaines années, elle continuera à le faire. La Chine aime concourir dans la catégorie inférieure, comme vous dites. » Mais pourquoi donc ? Pourquoi la Chine refuserait-elle d’étaler sa puissance ? Wang évoque l’émergence paisible de son pays et la nécessité de rassurer tous ceux que sa force croissante inquiète. « Nous ne voulons embarrasser personne » conclut-il…

 

                                                         

 

article traduit de l’anglais par le Courrier International

Par David L'Epée
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Mardi 12 décembre 2006

Une réflexion géopolitique intéressante de Philippe Delbauvre, trouvée sur le site de Vox NR, et qui explique comment un front russo-européen pourrait se construire, par un jeu d’intérêts mutuels, contre la domination américaine, et comment ce front pourrait recevoir le soutien actif de la Chine et de l’Iran. Difficile de savoir si cette vision a des chances d’être un jour ou l’autre concrétisée, mais elle est assez séduisante.

 

 

«  La Russie reviendra. » Ainsi s’exprimait le général De Gaulle à une époque où le rideau de fer était tombé poussant de nombreux analystes à pronostiquer la durée de l’Union soviétique sur le long terme. Le chef d’état français invariablement utilisait le vocable de ‘Russie’ songeant à l’histoire sur le long terme qui selon lui finirait par avoir raison du communisme et ainsi ferait renaître de ses cendres le pays des tzars. Le mur est tombé et l’ancien empire russe n’est certes plus ce qu’il était. Qu’importe, les Russes sont revenus et c’est pour les Européens d’aujourd’hui et de demain l’essentiel.

 

Paradoxalement, ce retour ne semble pas apprécié de tous et pour prendre un seul exemple, tout se passe comme si le Russe anciennement « malade » du communisme et convalescente pouvait à nouveau rechuter et éventuellement contaminer. L’épidémie fut si longue que pour nombre d’esprits, tout se passe comme si le mur de Berlin n’était pas tombé ou comme si l’habitude aidant, il faille continuer de voir derrière le Russe le possible Rouge. Chez certains c’est pathologiquement incurable et c’est la raison pour laquelle il serait vain de vouloir expliquer. Géostratégiquement, la Russie c’est globalement trois frontières :

 

-          la Chine

 

-          la zone sud qui s’étend de la Syrie à l’Afghanistan

 

-          la zone ouest, qui est l’Europe

 

Ces trois zones n’en font qu’une : il suffit d’utiliser la clef américaine pour ouvrir ce paradoxe.

 

La Chine est le grand pays de l’Asie et bien évidemment membre du conseil permanent de l’ONU. Les Chinois savent très bien qu’ils sont directement visés par l’expansionnisme américain à long terme. Les relations sino-russes ne peuvent donc que se développer. La zone sud est actuellement le grand divertissement américain. On peut être certain que la tentative d’invasion du Liban récemment n’avait pour but que d’être un marchepied en direction de la Syrie. On obtient ainsi une bande continue qui d’Ouest en Est comprend la Syrie , l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan. Deux de ces quatre pays sont déjà occupés, le Pakistan est sous contrôle. On comprend le danger pour les Russes qui voient s’ériger progressivement dans des zones pétrolifères et musulmanes une barrière américanisée susceptible de faire main basse sur les denrées du sous-sol mais aussi de développer des troubles au sein même du sud de la Russie.

 

La Chine a bien évidemment perçu ce danger dont elle peut être elle-même la victime puisque les ressources naturelles lui font défaut. Le flanc Ouest n’est guère plus réjouissant et l’on comprend désormais mieux le maintien de l’OTAN malgré la disparition du pacte de Varsovie : l’OTAN anti-communiste est devenue russophobe. Ses plus acharnés défenseurs sont justement ceux qui naguère appartinrent au bloc soviétique. Ce sont sur ces nationalismes là que jouent les Etats-Unis afin d’établir un cordon sanitaire entre l’Europe dans sa version actuelle et la Russie. Parce qu’en fait, le pire cauchemar que pourrait connaître Washington serait de voir se constituer l’axe Paris-Berlin- Moscou et cela d’autant plus s’il était assorti d’une entente avec Téhéran et Pékin.

 

Cela bouge à Moscou qui désormais freine pour le plus grand profit de Téhéran. C’est aussi le cas à Pékin ou madame Rice vient de se faire envoyer poliment sur les roses. Pékin qui, sur l’affaire iranienne, est également très circonspect. Les dirigeants européens comme d’habitude réfléchissent ou font semblant de le faire. Peut être espèrent-ils, à tort, rallier les nouveaux ou futurs arrivants dans l’union à l’Europe qu’ils souhaitent ? A tort. Ces derniers sont pro-américains pour des raisons historiques que l’on peut certes comprendre mais qui n’en feront jamais politiquement des continentaux.

 

L’avenir passe par Moscou.

Par David L'Epée
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Mercredi 20 décembre 2006

J’ai écrit l’article qui suit durant l’été dernier, après une petite enquête sur les relations triangulaires étranges qui unissaient la Chine, Taiwan et mon pays ( la Suisse ). J’avais proposé ce texte à un grand hebdomadaire romand, qui avait manifesté quelque intérêt de travailler avec moi pendant mon séjour en Chine, mais n’ayant aucune nouvelle de la rédaction après plusieurs mois d’attente, je me considère en droit de me réapproprier cet article et de le publier sur le blog.

 

Bonne lecture donc, et j’attends vos réactions.

 

Depuis maintenant vingt cinq ans, l’île de Taiwan entretient des relations non officielles avec la Suisse en invitant chaque année ses parlementaires à de luxueux voyages sur son territoire. Non officielles car aux yeux de la communauté internationale, Taiwan n’est pas un Etat mais une province chinoise. La Suisse , deuxième pays d’Europe à avoir reconnu la République populaire de Chine, est dans une position délicate : comment concilier le respect de ses exigences diplomatiques avec la Chine et ses relations avec un petit pays qui est un de ses principaux partenaires commerciaux en Asie ? Rencontre avec deux parlementaires invités à l’un de ces « voyages de découverte ».

 

Jean Studer, Conseiller d’Etat neuchâtelois, est également conseiller national, et c’est dans ce cadre qu’il a été amené, entre 2001 et 2005, à présider le groupe Suisse-Taiwan, un groupe informel constitué d’une soixantaine de parlementaires et d’anciens parlementaires « sensibilisés par la situation très particulière de Taiwan. » Ce groupe, qui n’est pas officiellement enregistré sous forme d’association privée, pose, aux yeux de certains, un problème majeur : il entretient des relations de type diplomatique avec un Etat qui n’est pas reconnu par la Suisse.

 

En effet, officiellement, l’île de Taiwan est rattachée à la Chine continentale comme faisant partie de la même communauté politique, c’est-à-dire qu’elle est une province dépendant de l’autorité de Pékin au même titre que n’importe quelle autre. Jean Studer, qui accepte le terme de lobby pour parler de cette association, se défend de faire de la diplomatie secrète. « Le Conseil national reçoit sans cesse de nombreuses invitations de ce genre, provenant d’Etats ou d’autres collectivités ; il est vrai que cette invitation-là est un peu particulière vu le statut de Taiwan, mais je me sens moins coupable d’y participer que de travailler, comme beaucoup de parlementaires, pour des associations aux intérêts privés et de toucher d’énormes indemnités comme cela arrive trop souvent. »

 

Alain Charbonnier (photo), député socialiste au Grand Conseil genevois, n’est pas du même avis. Invité lui aussi à un de ces voyages, dans le cadre du gouvernement cantonal, par l’antenne genevoise de la Délégation culturelle et économique de Taipei, il a refusé tout net, suivi par l’ensemble des députés de gauche. Ici, comme à Berne, l’invitation est adressée, dans un souci de pluralisme démocratique, à un membre par groupe politique.

 

Chef du groupe socialiste, Alain Charbonnier considère que ces voyages constituent « un risque potentiel de dérapage diplomatique. » Favorable à l’indépendance de Taiwan et à l’autodétermination de tous les peuples, il pense cependant que manœuvrer ainsi dans le dos de la Chine n’est pas une attitude diplomatique responsable. Ayant traité Taiwan, dans les colonnes du Temps du 15 juin dernier, de « pseudo-démocratie », il s’est vu corriger quelques jours plus tard dans le même journal par Rex Wang, représentant de la Délégation culturelle et économique de Taipei, qui lui rappelait qu’à l’instar de la Suisse , Taiwan était un pays démocratique pratiquant le pluripartisme.

 

« L’évolution de ce pays est remarquable depuis le temps de l’hégémonie du Kuomintang [NDLR : parti nationaliste chinois qui avait émigré sur l’île, sous la direction de Chiang Kai-Chek, après sa défaite contre les communistes], confirme Jean Studer. Le pays dispose maintenant d’un système d’alternance, et son développement économique n’est pas moins impressionnant. » Du fait de cette réussite économique, Taiwan est aujourd’hui le quatrième partenaire commercial de la Suisse en Asie et un grand investisseur dans notre pays. A cet égard, Rex Wang regrette une certaine ingratitude de la Suisse qui jouit des fruits de ce partenariat sans participer au travail pour la reconnaissance officielle de l’île ; ce double jeu est selon lui assez hypocrite et a été la source de plusieurs disputes avec Micheline Calmy-Rey.

 

Outre le problème diplomatique, Alain Charbonnier relève deux autres points d’ordre éthique pour lesquels il lui semble injustifiable d’accepter les invitations de Taiwan. Le premier est que la fonction de député ne doit pas être un privilège, et que le travail d’un représentant du peuple consiste à servir ce dernier et non à profiter de ses fonctions pour participer à des voyages luxueux à l’étranger. Le second concerne le peuple taïwanais : « le contribuable taïwanais préférerait certainement voir ses impôts investis ailleurs que dans la réception fastueuse de délégués étrangers. » Une semaine de séjour, des hôtels de luxe, une dépense de près de dix mille francs par députés… les chiffres ont en effet de quoi faire réfléchir. Alain Charbonnier s’étonne que la droite, si prompte sur ses terres à défendre l’austérité budgétaire et les économies de toutes sortes, n’hésite pas une seconde à se comporter de manière inverse à l’étranger. Ironiquement, il relève que son collègue Yves Nidegger, députés UDC au Grand Conseil, avait justifié sa participation au voyage en argumentant que cela ne coûterait pas un centime au contribuable genevois… « Et le contribuable taïwanais ? » s’interroge Alain Charbonnier.

 

Rex Wang élude cette objection d’un revers de manche. « Il est vrai que cela coûte cher, mais personne ne conteste ces investissements, explique-t-il. Le peuple est derrière nous car il sait que nous ne devons pas hésiter à faire des sacrifices pour obtenir la reconnaissance internationale de notre souveraineté. » Jean Studer (en photo ci-dessus) est du même avis, lui qui, au cours de son voyage à Taiwan en octobre 2000, a découvert « un Etat riche, tout à fait capable d’un investissement important pour ses relations publiques. »

 

Il n’en reste pas moins vrai, dans l’exemple genevois, que le clivage entre la gauche et la droite est très net sur cette question. Même si lors d’années précédentes (le Grand Conseil reçoit ces invitations depuis quatre ou cinq ans), des députés des Verts ou de l’Alliance de Gauche avaient participé au voyage, la gauche est cette année unanime à avoir refusé la proposition de Taiwan, et ce au nom des arguments que nous venons d’évoquer.

 

Lorsqu’on demande à Jean Studer comment il concilie ses convictions socialistes avec son engagement dans le groupe Suisse-Taiwan, sa réponse est nuancée : « Ce clivage n’est pas tant dû à des prises de position politique qu’à l’environnement dans lequel a été faite l’invitation. Je ne connais que celui du Conseil national, où le clivage n’était pas si marqué ; je ne suis pas à même de parler du contexte dans lequel cela s’est déroulé dans le gouvernement genevois. » C’est à ces réticences d’une partie du monde politique ainsi qu’à l’attitude parfois un peu servile de la Suisse à l’égard de la Chine , grande puissance montante, que Jean Studer attribue le peu d’écho rencontré par ces invitations.

 

En effet, voici vingt cinq ans que Taiwan reçoit chez elle des délégations suisses en grande pompe et concrètement, presque rien n’a changé et le gouvernement suisse, notamment le ministère des Affaires étrangères, ne donne pas le moindre coup de pouce pour favoriser la situation de l’île. « Ce travail de sensibilisation n’a pour le moment donné que peu de résultats. Pourtant, dans les faits, l’imbrication économique entre nos deux pays est totale. Tout ce que nous pouvons faire, à moyen terme, c’est de maintenir les relations commerciales avec Taiwan » conclut-il, espérant qu’un jour, l’autonomie de ce partenaire un peu spécial puisse être reconnue officiellement par la Suisse.

 

 

 

Demain ou dans quelques jours, je publierai l’interview de la rencontre que j’ai eue avec M. Rex Wang, représentant en Suisse de la Délégation culturelle et économique de Taipei.

Par David L'Epée
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Mercredi 18 avril 2007

Il y a trois semaines, le président chinois Hu Jintao s’est rendu à Moscou pour rencontrer le président Poutine et célébrer le début de l’année de la Chine en Russie. Il semble maintenant clair, de l’avis de beaucoup de spécialistes, qu’un mouvement de rapprochement entre les deux grands pays est en route. Cela n’est pas au goût de tous, car non seulement on est en train de voir se construire une nouveau front sans les Etats-Unis, mais il semble trés clairement que ce soit aussi un front contre les Etats-Unis. Certains journalistes avaient déjà évoqué la question avant les élections vénézueliennes, lorsque Chavez, président et candidat à sa propre succession, avait entamé une grande tournée internationale, à la fois diplomatique et pour acheter des armes, se concentrant sur tous les pays réputés pour leur anti-américanisme. La différence, c’est que Chavez a toujours mené une politique franche et directe (espérons que cette force ne devienne pas sa faiblesse face à ses ennemis) alors que la Chine et la Russie ont préféraient des stratégies de faux-semblant pour mieux parvenir à leur but. Mais ce but, désormais, est de plus en plus clair, et pour les uns comme pour les autres, ce qui les unit pourrait bien dès maintenant être plus fort que ce qui les divise.

 

Dans Le Temps du 27 mars, Frédéric Koller, que nous avons déjà cité plusieurs fois sur le blog, écrit la chose suivante au sujet de cette rencontre entre les deux chefs d’Etat :

 

« Les temps changent. Car entre le pays le plus peuplé de la planète et le pays le plus vaste, longtemps seules la peur (côté russe) et la rancœur (côté chinois) ont dominé. Désormais, un objectif commun les unit : renouer avec la puissance dans un monde multipolaire pour contrer l'hégémonie des Etats-Unis. [...] Cette cordiale entente devrait encore se renforcer avec la visite depuis lundi à Moscou de Hu Jintao pour inaugurer l'année de la Chine en Russie. Pour l'année de la Russie en Chine, l'an dernier, le karatéka Poutine avait fait le pèlerinage de Shaolin, le berceau du kung-fu. On ne sait pas encore quelle surprise l'hôte du Kremlin va réserver à l'amateur de danse qu'est le président chinois. [...]

 

Rien n'incarne mieux ce rapprochement sino-russe que le destin croisé de leurs chefs. Entre l'ex-agent du KGB et l'apparatchik issu des jeunesses du Parti communiste chinois, puis formaté à l'école centrale du PCC, il y a une même rigidité, un même goût de l'ordre, une même aspiration à rayonner au nom de la Nation et un même refus de la démocratie occidentale. Alors que l'Europe déplore la dérive dictatoriale du «tsar Poutine» après l'ère libérale de Boris Eltsine, les médias chinois ne ménagent pas leurs satisfecit envers un homme qui, en redressant la Russie , donne raison au modèle chinois. [...]

 

Il y a deux ans, dans un portrait élogieux de Vladimir Poutine, la revue Orient contrôlée par l'agence Chine nouvelle décrivait le président russe non pas comme un «dictateur» qui renvoyait la Russie à son passé soviétique mais comme un «homme du futur». Car les nations qui ont à gérer des empires multiethniques comme la Russie et la Chine , écrivait encore la revue, «aspirent à l'autorité d'un pouvoir fort». [...]

 

Sur le plan international, Moscou et Pékin sont particulièrement soucieux d'empêcher les Etats-Unis de s'installer durablement en Asie centrale. C'est l'objectif non avoué de l'Organisation de coopération de Shanghai qui réunit les deux pays et leurs voisins de la région. Le dossier du nucléaire iranien est une autre illustration de leur position commune face à Washington. Si Moscou et Pékin ont voté les sanctions du Conseil de sécurité le week-end dernier contre Téhéran, ils n'accepteront en aucun cas un recours à la force. »

 

L’hypothèse d’une radicalisation de la position russe face à l’Occident et aux menaces qu’il représente n’est pas que pur fantasme. Nezavissimaïa Gazeta, un journal russe d’opposition, visiblement pro-occidental, le déplore et décrit, comme exemple de l’ambiance qui règne actuellement en Russie, une manifestation des Nachi (littéralement « les Nôtres », organisation de jeunesse du parti de Poutine) en l’honneur de l’anniversaire des sept ans de présidence de Poutine :

 

« Le mouvement proprésidentiel Nachi a organisé, dimanche 25 mars, une manifestation antioccidentale sans précédent dans les rues de la capitale. [...] Dès l'aube, l'avenue Sakharov avait été bloquée par des véhicules spéciaux et bordée de cordons de police. L'événement du jour a été le tract distribué au cours de la manifestation. En dix points, il expliquait de façon nette et précise qui est l'ennemi de la Russie. Réponse : l'Occident. La première question suffisait déjà à provoquer des angoisses : "Que pensez-vous (que penses-tu) du fait que des bases militaires sont déployées tout autour de la Russie et que la tension monte ?" Une question qui semblait rhétorique, et qui l'était. La deuxième question proposait de choisir entre divers ennemis, et suggérait la réponse : les pays occidentaux "et surtout les Etats-Unis", mènent-ils une politique hostile ou amicale à l'égard de la Russie ?

 

La question trois faisait froid dans le dos : "Qu'est-ce que l'Occident cherche à obtenir de la Russie ?" Suivaient plusieurs hypothèses démoniaques, telles qu'"établir dans le pays un régime contrôlé par l'étranger". L'ambiance de cette manifestation ne laissait planer aucun doute sur son objectif : pousser les jeunes à adopter une mentalité isolationniste et antioccidentale par le biais d'une terminologie datant de la guerre froide, vieille d'un demi-siècle mais qui a fait ses preuves. »

 

(traduction française : Courrier International)

 

Un ami du site Salut Public, qui connaît bien la Russie pour y avoir vécu, ainsi que dans plusieurs des ex-républiques soviétiques, a donné sur son site la traduction plus exacte de certains textes présentés sur les tracts des Nachis au cours de cette manifestation :

« Durant l’été torride de 1941, personne ne voulait même penser que la guerre allait éclater. [...] A l’été 1991, personne ne voulait même penser que quelques mois plus tard un immense et grand pays n’existerait plus [...] Aujourd’hui, à l’aube du printemps 2007, à nouveau nous ne voulons pas penser que d’ici quelques mois, en décembre, nous allons encore une fois perdre notre pays. Ils vont nous le prendre, l’Amérique va nous le prendre ! [...] Aujourd’hui nous sommes de la pitance américaine… Regardez par la fenêtre : ces arbres, cette terre, ces champs, ces rues, ces lacs sont à eux ! [...] Cette année ils auront une dernière chance d’établir en Russie un commandement extérieur. Car cette année nous auront des élections [...]

[Il faut] immédiatement mettre en œuvre la deuxième partie du plan Poutine. Parce qu’autrement, nous nous transformerons en Irak, Poutine aura le destin de Saddam Hussein et nous celui des Irakiens, planqués dans les ruines, faisant la queue pour de l’eau. [...] Imagine le matin du 21 juin 1941. Imagine que toi et toi seul sais ce qui se passera demain. [...] L’histoire n’enseigne rien, elle ne fait que punir ceux qui ignorent ses leçons. »

Un nouveau combat dont, une fois de plus, l’Europe sera la grande absente...

 

 

 

Autres billets sur les relations sino-russes :

 

-          Un Axe Paris-Berlin-Moscou ?

-          Il y a 50 Ans : la Hongrie se Révoltait

Par David L'Epée
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Mardi 19 juin 2007

J’ai retrouvé récemment dans mes archives un assez long article que j’avais écrit il y a environ deux ans, pour le compte de je ne sais plus quelle revue, au sujet de la rivalité Chine-USA sur la scène internationale. Je m’étais servi, pour le rédiger, et pour changer des médias chinois et occidentaux, de plusieurs articles très percutants parus dans la presse américaine sur ce sujet. Je me permets de le publier sur le blog – en deux parties (à cause de sa longueur) dont voici la première – car je ne pense pas, vu l’évolution actuelle du monde, que cet article ait beaucoup vieilli ; peut-être même, à la lumière de l’actualité, certains jugeront-ils qu’il est en-deçà de la réalité... Vos observations et critiques sont les bienvenues.

 

 

Sous la façade de relations diplomatiques pacifiques entre les Etats-Unis et la Chine , la situation pourrait être plus tendue qu’on ne le pense. Le Pentagone est en état d’alerte : le nouvel Empire qui émerge en Asie commence à lui faire de l’ombre, à la fois par la concurrence commerciale et militaire à laquelle il soumet l’Amérique, et à la fois par la dépendance économique dans laquelle il la tient, sans parler du défi intellectuel inégal entre un pays qui se targue d’un système éducatif brillant et un autre qui, sous l’effet du libéralisme, laisse ce même système s’affaisser et le niveau général choir toujours plus bas. Le combat sera rude, mais il est à parier que d’ici peu, le paysage géopolitique de notre planète n’aura plus le même visage.

 

Les chiffres sont accablants (ou réjouissants, selon le point de vue) : la croissance économique des Etats-Unis, qui n’a pourtant rien d’un pays pauvre, s’élève actuellement à 4,2% alors que celle de la Chine , frôlant le prodige de la croissance à deux chiffres, atteint fièrement les 9,5% !

 

Sur le plan des exportations, la comparaison ne fait que renforcer la supériorité chinoise : les Etats-Unis exportent pour 34,7 milliards par année, alors que la Chine franchit allégrement le pas des 196,7 milliards par année ! Actuellement, la Chine représente 6% des exportations mondiales ; dans cinq ans, elle sera le premier pays exportateur du monde.

 

La guerre économique est déclarée. Les Etats-Unis ont-elles encore une chance ? Le plus simple est de le leur demander. Quand les journalistes étasuniens chauvins prennent la plume pour parler de la Chine , on la sent trembler (leur plume) et leur propos est tout sauf rassuré. James Mc Gregor écrit dans le Washington Post :

 

« Nous sommes en train de perdre la guerre du renseignement contre la Chine. […] Aujourd’hui, le gouvernement chinois comprend bien mieux l’Amérique que le gouvernement américain ne comprend la Chine. Ainsi , Pékin sait mieux nous manipuler que nous ne savons les manipuler. […] A l’opposé, la vision qu’a notre gouvernement de la Chine est floue, morcelée et souvent mal informée. La Chine est-elle encore le péril rouge du temps de la guerre froide, ou plutôt un nouveau concurrent prêt à venir manger notre pain économique ? […] Ajoutez à cette confusion une politique ennemie du compromis, et nous n’avons pratiquement aucune chance de développer une politique chinoise cohérente. »

 

Voilà qui est clair. L’offensive est à peine lancée qu’elle semble déjà perdue. Et s’il n’y avait que les journalistes qui amenaient le découragement dans l’opinion publique, le gouvernement Bush pourrait toujours intervenir, au nom du Patriot Act ou de je ne sais quel chiffon de papier, pour les faire taire, mais c’est plus grave, car les responsables stratégiques du pays se joignent au chœur des lamentations. Michel Beuret, dans un article de L’Hebdo intitulé Le Retour du Péril Jaune, nous rapporte la chose suivante :

 

« Durant des années, cet homme [Michael Pillsbury], conseiller du Pentagone, fut un embrasseur de pandas, comme on appelle chez lui les amoureux de la Chine. Mais un jour, en 1989, il sent que le ton a changé : « Même mes amis dans l’armée chinoise nous décrivaient comme des ennemis mortels, une force du mal ». Pillsbury s’est alors transformé en croisé antichinois. Avec une obsession : avertir la Maison Blanche du péril jaune. […] Officiellement, ce budget [le budget des dépenses militaires chinoises] est de 30 milliards de dollars en 2005. Mais un rapport du Pentagone, publié en juillet, estime que cette somme ne comprend ni la recherche, ni le développement, ni les achats de matériel. »

 

Il faut avouer que cette méfiance de la Chine face à leurs adversaires impériaux fait plaisir à voir, cela nous change des discours officiels de conciliation prononcés par les autorités chinoises lors des voyages diplomatiques de Bush en Chine et tels qu’on peut en lire à la pelle dans les pages du Quotidien du Peuple.

 

Puisque nous en sommes à la question militaire, revenons à James Mc Gregor, du Washington Post, qui, après avoir concédé que l’Amérique n’avait aucune chance dans ce combat, reprend du poil de la bête en évoquant, au cours d’un souvenir plutôt cynique, l’arrogance militaire de son pays :

 

« Mais la Chine a peur, car elle a vu notre machine de guerre high-tech en action. Jamais je n’oublierai ce jour, à la gare de Pékin, pendant la première guerre du Golfe. Je me trouvais au beau milieu d’une foule d’ouvriers chinois qui, par milliers, avaient arrêté leurs vélos dans la rue pour contempler, bouche bée, les immenses écrans de télévision en plein air qui diffusaient des images de missiles américains s’abattant sur des zones industrielles de Bagdad. A quelques immeubles de là, dans les bâtiments administratifs de Zhongnanhai, les responsables chinois, envisageant la possibilité qu’une telle destruction frappe Pékin, ont compris que la stratégie qui consistait à défendre la Chine avec des vagues de soldats paysans était aussi dépassée que la philosophie maoïste. »

 

Voilà qui représente bien la pensée impérialiste américaine : être prêt à attaquer à tout moment n’importe quelle partie du monde, et profiter des guerres en cours pour menacer les ennemis potentiels, quitte à instrumentaliser le bombardement d’un pays pour un intimider un autre… Ce qu’oublie de préciser Mc Gregor, c’est que depuis l’époque dont il parle, l’Armée Rouge Chinoise s’est effectivement modernisée, et qu’elle n’a actuellement plus grand-chose à envier à ses ennemis. En témoigne cet article inquiet de Robert D. Kaplan paru dans The Atlantic Monthly à Boston :

 

« Les forces armées chinoises étudient avec minutie les adversaires potentiels et elles apprennent vite. Leur soft power se développe rapidement, preuve d’un réel don d’adaptation. Si les terroristes sont attirés par les vides sécuritaires, les Chinois, eux, s’intéressent aux vides économiques. Sur toute la planète, les Chinois deviennent des maîtres de l’influence indirecte. Ils établissent des communautés financières et des avant-postes diplomatiques, négocient des contrats commerciaux et de construction. Vibrant d’une énergie martiale, forte d’une paysannerie qui, contrairement à d’autres dans l’Histoire, est fortement alphabétisée, la Chine incarne la principale menace conventionnelle pour l’empire libéral américain. »

 

 

 

(seconde partie de l’article dans quelques jours)

Par David L'Epée
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Dimanche 1 juillet 2007

Seconde partie de l’article commencé il y a quelques jours :

 

Le réveil de la Chine (prédit déjà par Napoléon qui avait dit que le monde tremblerait ce jour-là) est peut-être l’espoir que nous attendons depuis longtemps, l’espoir de la levée d’une grande puissance contre l’Empire américain, la seule puissance qui soit capable de lui tenir tête et, le moment venu, de lui porter le coup de grâce. La Chine réussira peut-être à mener à bien ce que notre faiblesse (à nous Européens) nous a empêché d’accomplir. Mais quelle forme prendra cette guerre ? Robert D. Kaplan fait la suggestion suivante :

 

« Seule une approche pragmatique nous permettra de faire face à l’inévitable retour de la Chine en tant que grande puissance, sous peine de voir la Terre du XXIe siècle se muter en un vaste champ de bataille. Chaque fois que des grandes puissances ont fait leur apparition ou sont revenues sur le devant de la scène (comme l’Allemagne et la Japon au cours des trente premières années du XXe siècle, pour citer deux exemples récents), elles ont eu tendance à se montrer dominatrices, entraînant donc de violents bouleversements dans les relations internationales. La Chine ne fera pas exception. »

 

On sent, en arrière-fond, la volonté d’ingérence que les Etats-Unis ont toujours nourrie face au reste de la planète (ce n’est pas pour rien qu’on les appelle les gendarmes du monde) et l’intention de recourir à cette stratégie, une fois de plus, pour éviter de « violents bouleversements dans les relations internationales ». Mais cette fois, il ne s’agit pas de faire de l’arbitrage à l’autre bout du monde, l’Amérique est directement menacée (comprenez ses dirigeants et ses élites), et alors que la guerre a déjà commencé, certains Américains, pourtant d’habitude si belliqueux, souhaitent encore l’arrêter, de peur qu’ils ont de la perdre, c’est-à-dire de perdre définitivement leur statut de puissance hégémonique.

 

Kaplan tente ensuite d’expliquer les méthodes guerrières de la Chine , les comparant (ce n’est pas innocent) aux luttes de libération menée par la guérilla irakienne, et à ce qu’il appelle la « guerre asymétrique » :

 

« Les Chinois opteront, comme les terroristes, pour une approche asymétrique. En Irak, les insurgés ont recours à une version rudimentaire de la guerre asymétrique en utilisant des voitures piégées. Les Chinois, eux, sont prêts à en développer une version plus sophistiquée, et c’est bien là qu’est la menace. […] La gestion du risque deviendra l’idéologie dominante. Même si l’on assiste à une réussite de la démocratie en Irak, ce succès ne sera probablement obtenu que d’extrême justesse, une expérience que personne dans l’armée ou dans l’establishment diplomatique ne brûlera de répéter, en particulier en Asie, où les répercussions d’une aventure militaire bâclée seraient considérables. […] Un analyste du Pentagone m’a déclaré : « Pour l’emporter dans une guerre contre la Chine , nous serons obligés de réduire substantiellement ses capacités militaires, et donc de menacer ses sources d’énergie et l’emprise qu’a le Parti Communiste sur le pouvoir. Le monde ne sera plus le même. C’est une voie très dangereuse. »

 

Seulement, peut-être n’avez-vous déjà plus le choix, Messieurs les Américains. Et le jour où la Chine se réveillera, elle ne sera pas seule contre vous, mais le séisme ramènera à la surface tous les peuples opprimés par votre politique (à commencer par ceux qui vivent sur votre continent), toutes les victimes des diktats du FMI, tous les laissés-pour-compte du libéralisme à l’américaine, ainsi que toutes les nations solidaires du combat mené contre vous.

 

Rassurez-vous toutefois : vous n’aurez peut-être pas besoin de sortir votre grosse artillerie, car si la lutte a déjà commencé, c’est avant tout sous la forme d’une concurrence dans tous les domaines, du commercial à l’éducation, et sur ces plans-là, les Américains lucides doivent reconnaître qu’ils ne tiennent plus la route, et que la déliquescence dans laquelle les a mené le capitalisme semble irrattrapable. Nicholas D. Kristof écrit dans le The New York Times :

 

« Les Etats-Unis m’inquiètent. Notre gestion économique manque tellement de rigueur que, à long terme, il nous sera impossible de faire face aux subventions agricoles et aux déficits budgétaires. Notre technologie est forte, mais les écoles américaines sont médiocres en mathématiques et en sciences. Et le manque d’intérêt des Américains pour le reste du monde est à l’opposé de la fougue, de la volonté et de la détermination qui poussent la Chine sur le devant de la scène. »

 

Il relate, pour illustrer son propos, un souvenir qui l’a passablement fait réfléchir :

 

« Sur la rive du Fleuve Jaune, j’ai rencontré Hao Wong, un paysan de 70 ans, qui n’avait jamais mis les pieds dans une école. Il ne savait même pas écrire son nom, mais il en allait tout autrement pour sa progéniture. Deux de mes petits-fils sont à l’université, m’a-t-il lancé avec fierté. »

 

Et c’est bien la construction de ce « pôle d’excellence » chinois, conséquence d’une réussite sur bien des plans, qui explique, selon Mc Gregor, l’étonnement et la consternation des Chinois devant le spectacle décadent d’une Amérique qui a perdu toutes ses valeurs, qui se laisse aller, et qui choit insensiblement. Il écrit dans le Washington Post :

 

« Les Chinois, enfin, nous méprisent parce qu’ils pensent que nous sommes sur le déclin. […] tout en se demandant comment nous avons pu devenir aussi indisciplinés, aussi superficiels et aussi dissolus. Le tumulte du Monicagate constitue à leurs yeux une perte de temps incompréhensible, eux dont les empereurs avaient des milliers de concubines. »

 

Une attaque aussi grossière et typiquement étasunienne que celle qui consistait à prétendre que l’Islam se résumerait à la promesse de sept cent vierges dans l’au-delà…

 

« Ils sont tout autant surpris de voir que les Américains se vautrent dans l’endettement et qu’ils laissent leur enseignement public aller à vau-l’eau pendant que les médias se passionnent pour l’affichage des dix commandements dans les tribunaux. En Chine, tout est question d’unité, d’engagement et de puissance. Les responsables politiques et commerciaux sont obsédés par une seule et unique question : quel avantage aurai-je par rapport à vous ? Il n’est donc pas étonnant que les dirigeants chinois se réjouissent à l’idée qu’ils financent des portions de plus en plus importantes de la dette américaine. Ils savent que s’ils venaient à faire l’impasse une seule fois sur les enchères de bons du Trésor américain, la Bourse américaine s’effondrerait. »

 

C’est là un point capital : un travailleur américain, habitué à la société des loisirs et à une politique d’abrutissement constante menée par l’idéologie dominante de son pays, ne sera jamais un travailleur chinois, habitué toujours à travailler beaucoup et consciencieusement, de même qu’un étudiant (ou même un élève d’école primaire) américain, vivant dans un pays où la culture est constamment dévalorisée et où on ne vit plus que dans l’instant, ne sera jamais un étudiant chinois, issu d’institutions à la discipline forte et aux exigences élevées. C’est une différence à la fois culturelle et politique. Or, il est clair qu’actuellement, cette différence favorise sensiblement les Chinois, qui présentent l’image d’un peuple beaucoup plus sain et plus volontaire.

 

Contrairement à ce que voulaient nous faire croire les prêtres du libéralisme, l’Histoire n’est pas finie, et elle nous réserve encore bien des surprises. Une chose est pourtant sûre : d’ici peu, notre monde ne sera plus le même. A quoi ressemblera-t-il ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais nous devons constater, d’une part, que, comme Emmanuel Todd l’avait prédit, l’Empire américain est en train de lentement s’effondrer, emportant dans sa chute une partie de l’idéologie qui l’avait amené au pouvoir, et d’autre part, comme l’écrivait récemment John Raiston Saul, essayiste canadien, dans les pages du Harper’s Magazine de New-York, que le vide géopolitique ne peut exister sur le long terme, surtout dans un système mondialisé, et que le déclin américain sera automatiquement suivi de l’élévation d’une autre nation. Nous avons tout intérêt à ce que cette autre nation soit la Chine.

Par David L'Epée
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«  La Chine est excitante comme peut l’être pour un physicien une équation majeure à poser et à résoudre. »

 

(Guillain Robert, Dans Trente Ans la Chine )

 

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