Surprise dans le Renmin Jibao (Quotidien du Peuple, premier quotidien de Chine) de ce matin. On nous apprend qu’un système de « gestion collective » a été lancé dans le domaine de la sylviculture et que les résultats comblent tous les espoirs promis par cette réforme. Ces résultats ? Une productivité accrue, un meilleur contrôle du travail et une augmentation du niveau de vie des travailleurs.
On a toutefois quelque peine à comprendre dans quel sens va le mouvement en Chine… Mao avait créé les communes populaires, s’inspirant du modèle soviétique des kolkhozes, et lancé un grand mouvement de collectivisation. Pour différentes raisons, on avait conclu par la suite que ce modèle n’avait pas porté ses fruits et Deng Xiaoping avait rectifié le tir par une décollectivisation progressive de l’agriculture. Aujourd’hui, qu’en est-il ? On nous parle d’une néo-collectivisation chinoise mais ce terme semble cette fois recouvrir une réalité différente de la précédente : il ne s’agit plus de mise en commun des moyens de production mais de gestion commune des ressources ou plus exactement d’un partage de cette gestion entre les producteurs et l’Etat.
Voici la dépêche de l’agence Xinhua dans sa version complète :
NANCHANG, 26 août (XINHUA) -- La Chine va promouvoir, cette année, la réforme de son système sylvicole basé sur la propriété collective, dans le but de favoriser le développement sylvicole et d'apporter davantage de bénéfices aux paysans, a indiqué vendredi à Nanchang Jia Zhibang, directeur de l'Administration d'Etat des Forêts de Chine. Jia a fait cette remarque dans son discours prononcé lors d'une conférence nationale sur la réforme du système sylvicole, tenue dans la province du Jiangxi (est de la Chine), notant que cette réforme à l'échelle nationale est nécessaire pour le développement sain de la sylviculture et qu'elle prendra probablement fin en 2010. Cette réforme vise à transférer aux paysans davantage de droits d'exploitation, détenus actuellement par les gouvernements locaux et les administrations locales des Forêts, a expliqué Jia. Après la réforme, les paysans deviendront les opérateurs de forêts qui signent des accords de l'exploitation à long terme avec le gouvernement. En même temps, le droit de propriété des forêts appartient toujours au gouvernement. Jia a dit que le droit d'exploitation permettra aux paysans de s'engager de façon plus approfondie dans la plantation et l'entretien des arbres et ils seront capables de gagner plus d'argent.
La réforme, menée à titre d'essai dans la province du Fujian( sud-est de la Chine) et la province du Jiangxi (est de la Chine) au cours de ces dernières années, a stimulé les efforts des paysans dans l'exploitation forestière et augmenté leurs revenus. Selon des statistiques, la région forestière a doublé en 2005 au Fujian après la réforme. Parallèlement, les revenus en provenance des exploitations forestières des paysans de la province du Jiangxi ont augmenté de 41% en 2005 par rapport à l'année précédente. Tenant compte de la situation différente dans les diverses provinces du pays, Jia a dit que les caractéristiques locales et les conseils des paysans doivent être pris en considération dans la réforme ainsi que les diverses solutions proposées. Jusqu'ici, l'administration avait mené des réformes à titre d'essai dans les provinces du Fujian, du Jiangxi et du Liaoning ( nord-est), couvrant quelque 15 millions d'ha de forêts.
Un nombre considérable des paysans chinois vivent dans des régions montagneuses et leur vie dépend principalement de l'exploitation forestière. Nombreux d'entre restent parmi les plus pauvres en Chine. Des experts ont dit que cette réforme aidera ces paysans à se débarrasser de la pauvreté.
L’innovation et la mixité des modèles semblent être une spécialité chinoise depuis l’avènement de l’économie socialiste de marché. Ce qui tendrait une fois de plus à montrer que Deng Xiaoping, avec les réformes auxquelles il a donné naissance et dont certaines ne sont mises en œuvre qu’aujourd’hui, n’avait rien d’un Khrouchtchev chinois, contrairement à ce que répètent souvent les mauvaises langues et les triomphalistes libéraux. Si ce dernier, avec ses réformes désastreuses et ses opérations de décollectivisation forcée (on appelle ça du « révisionnisme soviétique » dans le langage maoïste, et ce n’est pas dénué de fondements) a conduit lentement l’URSS à son auto-anéantissement, la mutation chinoise, qu’on pourrait qualifier de « liberté sous contrôle » ou de « renforcement de la force publique par des apports privés » lui assure au contraire une place de choix sur l’échiquier géopolitique. Le gouvernement actuel fait à cet égard preuve d’une intelligence assez réjouissante, mais beaucoup de commentateurs occidentaux sont encore trop attachés à leurs préjugés anti-chinois pour l’admettre…
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