
Saurez-vous deviner qui est cette dame portant en bandouillère un sac marqué de l’étoile rouge et de la phrase « Servir le peuple », célèbre slogan maoïste ? Cameron Diaz elle-même, lors d’un voyage au Pérou ! L’endroit n’était certes pas le mieux choisi (compte tenu de son histoire récente) mais c’est bien la première fois que je vois une star hollywoodienne parée d’un même accessoire que moi...
Toujours dans le domaine insolite, le site China.org nous apprend le 15 juin que Hong Kong lancera dès le 1er juillet une nouvelle chaîne de télévision où l’on pourra regarder vingt quatre heures sur vingt quatre la vie quotidienne de deux pandas de l’Ocean Park, offerts récemment par le gouvernement central. Un nouveau Loft Story en quelque sorte, mais avec le sexe en moins – si j’en crois la réputation des pandas.
Que l’on reparle des événements de 1989 à Tiananmen dans les médias occidentaux ne fait pas l’affaire des autorités de Pékin qui reçoivent une fois de plus de nouvelles menaces de boycott de leurs Jeux Olympiques. Une dépêche Xinhua datée du 6 juin nous rapporte l’affaire suivante :
«
La Chine a exprimé mardi sa forte opposition face à une déclaration faite par un officiel américain reliant les Jeux olympiques de Beijing à l'incident de Tiananmen en 1989. "Les Jeux olympiques constituent un important événement mondial et nous nous opposons fermement à l'ingérence dans les affaires intérieures de
la Chine sous prétexte des jeux", a déclaré Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Le porte-parole du Département d'Etat américain Tom Casey a dit récemment que
la Chine devrait être mise sous un contrôle plus strict à l'approche des Jeux olympiques de Beijing. Il a aussi critiqué
la Chine pour l'incident de Tiananmen en 1989. Mme Jiang a souligné que
la Chine avait eu une conclusion claire à propos de la tourmente politique à la fin des années 1980. Au cours des deux dernières décennies,
la Chine a maintenu la stabilité sociale et le développement économique, et obtenu des progrès dans l'édification démocratique et juridique, a rappelé Mme Jiang, ajoutant que le peuple chinois jouissait de la liberté et de divers droits de l'homme. "Le gouvernement et le peuple chinois continueront à suivre le chemin du socialisme aux caractéristiques chinoises", selon la porte-parole.
Les Etats-Unis, par leurs propres buts politiques, ont critiqué et attaqué
la Chine sans aucun fondement depuis des années, ce qui viole sérieusement les principes dans les relations internationales et constitue une ingérence imprudente dans les affaires intérieures de
la Chine. "
La Chine en est très mécontente et s'y oppose fermement. Nous demandons aux Etats-Unis d'arrêter leurs erreurs et de s'occuper de leurs propres violations des droits de l'homme aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger", a conclu la porte-parole. »
Mais l’Oncle Sam a plus d’une flèche à son arc quand il s’agit de donner l’assaut contre le péril jaune. Lorsque ça ne marche pas sur le front olympique, on essaie à tout hasard sur le front militaire. Le 15 juin, une autre dépêche Xinhua explique :
«
La Chine est opposée à l'utilisation de la prétendue puissance militaire de
la Chine par un officiel de haut rang du Département américain de
la Défense qui exagère la "menace chinoise", a déclaré jeudi 14 juin Qin Gang, porte- parole du ministère chinois des Affaires étrangères. "Nous sommes opposés à ce qu'un officiel américain, sans tenir compte des faits, utilise le problème de la prétendue force militaire chinoise pour exagérer la "menace chinoise" et s'ingérer dans les affaires intérieures de
la Chine ", a déclaré Qin lors d'une conférence de presse régulière. Richard Lawless, sous-secrétaire adjoint américain à
la Défense chargé de l'Asie-Pacifique, a déclaré mercredi que la croissance de la puissance militaire de
la Chine brisait l'équilibre entre la partie continentale de
la Chine et Taiwan et allait influer sur l'équilibre des forces régionales voire mondiales, selon le ministère chinois des Affaires étrangères. [...] "Nous souhaitons que la partie américaine puisse respecter ses engagements répétés pour soutenir la politique d'une seule Chine, observer les trois communiqués sino-américains, s'opposer à 'l'indépendance de Taiwan', arrêter la vente d'armements à Taiwan et ne plus envoyer de faux signes aux forces de 'l'indépendance de Taiwan'", a fait remarquer Qin. [...] "
La Chine espère qu'à travers ces échanges, les Etats-Unis auront une compréhension correcte de la politique de la défense nationale de
la Chine ainsi que de sa position sur le problème de Taiwan", a-t-il dit. »
Dans les institutions internationales, ça ne va pas mieux. On connaissait l’éternel bras-de-fer entre
la Chine et les Etats-Unis, mais celui-ci semble se jouer aussi maintenant dans le jeune Conseil des Droits de l’Homme (où pourtant les Etats-Unis ne siègent pas !). Ces derniers temps, ce Conseil planche sur la mise en place de ses structures, et tous les pays membres ne semblent pas être d’accord. En première ligne de l’opposition à la ligne proposée par le comité dirigeant :
la Chine. Le 28 juin, Stéphane Brussard, envoyé spécial du Temps, nous expliquait l’affaire et revenait sur les raisons de la dispute :
« Trente-deux semaines de négociations n'ont cependant pas suffi à faire émerger une solution acceptable pour les 47 membres du Conseil. Tout s'est finalement décidé au cours des dernières 24 heures. [...] D'emblée, deux pays menacent le consensus:
la Chine et
la Pologne. La ministre mexicaine des Affaires étrangères Patricia Espinosa appelle son homologue chinois à Pékin. Commence alors un marathon diplomatique. Jusqu'à 23h50, Luis Alfonso de Alba tient plus d'une vingtaine d'entretiens bilatéraux, seul, sans assistant, sans conseiller. Le délégué chinois s'y rend à de multiples reprises, Pékin ne souhaitant négocier qu'avec le président. L'ambassadeur allemand Michael Steiner, qui préside la délégation de l'Union européenne, également. Défilent aussi une dizaine de délégations dont Cuba au nom des pays non alignés ainsi que la haut-commissaire aux droits de l'homme Louise Arbour, très inquiète de la tournure des événements. Quant à l'influence de Washington sur ces négociations, elle se confirme par l'irruption à deux reprises de l'ambassadeur américain Warren Tichenor dans le bureau du président du Conseil. Les Etats-Unis ne sont pourtant pas membre d'un Conseil pour lequel ils ont refusé à deux reprises de faire acte de candidature (!). [...]
Les Chinois (délégation formée de quatre personnes de Genève et de deux experts venus de Pékin) sont montrés du doigt, accusés de torpiller le consensus à la dernière minute. Ils exigent une majorité d'un tiers des Etats membres pour déposer une résolution visant à mandater un expert pour examiner la situation des droits de l'homme dans un pays et de deux tiers du Conseil pour l'adopter. L'Union européenne juge la requête inacceptable et un bras de fer s'engage entre l'UE et
la Chine. Michael Steiner n'a qu'un mot à la bouche: «C'est la guerre des nerfs.» Entre un délégué chinois et un représentant de
la Commission européenne, le ton monte. Pour
la Chine , sans cette clause, le Conseil risque de reproduire le fonctionnement de l'ex-Commission et de n'adopter des résolutions que contre les pays dits du Sud. Et puis cette majorité qualifiée permettrait au Conseil de remplir une mission plus proche de la conception chinoise du Conseil : s'atteler uniquement aux violations graves et systématiques des droits de l'homme et laisser les Etats régler eux-mêmes les cas mineurs. [...] Conseiller à la mission de
la République populaire de Chine à Genève,
La Yifan confirme: « Nous aurions pu éviter ce psychodrame si l'Union européenne nous avait pris d'emblée au sérieux. »
La Chine semble donc s’en tenir à sa ligne habituelle en terme de politique internationale : plaider pour le Sud contre le Nord et faire valoir les souverainetés nationales contre l’arbitrage des grandes puissances et des institutions internationales. Ca se défend.
Parlons un peu philosophie à présent. Les philosophes de
la Chine classique ayant retrouvé, depuis une vingtaine d’années, une grande popularité, les intellectuels sont de plus en plus nombreux à écrire sur le sujet et à proposer des cours. Mais sont-ce là de vrais amoureux de la philosophie ou de vulgaires sophistes attirés seulement par l’apport pécunier ? Dans le cas de nouveaux modules de philosophie ancienne très onéreux dispensés par l’Université de Wuhan, Le Quotidien du Peuple du 27 juin s’interroge :
« Confucius, Mencius et Zhuzi, ont tous pris du plaisir dans l'enseignement, la transmission du savoir, aux autres. L'argent n'a jamais été un facteur. Mais les frais énormes dispensés par l'Université de Wuhan laissent une impression d'utilitarisme. L'étude de notre culture nationale est un long processus dans lequel être autodidacte est important. Bien que les conférenciers soient d'un grand niveau académique, ils ne pourraient pas se comparer avec les vrais maîtres des études sur
la Chine.
L'étude de notre culture nationale est une question de pureté de l'esprit, de vie privée saine, de discipline de la famille, de création d'une société juste et bienveillante, et d'apporter la paix dans le monde. Les conférences à la recherche du profit vont à l'encontre de ces valeurs. Cette mode de l'enseignement motivée par le profit représente une trahison de l'esprit de la culture nationale, et porte atteinte à sa promotion et à son rayonnement. »
Confucius et Mencius ne sont pourtant pas les seuls grands anciens à faire les frais de ce manque de respect de la part des modernes. Le Quotidien du Peuple du 25 juin rapporte que certains vieux empereurs ont aussi à souffrir de l’irrévérence des républicains chinois du XXIe siècle :
« Durant la saison du tourisme de Chine, il a souvent été demandé aux touristes de se corriger de leurs mauvaises habitudes comme celle de s'asseoir sur des statues. Mais les autorités de la ville de Shenyang dans le nord-est de
la Chine ont un problème différent, celui de séchage du linge. Pendant les quinze derniers jours, certains résidents de la ville sèchent au soleil leurs sales vêtements [sic !] sur une statue de Nurhachi, le fondateur de
la Dynastie des Qing, la dernière dynastie féodale de Chine qui a été renversée en 1911. »
authentique : marque chinoise de chocolat très suggestive... (photo prise sur le blog Made in Beijing)
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