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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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polémiques

Jeudi 12 octobre 2006

Pour la route, un petit texte du polémiste français Alain Soral, tiré de son Abécédaire de la Bêtise Ambiante (Editions Blanche, 2002). Soral nous y parle du Dalaï-lama et de la stratégie médiatique qui s’articule autour de lui et de la cause tibétaine, orchestrée par les détracteurs occidentaux de la Chine. Le texte ci-dessous n’engage que son auteur et nous ne reprendrions pas à notre compte toutes ses affirmations, mais il s’agit d’un libre penseur qui gagne à être connu.

Parce qu’un mec qui a du temps à perdre à discuter des heures avec Richard Gere, Isabelle Adjani ou Séverine Ferrer est forcément un con.

Parce que pour le un million trois cent milles tibétains qui vivent au Tibet, la modernisation imposée par les Chinois contre l’obscurantisme théocratique lamaïque n’est pas forcément un mal.

Parce qu’un rationaliste laïc a le droit de ne pas voir dans le Dalaï-lama la quatorzième réincarnation du Boddhisattva de la compassion, mais un ramollis en pataugas au bla-bla lénifiant à côté duquel l’Abbé Pierre fait figure d’intellectuel.

Parce que l’association France-Tibet et la communauté tibétaine en France et ses amis ont un comportement de secte.

Parce que le Dalaï-lama n’est le pape que d’1% des bouddhistes du monde, et parce que le bouddhisme tibétain (véhicule de diamant) est à la fois le plus tartuffe et le moins spirituel (le plus empreint de magie) des trois bouddhismes historiques.

Parce que le bouddhisme est, de toutes façons, une sagesse individualiste, égoïste (pas d’équivalent bouddhiste de la Croix Rouge ou du Croissant Rouge) qui ne débouche sur aucune solution aux problèmes concrets actuels (les inégalités dues à l’exploitation économique).

Parce que la plus grande communauté des bouddhistes vivent en Chine, nullement persécutée, et que les Tibétains doivent le meilleur de leur bouddhisme lamaïque au Chinois Tsong-Kha-pa.

Parce qu’avant d’être convoitée par la Chine, le Tibet était sous domination anglaise, et qu’un impérialisme n’a fait qu’en chasser un autre (le Dalaï-lama ayant toujours été pro-anglo-saxon tandis que son alter-ego, le Panchen-lama, était pro-chinois).

Parce que si l’obscurantisme religieux du lamaïsme tibétain fait rêver les cons avides d’exotisme ici, ces mêmes cons ne verraient pas du tout du même œil une France soudain replongée dans le Moyen Age et le pouvoir des moines.

Parce que les Tibétains qu’on entend ici sont toujours les 80'000 nantis de la diaspora sponsorisée par les pires droites occidentales pour leur anti-communisme viscéral, et rarement les Tibétains qui vivent et travaillent au Tibet.

Parce qu’un Prix Nobel de la paix ne prouve rien, puisqu’on a pu en décerner un à Henry Kissinger.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, que j’invite le lecteur à aller chercher lui-même en lisant simplement les différents articles consacrés au Tibet, au lamaïsme et au bouddhisme dans les diverses encyclopédies où la complexité du problème n’est pas occultée par sa médiatisation grossière – j’emmerde le Dalaï-lama et tous les bouddhistes de pacotille avec lui !

A lire du même auteur aux Editions Blanche : Sociologie du Dragueur, Vers la Féminisation, Socrate à Saint Tropez, Misère du Désir, Chut(e) : Eloge de la Disgrâce.

voir également le site d’Alain Soral

Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006

Ce que j’écrivais il y a quelques jours dans mon texte intitulé « Il y a trente ans s’éteignait le Grand Timonier » s’est malheureusement vérifié une fois de plus : certains zélateurs du libéralisme le plus outrancier, avec un cynisme sans nom, ont profité de cet anniversaire funèbre pour cracher leur petite bile sur le corps froid de Mao – et accessoirement sur votre serviteur. Ce manque de pudeur et de civilité est véritablement inquiétant mais significatif d’une société déritualisée où le respect n’est plus qu’un mot sans valeur pour les plus arrogants. Je ne parle pas du respect pour Mao (qui n’en a cure là où il est) mais du respect pour ceux qui, en Chine ou ailleurs, ce 9 septembre, avaient une pensée reconnaissante pour le grand travail accompli par lui.

L’individu dont je parle, et qui se garde bien de donner son nom, m’attaque sur ses propres terres, puisqu’il écrit son brûlot sur le blog de Guy Sorman, le célèbre essayiste ultralibéral et « spécialiste » de la Chine, dont il ne semble hélas avoir rencontré que les dissidents.

Quoi qu’il en soit, je me dois tout de même de lui répondre. 

En ce qui concerne les associations constantes que vous faites entre communisme et nazisme, en plus d’être très insultantes, elles sont un élément surexploité de la propagande libérale et ne prouvent qu’une chose : la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui les utilisent. De même, ceux qui répètent bêtement que Mao = Staline n’ont vraisemblablement jamais ouvert un livre d’histoire. S’il vous prenait l’envie d’accomplir cet acte audacieux mais ô combien nécessaire, je vous conseille aussi de regarder à la page où on explique le rôle primordial joué dans tous les pays par les communistes dans les luttes anti-fascistes (Espagne, Italie, Allemagne, France, Chine, etc.), ça vous évitera de tomber dans le révisionnisme facile et de mettre tout le monde dans le même panier.

Dans votre liste d’écrivains anti-chinois (qui ne le sont tout de même pas tous, heureusement), vous avez oublié de nommer celle qui semble être l’auteur de votre bible, ce livre qui vient de sortir et dont on ne tarit pas d’éloge sur ce blog – j’ai nommé Jung Chang ! Pardonnez-moi si je ne partage pas votre vénération pour ce pavé illisible, mais je n’appelle pas ça un livre d’histoire. Cela me fait plutôt penser aux « exposés d’amertume » que l’auteur critique justement : un exutoire littéraire pour déverser sa haine d’un certain passé. C’est tout à fait son droit, et elle a de bonnes raisons de penser ce qu’elle pense, mais par pitié, si vous voulez parler histoire, prenez des références sérieuses !

Parmi les auteurs chinois qui ont un peu touché à l’histoire (sans être exactement historiens), je vous conseille de lire ou de relire Han Suyin, que cela soit sa biographie de Mao ou son livre intitulé « La Chine en 2001 ». Et rassurez-vous, ce n’est de loin pas une écrivain communiste.

Et, s’il vous plaît, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai écrit clairement que je ne cherche ni à nier ni à minimiser les fautes de Mao – car je maintiens que la plupart des drames qui ont secoué la Chine au XXe siècle étaient plus souvent l’effet d’erreurs tactiques que de « crimes » comme vous dites. J’ai sûrement au sujet de la Révolution Culturelle ou du Grand Bond en Avant la même opinion que vous, donc veuillez bien cesser de me présenter comme un garde rouge, merci ! Mais s’il s’agit de faire un bilan de cette longue période pleine de bouleversements divers, je serais assez de l’avis de Deng Xiaoping (sans pour autant l’exprimer en pourcentages, car j’ai un peu de peine avec cette manière de juger) pour dire que les bienfaits apportés par Mao à la Chine ont été plus nombreux et plus durables que ses excès et que ses maladresses. Avouez que ce n’est tout de même pas une attitude dévote que d’avoir ce genre de jugement !

Mais ce qui me choque le plus dans vos sarcasmes, c’est le total mépris que vous semblez avoir pour la sensibilité populaire qu’on retrouve ici à Pékin et certainement ailleurs dans le reste de la Chine. Vous prenez les gens de haut comme s’ils n’avaient rien compris, comme si vous étiez plus à même qu’eux pour leur expliquer leur situation. Mais ceux qui ont subi les drames de la Révolution Culturelle et tout le reste, ce sont eux et pas vous ! Cette manière de donner des leçons sans connaître grand-chose au sujet et de se penser supérieur aux premiers concernés, me fait penser – vous me le pardonnerez – à une attitude coloniale. Je ne suis certainement pas le seul à qui ce genre de relents fait horreur.

Donc, plutôt que d’épiloguer sans fin sur des événements qui vous dépassent visiblement, vous pourriez tout aussi bien nettoyer devant votre porte et vous poser les mêmes questions au sujet des idéologies qui dominent actuellement notre bonne vieille Europe, à commencer par le libéralisme. Pour moi, cette idéologie reste la plus totalitaire à bien des égards, et de manière plus insidieuse, plus perverse que les autres, car ce n’est pas une dictature déclarée, mais une pensée unique qui avance masquée, sous des vocables aussi abscons que la démocratie ou la liberté. Réfléchissez-y et pardonnez-moi d’être un peu arrogant, mais l’arrogance appelle l’arrogance.

 
pour lire les commentaires originaux et le reste du débat, voir le blog de Guy Sorman
Par David L'Epée
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Jeudi 12 octobre 2006

Il n’est pas toujours facile d’être étranger en Chine, et même lorsque l’on cherche à s’intégrer et que tout semble bien aller, il suffit qu’un autre étranger fasse des siennes pour que la méfiance et l’hostilité reviennent en force ! Un exemple trouvé dans la rubrique actualités de Yahoo cette semaine : un Anglais résidant à Shanghai met le feu aux poudres en racontant ses expériences sexuelles sur un blog, multipliant les conquêtes chinoises, et parsemant son tableau de chasse de critiques anti-communistes. Les réactions dans la population, comme vous l’imaginez, ne se sont pas faites attendre :

« Un blog anomyme, relatant les expériences sexuelles d'un supposé auteur étranger avec des femmes de Shanghai, a provoqué l'ire d'internautes chinois. Le site "Sex and Shanghai", qui n'était pas accessible lundi, avait aussi abordé occasionnellement le thème des prouesses sexuelles des hommes chinois et émis des opinions critiques sur le Parti Communiste. Le blog, présenté comme étant rédigé par un Britannique enseignant l'anglais dans une université de Shanghai, est devenu célèbre la semaine dernière quand il a été dénoncé sur la toile par un professeur chinois.

"Internautes et compatriotes, si vous êtes des hommes avec des tripes et si vous respectez les femmes chinoises, alors rejoignez cette chasse à l'étranger immoral sur l'internet ! Tous ensemble !", a lancé dans son blog Zhang Jiehai, professeur de psychologie à l'Acamédie des sciences sociales de Shanghai. "Nous devons trouver cette ordure et le virer de Chine", estimait M. Zhang. Depuis le début de la chasse ouverte par le professeur Zhang, des messages sur le web se sont multipliés en Chine, appelant à la "castration" de l'auteur et à l'éradication de "l'obscénité étrangère". »

Et le pire, c’est qu’il se trouve encore des gens, dans les expatriés de la blogosphère occidentale (notamment des Français) pour s’offusquer de ce langage un peu leste et crier au racisme ! Mais, bon sang, qui est le raciste dans l’histoire : celui qui déconsidère la femme de son pays hôte comme un simple objet de consommation ou le patriote décidé à défendre l’honneur des femmes de son pays et emporté par une colère bien compréhensible ?

La seule chose rassurante dans cette affaire, c’est la saine réaction de ce M. Zhang. Son langage est un peu dur, mais quand il s’agit d’honneur, il n’y en a pas d’autre. Comme il le dit, c’est une question de tripes. Non, vraiment, la politique d’ouverture n’a pas que des bons côtés, et dans un pays qui a connu la colonisation, on est très sensible à tout ce qui peut ressembler à une décadence venue de l’étranger. Ce n’est pas être raciste que de dire cela – d’ailleurs, c’est moi qui le dis ! – mais il est normal qu’un peuple s’offusque de certains affronts, surtout quand les auteurs de cet affront viennent amener le désordre chez leurs hôtes et ne manifestent aucun respect pour la sensibilité culturelle du pays qui les accueille.

Car le fond du problème est bien là : cette conception voyeuriste et infantilisante de la sexualité n’a rien de chinoise, elle est occidentale – ou plus exactement, elle est libérale, car ce serait faire injure à l’Occident que de croire qu’il a toujours été dans le triste étant où nous le connaissons actuellement. La libération sexuelle, ce miroir aux alouettes soixante-huitard (et largement dégénéré depuis) est quelque chose qui est propre à notre histoire et à certaines errances idéologiques de cette dernière, mais on ne peut en aucun cas vouloir exporter ainsi ses modèles de société – surtout quand les modèles en question sont si déstructurants ! Mépris de la femme, pratiques sexuelles considérées comme une simple consommation, multiplication des « conquêtes », phallocratie ras-les-pâquerettes : non seulement ces éléments sociologiques sont caractéristiques de la mentalité libérale, mais en plus, ils sont vilain goût de déjà-vu. Les colonies…

Il y a encore du travail à faire pour que certains Occidentaux arrogants, débarqués en Chine uniquement pour profiter du marché – et de la chair fraîche, semble-t-il – acceptent de considérer les Chinois comme des êtres humains et comme leurs égaux. Il faudra du temps aussi pour qu’ils acceptent de s’adapter à la culture et à la sensibilité locales et ne croient pas être partout chez eux. En attendant, voilà un coup de gueule qui s’imposait, et comme disait en son temps la Pucelle d’Orléans : « Boutons les Anglois… »

Par David L'Epée
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Mercredi 29 novembre 2006

Nouvelle contribution sur le thème de la liberté des médias et du modèle chinois en la matière.

                         

                                               Chen Hui, condamné à la prison à vie pour pornographie numérique

 

Au moment où, en Suisse, s’ouvrait la foire d’Extasia, le célèbre salon de l’érotisme, se fermait en Chine la Foire pour une Culture Sexuelle Morale (la traduction n’est pas très élégante, mais c’est celle qui est la plus juste). Entre ces deux foires, comme on s’en doute et comme nous l’indiquent les deux intitulés, il n’y a pas grand chose de commun. Je sais peu de choses de la seconde, mais je sais de la première ce que j’ai lu dans les journaux suisses : Extasia, foire commerciale vendant tous les produits érotiques imaginables, propose également aux visiteurs de découvrir le cinéma pornographique en direct et même de participer sur place et en public à des tournages de films X. Si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie au compte-rendu du Temps qui a paru le 19 ou le 20 novembre.

 

La même semaine (le 18 novembre pour être précis), on rappelait dans les colonnes du Temps quelques faits divers particulièrement odieux qui avaient eu lieu récemment dans le pays :

 

« Les cas de violence sexuels commis par des adolescents et portés à la connaissance du public semblent se multiplier. Jeudi, la police zurichoise annonçait qu'une jeune fille de 13 ans avait subi un viol collectif commis par des adolescents de son entourage. L'agression a été filmée sur des téléphones portables. Quelques jours avant c'est une jeune fille de 14 ans qui était victime de huit adolescents dans l'Oberland bernois. En juin, une enfant de 5 ans était violée par un garçon de 13 ans aidé d'un camarade de 11 ans, à Rhäzuns dans les Grisons. »


Le quotidien genevois a rencontré la psychologue Josiane George, présidente du Centre de consultation pour les victimes d'abus sexuels, qui a émis l’hypothèse suivante :

 

« L'accès facilité à la pornographie joue un rôle. Les ados se transmettent en rigolant des images où la femme est déconsidérée, humiliée. Ils jouent à des jeux électroniques mettant en scène la violence sexuelle, prennent pour acquis que les femmes ont des fantasmes de viol, par exemple. Des pensées fausses se mettent ainsi en place, et l'on aboutit à une distorsion cognitive.

 

Une mauvaise interprétation de l'attitude de l'autre. Ainsi un sourire peut-il être compris comme une approbation. Si leur victime paralysée, choquée, ne dit rien, ils la pensent consentante. Et puis ces jeunes banalisent ce qu'ils font sinon ils ne pourraient pas passer à l'acte. [...] Est-ce que celui qui filme cherche à mettre une distance entre lui et la scène qu'il observe ou au contraire veut-il pouvoir se vanter devant ses copains ? Je n'ai pas de réponse.


Notre société est toujours plus permissive. Elle banalise ce qui relève de l'intime. Face à cela, les parents doivent absolument prendre position, donner des limites, dire à leurs enfants, par exemple à la faveur de l'actualité, qu'un viol est inadmissible et qu'aucune société ne l'accepte. »

 

Cette interprétation des faits tombe sous le sens, et cela fait longtemps que certains esprits lucides s’en alarment. Mais jusqu’ici rien n’a pu stopper la course des pervertisseurs en tous genres vers le profit, car ces criminels (j’insiste sur le mot) bénéficient de la plus grande et de la plus inattaquable des immunités : la liberté d’expression. Dans le doute, c’est toujours à cette dernière qu’on donnera raison, et on aura beau jeu de se cacher derrière l’Etat de droit. Dans une société où la justice évalue les accusés en terme de malades et de bien portants et non plus en terme de coupables et d’innocents, faire de la morale est devenu quelque chose de très périlleux...

 

Si vous vous intéressez comme moi au problème ou si simplement vous êtes un peu curieux et doté d’un ordinateur avec connexion Internet, vous n’ignorez rien de ce qu’on peut trouver aujourd’hui sur la toile. Vous n’ignorez pas que les différentes législations nationales n’ont plus leur place dans ce domaine voué au déréglement le plus total, où tout est donné en pâture à des consommateurs qui, pour certains, n’ont même rien demandé. Tout ? Oui, tout – appels à la haine, pédophilie, snuff movies, calomnies sur tout et n’importe qui, porno ultra-hard, happy slapping, et ce dans une profusion qui donne de sérieuses inquiétudes sur la santé mentale d’une partie de nos concitoyens.

 

Ces abominations, beaucoup de gens en ont connaissance, mais l’impuissance est telle devant l’ampleur du problème, la lèpre est si purulente, qu’à voir cela au quotidien s’afficher sur notre écran nous finissons par croire que c’est tolérable, un peu comme si la perversion était un mal nécessaire – c’est d’ailleurs toujours ce qui caractérise la pensée unique : l’idée que c’est comme ça, que vouloir changer certaines choses n’est pas une attitude pragmatique. Quant à la génération de nos grands-parents qui, pour la plupart d’entre eux, n’a pas accès à ce genre de choses, j’imagine que tout cela doit dépasser de loin leur imagination... Qui aurait imaginé, il y a à peine vingt ans, qu’il serait possible un jour, et tout à fait impunément, de voir depuis son bureau des vidéos d’enfants violés ou d’ôtages mis à mort ?

 

Qu’il existe des déviants dans toute société, c’est un fait connu, et ça ne date pas d’hier, mais que ces déviants se voient offrir une tribune pour propager leurs lubies destructrices, c’est quelque chose qui est difficilement défendable !

 

A quoi est donc due cette anarchie ? A un développement ultra rapide d’une technologie qui n’a pas attendu que le droit la rattrape pour poursuivre son chemin ? Oui, mais ça n’explique pas tout. Le principal problème réside à mon avis dans le caractère transnational du réseau. Il s’agissait du but premier d’Internet, on le sait, relier le monde entier dans un immense réseau, créer le village planétaire. Mais en quoi un contrôle national sur Internet constituerait-il un obstacle à la construction de ce village planétaire ? Pour quelles raisons une telle banque d’informations, le point d’orgue de notre société dite de communication, échapperait-elle à une juridiction et une autorité étatique ?

 

Quelques Etats dans ce monde – ils sont encore peu nombreux mais tout laisse à croire qu’ils se multiplieront – ont pris leurs responsabilités et se sont donnés les moyens juridiques et technologiques d’épurer Internet. Oui, je dis bien épurer ; ce mot, je ne sais pourquoi, fait peur à beaucoup de gens, mais en quoi le fait de « rendre pur » (car c’est bien le sens du mot) devrait-il nous effrayer ? Ces Etats, dont la Chine fait partie, sont aujourd’hui en Occident la cible des bien pensants de tous poils, à commencer par Reporters Sans Frontières qui a lancé le mois passé une action « 24 heures contre la censure sur le Web ».

 

Je ne nie pas que le combat de Reporters Sans Frontières pour libérer certains journalistes incarcérés arbitrairement soit tout à fait légitime, mais leurs revendications vont désormais beaucoup plus loin. C’est rien moins qu’un retrait de l’Etat du Web qu’ils exigent ! Révélant ainsi les aspirations réelles de ceux qui les financent (les Etats-Unis), RSF, dans un délire typiquement libertaire-libéral, semble croire que le réseau va s’autoréguler, que tout va rentrer dans l’ordre naturellement, que tout recours extérieur serait inapproprié. Les anarcho-capitalistes ne disent pas autre chose, eux qui croient (ou plus exactement veulent nous faire croire), selon un néo-darwinisme biaisé et utilitaire, que le marché lui aussi se régule seul. Il est devenu de plus très difficile de critiquer Reporters Sans Frontières, car cette association semble aujourd’hui aussi au-dessus de tout soupçon que la Croix Rouge ou l’Unicef, et on la considère elle aussi – sous l’effet de la propagande déployée depuis de nombreuses années autour d’elle – inconsciemment comme un groupement humanitaire, auréolé d’une odeur de sainteté. Ceux qui ont fait quelques recherches à son sujet savent qu’il n’en est rien.

 

Juste avant de poster ce billet, je fais un petit tour sur les sites d’information suisses et chinois, et je relève deux nouvelles révélatrices de cette différence dont je viens de parler entre Chine et Occident. D’un côté, on apprend que le créateur et administrateur d’un site web pornographique chinois vient d’être condamné à la prison à vie pour ce délit (car cette activité est tout à fait illégale en Chine). En effet, son site contenait jusqu’à sa fermeture en octobre 2005, 9 millions d’images et d’articles pornographiques, il avait réuni plus de 600 000 utilisateurs et avait généré 25'000 dollars à son profit et à celui de ses complices !

 

De l’autre côté, j’apprends avec consternation qu’en Suisse, le Conseil juridique du Conseil national a décidé, après de houleux débats, de suspendre une réforme du droit décidée démocratiquement il y a quelques années par le peuple suisse. Une réforme dont mes lecteurs suisses se souviennent certainement et qui consistait à désormais donner la possibilité aux juges de condamner les criminels dangereux (parmi lesquels les criminels sexuels étaient visés en premier lieu) à des peines de prison à perpétuité. La cause de ce revirement ? Cette réforme ne serait pas conciliable avec le droit international, spécialement le droit européen...

 

Merci, Bruxelles, de nous montrer une fois de plus que les idéaux démocratiques dans lesquels tu te drapes ne sont que des cache-sexes (et l’expression est particulièrement mal choisie) pour dissimuler ton vrai fonctionnement : un jacobinisme ultralibéral ennemi de toutes les souverainetés nationales et de toutes les volontés populaires. Merci, Bruxelles, de nous montrer la haute attention que tu portes à la sécurité de nos enfants et la grande charité chrétienne avec laquelle tu traites ceux qui oseront porter la main (et autre chose) sur eux.

 

Si vraiment tu ne veux pas jeter ton regard vers la Chine , hypocrite Bruxelles, remémore-toi au moins cette phrase de Robespierre – qui lui, était un jacobin véritable, dans le sens noble du terme :

 

« Je suis inflexible avec les oppresseurs parce que je suis compatissant avec les opprimés. »

 

Tu n’as pas voulu choisir le camp des opprimés. Nous ne compterons donc plus sur ta justice. Tant pis. Les Suisses, quant à eux, auront une fois de plus de bonnes raisons de voter contre l’Europe la prochaine fois que nous serons amenés à nous prononcer sur la question.

Par David L'Epée
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Samedi 30 décembre 2006

Je reproduis ci-dessous un article de Frédéric Koller paru dans Le Temps du 22 décembre et qui est réellement inquiétant quant aux informations qu’il apporte. Le journaliste y parle de la progression en Chine des mouvements chrétiens, notamment évangélistes, des rapports qui se dessinent entre évangélisme et capitalisme et de l’usage que le gouvernement américain fait de ces églises et de cette idéologie pour déstabiliser le pouvoir communiste.

 

Pour ceux qui en douteraient encore, cela nous montre encore une fois que la plupart des protestants chinois n’ont pas conscience d’être manipulés pour des intérêts supérieurs, souvent bassement politiques, et que les ennemis du pays leur font jouer un jeu très dangereux. L’actuelle guerre froide entre les deux grandes puissances de notre planète se fera aussi sur le plan religieux – chape de plomb du néo-christianisme le plus réactionnaire à la mode américaine contre matérialisme dialectique à la mode chinoise.  La lutte contre les nouvelles formes du colonialisme culturel passera donc aussi par la déchristianisation de la Chine , et si vous voulez mon avis, le plus tôt sera le mieux.

 

 

 

Alors que les conversions se multiplient dans les grandes villes chinoises, de nombreux intellectuels critiques du régime voient dans le christianisme une nouvelle arme de leur combat pour la démocratie. Un phénomène où l'Amérique conservatrice de George Bush et ses Eglises évangéliques jouent un rôle de premier plan.

 

C'était le 11 mai 2006 à la Maison-Blanche. Pour la première fois, un président américain recevait, au cours de son mandat, des opposants au régime chinois. Pas n'importe lesquels. Les écrivains Yu Jie et Wang Yi, ainsi que l'avocat Li Baiguang, sont protestants. George Bush, le pieux évangéliste, et Dick Cheney, son bras droit, adoubaient ainsi les représentants d'une mouvance qui gagne en importance au sein des élites intellectuelles chinoises : les convertis. [...]


Yu Jie, 33 ans, est rentré impressionné: « George Bush est un homme chaleureux, sincère et simple. J'aime cela. Il se soucie davantage des droits de l'homme en Chine que Bill Clinton, et bien plus encore que les Européens. » Lors de ses deux passages à Pékin, en 2002 et 2005, le président américain a exprimé ses convictions et défendu la liberté religieuse à Qinghua, l'université des élites technocrates. Ses interventions ont laissé des traces parmi les démocrates chinois. Car ici comme en Europe de l'Est, les Etats-Unis demeurent, malgré les revers en Irak et ailleurs, la référence des combattants de la liberté.


Pékin a beaucoup moins apprécié. Le pouvoir chinois s'est plaint de cette rencontre dans une note secrète à la Maison-Blanche , et le directeur chinois des Affaires religieuses, Ye Xiaowen, a indiqué dans la presse hongkongaise que la question religieuse était désormais le « principal obstacle » à de bonnes relations entre les deux pays. Consciente du rôle du pape Jean Paul II et de la CIA dans la chute du communisme en Europe de l'Est ainsi que de celui des Eglises protestantes dans l'effondrement de la dictature sud-coréenne, la direction chinoise demeure d'autant plus vigilante envers la renaissance du phénomène religieux.  [...]


Longtemps demeurée un phénomène rural, l'expansion du christianisme devient une réalité urbaine. Surtout, un nombre croissant d'écrivains dissidents, d'intellectuels critiques, de journalistes et d'avocats se disent aujourd'hui chrétiens. Outre le besoin spirituel, leur conversion a souvent pour origine une réflexion intellectuelle qui les amène à associer la tradition chinoise à une prison mentale et la démocratie à un socle religieux chrétien. [...]


A écouter les nouveaux convertis, il n'y aurait pas de loi sans foi, et la Chine ne pourra faire l'économie d'une révolution des esprits si elle entend un jour être libre, juste, démocratique et... puissante. « Au début, nous pensions que la force des Etats-Unis venait de la loi, explique Lu Kun, une informaticienne dont le mari est emprisonné pour délit d'opinion. Mais on réalise que cette force vient de Dieu. La Bible est le fondement de la vie des Américains et de leur Constitution. Nous n'avons rien de cela en Chine. »


Bouddha, Confucius ou Laozi (taoïsme) ? Ils seraient inadaptés à la modernisation de la Chine. Seuls le Dieu chrétien universel et son message d'amour seraient porteurs des idées d'égalité et de responsabilité individuelle. [...] Ce constat était en partie celui de nombreux libéraux chinois du début du XXe siècle, dont le père de la République chinoise, Sun Yat-sen, ou le célèbre écrivain Lu Xun. Il existe toutefois une différence de taille : ce christianisme-là était imposé par des missionnaires associés à l'impérialisme des grandes puissances coloniales. A l'inverse, les nouveaux chrétiens chinois s'appuient sur une démarche personnelle. En outre, ce n'est plus le catholicisme qui influence la formation des élites occidentalisées, comme il y a un siècle ; désormais, ce sont les églises évangélistes américaines qui font figure de modèle. [...]


Recueillis dans une ferveur proche de la transe, les fidèles récitent des passages de la Bible et entonnent des chants aux noms évocateurs comme « De la Grande Muraille au Mur des lamentations », enregistrés sur une vidéo réalisée aux Etats-Unis. Le pasteur, un ancien de l'Eglise officielle passé à la clandestinité, préfère conserver l'anonymat. Seule indication : il est originaire de Wenzhou, berceau du capitalisme chinois, qui voit le nombre de ses églises s'accroître considérablement, au point de se gagner la réputation de nouvelle Jérusalem chinoise.


La relation entre christianisme et capitalisme est justement un des grands thèmes de discussion au sein des élites chinoises converties. Zhao Xiao, un jeune économiste libéral, devenu croyant en 2002, n'hésite pas à citer L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme du sociologue allemand Max Weber afin de souligner le rôle de l'Eglise pour régenter le marché. [...] Si le marché est efficace, il n'est pas forcément juste, juge Zhao Xiao. D'où la nécessité d'une foi qui cimente les acteurs du marché et permette d'établir une confiance réciproque. D'autres avant lui, à Taïwan principalement, ont tenté de faire jouer ce rôle au bouddhisme ou au néoconfucianisme.

 

La rencontre de la dissidence avec Dieu remonte au lendemain de la répression du mouvement démocratique de 1989. Un signe ne trompe pas : parmi les 21 étudiants les plus recherchés, à l'époque, par la police, un tiers se sont convertis au christianisme. Parmi les manifestants d'alors, beaucoup résident aux Etats-Unis, où des milliers de cerveaux chinois ont émigré depuis quinze ans. Nombre d'entre eux ont été séduits par le prosélytisme des Eglises évangéliques et, de retour en Chine, conservent cette foi. [...]


Prudents, les chrétiens des «Eglises de familles» insistent sur la totale indépendance de leur démarche. Certains observateurs y voient toutefois l'œuvre de missionnaires d'un type particulier : « Le gouvernement chinois sait très bien que 90% des experts et professeurs d'anglais qui viennent ici sont des missionnaires déguisés et que la plupart font partie de mouvements évangélistes, souligne Jean.Paul Wiest. Ils sont très surveillés et, de temps en temps, certains se font expulser. Ce n'est pas le meilleur moyen de faire progresser le christianisme en Chine. » [...]


Wang Meixiu, chercheuse à l'Académie chinoise des sciences sociales, conteste ce point de vue: « Le nombre de chrétiens augmente et leur foi a un impact sur leur sphère privée. Mais je ne vois aucune influence de cette religion dans l'espace public. » Elle met également en doute le lien entre christianisme et démocratisation de la Chine : « Tchang Kaï-chek était chrétien, lui aussi. Il n'en était pas moins un dictateur. »

Par David L'Epée
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Mercredi 10 janvier 2007

Le sujet qui suit n’a pas de rapport avec la Chine , mais comme un de mes lecteurs m’a interpelé sur la question et que l’enjeu en est assez intéressant, je prends la peine aujourd’hui de développer un peu. Il s’agit de la « conversion » du sociologue Alain Soral – dont nous avons déjà parlé quelques fois sur ce blog – au Front National, et de son travail aux côtés de Jean-Marie Le Pen en vue des prochaines présidentielles.

 

Beaucoup de ses lecteurs et admirateurs ne comprennent pas, de la part d’un marxiste formé dans les rangs du PCF, le sens de cette reconversion. Pour tenter d’éclaircir le débat, j’adresse ici une lettre ouverte à Alain Soral. 

      

 

Cher Alain – je me permets de te tutoyer bien que nous ne nous connaissions pas personnellement, mais entre républicains, tu sais comme moi que « le tutoiement est de rigueur et qu’on s’honore du titre du citoyen ».

 

Ma vie et mes intérêts se trouvant actuellement bien loin de l’Europe, certaines nouvelles de notre continent ne me parviennent qu’avec beaucoup de retard. Ainsi, le sujet dont je vais t’entretenir est certainement déjà connu depuis plusieurs semaines par tous les Français (et les autres) qui s’intéressent à la question, mais il ne me semble pas inutile de rappeler certains événements et de m’adresser directement à toi pour porter à ta connaissance la surprise et l’incompréhension de beaucoup de tes lecteurs et de tes camarades de lutte.

 

Cette fois, c’est officiel, la nouvelle est tombée comme un couperet, et même en Chine on ne peut plus l’ignorer : tu as adhéré au Front National. Cela fait maintenant plus d’un an que tu travailles comme conseiller de campagne de Jean-Marie Le Pen, et tu as décidé il y a quelques mois de faire ton coming out. Pour les observateurs attentifs de la vie politique française, ça n’aura été qu’une demi-surprise : on t’a reconnu dans un public de partisans FN sur je ne sais plus quel plateau de télévision, et surtout on a reconnu ta plume dans le fameux discours que Jean-Marie Le Pen a prononcé à Valmy, lieu hautement symbolique dont le choix nous étonnera moins si on sait qu’il vient de toi.

 

Selon toi, tes lecteurs non plus ne devraient pas être surpris, car ceux qui ont su lire entre les lignes ton dernier roman, « Chute : Eloge de la Disgrâce  », auraient du comprendre que le héros de ce roman, Robert Gros, le journaliste intègre et révolté contre la dictature médiatique de la pensée unique, c’était toi. Les vues politiques de Robert Gros étaient, il faut le dire, on ne peut plus claires : intégrer une formation politique déjà existante et suffisamment forte pour permettre un changement, et la travailler de l’intéreur pour le faire évoluer dans le bon sens. Le FN correspond assez bien à cette définition, dans la mesure où il est en pleine mutation, notamment idéologique (la fin proche Le Pen n’y est peut-être pas pour rien), et son positionnement à l’extérieur du système institutionnel laisse une plus grande marge de manoeuvre, un plus grand champ d’action pour un idéologue comme toi. C’est cela, l’avantage de l’opposition sur les partis gouvernementaux : elle est mouvante. Mais tout de même, la taille de ce parti, son étendue, le nombre de ses militants et de ses adhérents, n’est-il pas en soi un obstacle, une force d’inertie, rendant très difficile le virage que tu voudrais lui faire prendre ?

 

Cette stratégie de l’entrisme, dite de Lorenzaccio, elle tente un jour ou l’autre tous les idéalistes. Moi-même, j’ai pu par le passé éprouver ce genre de pensées coupables à l’égard du Parti Socialiste, pensant, dans ma naïveté abyssale, qu’avec quelques efforts, je pourrais le transformer en un vrai parti de gauche ; mais les plus beaux rêves ont une fin. Car que peuvent faire un ou deux individus, aussi audacieux soient-ils, qui nagent à contre-courant dans une marmite aussi bien réglée que celle du PS ?

 

Tu as au moins raison sur ce point, Alain : le Parti Socialiste (je ne fais pas de distinction entre son antenne française et son antenne suisse) est bien un parti en fin de course, alors que le FN pourrait bien encore avoir quelques cartes à jouer. Mais là encore, pour qu’on puisse parler d’une réforme de fond, d’un tournant décisif, un seul homme ne suffira pas, il faudra toute une génération de nouveaux militants pour remuer les vieux cadres et insuffler un nouveau souffle, véritablement populaire et social-républicain. Ce n’est pas une question de temps – cela peut se faire plus vite que nous le pensons – mais de masse critique. Cette génération rénovatrice existe-t-elle aujourd’hui ? Je ne le sais pas car je ne connais pas la situation de l’intérieur (difficile d’être à la fois à Pékin et dans les meetings BBR), et c’est pourquoi je te pose la question. On ne peut toutefois pas nier qu’il y ait eu une évolution, et ceux qui crient encore à la Bête Immonde ont peut-être, comme tu le dis si bien toi-même, une lutte anti-fasciste de retard.

 

A quoi ressemblait le FN il y a à peine vingt ans ? Un parti aux allures extrémistes et butées, mené par quelques leaders franco-impérialistes nostalgiques, regroupant sous son étendard des catholiques intégristes, des partisans de l’Algérie françaises, des anti-communistes, des royalistes et des milices de jeunes néo-nazis. Qu’est-il aujourd’hui ? Un parti dont la base militante est avant tout ouvrière, un parti populaire qui a troqué son discours réactionnaire et monarchisant contre une ligne républicaine : ce n’est plus à Pétain que l’on se réfère mais aux acquis historiques de la Révolution française, comme l’a très bien rappelé (ou annoncé ?) le discours de Jean-Marie Le Pen devant le moulin de Valmy, symbole de la victoire des troupes révolutionnaires contre la coalition des rois. Les références historiques n’ont rien d’abstrait pour un parti politique ; elles éclairent son identité présente.

 

Que cela plaise ou non, l’évolution du FN est une évolution plutôt « prolétarienne », et à cet égard, il n’y a rien d’étonnant à ce que toi, Alain, aies été séduit. Mais enfin, cette évolution gauchisante du FN suffit-elle à en faire un parti socialiste ? La transition de ses références historiques, l’assouplissement de sa politique sur l’immigration (en témoignent la dernière campagne d’affichage pour les présidentielles), son nouveau discours ethno-différencialiste (et non plus suprémaciste comme avant), sa dénonciation du système UMPS (sigle désormais entré dans le langage commun) et du capitalisme en général, ses accointances de plus en plus fréquentes avec les penseurs de la Nouvelle Droite (qui n’a heureusement de droite que le nom), tous ces changements suffisent-ils à faire du FN le parti révolutionnaire auquel toi, moi, et bien d’autres, nous rêvons ? Je n’en suis pas convaincu.

 

En bon marxiste, tu sais comme moi que c’est la doctrine économique qui est prédéterminante ; quel que soit le nom du futur président de la République , c’est la doctrine économique du vainqueur qui déterminera l’avenir de la France , qui l’élévera vers la prospérité ou la plongera dans la crise, qui ramènera l’équilibre social ou aggravera encore les inégalités. Quel est le programme économique de Le Pen ? Est-il crédible ? Quels changements sont survenus dans ce programme depuis l’époque plus ou moins lointaine où Le Pen se proclamait « le Reagan français » ? Inutile de rappeler que le reaganisme, c’est tout ce que toi, moi et bien d’autres, détestons, ce contre quoi nous luttons depuis toujours, la forme du libéralisme la plus ultra, la pensée économique la plus opposée à notre socialisme.

                                            

 

« Le social, c’est le Front National » nous disent les affiches du FN depuis quelques années, serinant que chez eux, on est ni de gauche ni de droite, bien au contraire... « Economiquement à droite, socialement à gauche, nationalement de France » : difficile, là encore, d’imaginer slogan plus démagogue et plus vide de sens ! Tu n’éprouves visiblement pas les mêmes doutes que moi, puisque tu n’hésite pas aujourd’hui à comparer Le Pen avec deux de tes grands modèles politiques : De Gaulle et Chavez... Je ne demande qu’à le croire, mais dis-moi, Alain, quelle est la formule magique pour passer d’une chose à son contraire, pour transformer un Reagan français en Chavez français ?...

 

Ainsi, c’est la raison économique qui me fait aujourd’hui le plus douter de la pertinence de ton engagement. Les gesticulations habituelles des bien-pensants de service sur fond d’anti-racisme petit-bourgeois ne retiendront pas mon attention, elles relèvent de querelles dogmatiques qui n’intéressent en rien le quotidien des Français. De même, je ne me mêlerai pas au concert de hullulements des loups qui, jusque parmi mes camarades, recommandent de ne plus te lire maintenant que – selon eux – tu as pactisé avec le diable.

 

Je n’approuve pas vraiment ton choix (même si je comprends la réflexion qui t’a amené là où tu es) mais je ne remets pas en cause ta sincérité. Je me suis suffisamment intéressé à ton parcours pour savoir une chose : tu ne t’es jamais compromis avec le système, tu n’as jamais hésité à prendre des risques pour tes idées (des risques physiques parfois comme lors de tes agressions par les milices sionistes), tu as résisté aux menaces comme aux tentations, et si tu as su évoluer, ça n’a jamais été en retournant ta veste. Si tu as rejoint le FN, ce n’est donc en tout cas pas par opportunisme ; si c’était le cas, tu aurais choisi un autre parti.

 

Tu crois certainement en ce que tu fais puisque tu as pris la décision difficile de condamner une fois de plus ta carrière littéraire. En effet, tu sais pertinemment qu’on n’invitera pas un écrivain estampillé FN à la télévision et que tous les médias bourgeois descendront tes ouvrages en flèche, quand ils ne se contenteront pas de ne pas en parler du tout. Ces médias, qui ne t’avaient pas compris (ou qui t’avaient compris trop bien) ont dépensé beaucoup d’énergie à travestir la portée révolutionnaire de ton travail sous de sulfureuses polémiques sur fond d’antisémitisme ou de mysoginie. Tu leur tends aujourd’hui une perche de plus, bien plus savoureuse à leur goût ; j’en conclus donc que tu sais ce que tu fais, ou du moins que le sacrifice en vaut la peine. Tu rejoins ainsi la longue lignée des Maria-Antonietta Macciocchi, des Marc-Edouard Nabe, des intellectuels parias qui, par probité et par indépendance d’esprit, ont fait le choix de l’ostracisme. Beaucoup d’ennemis beaucoup d’honneur, comme tu aimes à le dire.

 

Lorsqu’en Suisse, j’étais responsable de la formation des jeunes de mon parti (un parti marxiste dont je tairai le nom), il m’arrivait, dans les lectures que je conseillais, à côté de Marx ou de Lénine, de glisser un de tes ouvrages. Quelques-uns grinçaient déjà des dents lorsque j’y ajoutais quelques pages de Proudhon, de Blanqui ou de Thiriart, mais tu imagines que désormais, lire Soral dans ces cercles-là, cela deviendra encore bien plus politiquement incorrect... Mais là n’est pas le problème.

 

Les autres feront ce qu’ils veulent, mais moi, je continuerai à te lire – j’espère d’ailleurs que ton action politique te laissera un peu de temps pour travailler à de nouveaux ouvrages. Certains ont pu t’accuser de faire de la sociologie de comptoir, mais je leur répondrai qu’on fait une sociologie bien plus fiable en observant le peuple dans les endroits où il vit (et le comptoir en est un) qu’à travers les lucarnes poussiéreuses de je ne sais quelle bibliothèque académique...

 

On a fait un autodafé des anciens sociologues marxistes, les remplaçant par d’obscurs néo-freudiens à la solde des institutions, mais c’était compter sans la nouvelle génération, celle que tu représentes. Ton analyse judicieuse de la société française et occidentale, tes synthèses percutantes, la manière dont tu as remis la question des classes au centre du débat, tout cela fait que je continuerai de conseiller la lecture des tes ouvrages à quiconque est prêt à jeter un regard critique sur ce qui nous entoure et à remettre en question ses préjugés.

 

Que ceux qui me lisent s’empressent donc de chercher chez leur libraire les titres suivants, que je ne saurais trop recommander : Socrate à St Tropez, Jusqu’où va-t-on descendre ?, Vers la Féminisation , Chute, et le plus indispensable de tous (à mon avis) : Misères du Désir. Je pense qu’ils ne seront pas déçus.

 

J’ignore si le travail que tu entreprends maintenant est une erreur tragique ou si tu fais acte de précurseur, mais cela est au moins révélateur d’une chose : le temps des vieux clivages idéologiques est passé. Qu’importe au fond qu’on soit dit de gauche ou de droite (termes qu’il serait temps de redéfinir), qu’on soit dit progressiste ou conservateur : nous devrons demain nous affirmer comme amis de notre peuple ou comme libéraux, comme partisans d’une Europe indépendante ou comme valets des Etats-Unis, comme patriotes ou comme mondialistes, comme authentiques socialistes ou comme collabos. Toi, moi, et bien d’autres, nous luttons et continuerons à lutter aux côtés des premiers, et ce quelle que soit la couleur du drapeau qui flotte au-dessus de nos têtes.

 

Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur. 

                          

 

pour en savoir plus sur cette affaire, deux site incontournables : le site d’Alain Soral et le blog néo-robespierriste de Salut Public

Par David L'Epée
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Samedi 10 février 2007

Voici ci-dessous une prise de position très intéressante de M. Rui Chenggang, animateur de télévision sur CCTV9, au sujet de l’invasion du marché chinois (et surtout de l’espace public chinois) par Starbuck, célèbre chaîne de cafés. Il parle ici de l’indignation provoquée chez de nombreux Chinois comme de nombreux visiteurs étrangers face à la présence d’un Starbuck au coeur de la Cité Interdite  ! Ce sujet est actuellement à Pékin l’objet d’une vive polémique dans les médias et elle a donné cours à plusieurs grands débats citoyens sur Internet.

 

Voici l’intervention de Rui Chenggang :

 


Bien que l’offre de Starbucks ne soit pas mauvaise, et que certaines corrections sinisantes aient été apportées pour pouvoir gagner l’argent des Chinois, il s’agit en fin de compte d’un porteur et d’un symbole de la culture alimentaire américaine, qu’on ne peut pas qualifier de grande qualité. En Occident, c’est aussi devenu une sorte de symbole. Un Starbucks situé à proximité de la Cité interdite ne serait probablement pas un problème. Mais dans la Cité , cela devient une partie des mémoires que le monde garde de la Cité interdite et c’est franchement déplacé. Il ne s’agit pas de globalisation, mais d’érosion de la culture chinoise. [...]

 

Comme l’a dit un ami en plaisantant, est-ce que Huangcheng Laoma (une chaîne de restaurant du Setchuan) pourrait ouvrir un restaurant à la Maison blanche ? Et se pourrait-il aussi que les brioches de Goubuli (chaîne de restauration rapide de Tianjin ) se vendent sur la colline du Capitole ? Une comparaison encore plus appropriée serait l’entrée au Louvre d’une chaîne de thé chinoise ! Si on en parlait à un Français, il trouverait probablement cela très drôle !

 

Quand on effectue sur Internet la recherche “Starbucks dans la Cité interdite”, il y a en fait plus de 289’000 articles qui apparaissent, et également une énorme quantité de photos. Quand on lit les textes, on se rend compte qu’il s’agit d’un sujet qui prête au ridicule. Il y a un grand nombre d’Occidentaux, particulièrement dans les milieux académiques, qui estiment que cette façon de procéder est écoeurante et manque de respect envers la Chine. Alors que les Occidentaux s’indignent du Starbucks dans la Cité interdite, il est temps pour nous Chinois de faire entendre notre voix !

 

J’avais déjà mentionné dans un post précédent mon intervention lors d’un sommet de l’Université de Yale auquel assistait le PDG de Starbucks, Jim Donald. J’avais dit en plaisantant à moitié : « Bravo pour avoir fait de la Chine le second marché de Starbucks, alors que les Chinois n’ont pas l’habitude et la tradition de boire du café. Mais quant à la présence d’un Starbucks dans la Cité interdite, je pense, ainsi que de nombreux amis chinois et étrangers, que cela n’est pas en harmonie dans cet environnement. J’ignore si vous avez de grands plans pour installer des Starbucks dans le Taj Mahal, dans les pyramides d’Egypte et au Palais de Buckingham, mais je vous invite à vous retirer de la Cité interdite! » La réaction avait été un grand éclat de rire, mais la plupart des dirigeants présents étaient d’accord avec moi. Pendant une pause, Jim Donald m’a confié qu’il n’appréciait pas non plus cette façon de faire dans la Cité interdite, mais qu’il était en poste depuis peu à Starbucks et devrait d’abord discuter de la chose avec ses collègues et surtout avec ses partenaires en Chine. Cela fait près de 4 mois que je suis rentré de Yale mais Starbucks est toujours dans la Cité interdite. Je pense me rappeler qu’il y avait une pancarte verte à l’entrée, et elle a été retirée. Je ne sais pas si ce changement était appelé à intervenir tôt ou tard ou si j’y ai modestement contribué. Mais apparemment la révolution n’est pas terminée, je dois continuer à être un bon camarade !

 

Et ce n’est pas que Starbucks. Toutes les explications en anglais dans la Cité interdite porte l’incroyable inscription suivante : “rendue possible par American Express“. Si il s’agit d’une forme de publicité douce pour compenser le manque d’argent investi dans la protection du patrimoine culturel, alors nous demandons à Lenovo et à Hai’er de remplacer les sociétés américaines. Et si ça ne marche pas, nous, les personnes qui n’aimons pas voir des images de ce genre, peut-être devons nous faire des dons à la Cité interdite […].

 

Parmi mes amis, le rejet d’un Starbucks dans la Cité interdite n’est pas moins fort chez les étrangers que chez les Chinois. Parce qu’ils comprennent encore mieux la signification cuturelle qui est représentée par Starbucks aux Etats-Unis et en Occident, et estiment encore plus que sa présence dans la Cité interdite nuit à l’image de la Chine. [...] Peut-être estimez-vous qu’il n’est pas si important qu’il y ait ou pas Starbucks dans la Cité interdite. Mais à mon humble avis, ce sont ces nombreuses choses que l’on peut dire ou taire, que l’on peut faire ou non, qui sans que l’on s’en rende compte, tissent le malentendu qui peut exister entre le monde et la Chine.  

Par David L'Epée
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Jeudi 22 février 2007

Voilà que Reporters Sans Frontières nous en a encore fait de belles ! Il y a deux semaines environ, Chine Informations publiait un article sur le développement du contrôle d’Internet par les autorités chinoises. Je ne sais pas pourquoi je vous en propose un extrait puisque si vous suivez ce blog depuis le début, vous aurez remarqué que ces grandes tirades « humanitaires » disent toutes strictement la même chose et font toutes preuve de la même partialité – mais voici tout de même la prose en question, toute dégoulinante d’indignation :

                                  

 

«  La Chine a mis en place un dispositif de plus en plus sophistiqué permettant de contrôler l'accès à Internet par la population chinoise, ainsi que de traquer les dissidents au régime. Qui a parlé du respect des Droits de l'homme ? Cette cyber-police a pour objectif de restreindre l'accès à Internet et d'arrêter les dissidents, ce qu'elle a déjà fait à 52 reprises, ces individus étant actuellement en prison. Selon RSF, ceci fait de la Chine la plus grosse cyber-prison au monde. En effet, il n'y aurait que 10 autres personnes emprisonnées au monde pour des motifs similaires (4 au Vietnam, 3 en Syrie et 1 en Tunisie, Libye et Iran), ce qui conforte l'idée de restriction des libertés en Chine.

 

Dans un rapport publié vendredi, Reporters Sans Frontières explique que la Chine développe de plus en plus des mesures visant à contrôler Internet, ce qui est d'ailleurs de notoriété publique, le président chinois Hu Jintao ayant déclaré ouvertement le mois dernier vouloir "purifier Internet", ce dernier affectant le développement de la culture socialiste, la sécurité de l'information et la stabilité de l'Etat. [...] Outre la débauche de moyens technologiques de surveillance, la Chine fait également pression sur les sociétés étrangères, en particulier américaines comme Yahoo!, Google, Microsoft et Cisco Systems, afin de leur faire faire ce qu'ils veulent (comme les fameuses restriction du moteur de recherche Google). [...]

 

Les cyber-dissidents chinois encryptent leurs mails, utilisent des outils leur permettant de surfer anonymement et de passer outre les filtres. Mais RSF explique qu'ils ont besoin de l'aide des gouvernements et des sociétés étrangères pour faire respecter la démocratie et la liberté d'expression. »

 

Et ils osent parler de propagande ! Et ils osent donner des leçons au monde alors qu’ils nous serinent à longueur de diatribes, dans tous les médias d’Occident, les mêmes préjugés, les mêmes idées formatées, la même pensée unique ! Mais personne ne saurait-il donc qui sont ces hypocrites, ces tartuffes qui se font appeler Reporters Sans Frontières et qui n’ont jamais travaillé que pour le compte des Etats-Unis, au sein d’une des plus grandes entreprises de propagande internationale ? Discréditer constammer les opposants au pouvoir américain en les accusant de tous les maux et sous un couvert de respectabilité, de fiabilité inattaquable et presque de sainteté : voilà leur stratégie depuis des années et des années.

 

RSF, aux dires de certains, ce serait l’Abbé Pierre, l’Unicef, Mère Theresa, Terre des Hommes et la Croix Rouge réunis, le tout en un ! Bref, du solide, du bien humanitaire, bien incontestable. Etrange, tout de même, qu’on ne les ait pas vus à Guantanamo ni à Abu Ghraïb... Existerait-il tout de même quelques frontières infranchissables pour nos courageux reporters pourfendeurs de tyrans ?

 

Mais écoutez-les ! Ecoutez-les parler, en se bouchant le nez et avec un moue de dégoût outré, de la « purification d’Internet », et avec des guillemets bien évidemment, car la purification ne fait pas partie de leur vocabulaire, et la simple énonciation d’un mot de ce vocable les rend blêmes et les fait hoqueter d’horreur. « Pur ? » Qu’est-ce que c’est que ce gros mot ? cette expression de despote liberticide ? cette insulte au politiquement correct ? Ecoutez-les se lever comme un seul homme lorsqu’on leur parle du développement de la culture socialiste, de la sécurité de l’information et de la stabilité de l’Etat. Qu’est-ce que c’est que c’est que cette hérésie anti-libérale ? La culture socialiste, ils s’en foutent comme de leur première conférence de presse ; la sécurité de l’information, ils sont payés pour ne plus croire à ces niaiseries ; la stabilité de l’Etat chinois, c’est tout ce qu’ils voudraient voir s’effondrer.

 

Ecoutez-les, les doux apôtres ! Ecoutez-les s’apitoyer sur les cyber-dissidents, écoutez-les appeler l’aide des gouvernements et des sociétés étrangères ! Le motif ? La démocratie et la liberté d’expression, comme de bien entendu (baillements divers et variés). Mais est-ce qu’ils vont nous dire, eux qui bouffent des Droits de l’homme dès le petit déjeûner, dans quel article apocryphe, dans quel alinéa caché, ils trouvent que c’est une droit inaliénable que de faire de l’ingérence dans les affaires des autres ? La souveraineté des nations, ça vous dit quelque chose ? « Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », vous vous en souvenez ? C’est du Wilson, ça, pas du chinois, de l’américain, comme vous l’aimez. La paille et la poutre, vous connaissez ? Il y aurait déjà assez à faire par chez vous si vous tenez tant à jouer aux redresseurs de torts !

 

Ecoutez-les aboyer leurs cantiques, vomir leur bonne parole ! leurs principes « universels » ! leur ethnocentrisme néocolonial ! Je me répète, je sais, mais à lire ce qu’on lit, qu’on ne nous reproche pas de penser ce qu’en pense, il y a de quoi se mettre en rogne ! Car ce que RSF se garde bien de dire (et pourtant c’est un point essentiel), c’est qui sont ces pauvres cyber-prisonniers sur lesquels on appelle la miséricorde intergalactique. Des journalistes trop audacieux, des écrivains dissidents ? Il y en a bien quelques uns, et c’est malheureux, mais ceux que l’on incarcère pour des cyber-délits avant tout, ceux-là sont bien moins reluisants. Des pornographes, des trafiquants, des spéculateurs mafieux, des agitateurs sectaires, des fanatiques du genre Falun Gong à qui on promet le ciel et le salut éternel pour peu qu’ils complotent à la chute du régime communiste et qu’ils en rapportent docilement les dépouilles à Washington ! Voilà les pauvres « victimes de la justice » sur qui nous devrions pleurer en cascades !

 

Vous voulez savoir qui sont les petits protégés de Reporters Sans Frontières ? Des ordures comme Chen Hui, qui a publié sur Internet 9 millions d’images et d’articles pornographiques et a dérouté 600'000 internautes en touchant au passage plus de 25'000 dollars ! J’ai déjà parlé de cet animal dans un autre article du blog. Pour son crime, il a été condamné à la prison à perpétuité ; ce n’est que justice, d’autant qu’il faut des exemples pour bien montrer à tous, y compris aux observateurs étrangers, que l’Etat chinois ne démissionnera pas, qu’il ne s’arc-boutera pas sous les coups des pornographes. Mais RSF, qui ne connaît du droit que le droit international (c’est-à-dire américain) se moque bien de la morale, cette utopie archaïque des peuples arriérés. Parler de morale à ces gens, c’est comme leur parler d’ « épuration » ou de souveraineté : c’est inadéquat.

 

Ah, on fulmine, on fait dans son pantalon en apprenant la mise en place de la nouvelle « cyber-police » chinoise ? Et bien je vais vous faire le plaisir de battre le fer tant qu’il est chaud et de donner l’adresse du site de ce groupe de surveillance à tous mes lecteurs. Vous pouvez le joindre à http://www.cyberpolice.cn/common/index.aspx.

 

Cela s’adresse évidemment à ceux de mes lecteurs qui se trouvent en Chine. Si vous découvrez, en allant surfer sur Internet, chez vous ou dans un cyber-café, des sites web contrevenant à la loi chinoise, des sites qui attaquent la moralité publique, diffament, calomnient, exhibent toute les perversions du restant de la colère de Dieu ou je ne sais quoi d’autre, n’hésitez pas à laisser un petit mail (si possible en chinois, mais en anglais c’est aussi possible) aux fonctionnaires du site de ce groupe. Vous rendrez un grand service aux internautes chinois et spécialement à la jeunesse et aux enfants.

 

Et pour ne pas nous quitter sur une mauvaise impression, je vous donne pour finir un autre son de cloche, celui d’un séminaire sur la promotion d’une culture saine d’Internet que nous rapportait le site China.com le 30 janvier dernier :

 

« Lors du séminaire, M. Cai a proposé six points pour atteindre cet objectif. Il a d'abord suggéré de faire preuve de plus de responsablilité dans l'édification d'une culture saine d'Internet. Il est aussi nécessaire selon lui d'orienter cette culture saine d'Internet par les valeurs clés du socialisme. Dans un troisième temps, il est important d'intensifier la régulation des informations sur Internet pour faire rayonner la culture et promouvoir un accès commun à des informations plus variées et à un service plus pratique.

 

Autre point : développer et perfectionner le système d'auto-contrôle des sites web. Sans oublier d'accepter consciencieusement la surveillance publique. Enfin, il est conseillé de sanctionner et de lutter contre l'immoralité et le crime sur Internet. Mme Hu a appelé l'Association d'Internet de Chine à prendre toutes les mesures nécessaires pour progager l'éducation juridique et morale et habituer ainsi les internautes à naviguer sur la toile de manière responsable et les aider à se protéger des  informations pernicieuses et vulgaires ».

Par David L'Epée
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Mercredi 7 mars 2007

Dans le manuel de conversation dont je vous ai déjà parlé, au sujet de la lutte contre la corruption, on apprend d’autres choses intéressantes sur l’apprentissage d’une conversation « politiquement correcte » en Chine. Les exemples seraient nombreux, mais j’ai choisi, au chapitre Zhong guo dian di (« Quelque chose au sujet de la Chine  »), la présentation suivante de la question taïwanaise par un des interlocuteurs – car le manuel est à la fois destiné aux francophones et anglophones voulant apprendre le chinois qu’aux Chinois voulant apprendre le français et l’anglais :

 

 

Tai wan shi zhong guo zui da de dao yu.

Taiwan est la plus grande île de Chine.

 

Ta shi zhong guo ling tu bu ke fen ge de yi bu fen.

Elle est une partie inséparable du territoire de Chine.

 

Tai wan wei ti chun shu zhong guo de nei zheng.

Le problème de Taiwan est purement une affaire intérieure de la Chine.

 

Bu yun xu ren he wai guo shi li gan she.

Nous ne tolérons aucune ingérence des forces étrangères dans cette affaire.

 

Wo men fan dui  « yi zhong yi tai »  he  « tai wan du li ».

Nous sommes contre  « une Chine et un Taiwan »  et  « Taiwan indépendant ».

 

« He ping tong yi »  he  « yi guo liang zhi »  shi wo men yi guan de zhu zhang.

« Réunification pacifique »  et  « un pays avec deux systèmes »  a toujours été notre position.

 

Dan wo men bu cheng dan fang qi shi yong wu li de cheng nuo.

Mais nous ne prenons pas l’engagement à renoncer à user de la force.

 

Wo men bi jiang shi xiang guo jia de tong yi.

Nous réaliserons la réunification de notre pays.

 

 

Voilà, dirait-on, qui est d’actualité, si on en croit l’objectif que s’est fixée cette semaine la CCPPC sur la question du séparatisme... (voir le billet d'hier)

 

 

Sur le même sujet :

 

-          Suisse-Taiwan : les Relations Dangereuses

 

-         « L’annexion complète de Taiwan représenterait l’aboutissement de la Révolution  » (interview de Rex Wang)

Par David L'Epée
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Mardi 24 avril 2007

Liu Yi est une jeune journaliste de Phoenix TV (vous savez, la chaîne de télévision privée chinoise qui avait organisé une élection de Miss Chine en Suisse...).  Postée en France et s’occupant actuellement, entre autres sujets, de couvrir l’élection présidentielle, on la voit de plus en plus souvent sur les écrans. C’était elle, notamment, qui avait interpellé Sarkozy lors d’une conférence de presse sur l’attitude qu’il aurait à l’égard de la Chine en cas de victoire (sa réponse avait été pour le moins évasive).

 

Souvent en butte à la pression des médias français et aux fameux mots d’ordre des lobbys anti-chinois qui les contrôlent, elle a profité il y a quelques jours de son blog pour dire ce qu’elle avait sur le coeur, de manière très franche et directe. Il m’a semblé intéressant de publier cette critique de l’opinion française par une Chinoise. Ses réflexions sur le patriotisme opposé à  la haine de soi et au dénigrement constant de sa propre nation ainsi que sa dénonciation des forces anti-chinoises qui agitent le monde médiatique occidental me semblent du plus haut intérêt dans la mesure où cela s’écarte complètement de ce qu’on entend habituellement dans le prêt-à-penser qui nous est servi quotidiennement. N’hésitez pas à prendre position dans le débat.

 

 

Je ne répondrai pas aux insultes proférées à l’encontre des dirigeants chinois. Je vous invite simplement à venir en Chine, y passer quelques mois, et beaucoup de vos clichés tomberont. [...] Un ami français qui a vécu plus d’un an en Chine me racontait que lorsqu’on lui demandait  - Alors, c’est comment ?  sa réponse favorite était :  - Tout ce que vous savez de mal sur la Chine est faux, et tout ce que vous en savez de bien est faux aussi. J’aime bien cette réponse. C’est vrai : imaginer la Chine comme l’URSS de 1975, c’est totalement ridicule, idiot et naïf. En revanche, imaginer que chaque chinois connaît tout Confucius par coeur, c’est aussi d’une naïveté enfantine. Non, la Chine est un pays comme un autre, à ceci près que : 1) Il est unifié depuis très peu de temps, 2) Il y a 100 ans, il était encore sous domination européenne, 3) Il contient 1 milliard et 260 millions d’habitants, 4) Il est de la taille d’un continent, 5) Il est d’un incroyable dynamisme commercial. Donc, comme les autres… mais dans une phase historique différente.

 

Les Français – et ce sont probablement les seuls au monde – adorent dire du mal de leur propre pays. Combien de fois ai-je été extrêmement choquée, dans des repas en Chine, d’entendre vos concitoyens vomir sur leur propre pays ! Mais voyez-vous, le reste du monde – Chinois y compris – ne fonctionne pas comme ça. Le reste du monde respecte la terre de ses ancêtres, le reste du monde respecte l’Histoire qui a construit sa nation, le reste du monde ne passe pas son temps à détruire ce que des millénaires ont construit.

 

C’est votre problème… et lorsque vous vous offusquez qu’une candidate vous demande d’avoir chacun un petit drapeau chez soi… vous êtes la risée du monde entier. La France est, entendez-le, le SEUL pays au monde où l’on trouve anormal d’aimer son drapeau, ses couleurs, son hymne national.

 

Moi, j’aime la Chine. Je suis fière de ses 6000 ans d’histoire, comme vous devriez être fiers de vos 1500 ans d’histoire à vous depuis le baptême de Clovis, acte fondateur de votre nation. Ah oui, j’oubliais, pour vous, la France commence en 1789 ! Et bien, en Chine communiste, ce n’est pas le cas. Nous ne marquons pas 1949 comme le début de notre pays. Il y a un continuum. La Chine a 6000 ans.

 

Vous trouvez que mon discours est “politiquement correct” ? Je me permets de vos rappeler plusieurs choses : 1) Mon travail consiste à parler de la France et de l’Europe aux Chinois, pas l’inverse. 2) Contrairement à ce qui se passe dans vos rédactions, JAMAIS - et je dis bien JAMAIS - n’ai-je reçu une QUELCONQUE pression pour me faire passer ou annuler tel ou tel sujet, changer le contenu de l’un de mes reportages, d’un de mes plateaux, l’axe d’une interview, etc. Quel journaliste français peut en dire autant ?

 

Je me souviens de cette amie, correspondante de France 2 en Chine il y a quelques années, qui en avait assez que sa rédaction lui refuse tous les sujets qui racontaient des choses sympas sur la Chine. Non … la rédaction de France 2 voulait du NE-GA-TIF. Elle, qui aimait tant la Chine , qui avait tant appris, qui vivait quasiment comme une Chinoise, était dégoutée de la propagande négative qu’on lui demandait de produire… Alors… les leçons de morale journalistique…

 

Vous me trouvez crispée ? Je suis arrivée en France début 2001, et je ne savais même pas comment l’on disait “Bonjour”. Je serai ravie de voir comment vous vous débrouilleriez en direct à la télévision chinoise – et en mandarin – dans 6 ans. Je fais de mon mieux, et, comme je suis l’une des seules – la seule ? – journalistes chinoises interviewées à la télévision française, j’essaie d’être sûre de bien comprendre ce que l’on me dit, pour ne pas répondre à côté. Certain journaliste français a même avoué à l’un de mes amis français - A chaque fois que j’ai une Chinoise en plateau, j’aime bien la maltraiter… Alors oui, ça donne un peu la pression.

 

Le blog personnel de Liu Yi : Liu Yi, journaliste chinoise en France

Par David L'Epée
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«  La Chine est excitante comme peut l’être pour un physicien une équation majeure à poser et à résoudre. »

 

(Guillain Robert, Dans Trente Ans la Chine )

 

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