Un voyage en Chine est quelque chose qui se prépare bien à l’avance et qui demande de bons nerfs surtout si, comme moi, vous êtes allergique à la bureaucratie. Et je parle de la suisse, car je n’ai pas encore eu l’occasion de faire les frais de la chinoise, qui, paraît-il, est plus complexe encore. Il est dans la nature des administrations, surtout dans les états d’urgence, de donner naissance à des cercles vicieux très originaux, nous faisant courir au dernier moment de bureau en bureau à la poursuite d’un formulaire ou d’une signature, un peu comme dans le célèbre épisode de la Maison des Fous des Douze Travaux d’Astérix…
Ainsi, pour obtenir le visa, duquel tout mon voyage dépend, je devais attendre que l’Université m’envoie son invitation et que le gouvernement chinois me fasse parvenir le formulaire de demande de visa. Mais cette année, les fonctionnaires chinois étaient en retard, et le précieux formulaire n’est arrivé que début août, au grand dam des étudiants et de la CRUS qui assurait la transition entre le stress des premiers et la panique des seconds… Sur ledit formulaire, il faut indiquer la date d’entrée exacte en Chine, condition nécessaire pour obtenir le visa. Mais comment connaître cette date sans avoir encore de billet d’avion ? Et comment acheter le billet sans connaître la date de la rentrée universitaire à Pékin ? Cette date m’étant enfin parvenue avec l’invitation de l’Université, j’ai pu évaluer la période adéquate pour mon arrivée et commander un billet d’avion en fonction. Mais à l’agence, on me fait savoir qu’il serait plus prudent d’avoir le visa avant d’acheter le billet, car en cas de refus de visa ou de retard, le billet ne sera pas remboursé…
Les fonctionnaires de l’ambassade chinoise à Berne, quant à eux, ne sont pas des plus serviables, et alors qu’il est spécifié qu’on ne peut faire sa demande qu’après avoir pris rendez-vous, ils ne répondent jamais au téléphone et ne sont ouverts que trois heures par jour… Arrivé enfin à l’ambassade, avec trois jours de retard et sans rendez-vous, on me renvoie dans un centre commercial à l’autre bout de la banlieue bernoise pour faire la photocopie d’un document qu’on refuse de me faire sur place et dont j’ai besoin pour compléter ma demande de visa. Ayant eu la mauvaise idée de faire renouveler mon passeport au milieu de la procédure, il faut corriger tous les documents officiels qui indiquent un numéro de passeport qui n’est plus valide… Bref, partir en Chine, ça se mérite.
Une fois les plus gros problèmes réglés, j’achète mon billet d’avion : départ de Genève le 24 août sur un vol de British Airlines avec un changement à Londres. Le lendemain, manque de chance, je découvre dans le journal que Londres est en état d’alerte après avoir déjoué une attaque terroriste mettant en scène plusieurs avions. Les terroristes, pour autant qu’ils aient vraiment existé, seraient des islamistes. Evidemment. Résultat : aéroports en état d’alerte, annulation de vols, mobilisation policière et fouilles au corps généralisées avec toutes les tracasseries qui vont avec. L’agence décide alors, par prudence, d’avancer mon vol quelques heures plus tôt pour me permettre de me faire palper en toute tranquillité par la flicaille britannique sans risque de rater ma correspondance.
Je ne vais évidemment pas faire de cet événement une affaire personnelle, ce serait une attitude égotiste et déplacée, mais j’avoue que je ne suis pas spécialement enthousiaste à l’idée de faire les frais de la politique irresponsable de M. Blair – et la plupart des citoyens anglais doivent se dire la même chose. En effet, ce doit tout de même être rageant de ne plus oser prendre le métro ou l’avion dans son propre pays parce que le Caniche de Washington a décidé de se lancer dans la guerre d’Irak et de faire dans les médias du monde entier des déclarations stupides qui provoquent à la fois la honte et la peur de ses concitoyens. Les terroristes islamistes sont inexcusables, je ne reviens pas là-dessus, mais il n’y a pas de fumée sans feu, et la responsabilité de ceux qui ont ouvert la poudrière n’est pas moindre que celle qui l’ont allumée. Il semblerait de plus qu’en pleine guerre du Liban – de guerre, que dis-je ? de massacre – cette alerte tombe plutôt bien, elle redore le blason des génocideurs sionistes et de leurs complices américains.
Pour quelqu’un qui n’est jamais sorti d’Europe et qui n’a jamais pris l’avion de sa vie, vous comprendrez que tout ça commence à faire lourd…



