Pour des raisons d'actualité, la rubrique littéraire du blog sera suspendue pendant les trois prochaines semaines, et les trois dimanches à venir à partir de celui-ci seront consacrés à la rubrique économique. En effet, certaines nouvelles lois votées par le gouvernement chinois, certaines revendications de
Je veux parler de l’aspiration actuelle du peuple chinois vers une politique économique basée sur un peu plus de protectionnisme et d’interventionnisme et un peu moins de libre marché et de dérégulation. Les réformes de Deng Xiaoping, comme on le sait, si elles ont permis dans un premier temps une amélioration du niveau de vie général, ont aussi laissé se développer une nouvelle forme de gestion économique qui ferme les yeux sur l’accroissement des inégalités sociales et a tendance à sacrifier un peu trop à la croissance. Toute la difficulté du problème actuel tient donc à trouver un équilibre entre développement économique et justice sociale.
Face au grand mouvement de privatisation lancé en son temps par Jiang Zemin (privatisation de nombreuses entreprises d’Etat, de certains services, etc.), la population chinoise, qui n’avait jamais porté ce président-là dans son coeur, s’est mobilisée à plusieurs reprises et a clairement exprimé ses désaccords quant aux excès de cette politique d’ouverture. Une opinion partagée par beaucoup semble être que Jiang Zemin, en se réclamant des principes de Deng Jiaoping, les a corrompus, et que sa gestion de l’économie ne prenait pas en compte les impératifs d’équité et de justice sociale réclamés par l’esprit du régime. Maintenant qu’il ne dirige plus le pays, les langues se sont déliées et il semble que plus personne ne souhaite le voir revenir au pouvoir, ni lui ni l’un de ses camarades de l’aile libérale du Parti.
Ce que semble donc aujourd’hui exprimer une grande partie de l’opinion chinoise, à la fois dans la population et au sein de la classe politique, c’est le désir d’un réveil du protectionnisme, ou du moins d’un contrôle plus grand de l’Etat sur l’économie. Parce que les délocalisations, les licenciements abusifs, la concurrence déloyale avec les entreprises étrangères, ne sont plus considérés comme des maux nécessaires. Parce que les Chinois se sont déjà suffisamment sacrifiés pour permettre les réformes commencées en 1978 et qu’il est maintenant temps que l’Etat reprenne ses responsabilités et intervienne là où on l’attend.
Ces attentes ne sont pas restées lettre morte, et petit à petit, de nouvelles réformes sont mises en place à travers le pays, qui promettent de satisfaire le besoin de sécurité du travailleur chinois. Espérons que ces mesures énergiques portent leurs fruits. A titre d’exemple, je commencerai cette série par deux cas précis. Tout d’abord dans le domaine de l’architecture. Une dépêche Reuters datée du 5 mars nous apprend que pour lutter contre le problème de la concurrence entre architectes chinois et étrangers et limiter les coûts de construction de certains projets étrangers jugés fantaisistes et coûteux, le Ministère de la construction a décidé de favoriser les architectes chinois, moins chers et plus classiques, plus proches des goûts esthétiques de la population :
«
Un porte-parole du ministère a estimé qu'un enthousiasme excessif pour les concepts en vogue à l'étranger était en partie responsable de cette dérive. « Ces dernières années, il y a eu dans certains endroits une frénésie d'appels d'offres internationaux pour l'édification d'importants bâtiments publics, a déclaré le porte-parole. Certains architectes étrangers ne connaissent rien aux conditions nationales de
On remarquera qu’outre l’aspect purement économique, il y a derrière cette problématique un enjeu culturel. Le goût de l’avant-garde des architectes occidentaux – « le nouveau, l’étrange, l’unique » – recherché « de manière obsessionnelle » s’inscrivent en portafaux à l’égard d’une certaine conformité demandée en Chine pour ce genre de travaux. Mais ce n’est pas là notre sujet.
Autre problème : la concurrence entre les fournisseurs de matériel acheté par le gouvernement. Il semble évident que c’est le devoir des autorités nationales d’acheter ce dont elles ont besoin à des producteurs nationaux. Mais le libre marché a fait que cela ne s’est pas toujours imposé comme une évidence. L’Assemblée Populaire Nationale (APN) a décidé de débattre du problème, comme nous le rapporte une dépêche Xinhua datée du 11 mars :
« Le gouvernement doit acheter davantage de produits nationaux afin de renforcer la capacité d'innovation des entreprises chinoises, ont déclaré des députés à l'Assemblée populaire nationale. Zhu Jian, un député issue de l'Université du Zhejiang, a appelé le gouvernement à accorder des politiques préférentielles aux entreprises nationales lors des achats d'équipements pour des projets importants. [...] Il a souligné que le gouvernement devait jouer un rôle exemplaire et améliorer la reconnaissance publique d'une marque nationale et stimuler le développement des entreprises chinboises. »
L’aspect exemplaire doit être relevé : il ne s’agit pas seulement de favoriser les entreprises nationales à court terme mais d’inviter ainsi tous les consommateurs chinois, grands ou petits, entreprises ou particuliers, à acheter chinois.
Ce sont là deux exemples que je voulais vous donner pour illustrer le fort besoin de protectionnisme ressenti actuellement dans les différentes strates de la société chinoise, et les réformes politiques qui s’ensuivront nécessairement pour satisfaire ce besoin. Le maître mot de ces changements semble tenir en deux mots : préférence nationale.
Nous verrons dimanche prochain que derrière ce qui pourrait apparaître comme des discriminations se cache parfois de simples mesures d’équité, comme dans le cas de la nouvelle loi sur l’égalité fiscale des entreprises chinoises et étrangères. Je vous en parlerai la prochaine fois.














