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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Dimanche 25 mars 2007

Pour des raisons d'actualité, la rubrique littéraire du blog sera suspendue pendant les trois prochaines semaines, et les trois dimanches à venir à partir de celui-ci seront consacrés à la rubrique économique. En effet, certaines nouvelles lois votées par le gouvernement chinois, certaines revendications de la CCPPC et, de manière générale, certains mécontentement exprimés dans la population ces derniers temps méritent que l'on s'y arrête et qu'on y consacre quelques pages de ce blog.  

 

Je veux parler de l’aspiration actuelle du peuple chinois vers une politique économique basée sur un peu plus de protectionnisme et d’interventionnisme et un peu moins de libre marché et de dérégulation. Les réformes de Deng Xiaoping, comme on le sait, si elles ont permis dans un premier temps une amélioration du niveau de vie général, ont aussi laissé se développer une nouvelle forme de gestion économique qui ferme les yeux sur l’accroissement des inégalités sociales et a tendance à sacrifier un peu trop à la croissance. Toute la difficulté du problème actuel tient donc à trouver un équilibre entre développement économique et justice sociale.

 

Face au grand mouvement de privatisation lancé en son temps par Jiang Zemin (privatisation de nombreuses entreprises d’Etat, de certains services, etc.), la population chinoise, qui n’avait jamais porté ce président-là dans son coeur, s’est mobilisée à plusieurs reprises et a clairement exprimé ses désaccords quant aux excès de cette politique d’ouverture. Une opinion partagée par beaucoup semble être que Jiang Zemin, en se réclamant des principes de Deng Jiaoping, les a corrompus, et que sa gestion de l’économie ne prenait pas en compte les impératifs d’équité et de justice sociale réclamés par l’esprit du régime. Maintenant qu’il ne dirige plus le pays, les langues se sont déliées et il semble que plus personne ne souhaite le voir revenir au pouvoir, ni lui ni l’un de ses camarades de l’aile libérale du Parti.

Ce que semble donc aujourd’hui exprimer une grande partie de l’opinion chinoise, à la fois dans la population et au sein de la classe politique, c’est le désir d’un réveil du protectionnisme, ou du moins d’un contrôle plus grand de l’Etat sur l’économie. Parce que les délocalisations, les licenciements abusifs, la concurrence déloyale avec les entreprises étrangères, ne sont plus considérés comme des maux nécessaires. Parce que les Chinois se sont déjà suffisamment sacrifiés pour permettre les réformes commencées en 1978 et qu’il est maintenant temps que l’Etat reprenne ses responsabilités et intervienne là où on l’attend.

 

Ces attentes ne sont pas restées lettre morte, et petit à petit, de nouvelles réformes sont mises en place à travers le pays, qui promettent de satisfaire le besoin de sécurité du travailleur chinois. Espérons que ces mesures énergiques portent leurs fruits. A titre d’exemple, je commencerai cette série par deux cas précis. Tout d’abord dans le domaine de l’architecture. Une dépêche Reuters datée du 5 mars nous apprend que pour lutter contre le problème de la concurrence entre architectes chinois et étrangers et limiter les coûts de construction de certains projets étrangers jugés fantaisistes et coûteux, le Ministère de la construction a décidé de favoriser les architectes chinois, moins chers et plus classiques, plus proches des goûts esthétiques de la population :

«  La Chine compte sévir contre le recours aveugle aux architectes étrangers pour la conception d'importants bâtiments publics afin de mettre un terme aux dérives onéreuses constatées dans ce domaine, rapportent les médias officiels. Le  Ministère de la Construction a présenté de nouveaux règlements visant à dissuader des responsables de soutenir l'édification de bâtiments se distinguant par une gabegie d'argent ou d'électricité, rapporte l'agence de presse Chine Nouvelle.

 

Un porte-parole du ministère a estimé qu'un enthousiasme excessif pour les concepts en vogue à l'étranger était en partie responsable de cette dérive. « Ces dernières années, il y a eu dans certains endroits une frénésie d'appels d'offres internationaux pour l'édification d'importants bâtiments publics, a déclaré le porte-parole. Certains architectes étrangers ne connaissent rien aux conditions nationales de la Chine et recherchent de manière obsessionnelle le nouveau, l'étrange et l'unique. »

On remarquera qu’outre l’aspect purement économique, il y a derrière cette problématique un enjeu culturel. Le goût de l’avant-garde des architectes occidentaux – « le nouveau, l’étrange, l’unique » – recherché « de manière obsessionnelle » s’inscrivent en portafaux à l’égard d’une certaine conformité demandée en Chine pour ce genre de travaux. Mais ce n’est pas là notre sujet.

Autre problème : la concurrence entre les fournisseurs de matériel acheté par le gouvernement. Il semble évident que c’est le devoir des autorités nationales d’acheter ce dont elles ont besoin à des producteurs nationaux. Mais le libre marché a fait que cela ne s’est pas toujours imposé comme une évidence. L’Assemblée Populaire Nationale (APN) a décidé de débattre du problème, comme nous le rapporte une dépêche Xinhua datée du 11 mars :

« Le gouvernement doit acheter  davantage de produits nationaux afin de renforcer la capacité  d'innovation des entreprises chinoises, ont déclaré des députés à  l'Assemblée populaire nationale.  Zhu Jian, un député issue de l'Université du Zhejiang, a appelé le gouvernement à accorder des politiques préférentielles aux  entreprises nationales lors des achats d'équipements pour des  projets importants. [...] Il a souligné que le gouvernement devait jouer un rôle  exemplaire et améliorer la reconnaissance publique d'une marque  nationale et stimuler le développement des entreprises chinboises. » 

 

L’aspect exemplaire doit être relevé : il ne s’agit pas seulement de favoriser les entreprises nationales à court terme mais d’inviter ainsi tous les consommateurs chinois, grands ou petits, entreprises ou particuliers, à acheter chinois.

 

Ce sont là deux exemples que je voulais vous donner pour illustrer le fort besoin de protectionnisme ressenti actuellement dans les différentes strates de la société chinoise, et les réformes politiques qui s’ensuivront nécessairement pour satisfaire ce besoin. Le maître mot de ces changements semble tenir en deux mots : préférence nationale.

 

Nous verrons dimanche prochain que derrière ce qui pourrait apparaître comme des discriminations se cache parfois de simples mesures d’équité, comme dans le cas de la nouvelle loi sur l’égalité fiscale des entreprises chinoises et étrangères. Je vous en parlerai la prochaine fois.

par David L'Epée publié dans : économie
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Vendredi 23 mars 2007

Comme cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas alimenté (sans jeu de mots) la rubrique gatronomique du blog, nous commencerons notre revue de presse d’aujourd’hui par une note culinaire. Le Quotidien du Peuple du 16 mars nous parle du repas pékinois le plus connu à travers le monde : le canard laqué. Mais, au milieu de la description appétissante de la recette, le journaliste a glissé quelques considérations philosophiques pour les moins étonnantes...

 

« Quand le canard est bien préparé, la peau est or et croustillante, la viande est fine et le goût est très délicieux. D'abord on coupe de la viande de canard en tranches, et on les met dans un crêpe comme de la farce avec de la sauce salée et sucrée, des concombres, et des oignons. C'est vraiment un aliment exquis ! Mais quand on mange plusieurs crêpes roulées le canard laqué, on trouvera un peu gras. Cela ressemble à la vie amoureuse des riches. Nous les envions, mais en réalité, seuls des riches connaissent une vie amoureuse insipide. »

 

Si un lecteur a une proposition d’explication sur cette dernière phrase, qu’il la laisse en commentaire, elle sera la bienvenue...

 

Dans le registre désormais classique du crachat pékinois (je ne mets plus les liens du blog qui s’y rapportent car ils sont maintenant trop nombreux), revenons une dernière fois sur la CCPPC qui s’est maintenant achevée et qui a débattu une énième fois de ce glaireux problème, comme nous le rapporte Le Quotidien du Peuple du 13 mars :

 

« Dans les années 50, les mouches, moustiques, rats et punaises étaient connus en Chine comme les Quatre Pestes. Maintenant, cracher, ne pas faire les queues, fumer et les insultes sont les nouveaux interdits. Avec les Jeux Olympiques de 2008 approchant, ces derniers sont les Quatre Nouvelles Pestes selon Zi Huayun, un membre de la Conférence Consultative politique du peuple chinois . [...] "Bien que ces Quatre Nouvelles Pestes semblent être des détails, elles sont des maladies récalcitrantes qui ternissent l'image de la capitale" [...] "Nous devrions également instaurer quelques nettoyeurs amovibles dans les rues de Pékin qui récupèreront les déchets et les brandiront à la tête de ceux qui salissent" a-t-elle expliqué. »

 

Depuis, je rêve de voir une telle scène dans la rue, accompagnée bien sûr d’une dénonciation publique, d’une autocritique en bonne et due forme du criminel et d’une promotion en haut lieu pour le « nettoyeur amovible » au civisme exemplaire. J’espère pour lui, néanmoins, que le déchet incriminé ne sera pas un crachat car il risque d’avoir quelques difficultés à le « brandir »...

 

Politique internationale maintenant. Quatre ans après le déclenchement de la guerre en Irak, Le Quotidien du Peuple du 20 mars consacre son éditorial à cette catastrophe. On notera la ferme condamnation de la stratégie d’agression des Etats-Unis (condamnation qui ne cache pas sa satisfaction de voir le fiasco rencontré par cette entreprise militaire dans l’opinion publique mondiale) et le recours aux penseurs de l’ancienne Chine pour porter un juement sans appel :

 

« Hélas, quelle déplorable et lamentable guerre dans laquelle se fourvoient et se dépêtrent les Etats-Unis durant ces quatre années en Irak ! [...] Les rassemblements et les manifestations contre la guerre en Irak organisés à travers tous les Etats-Unis montrent que depuis les quatre années qui ont suivi le déclenchement de cette guerre, un nombre croissant d'Américains comprennent que celle-ci est un grand malheur, un cruel fléau et un pénible désastre pour les deux peuples des Etats-Unis et de l'Irak. [...]

 

Les sondages effectués dans divers pays du monde, y compris les proches alliés des Américains, tels que la Grande-Bretagne , l'Australie, le Japon et l'Allemagne, montrent que le prestige des Etats-Unis a subi un déclin brutal et est arrivé au niveau le plus bas. Lors de sa visite en Amérique latine, le Président Bush a rencontré partout des protestations qui prouvent que les Etats-Unis ont payé très cher leur aventure téméraire et hasardeuse en Irak et qu'ils ont subi un échec moral sans précédent. [...] Quatre années auparavant au 1er mai, le Président Bush, tout enorgueilli, se glorifiait de ses « succès » en Irak et déclarait au monde entier : la guerre contre l'Irak a remporté une entière et totale victoire ! Aujourd'hui où quatre années s'est écoulées, devant la marée des manifestations anti-guerre, Bush est obligé de se dérober au Camp David pour se creuser la cervelle afin de trouver les moyens de tirer son épingle du jeu et de se dégager de la situation difficile et embarrassante. [...]

 

Le philosophe de la Chine antique Sun Zi (né en l'an 535 av. J.-C.) a dit : L'envoi de troupes hors des frontières est une affaire d'Etat d'importance. Car c'est une question de vie ou de mort et c'est pourquoi on ne peut pas ne pas y réfléchir mûrement et prudemment avant d'agir. »

 

Et d’ajouter, deux jours plus tard, dans un éditorial intitulé sobrement La Chine est un grand pays qui agit de façon responsable :

 

« Depuis plusieurs siècles, notre planète a toujours été centrée sur le monde occidental. Aujourd'hui, malgré les grands et importants changements survenus dans notre monde, l'opinion publique occidentale continue à répandre et à développer la théorie selon laquelle l'Occident est le centre du monde, et cette théorie fait toujours fureur dans les pays occidentaux qui considèrent que si les autres se conforment à leurs idées et agissent comme eux, ils ont alors bien rempli leurs responsabilités ; mais si par hasard certains n'ont pas agi comme eux, ils affirment alors que ces derniers ne se sont pas acquittés de leurs responsabilités. La pensée que tout soit axé sur soi et que tous les autres doivent agir pour satisfaire son intérêt personnel est quelque chose d'irrationnel, d'illogique, d'absurde et d'inacceptable, et aucune personne sensée, judicieuse et responsable n'agirait comme cela. »

 

Toujours le 20 mars, la version française en ligne du Quotidien du Peuple commettait une maladresse de vocabulaire qui pourrait bien lui amener quelques ennuis de la part du gouvernement chinois :

 

« Les chiens de garde de la télévision chinoise ont interdit une station de télévision en ligne sur internet, pour avoir opéré sans licence, dans une énième tentative de réguler les programmes de télé en ligne. »

 

Pour information, ces « chiens de garde de la télévision chinoise » ne sont autre que la Direction Etatique de la Radio , du Film et de la Télévision (SARFT), c’est-à-dire un département d’Etat... Inutile non plus de rappeler que Le Quotidien du Peuple est le premier média de la presse officielle, donc dépendant de l’Etat. Le traducteur français du journal ignorait visiblement que l’expression « chien de garde » avait un sens clairement péjoratif, voire insultant. Imaginez un haut fonctionnaire du Parti comprenant le français et lisant cet article... On en a limogé pour moins que ça.

 

 

Autres sujets intéressants cette semaine sur Internet :

 

-          Ici le blog de Salut Public publie une analyse intitulée Ingérence et Droits de Réserve dans laquelle on parle, entre autres choses, de la misère des mingongs et des enjeux énergétiques chinois au Liban. 

 

-          Ici le blog du journaliste français Olivier Le Clouërec publie, à l’occasion de la journée internationale de la francophonie, le témoignage d’une jeune Chinoise étudiante en français sur son rapport à la langue française.

par David L'Epée publié dans : revue de presse
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Mercredi 21 mars 2007

Hier, mardi 20 mars, était, comme vous le savez, la Journée Internationale de la Francophonie. La semaine passée, à Pékin comme dans de nombreux endroits du monde, avait lieu à cette occasion la Semaine de la Francophonie. Le Centre Culturel Français n’avait pas lésiné sur les moyens en proposant un programme riche et varié, de la rétrospective de films francophones aux conférences littéraires en passant par la projection de spots publicitaires et des expositions de photos. Les réjouissances étaient inaugurées vendredi dernier par un grand concert international de musique francophone, avec des artistes que je n’aurais jamais, pour certains, imaginé pouvoir voir si loin de chez eux. Il y avait notamment au programme, dans la catégorie hip-hop, Java, le fameux groupe parisien, et Big Red, le MC non moins connu du groupe Raggassonic. Le tout en entrée gratuite – dans la limite des places disponibles, comme il se doit.

 

Et voilà bien le problème : lorsque nous sommes arrivés, avec Yiqi, au guichet du Nhu Lounge, les billets avaient déjà tous été vendus. Confus d’avoir traversé la capitale pour rien et déçu quant à moi de ne pas pouvoir voir Java, dont je suis un auditeur de la première heure, nous sommes allés prendre un verre dans un café non loin de la salle de concert. Nous prenons un café, feuilletons la presse, n’ayant plus vraiment d’espoir de pouvoir revenir à la charge, lorsque, après une petite demie-heure, nous voyons entrer cinq individus étrangement vétus (par rapport aux modes pékinoises s’entend), au faciès aussi pâle que moi, et parlant également ma langue. Passé l’étonnement d’entendre parler français en ces lieux et de voir ces cinq leucodermes en bonnets dans un endroit si inattendu, je finis par les identifier. Les musiciens de Java !

 

Ils étaient tous là, le MC (chanteur), l’accordéoniste, le batteur, le « contrebassiste » (je le mets entre guillemets car sa contrebasse est un peu particulière) et le joueur de tam-tam ! Impossible de s’y tromper, j’avais vu leurs portraits plusieurs fois dans les fanzines et les revues spécialisées. Ne perdant pas le nord, je m’empresse d’engager la conversation, de faire quelques compliments d’usage et de les féliciter pour leur dernière reprise de Bobby Lapointe (une nouvelle version du Saucisson de Cheval, pour ceux qui connaissent).

 

« Et vous venez nous voir jouer à onze heures ? nous demande le batteur.

« On voudrait bien, mais il n’y a plus de billet...

« Qu’à cela ne tienne ! Rentrez avec nous, vous êtes nos invités. »

 

Et c’est ainsi qu’une fois nos cafés et bières respectifs avalés, nous sommes tous les sept entrés dans la grande salle du Nhu Lounge, passant triomphalement devant la guichetière acerbe qui nous avait barré le passage une heure auparavant. Nous sommes arrivés juste pour voir la fin du concert de Pascal Gemme, un colosse québécois au profil celtique qui faisait danser le public au son du violon sur des airs traditionnels. Après une courte pause, nous avons assisté à une performance un peu faiblarde du Belge Sacha Toorop (dont la moitié du répertoire était d’ailleurs en anglais, ce qui semble avoir échappé aux organisateurs de la soirée).

 

Puis Java est arrivé sur scène pour plus d’une heure et demie d’un concert exceptionnel. Ambiance parisienne, gouaille des faubourgs, casquettes de gavroche sur l’oreille, les cinq musiciens ont excellé dans ce style qu’ils sont les seuls à exploiter et qu’on appelle désormais le rap-musette. Entre le rythme très hip-hop de la batterie et les accords d’accordéon, ils ont recréé au coeur de Pékin l’ambiance festive des bals populaires parisiens d’antan. Au milieu du concert, entre deux pogos joyeux, ils ont invité tous les Français à apprendre aux Chinois présents dans le public à danser la musette ; c’est bien la première fois que je voyais une telle scène dans un concert de hip-hop !

 

Erwan, le chanteur du groupe, en plus d’être un poète hors pair maîtrisant à perfection les finesses de la langue française (notamment à travers de brillants jeux de mots), a cette verve bien française qu’on ne trouve que dans l’Hexagone, celle d’un Renaud (dont il a d’ailleurs un peu l’accent) ou d’un Boris Vian. Après leur célèbre chanson Métro, qui fait se glisser dans chaque vers le nom d’une station de métro parisienne, ils ont enchaîné avec une chanson burlesque sur Dieu dans laquelle, se riant de toutes les fatwas, ils ont fait participer sur scène... Dieu lui-même, sous la forme d’un ogre en robe à la blanche barbe fleurie...

 

Je ne saurais trop vous conseiller l’écoute de Java, à travers leurs deux albums Hawaï et Safari Croisière, ou Radio Cortex, le solo de Erwan, dans lequel, entre autres perles, on trouve une réécriture toujours argotique mais réactualisée du Laisse Béton de Renaud (réintitulé Lâche l’Affaire). Il existe également un enregistrement en live d’un de leurs concerts que vous pourrez trouver sous le titre très programmatique de Sexe, Accordéon et Alcool. Du bon hip-hop qui – une fois n’est pas coutume – ne vient pas de la banlieue mais des faubourgs de la capitale. Un style résolument français qui sonne comme la réconciliation populaire et dansante des Gaulois de Paris et des Céfrans de Paname (pour reprendre une expression chère à nos amis de Salut Public). Avec de tels artistes, la chanson française à textes a encore de beaux jours devant elle : espérons qu’elle ne se fasse jamais déborder par la pop aseptisée et cosmopolite des labels internationaux et qu’elle reste cette création si particulière de troubadours sachant allier l’érudition de nos belle lettres avec la tchatche et l’esprit des classes populaires.

 

Le dernier concert, celui de Big Red, accompagné dans sa prestation par DJ Silence, était d’un tout autre ton, orienté plutôt drum’n bass mais toujours très inspiré du dance hall ragga ; de quoi danser encore une bonne heure avant de rentrer. Une très bonne soirée en somme. Merci au Centre Culturel Français pour ces réjouissances et pour faire vivre notre belle langue française, dans une ville où elle semble d’ailleurs devenir de plus en plus appréciée.

par David L'Epée publié dans : musique
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Mardi 20 mars 2007

Quand on provoque la Chine , la réponse ne se fait jamais attendre très longtemps. Le Département d’Etat des USA l’a appris à ses dépens lorsqu’il y a quelques semaines, il a fait paraître un dossier incendiaire sur la situation des Droits de l’homme en Chine.

 

 

 

La réaction du gouvernement chinois a été vive, comme le rapporte Le Quotidien du Peuple du 9 mars :

 

« Le porte-parole du Ministères chinois des Affaires étrangères Qin Gang a déclaré, lors de la Conférence de presse tenue le 7 courant, qu'à travers 2006 Country Reports on Human Rigthts Practices le Département d'Etat américain s'est permis à des attaques dénuées de tout fondement au sujet des Droits de l'homme en Chine. A cet effet, la partie chinoise exprime son mécontentement énergique et violent et son opposition ferme et résolue. [...]

 

Qin Gang a affirmé que les Etats-Unis ne sont aucunement qualifiés pour se poser en « gardiens des droits de l'homme » et cela est un fait dont toute la communauté internationale est consciente. C'est pourquoi nous conseillons à la partie américaine d'accorder un peu plus d'attention à ses propres problèmes des Droits de l'homme et de ne plus procéder à la pratique erronée de se servir du problème des Droits de l'homme pour s'ingérer dans les affaires d'autrui. »

 

Ce refus de l’ingérence étrangère (héritage de l’anti-impérialisme du temps de Mao) et cette revendication à la souveraineté (« ne vous mélez pas de nos affaires ») sont typiquement chinois. Et il est difficile de leur donner tort. Mais la riposte ne s’est pas contentée d’un démenti formel des accusations lancées par les Etats-Unis. Non, cette fois, la Chine a décidé de répondre à son rival avec les mêmes armes (agence Xinhua, 8 mars) :

 

 

«  La Chine a publié jeudi 8 mars un Dossier sur les Droits de l'Homme aux Etats-Unis en 2006, en réponse au Rapport américain sur les Droits de l'Homme publié mardi par le Département d'Etat des Etats-Unis. Réalisé par le Bureau de l'Information du Conseil des Affaires d'Etat de Chine, ce dossier met en lumière, de multiples cas à l'appui, la situation des Droits de l'Homme aux Etats-Unis ainsi que leur violation des Droits de l'Homme dans d'autres pays. Selon ce document, les Etats-Unis, qui se placent au-dessus des autres nations et restent muets sur leur propre violation des Droits de l'Homme, critiquent à n'en plus finir la pratique des autres pays sur les Droits de l'Homme, ce qui démontre pleinement leur hégémonisme et leur pratique de deux poids-deux mesures quant à la protection des Droits de l'Homme.

 

La publication de ce dossier vise à aider les peuples du monde à mieux connaître la situation aux Etats-Unis. Le document passe en revue la situation des Droits de l'Homme aux Etats-Unis sous sept aspects en 2006, dont

 

-          la vie

-          la propriété et la sécurité des habitants américains

-          la violation des Droits de l'Homme par les départements judiciaire et administratifs

-          les droits civils et politiques

-          les droits économiques, sociaux et culturels

-          la discrimination raciale

-          les droits des femmes, des enfants, des personnes âgées et handicapées

-          la violation des Droits de l'Homme par les Etats-Unis dans d'autres pays. »

 

Une question aussi grave et importante que le respect des Droits de l’Homme, dans quelque endroit du globe que ce soit, ne devrait pas être prétexte à des réglements de compte politiques, mais il est agréable quelquefois de voir qu’il existe (et ce n’est qu’un début) des pouvoirs ayant assez d’audace pour remettre les « gendarmes du monde » à leur place.

par David L'Epée publié dans : revue de presse
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Lundi 19 mars 2007

Suite des aventures de Noé, comme tous les lundis

 

 

Un soir d'hiver, après la fatigue d'une journée froide, j'avais envie d'un bon revitalisant, quelque chose qui me redonne un peu de punch. Je suis donc allé avec un ami manger un bon bol de ramen très épicées. Non pas ces ramen instantanées et déshydratées que l'on trouve en container plastique dans les rayons asiatiques des grandes surfaces, auxquelles il suffit d'ailleurs d'ajouter un peu d'eau chaude quelques instants pour un repas improvisé, un rien malbouffe. Non, les vrais ramen japonaises dans des restaurants spécialisés dans ce plat. Une recette empruntée à la Chine qui à force de transformation a fini par devenir typiquement japonaise. Dans un bouillon (ici à base de poulet) on plonge pâtes, tranches de porc et légumes (choux, poireaux,...). A la surface flottait tellement de morceaux de piments rouges qu'on ne pouvait pratiquement plus voir le contenu du bol. J'avais les naseaux en flammes et les yeux qui pleuraient de bonheur. Mais l'émotion était forte et l'estomac en labeur. Pour rassurer ceux qui se rendraient dans un futur proche au Japon, il s'agit là d'une recette un peu spéciale du magasin en question et l'on peut normalement apprécier ce plat sans devoir se faire incendier la trachée.

Le soir d'hiver suivant, je me suis rendu dans une salle de Pachinko malgré toutes les contre-indications de mes connaissances japonaises. Le phénomène est populaire et je voulais voir de quoi il en retourne.  Dans les grandes villes, on aperçoit un peu partout ces salons de jeux d'argent au design très criard. Mais le plus déconcertant n'est ni le néon fluo tape-à-l'oeil ni le graphisme hideux qui s'en dégage. Non, une bien plus jolie surprise attend le visiteur ignorant. Quand les portes automatiques s'entrouvrent sur votre passage comme une invitation à rentrer, un tintamarre assourdissant vous envahit les oreilles avec la même agressivité qu'une rafale de vent sur le visage. Dès lors, on est déjà réticent à faire un pas de plus. Mais poussé par la curiosité, je m'aventure dans la nébuleuse. L'oreille ingénieusement conçue doit-t-elle sans doute par une réaction d'ordre physique se boucher instantanément de cire pour affronter une telle agression. Que dire alors des clients qui restent a l'intérieur de la salle à longueur de journée ?

 

Dans la pièce aveugle, éclairée aux seuls néons et derrière la brume épaisse de fumée de tabac on peut apercevoir, en rangées serrées comme des bidasses à l'appel, les fameuses machines à sous de Pachinko, sorte de flipper vertical japonais en plus primitif. La stratégie quasi-inexistante consiste à éjecter de petites billes, avec une molette automatique, qui filent sur un parcours de petits clous. Suivant le parcours aléatoire qu'elles empruntent, vous pouvez gagner d'autres billes pour continuer la partie. Une fois que vous en avez assez du jeu (c'est-à-dire tout de suite pour un individu standard) vous pouvez échanger en arrière-boutique vos billes contre monnaie trébuchante. Il va de soit que vous avez peu de chances de rapporter le gros lot et les plus acharnés s'accrochent désespérément devant cette machine supposée salvatrice représentant l'accès au bonheur et à la prospérité du petit peuple. Des parieurs en effet, se trouvent fréquemment chez les sans-emploi (mais où donc trouvent-t-ils donc l'argent pour jouer?), les retraités qui veulent essayer d'arrondir leurs fins de mois, et autres personnes souvent défavorisées par la vie,...

 

Je m'installe dans l'un des rares sièges disponible (malgré le nombre élevé de machines) et introduit 1000 yens dans l'appareil (env.12CHF). Après avoir fait tourner une molette, les billes sont éjectées et l'on en contrôle seulement la puissance de propulsion. Elles dégringolent à toute vitesse et l'on se contente de les suivre des yeux, cherchant encore innocemment une règle a ce jeu anarchique. C'est qu'elles ont vites fait de suivre la loi de la gravité, étant entraînées tout comme votre argent dans une fente obscure dont elles ne ressortiront jamais. Surpris par la sottise d'un tel jeu, on actionne encore désespérément le levier inerte, on cherche un principe, une erreur commise, et à regarder les faces endormies des pachydermes voisins, ont finit par se dire qu'on est trop grand pour ce genre de bêtise et trop naïf pour s'être fait voler de la sorte. Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus...  


On trouve souvent à proximité d'un tel phénomène toutes sortes de machines à sous dont une seule, à mes yeux, vaut vraiment le détour. Il s'agit d'un appareil où l'on peut jouer seul ou à deux du taiko, sorte de tambourin japonais. On empoigne une paire de grosses baguettes en plastique et choisit sur un écran le niveau de difficulté et la musique désirée. Il faut alors taper le taiko en rythme suivant les indications défilant sur l'écran. Un petit point rouge signifie un petit coup de baguette sur la surface du tambour. Un gros point rouge symbolise un coup plus percutant. Les points bleus doivent quand à eux être tapés sur le côté du taiko. Il y a aussi toutes sortes de bonus ou éléments à roulement de tambour. C'est très amusant à jouer et pour une fois, le divertissement est exempt de violence ou autres armes à feu, ce qui est plutôt rare.

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Samedi 17 mars 2007

A la fin du mois de février, à l’approche de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC), le Premier ministre Wen Jiabao a présenté un discours intitulé "Les Tâches Historiques au Cours de la Première Phase du Socialisme". Ce discours, relayé par tous les médias officiels, est extrêmement concis et direct. Avec une franchise à laquelle la politique ne nous avait pas toujours habitués, Wen Jiabao dresse un constat assez dur de la situation : le socialisme en Chine est toujours dans sa phase de construction et il faudra attendre encore plusieurs « dizaines de générations » (je cite) pour voir son avénement décisif et durable.

 

Cette théorie des « générations sacrifiées », propre au communisme et particulièrement à la Chine (pour des raisons que l’on comprendra aisément) n’est pas nouvelle, certes – elle date au moins de Lénine et des « lendemains qui chantent » célébrés par la propagande soviétique. Mais l’exprimer ainsi, de but en blanc, devant son peuple, révèle le profond pragmatisme acquis par le régime chinois au fil du temps. Reconnaître l’imperfection du système, l’état inabouti du socialisme actuel, ce n’est pas seulement une question d’honnêteté politique, c’est aussi et surtout une posture résolument réaliste. Et le réalisme est toujours un peu dur.

 

Voici un passage choisi de ce discours, que je vous invite à lire avec attention :

 

« La première phase du socialisme à la chinoise indique que le pays reste encore sous-développé à la fois dans ses forces productives et dans son système socialiste, qui réclament davantage de réformes et d'innovations. [...] Pour consolider et faire avancer le socialisme, la Chine doit pleinement comprendre et bien mener deux tâches : libérer et accélérer la productivité afin d'augmenter la richesse matérielle de la société chinoise, et progressivement améliorer l'équité et la justice sociales afin d'activer la créativité du peuple et de promouvoir l'harmonie sociale. [...]

 

Sans le développement durable de la productivité, la Chine ne peut matérialiser l'équité et la justice sociales. Sans progression de l'équité et de la justice sociales de manière appropriée et graduelle, la Chine ne peut pleinement mobiliser l'enthousiasme et la créativité de la société tout entière, ce qui empêchera de maintenir la croissance de la productivité. [...]

 

Les objectifs de l'édification socialiste de la Chine étaient d'éliminer l'exploitation et la bipolarisation, et de réaliser la prospérité commune. Consolider et faire avancer le système socialiste du pays réclamera les efforts concertés et continus de plusieurs, voire une dizaine et même des dizaines de générations. »

 

Ce passage nous apprend plusieurs choses sur la conception chinoise du socialisme et son évolution. Ce socialisme de la croissance, loin des idéaux « décroissants » de nombreux gauchistes occidentaux (que je respecte), qui oscille de façon permanente entre massacre des ressources (naturelles et humaines) et développement durable (1), ne s’inscrit pas seulement dans une logique de redressement du pays, mais aussi dans une logique d’affirmation de la Chine dans le contexte de la mondialisation.

 

Ancien pays pauvre, ancien pays colonisé et inféodé à des puissances étrangères, nation ambitieuse et en pleine phase de développement, la Chine sait que dans la structure actuelle du monde – celle de la concurrence globalisée entre les pays – elle ne pourra garantir sa souveraineté que par sa supériorité. Elle sait par expérience qu’on soumet les pays pauvres, les pays faibles, les pays sous-développés. Elle ne veut plus revenir à cet état honteux, elle doit donc s’affirmer, rejoindre les puissants – non pas pour collaborer mais pour leur tenir tête – et, si possible, les dépasser sur certains points. Le constat est terrible, mais dans un monde globalisé, la garantie de la souveraineté d’une nation est à ce prix-là.

 

D’où l’obsession de la croissance, d’où la surchauffe de la productivité, d’où l’explosion du dernier budget militaire (car qui veut l’ « émergence pacifique » prépare la guerre). « Augmenter la richesse matérielle de la société chinoise » est donc à la fois un impératif social et un impératif géopolitique. C’est cet aspect géopolitique du problème qui est nouveau dans le socialisme chinois et qui est lié à l’actuelle mondialisation – car je rappelle que cette mondialisation n’est en aucun cas une mondialisation de coopération entre les pays mais au contraire une mondialisation de la concurrence et des guerres économiques.

 

En quoi l’impératif géopolitique est-il lié à l’impératif social ? Par une causalité très simple : si la Chine veut se protéger des ingérences extérieures dans ses propres affaires (inutile de préciser de la part de qui), si elle veut continuer de se gérer comme elle l’entend et maintenir le régime en place, elle a besoin de dissuader ses éventuels ennemis de tenter toute action de subversion ou simplement d’intervention chez elle. Pour les dissuader, elle doit s’affirmer face au reste du monde, présenter une image de force, un front inattaquable. Si elle y parvient, elle pourra poursuivre en paix la construction du socialisme et ainsi marcher sur la voie de l’amélioration du niveau de vie de ses citoyens. Par le succès de sa lutte géopolitique, la Chine sera en mesure de remplir sa mission sociale auprès de son peuple. Ce sont là les deux faces de son objectif de « prospérité commune ».

 

Pour le reste du discours, le message est exactement le même que celui qu’on apprend à tous les écoliers chinois, à savoir que le chemin vers le socialisme est long et sinueux et qu’il faudra encore attendre plusieurs générations (peut-être plusieurs dizaines, nous dit Wen Jiabao) pour connaître le communisme, qui est, si on prend la logique de développement marxiste au pied de la lettre, l’aboutissement du long processus actuel qu’on appelle socialisme.

 

Cette « sinuosité » de la voie socialiste chinoise, que les prédécesseurs de Wen avaient déjà mis en exergue, signifie aussi, outre son caractère très lent et parfois laborieux, que le développement peut emprunter plusieurs chemins différents, se tromper, revenir en arrière, se rectifier, tourner autour du pot, repartir de plus belle dans une direction opposée... L’histoire de la Chine depuis la fondation de la République en 1949 l’a montré abondamment : à une période de relative équilibre social (années 50) a succédé une grande campagne anti-droitière et de dénonciations des intellectuels, suivie d’une crise économique sans précédent (le Grand Bond en Avant), puis des excès de la Révolution culturelle, de divers révolutions de palais qui ont abouti, après la mort de Mao et après la destitution de la bande des Quatre, a ramener au pouvoir une fraction jadis disgrâciée du Parti, fraction qui prit le contrepieds de la politique des années 60-70 pour se tourner vers l’ouverture et un certain nombre de réformes économiques. A partir de là, l’évolution semble se stabiliser un peu, mais ce n’est qu’une impression. Suite à la crise de 1989, on verra arriver au pouvoir une équipe dirigeante (celle de Jiang Zemin) qui se fera rapidement détester des masses populaires par ses dérives libérales (tout en prétextant suivre la ligne tracée par Deng Xiaoping), suivie de l’équipe actuelle (Hu Jintao et Wen Jiabao), rivale féroce de la précédente, à la fois plus modérée et partisane d’un retour à certaines formes d’étatisme susceptibles de freiner les risques créés par l’ouverture : c’est à elle notamment qu’on doit le grand mouvement actuel de protectionnisme que j’évoquerai dans une série d’articles à venir.

 

C’est, je crois, ce qu’on peut appeler une chemin « long et sinueux »...

 

Tout cela – et ce sera ma conclusion – n’est pas sans faire penser à ce qu’avait pu dire Mao il y a de cela plus de quarante ans :

 

« L’étape de la société socialiste est une période historique relativement longue qui ne connaît pas la disparition des classes, des luttes de classes et des contradictions de classes. Subsistent donc la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste, ainsi que le danger d’une restauration du capitalisme. Il nous faut admettre la permanence de ce genre de luttes et ne pas en méconnaître la complexité. Il faut rester vigilants. Il faut mettre en pratique l’éducation socialiste. » (2)

 

(1) Car le développement et la primauté de l’ « harmonie » prônée par Hu Jintao va aussi, heureusement, dans ce sens, et de plus en plus avec les avancées techonoligiques. Ségolène Royal le relevait lors de son voyage en Chine il y a quelques mois : « C'est d'ici que viendra la survie et l'invention du nouveau modèle de développement, celui du développement durable. » (dépêche AFP, 9 janvier)

(2) Mao Zedong, Intervention à la Conférence de Travail du Comité Central du Parti Communiste Chinois du 9 août 1962 à Beidahe

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                - Et  pendant  ce  temps-là,  tout  a  Droite  du  Parti

par David L'Epée publié dans : politique
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Jeudi 15 mars 2007

 

Je vous ai raconté il y a quelques jours comment j’avais été engagé par le Groupe des Femmes d’un Certain Age, association féminine de volontaires d’entraide citoyenne, pour photographier la répétition générale d’un numéro de chant qu’elles préparaient pour le spectacle du district. Le spectacle a finalement eu lieu, réunissant un certain nombre d’habitants du district. Le district en question regroupait toute la ville de Dezhou à l’exception de la périphérie, soit environ un demi million de citoyens. Les participants à la fête étaient bien sûr moins nombreux mais il y avait tout de même du monde dans ce restaurant du centre-ville à la décoration végétale. Les gens, par petits groupes d’une dizaine environ, étaient assis autour des traditionnelles tables rondes dont la salle à manger était remplie.

 

Lorsque je suis entré dans la grande salle, au bout de laquelle on avait dressé la scène pour le spectacle, une jeune fille assise devant laquelle je passais s’est retournée et m’a dit : « Ni hao Da wei ! » (Bonjour David) J’ai été un peu étonné, ne l’ayant jamais vue auparavant, mais je me suis souvenu du reportage de la télévision et des articles de journaux. Il n’était d’ailleurs pas très difficile de me reconnaître : j’étais le seul Blanc de la fête. Quelques jours auparavant, deux balayeuses dans la rue m’avaient également montré du doigt après mon passage (et en pensant que je ne les entendais pas) et l’une avait dit à l’autre : « J’ai déjà vu cet étranger dans la télévision ! » Je n’en ai eu que plus honte pour les médiocres interviews auxquels je m’étais livré...

 

Après avoir pris le thé avec les Dames d’un Certain Age qui achevaient de se maquiller, Yiqi et moi avons été présentés à un haut fonctionnaire qui nous avait gardé une place à la table d’honneur. En effet, sur la grande table ronde, la plus richement parée et située juste devant la scène, nos deux noms figuraient ma