
Ces derniers mois, les médias, chinois ou étrangers, se sont longuement arrêtées sur certaines questions d'actualité en Chine auxquelles les lecteurs du blog sont maintenant familiers : contrôle d'Internet, liberté d'expression, blogosphère, télévision, etc.
Le site militaire français d'informations Armées.com nous rapportait le 16 janvier dernier que le contenu des programmes télévisés chinois n'était pas encore satisfaisant de l'avis des instances politiques responsables :
« "Il y a encore une tendance à la vulgarité dans une partie des programmes télévisés. Les émissions de téléréalité sont trop nombreuses, trop confuses. Une partie de ces programmes sont particulièrement vulgaires", a déclaré cette semaine au cours d'une conférence annuelle Wang Taihua, ministre chargé de l'Administration d'Etat de la radio, du cinéma et de la télévision. M. Wang a précisé qu'en 2007, son administration allait renforcer ses contrôles pour "purifier les écrans".
Le ministre n'a pas donné de détails sur les émissions concernées, indiquant simplement que les programmes télévisés devaient davantage refléter les objectifs du régime communiste visant à l'établissement d'une société harmonieuse, qui met l'accent sur la justice sociale et le respect de l'environnement. »
Il n'y a malheureusement pas qu'à la télévision que ces problèmes de vulgarité se posent. Avec le développemenet et la diversification des nombreuses technologies audiovisuelles, même les téléphones portables sont aujourd'hui suspects de receler un contenu répréhensible ; c'est ce que nous apprend une dépêche Xinhua du 28 mars :
« Les Pékinois qui ont envoyé des textos ou SMS pornos par téléphone mobile pourraient subir une amende pouvant aller jusqu'à 3000 yuans (385 dollars) et deux semaines de détention, a averti le département local de la sécurité. Ceux qui vendent de tels contenus feront face à une peine allant de six mois à trois ans de prison, selon la loi pénale et la loi sur l'administration de la sécurité publique. »
J?en profite pour amener une petite correction à la présentation que j'ai publiée il y a quelques jours sur ce blog sous le titre de Que faut-il savoir lorsqu'on est internaute en Chine ? J'y écrivais notamment ceci :
« Les cybercafés, pour obtenir une licence, doivent répondre aux conditions suivantes : posséder les logiciels adaptés pour bloquer les sites interdits, et conserver pendant au moins soixante jours l'identité de chaque internaute, les sites sur lesquels il est allé et ceux auxquels il a essayé d'accéder, ces derniers étant en général les plus compromettants, et pour cause puisqu'ils ne sont pas accessibles. Ces listes doivent régulièrement être envoyées au Bureau de la sécurité publique qui y donne suite si nécessaire. Outre ces conditions, pour ouvrir un cybercafé, il faut également disposer d'un personnel qualifié et ne pas se situer à moins de 200 mètres d'une école primaire ou d'une zone résidentielle, protection de la jeunesse oblige. »
J'ai appris récemment que cette manière de faire était déjà dépassée et que la politique concernant l'ouverture des cybercafés s'était dratiquement restreinte. Elle est à maintenant très simple : on n'ouvre plus de cybercafés. Une dépêche Yahoo Actualités datée du 7 mars nous l'explique :
« Craignant l'addiction à internet et la délinquance juvénile,
la Chine a interdit l'ouverture de nouveaux cybercafés cette année, rapporte l'agence officielle Chine Nouvelle. « En 2007, les gouvernements locaux ne doivent pas autoriser l'ouverture de nouveaux cafés internet » affirme une directive citée par Chine Nouvelle et publiée conjointement par quatorze services gouvernementaux, dont le ministère de
la Culture. [...]
La note coïncide avec l'appel des parlementaires, réunis en session annuelle de l'Assemblée nationale populaire, en faveur d'une réglementation plus stricte pour éloigner les adolescents des cybercafés, qui sont souvent perçus comme des foyers de la délinquance juvénile.
La Chine a déjà interdit les cybercafés aux mineurs et inflige de lourdes amendes aux opérateurs qui ne respectent pas les régulations. Le pays souhaite endiguer la forte progression du taux d'addiction qui a accompagné l'expansion rapide d'internet dans les dernières années. »

Pourquoi lier cybercafé et délinquance ? Car qui dit cybercafé, quant à l'utilisation qu'en font de nombreux jeunes (notamment à travers les jeux vidéos) dit violence. On parle aujourd'hui en Chine de « culture de la violence ». Déplorant la prolifération des représentations de violence et la faillibilité de la censure d'Etat, Le Quotidien du Peuple du 7 mars
«
La Chine a besoin d'une loi pour restreindre la "culture de la violence" omniprésente dans les médias du pays afin de protéger les esprits jeunes et vulnérables, a déclaré mardi un législateur, en marge de l'actuelle session annuelle parlementaire. Seule la législation peut limiter la diffusion de la violence dans les médias en définissant clairement où et comment elle peut être diffusée, a dit Peng Fuchun, député à l'Assemblée populaire nationale. Peng, professeur de philosophie à l'Université de Wuhan, dans la province centrale du Hubei, a indiqué que la propagation rapide en Chine d'une culture de la violence, conséquence de la période de transition sociale, avait des effets négatifs sur la morale sociale et gâchait l'épanouissement de la jeunesse.
Le cinéma, la télévision et Internet sont les principaux médias où les contenus violents dominent, selon Peng. L'absence d'un système d'évaluation des films et de censure efficace des productions télévisées expose les adolescents aux scènes de violence dans les médias, a dit Peng, accusant les producteurs de cinéma et de télévision de promouvoir leurs productions en utilisant des descriptions détaillées et saisissantes de la violence, de l'horreur et du crime comme arguments de vente. »
C'est un tout autre son de cloche du côté de la presse suisse. Le 17 mars, Le Temps, présent au Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) a rencontré Cai Chonguo, invité par le festival en question. Nous avons déjà parlé sur ce blog de Cai Chonguo, ancien leader syndicaliste ayant fui
la Chine lors des événements de 1989 et lançant désormais, depuis
la France , de fréquentes attaques contre le régime communiste. Interviewé par Le Temps, Cai Chonguo s'exprime ainsi :
« La censure se renforce. Des dizaines de milliers de cyberpoliciers contrôlent vingt-quatre heures sur vingt-quatre le Net. Aucune société informatique ou serveur n'y échappe. Les 130 millions d?internautes chinois et les 15 millions de blogueurs sont surveillés. Sur chaque blog doit s'inscrire cette annonce: « Dénoncez l'information malsaine. Récompense ». L'autocensure est une arme encore plus efficace que la police. Les dénonciations sont par ailleurs courantes : par patriotisme, pour bien se faire voir d'un supérieur, par jalousie ou même pour des raisons de concurrence économique. Le gouvernement va bientôt publier une nouvelle loi sur les blogs qui obligera à s'annoncer sous son vrai nom. [...]
Je suis beaucoup plus pessimiste qu'il y a trois ans. Les sujets sensibles sont de plus en plus nombreux. Malgré le développement d'Internet, on n'est pas plus libre.
[...] Internet est devenu un puissant instrument de propagande, de désinformation aux mains du pouvoir. Les forums de discussion sont filtrés, les articles en faveur de la démocratie occidentale disparaissent. La censure sélectionne l'information, fabrique une fausse opinion publique, on trompe le peuple. Avec le développement d'Internet, les Chinois ne créent pas plus de liens avec le monde extérieur. Au contraire, il y a un risque qu'ils en soient de plus en plus coupés, que le malentendu s'accentue. Depuis dix ans, Internet accompagne la montée du nationalisme et de la xénophobie. »
Une fois encore, je me permets de publier cette opinion de Cai Chonguo, même si je ne la partage absolument pas, mais je tiens à donner sur toutes les questions relatives à
la Chine un faisceau de positions le plus large possible.

Quant à savoir ce que je pense de toutes ces questions brûlants, je ne me répéterai pas une énième fois car cela deviendrait lassant pour mes lecteurs les plus fidèles. Ceux qui auraient raté les épisodes précédents de ce long débat peuvent aller lire les billets ci-dessous :
- Que Faut-il Savoir lorsqu’on est Internaute en Chine ?
- Que Faut-il Savoir lorsqu'on est Journaliste en Chine ?
- La Réglementation cHINOISE D'iNTERNET
- Liberté des Médias, Criminalité Sexuelle et Violence Juvénile
- Reporters Sans Frontières Prend
la Défense des Pornographes Chinois
- Flirt avec le Filtre
- Les Grandes Idées se Côtoient
- Internet : le Nettoyage Continue
-
La Chine veut Lutter contre
la Dépendance à Internet
- Une Méthode Militaire pour Redresser les Déviances