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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Mercredi 18 avril 2007

Il y a trois semaines, le président chinois Hu Jintao s’est rendu à Moscou pour rencontrer le président Poutine et célébrer le début de l’année de la Chine en Russie. Il semble maintenant clair, de l’avis de beaucoup de spécialistes, qu’un mouvement de rapprochement entre les deux grands pays est en route. Cela n’est pas au goût de tous, car non seulement on est en train de voir se construire une nouveau front sans les Etats-Unis, mais il semble trés clairement que ce soit aussi un front contre les Etats-Unis. Certains journalistes avaient déjà évoqué la question avant les élections vénézueliennes, lorsque Chavez, président et candidat à sa propre succession, avait entamé une grande tournée internationale, à la fois diplomatique et pour acheter des armes, se concentrant sur tous les pays réputés pour leur anti-américanisme. La différence, c’est que Chavez a toujours mené une politique franche et directe (espérons que cette force ne devienne pas sa faiblesse face à ses ennemis) alors que la Chine et la Russie ont préféraient des stratégies de faux-semblant pour mieux parvenir à leur but. Mais ce but, désormais, est de plus en plus clair, et pour les uns comme pour les autres, ce qui les unit pourrait bien dès maintenant être plus fort que ce qui les divise.

 

Dans Le Temps du 27 mars, Frédéric Koller, que nous avons déjà cité plusieurs fois sur le blog, écrit la chose suivante au sujet de cette rencontre entre les deux chefs d’Etat :

 

« Les temps changent. Car entre le pays le plus peuplé de la planète et le pays le plus vaste, longtemps seules la peur (côté russe) et la rancœur (côté chinois) ont dominé. Désormais, un objectif commun les unit : renouer avec la puissance dans un monde multipolaire pour contrer l'hégémonie des Etats-Unis. [...] Cette cordiale entente devrait encore se renforcer avec la visite depuis lundi à Moscou de Hu Jintao pour inaugurer l'année de la Chine en Russie. Pour l'année de la Russie en Chine, l'an dernier, le karatéka Poutine avait fait le pèlerinage de Shaolin, le berceau du kung-fu. On ne sait pas encore quelle surprise l'hôte du Kremlin va réserver à l'amateur de danse qu'est le président chinois. [...]

 

Rien n'incarne mieux ce rapprochement sino-russe que le destin croisé de leurs chefs. Entre l'ex-agent du KGB et l'apparatchik issu des jeunesses du Parti communiste chinois, puis formaté à l'école centrale du PCC, il y a une même rigidité, un même goût de l'ordre, une même aspiration à rayonner au nom de la Nation et un même refus de la démocratie occidentale. Alors que l'Europe déplore la dérive dictatoriale du «tsar Poutine» après l'ère libérale de Boris Eltsine, les médias chinois ne ménagent pas leurs satisfecit envers un homme qui, en redressant la Russie , donne raison au modèle chinois. [...]

 

Il y a deux ans, dans un portrait élogieux de Vladimir Poutine, la revue Orient contrôlée par l'agence Chine nouvelle décrivait le président russe non pas comme un «dictateur» qui renvoyait la Russie à son passé soviétique mais comme un «homme du futur». Car les nations qui ont à gérer des empires multiethniques comme la Russie et la Chine , écrivait encore la revue, «aspirent à l'autorité d'un pouvoir fort». [...]

 

Sur le plan international, Moscou et Pékin sont particulièrement soucieux d'empêcher les Etats-Unis de s'installer durablement en Asie centrale. C'est l'objectif non avoué de l'Organisation de coopération de Shanghai qui réunit les deux pays et leurs voisins de la région. Le dossier du nucléaire iranien est une autre illustration de leur position commune face à Washington. Si Moscou et Pékin ont voté les sanctions du Conseil de sécurité le week-end dernier contre Téhéran, ils n'accepteront en aucun cas un recours à la force. »

 

L’hypothèse d’une radicalisation de la position russe face à l’Occident et aux menaces qu’il représente n’est pas que pur fantasme. Nezavissimaïa Gazeta, un journal russe d’opposition, visiblement pro-occidental, le déplore et décrit, comme exemple de l’ambiance qui règne actuellement en Russie, une manifestation des Nachi (littéralement « les Nôtres », organisation de jeunesse du parti de Poutine) en l’honneur de l’anniversaire des sept ans de présidence de Poutine :

 

« Le mouvement proprésidentiel Nachi a organisé, dimanche 25 mars, une manifestation antioccidentale sans précédent dans les rues de la capitale. [...] Dès l'aube, l'avenue Sakharov avait été bloquée par des véhicules spéciaux et bordée de cordons de police. L'événement du jour a été le tract distribué au cours de la manifestation. En dix points, il expliquait de façon nette et précise qui est l'ennemi de la Russie. Réponse : l'Occident. La première question suffisait déjà à provoquer des angoisses : "Que pensez-vous (que penses-tu) du fait que des bases militaires sont déployées tout autour de la Russie et que la tension monte ?" Une question qui semblait rhétorique, et qui l'était. La deuxième question proposait de choisir entre divers ennemis, et suggérait la réponse : les pays occidentaux "et surtout les Etats-Unis", mènent-ils une politique hostile ou amicale à l'égard de la Russie ?

 

La question trois faisait froid dans le dos : "Qu'est-ce que l'Occident cherche à obtenir de la Russie ?" Suivaient plusieurs hypothèses démoniaques, telles qu'"établir dans le pays un régime contrôlé par l'étranger". L'ambiance de cette manifestation ne laissait planer aucun doute sur son objectif : pousser les jeunes à adopter une mentalité isolationniste et antioccidentale par le biais d'une terminologie datant de la guerre froide, vieille d'un demi-siècle mais qui a fait ses preuves. »

 

(traduction française : Courrier International)

 

Un ami du site Salut Public, qui connaît bien la Russie pour y avoir vécu, ainsi que dans plusieurs des ex-républiques soviétiques, a donné sur son site la traduction plus exacte de certains textes présentés sur les tracts des Nachis au cours de cette manifestation :

« Durant l’été torride de 1941, personne ne voulait même penser que la guerre allait éclater. [...] A l’été 1991, personne ne voulait même penser que quelques mois plus tard un immense et grand pays n’existerait plus [...] Aujourd’hui, à l’aube du printemps 2007, à nouveau nous ne voulons pas penser que d’ici quelques mois, en décembre, nous allons encore une fois perdre notre pays. Ils vont nous le prendre, l’Amérique va nous le prendre ! [...] Aujourd’hui nous sommes de la pitance américaine… Regardez par la fenêtre : ces arbres, cette terre, ces champs, ces rues, ces lacs sont à eux ! [...] Cette année ils auront une dernière chance d’établir en Russie un commandement extérieur. Car cette année nous auront des élections [...]

[Il faut] immédiatement mettre en œuvre la deuxième partie du plan Poutine. Parce qu’autrement, nous nous transformerons en Irak, Poutine aura le destin de Saddam Hussein et nous celui des Irakiens, planqués dans les ruines, faisant la queue pour de l’eau. [...] Imagine le matin du 21 juin 1941. Imagine que toi et toi seul sais ce qui se passera demain. [...] L’histoire n’enseigne rien, elle ne fait que punir ceux qui ignorent ses leçons. »

Un nouveau combat dont, une fois de plus, l’Europe sera la grande absente...

 

 

 

Autres billets sur les relations sino-russes :

 

-          Un Axe Paris-Berlin-Moscou ?

-          Il y a 50 Ans : la Hongrie se Révoltait

par David L'Epée publié dans : géopolitique
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Mardi 17 avril 2007

Ce dimanche 17 avril, à Rome, la célèbre maoïste italienne Maria-Antonietta Macciocchi est décédée, à l’âge de 84 ans.

 

Militante communiste puis députée européenne du Parti Radical Italien, elle s’était fait connaître, entre autres ouvrages, par son célèbre livre intitulé De la Chine , écrit suite à un voyage dans la Chine de la fin de la Révolution Culturelle. Ce livre, dont nous avons plusieurs fois parlé sur le blog en en citant de larges extraits, lui valut d’être bannie du Parti Communiste Italien, alors complètement inféodé à l’URSS.

 

Nous garderons le souvenir d’une femme courageuse, communiste authentique, féministe de coeur (dans le sens noble), qui avait tenté de réhabiliter la Chine de Mao dans le cercle de l’Internationale, qui n’avait pas eu peur de défier le Kremlin ni de s’exposer aux foudres et à la censure de la bourgeoisie dominante de son pays. Rejetée à la fois par ses anciens camarades de parti, par les staliniens, et par les médias italiens, elle aura laissé dans l’esprit des Chinois qu’elle a rencontré l’image de ce qu’on appelle ici une « amie-étrangère ». L’internationalisme théorisé par Marx et continué par Mao, elle l’avait compris mieux que beaucoup de ses contemporains européens, fussent-ils communistes, car à l’heure où ceux-ci tournaient leurs regards vers Moscou pour y chercher le socialisme, elle l’avait déjà trouvé. A Pékin.

 

Comme ultime souvenir, permettez-moi de citer quelques mots extraits de son livre dans lequel elle rend hommage à la beauté de la femme chinoise :

 

« La femme chinoise est donc presque toujours belle : chez elle, en effet, le style réside dans une manière d’être, une inspiration, une tension intérieure, une façon d’être, humaine et fragile, qui la rend belle, parfois très belle. Ce style, ce sont souvent aussi ses mains, impeccablement fuselées. Et l’on comprend mal que des mains si fines et menues, loin de s’abîmer, puissent être toujours soignées et conserver leur élégance. Pour juger une femme chinoise, il faut donc moins recourir aux critères habituels qu’à l’intuition. On les trouvera alors très belles, dans ce perpétuel mouvement intérieur qui les conduit à adhérer aux idées nouvelles, à s’y frayer une voie, à y créer leur propre modèle. »

 

De la Chine , Seuil, 1971, p. 431

 

Maria-Antonietta Macciocchi sur le blog :

 

-          Ils ne Sont pas comme nous – Shanghai et le Fléau Colonial

-          Une Ecole dans la Chine des Années 70

-          Hong Kong : la Violence du Stupre

par David L'Epée publié dans : mémoire
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Lundi 16 avril 2007

Et me revoilà une fois de plus à mon poste, au coeur de Pékin, après une dizaine de jour d’escapades dans la Chine mystérieuse. Encore tout courbaturé après l’ascenscion du Mont Taï, une des cinq montagnes sacrées de la Chine , j’arrive à peine à descendre les escaliers de l’immeuble ce matin. Heureusement, à la sortie, mon fidèle vélo est là pour me soutenir.

 

A l’occasion d’une visite de ma famille qui débarquait en Asie pour la première fois, je me suis offert une semaine de vacances (avec la complicité officieuse d’un médecin chinois qui a bien voulu me signer un arrêt maladie du fait que j’étais le futur époux de sa nièce), et nous avons voyagé dans les provinces du Shanxi et du Shandong. Traversant la région en tous sens au cours de plus de trente heures de train, nous sommes allés à Xian, l’ancienne capitale du pays, pour visiter les vestiges du premier Empire Qin, notamment le tombeau de l’empereur et les célèbres guerriers de terre cuite, qu’on considère habituellement comme la huitième merveille du monde.

 

Après la visite de Xian, de ses marchés, de son étonnant quartier musulman et de sa mosquée magnifique, nous avons rejoint Dezhou puis Shufou, la patrie de Confucius, dont nous sommes allés visiter la maison et saluer le tombeau. Je vous raconterai tout cela dans les semaines à venir, avec de nombreuses photos.

 

Le blog reprend sa vie habituelle dès aujourd’hui. Comme nous sommes lundi et que le long feuilleton des aventures de mon ami Noé au Japon ont pris fin il y a deux semaines, j’invite ceux qui le souhaitenat à découvrir tous les épisodes de ce périple dans la rubrique Voyage de Noé du blog, dans la marge de gauche. J’ai été très content de pouvoir aider Noé à faire passer ses carnets de voyage sur internet, lui qui était sans cesse sur les routes et presque sans contact avec l’Europe, et me réjouis de le retrouver à Neuchâtel à mon retour au pays, où nous aurons certainement bien des choses à nous raconter sur nos découvertes respectives. Puisse notre amitié inspirer celle entre la Chine et le Japon ! (lire un article intéressant du Beijing Review à ce propos)

 

En ce qui concerne le succès du blog, je suis heureux de constater que mes articles sont de plus en plus lus et repris par d’autres médias. Le quotidien romand Le Courrier, basé à Genève, publiera certainement d’ici peu un entretien que j’ai eu avec l’écrivain et réalisateur chinois Dai Sijie. Ma série de réflexions sur le réveil du protectionnisme chinois (qui n’est pas terminé et que nous retrouverons dès dimanche) rencontre un certain succès puisqu’elle a été reprise, entre autres, par Yahoo Actualités, Chine Informations et le site 01 Podcast qui propose son écoute en mp3. Mon analyse sur le socialisme chinois intitulée Wen Jiabao et les lendemains qui chantent a quant à elle été reprise sur le forum Swissant des Chinois expatriés en Suisse.

 

Salutations à tous mes lecteurs et merci pour votre fidélité !

par David L'Epée publié dans : éditoriaux
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Vendredi 6 avril 2007

 

Je serai, durant les dix prochains jours, dans l’impossibilité de tenir à jour le blog. En effet, ma famille vient me rendre visite en Chine, et nous allons faire un petit voyage du côté de Xian où il y a beaucoup de choses à voir. J’en ramènerai quelques articles et de nombreuses photos que je publierai sur ces pages à mon retour. Si tout va bien, le blog reprendra vie à partir du 15 avril. Je me réjouis de constater que vous êtes de plus en plus nombreux à venir virtuellement me rendre visite et je vous remercie de votre fidélité.

 

A mon retour, je vous proposerai de nombreux nouveaux textes : un compte-rendu de notre voyage à Xian, d’autres récits de mon séjour dans le Shandong, un entretien exclusif que j’ai eu avec l’auteur et réalisateur Dai Sijie (Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise), de nouvelles revues de presse, quelques mots sur l’art contemporain et la cuisine, la suite de notre série économique sur les questions de protectionnisme et le grand retour de notre rubrique littéraire.

 

D’ici là, je vous laisse un peu de lecture en vous renvoyant à quelques textes relatifs à la Chine dont la lecture m’a intéressé ces dernières semaines :

 

-          Ici Mayou et Neric sur le blog Made in Beijing nous racontent comment les médias chinois les ont utilisés pour la cause de l’ « ouverture olympique » ; une manière de faire qui m’a fait penser à mes propres expériences dans le domaine...

-          Ici, sur le site Vox NR, pour ceux qui s’intéressent à l’histoire antique et à l’anthropologie, une étude du très controversé Arthur Gobineau sur l’hypothétique présence d’Indo-Européens dans la Chine antique.

-          Ici le site Blog en Chine traduit et publie une analyse intéressante d’un certain Zhai Hua sur le statut de la langue chinoise dans le monde et ses rapports rivaux avec l’anglais et le français.

-          Ici le site de la Jeunesse SolidaritéS propose une traduction d’un article du journal pékinois Zhonguo Jingji Shibao qui parle de la recherche du juste milieu dans le domaine des moeurs sexuelles chinoises.

-          Ici l’éditorial du Quotidien du Peuple revient sur le parcours de Chirac à la veille de son départ de la présidence, où l’on apprend que les deux seuls points positifs que l’opinion chinoise aura retenu du personnage sont sa défiance envers les Etats-Unis et sa passion pour la Chine.

-          Ici le site d’archives révolutionnaires Chine Pop met en ligne, en français (format PDF) « Le Progrès en Spirale de l’Histoire », un texte très intéressant de Ho Yu datant de 1974.

par David L'Epée publié dans : éditoriaux
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Mardi 3 avril 2007

Ces derniers mois, les médias, chinois ou étrangers, se sont longuement arrêtées sur certaines questions d'actualité en Chine auxquelles les lecteurs du blog sont maintenant familiers : contrôle d'Internet, liberté d'expression, blogosphère, télévision, etc.

 

Le site militaire français d'informations Armées.com nous rapportait le 16 janvier dernier que le contenu des programmes télévisés chinois n'était pas encore satisfaisant de l'avis des instances politiques responsables :

 

« "Il y a encore une tendance à la vulgarité dans une partie des programmes télévisés. Les émissions de téléréalité sont trop nombreuses, trop confuses. Une partie de ces programmes sont particulièrement vulgaires", a déclaré cette semaine au cours d'une conférence annuelle Wang Taihua, ministre chargé de l'Administration d'Etat de la radio, du cinéma et de la télévision. M. Wang a précisé qu'en 2007, son administration allait renforcer ses contrôles pour "purifier les écrans".

 

Le ministre n'a pas donné de détails sur les émissions concernées, indiquant simplement que les programmes télévisés devaient davantage refléter les objectifs du régime communiste visant à l'établissement d'une société harmonieuse, qui met l'accent sur la justice sociale et le respect de l'environnement. »

 

Il n'y a malheureusement pas qu'à la télévision que ces problèmes de vulgarité se posent. Avec le développemenet et la diversification des nombreuses technologies audiovisuelles, même les téléphones portables sont aujourd'hui suspects de receler un contenu répréhensible ; c'est ce que nous apprend une dépêche Xinhua du 28 mars :

 

« Les Pékinois qui ont envoyé des  textos ou SMS pornos par téléphone mobile pourraient subir une  amende pouvant aller jusqu'à 3000 yuans (385 dollars) et deux  semaines de détention, a averti le département local de la  sécurité.  Ceux qui vendent de tels contenus feront face à une peine  allant de six mois à trois ans de prison, selon la loi pénale et  la loi sur l'administration de la sécurité publique. »  

 

J?en profite pour amener une petite correction à la présentation que j'ai publiée il y a quelques jours sur ce blog sous le titre de Que faut-il savoir lorsqu'on est internaute en Chine ? J'y écrivais notamment ceci :

 

« Les cybercafés, pour obtenir une licence, doivent répondre aux conditions suivantes : posséder les logiciels adaptés pour bloquer les sites interdits, et conserver pendant au moins soixante jours l'identité de chaque internaute, les sites sur lesquels il est allé et ceux auxquels il a essayé d'accéder, ces derniers étant en général les plus compromettants, et pour cause puisqu'ils ne sont pas accessibles. Ces listes doivent régulièrement être envoyées au Bureau de la sécurité publique qui y donne suite si nécessaire. Outre ces conditions, pour ouvrir un cybercafé, il faut également disposer d'un personnel qualifié et ne pas se situer à moins de 200 mètres d'une école primaire ou d'une zone résidentielle, protection de la jeunesse oblige. »

 

J'ai appris récemment que cette manière de faire était déjà dépassée et que la politique concernant l'ouverture des cybercafés s'était dratiquement restreinte. Elle est à maintenant très simple : on n'ouvre plus de cybercafés. Une dépêche Yahoo Actualités datée du 7 mars nous l'explique :

 

« Craignant l'addiction à internet et la délinquance juvénile, la Chine a interdit l'ouverture de nouveaux cybercafés cette année, rapporte l'agence officielle Chine Nouvelle. « En 2007, les gouvernements locaux ne doivent pas autoriser l'ouverture de nouveaux cafés internet » affirme une directive citée par Chine Nouvelle et publiée conjointement par quatorze services gouvernementaux, dont le ministère de la Culture. [...]

 

La note coïncide avec l'appel des parlementaires, réunis en session annuelle de l'Assemblée nationale populaire, en faveur d'une réglementation plus stricte pour éloigner les adolescents des cybercafés, qui sont souvent perçus comme des foyers de la délinquance juvénile. La Chine a déjà interdit les cybercafés aux mineurs et inflige de lourdes amendes aux opérateurs qui ne respectent pas les régulations. Le pays souhaite endiguer la forte progression du taux d'addiction qui a accompagné l'expansion rapide d'internet dans les dernières années. »

 

Pourquoi lier cybercafé et délinquance ? Car qui dit cybercafé, quant à l'utilisation qu'en font de nombreux jeunes (notamment à travers les jeux vidéos) dit violence. On parle aujourd'hui en Chine de « culture de la violence ». Déplorant la prolifération des représentations de violence et la faillibilité de la censure d'Etat, Le Quotidien du Peuple du 7 mars

 

«  La Chine a besoin d'une loi pour restreindre la "culture de la violence" omniprésente dans les médias du pays afin de protéger les esprits jeunes et vulnérables, a déclaré mardi un législateur, en marge de l'actuelle session annuelle parlementaire. Seule la législation peut limiter la diffusion de la violence dans les médias en définissant clairement où et comment elle peut être diffusée, a dit Peng Fuchun, député à l'Assemblée populaire nationale. Peng, professeur de philosophie à l'Université de Wuhan, dans la province centrale du Hubei, a indiqué que la propagation rapide en Chine d'une culture de la violence, conséquence de la période de transition sociale, avait des effets négatifs sur la morale sociale et gâchait l'épanouissement de la jeunesse.

 

Le cinéma, la télévision et Internet sont les principaux médias où les contenus violents dominent, selon Peng. L'absence d'un système d'évaluation des films et de censure efficace des productions télévisées expose les adolescents aux scènes de violence dans les médias, a dit Peng, accusant les producteurs de cinéma et de télévision de promouvoir leurs productions en utilisant des descriptions détaillées et saisissantes de la violence, de l'horreur et du crime comme arguments de vente. »

 

C'est un tout autre son de cloche du côté de la presse suisse. Le 17 mars, Le Temps, présent au Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) a rencontré Cai Chonguo, invité par le festival en question. Nous avons déjà parlé sur ce blog de Cai Chonguo, ancien leader syndicaliste ayant fui la Chine lors des événements de 1989 et lançant désormais, depuis la France , de fréquentes attaques contre le régime communiste. Interviewé par Le Temps, Cai Chonguo s'exprime ainsi :

 

« La censure se renforce. Des dizaines de milliers de cyberpoliciers contrôlent vingt-quatre heures sur vingt-quatre le Net. Aucune société informatique ou serveur n'y échappe. Les 130 millions d?internautes chinois et les 15 millions de blogueurs sont surveillés. Sur chaque blog doit s'inscrire cette annonce: « Dénoncez l'information malsaine. Récompense ». L'autocensure est une arme encore plus efficace que la police. Les dénonciations sont par ailleurs courantes : par patriotisme, pour bien se faire voir d'un supérieur, par jalousie ou même pour des raisons de concurrence économique. Le gouvernement va bientôt publier une nouvelle loi sur les blogs qui obligera à s'annoncer sous son vrai nom. [...]

 

Je suis beaucoup plus pessimiste qu'il y a trois ans. Les sujets sensibles sont de plus en plus nombreux. Malgré le développement d'Internet, on n'est pas plus libre.


[...] Internet est devenu un puissant instrument de propagande, de désinformation aux mains du pouvoir. Les forums de discussion sont filtrés, les articles en faveur de la démocratie occidentale disparaissent. La censure sélectionne l'information, fabrique une fausse opinion publique, on trompe le peuple. Avec le développement d'Internet, les Chinois ne créent pas plus de liens avec le monde extérieur. Au contraire, il y a un risque qu'ils en soient de plus en plus coupés, que le malentendu s'accentue. Depuis dix ans, Internet accompagne la montée du nationalisme et de la xénophobie. »

 

 

Une fois encore, je me permets de publier cette opinion de Cai Chonguo, même si je ne la partage absolument pas, mais je tiens à donner sur toutes les questions relatives à la Chine un faisceau de positions le plus large possible.

Quant à savoir ce que je pense de toutes ces questions brûlants, je ne me répéterai pas une énième fois car cela deviendrait lassant pour mes lecteurs les plus fidèles. Ceux qui auraient raté les épisodes précédents de ce long débat peuvent aller lire les billets ci-dessous :

-         Que Faut-il Savoir lorsqu’on est Internaute en Chine ?

-        Que Faut-il Savoir lorsqu'on est Journaliste en Chine ?

-         La Réglementation cHINOISE D'iNTERNET

-         Liberté des Médias, Criminalité Sexuelle et Violence Juvénile

-         Reporters Sans Frontières Prend la Défense des Pornographes Chinois

-          Flirt avec le Filtre

-          Les Grandes Idées se Côtoient

-          Internet : le Nettoyage Continue

-          La Chine veut Lutter contre la Dépendance à Internet

-          Une Méthode Militaire pour Redresser les Déviances

par David L'Epée publié dans : revue de presse
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Lundi 2 avril 2007

Aujourd’hui, le dernier épisode des aventures de Noé au Japon.

Quelques jours plus tard, me voilà de nouveau le sac au dos, à faire mes adieu et je m'envole (en train) pour Kyoto, ancienne capitale du Japon et gardienne culturelle du pays. Ce n'est pas pour rien que l'on surnomme Kyoto "la ville aux mille temples". Malgré une urbanisation assez forte, elle a su garder son patrimoine entre temples bouddhistes, shintoïstes, musées et autres attractions. C'est une vraie mine d'or pour le touriste, raison pour laquelle les lieux ont pour la plupart perdu de leur authenticité originelle. Les cars arrivent en grands nombres, déchargeant leurs cargaisons humaines qui remontent les ruelles jalonnées de boutiques souvenirs menant à d'éminents temples, must-seen de tout bon voyageur. J'allègue ici la critique, ayant moi-même passé par ces points incontournables que sont notamment : le Ginkaku-ji et son homologue le Kinkaku-ji, le Ryoan-ji, le Kyomizudera, Sanjusangendo, Nijo-jo, To-ji, etc... J'ai pu cependant, ayant des contacts dans la ville, me faire guider dans des endroits plus discrets et inconnus qui sont d'autant plus appréciés pour leur calme et leur authenticité.

J'ai eu la chance de pouvoir rester une semaine sur place dans une famille possédant une maison traditionnelle. On m'a fourni la chambre d'ami avec tatami et parois shoji et la pièce était éclairée par la superbe calligraphie et son bouquet de fleurs (ikebana) présents dans l'alcôve (tokonoma) de la pièce. Ce qui est pratique à séjourner chez des gens, outre l'aspect financier évident, est qu'on peut manger local, discuter culture et politique, se rendre compte du mode de vie actuel, obtenir toutes sortes d'astuces et adresses intéressantes à visiter. On m'a donc indiqué un petit marché se tenant une fois par mois devant le temple To-ji et qui s'appelle le Kobosan. On vend sur place toutes sortes d'objets traditionnels, pour certains de bonnes affaires, pour d'autres des reproductions bon marché. Il y a également des yatai, petits magasins ambulants vendant de la petite restauration aux passants (pour les connaisseurs : takoyaki, okonomiyaki, yakitori, dango, yakisoba, dorayaki,...). Je ne sais pourquoi, à chaque fois que je voyais un objet intéressant et m'enquérais du prix, c'était toujours hors de portée. A force de fouiller et farfouiller, j'ai cependant pu trouver un kimono, un joli bracelet et une petite boite en bois (in'ro) pour des coût très raisonnables.


Nara, une des première capitale du pays et également grand patrimoine culturel japonais ne se trouve qu'à quelques kilomètres de Kyoto. Raison pour laquelle j'ai pu faire une excursion d'une journée dans cette ville. Elément caractéristique de l'endroit, le grand nombre de daims en liberté se trouvant dans les immenses parcs de la ville. Comme ils sont là depuis quelques siècles, ils se sont complètement habitué à la présence de l'homme et viennent fréquemment quémander de la nourriture. On trouve à leur attention nombre de petits stands vendant des biscuits pour daim. Certains touristes ignorants, ne comprenant leur fonction, les consomment.

 

En se baladant dans les parcs, on trouve une grande quantité de temples dont les fameux Kofuku-ji et Todai-ji. Dans ce dernier se trouve la plus grande statue de bronze japonaise de Bouddha mesurant 30 mètres, abritée par la plus grande construction en bois du monde. Ces endroits sont évidemment fort impressionnants mais le flots de visiteurs ininterrompu diminue un peu le charme de l'endroit. Avec les conseils des habitants locaux, j'ai essayé de me promener dans de petites ruelles à maisons traditionnelles mais comme évoqué précédemment, le Japon a connu tellement d'incendies et de tremblements de terre qu'il n'y a pratiquement plus aucune habitation d'époque qui vaille vraiment le coup d'oeil. On est donc un peu frustré de n’avoir sous la main que les grands temples ultra-visités. De toutes façons, sur une seule journée, il est extrêmement difficile de pouvoir visiter des endroits plus discrets et plus inatteignables. Ce qui me conforte dans l'idée de mon voyage à long terme. Je retourne donc le soir à Kyoto en sachant que je devrais y trouver mon compte.


Quand on évoque Kyoto, Gion, le quartier des Geisha (on dit plutôt Geiko) s'impose rapidement à l'esprit. Mais laissez-moi faire une petite précision avant même toute confusion stupide. Les Geiko sont des femmes versées dans les arts qui sont formées très sévèrement dès l'enfance. Elles ne sont fréquentées que par l'élite fortunée du pays et ne donnent absolument pas dans la prostitution ! De par leur formation, elles représentent une partie du patrimoine japonais en conservant l'apprentissage des arts traditionnels (danse, chants, musique,...) qui tend à être oublié par la jeune génération japonaise.


Je me suis donc rendu dans cet ancien quartier toujours en activité pour voir de près à quoi cela ressemble. Seulement voilà, comme c'est un milieu très discret, il est pratiquement impossible de pouvoir voir quoi que ce soit des maisons de thé closes sur leurs façades extérieures. On peut donc se promener dans ces petites ruelles aux maisons mitoyennes faites en bonnes parties de bois mais exemptes de fenêtres sur la rue. Les touristes sont également présents et attendent devant l'entrée des maisons de thé célèbres l'arrivée d'une Geiko pour la prendre en photo. Ces dernières se font de temps à autre apercevoir rapidement avant de pénétrer dans une maison de thé. Les flashs alors crépitent mais la belle ne prendra pas le temps pour la pose. Heureusement, car sinon il est probable qu'elle n'atteigne jamais son lieu de rendez-vous. Les clients (souvent de riches Japonais) quand à eux se rendent en taxi aux vitres teintées, jusque devant l'entrée des établissements. Ils ont souvent dû être introduit par des personnes influentes pour pouvoir assister à ce genre de soirées très particulières.

 


Le voyageur en quête d'expériences, un peu déçu par ces apparitions fugitives pourra reporter son attention sur le Gion Corner, un théâtre situé dans le quartier qui donne des performances tout public chaque soir. Evidemment un peu moins intime qu'une soirée en tête-à-tête avec une Geiko, c'est néanmoins l'opportunité pour découvrir plusieurs arts traditionnels. Sur scène sont jouées de petites performances rapides qui donnent un bon aperçu des styles (cérémonie du thé, musique au Koto, arrangement de fleurs, Gagaku, Kyogen, Kyomai, Bunraku). C'était notamment pour moi l'occasion de voir une Maiko (apprentie Geiko) effectuer une danse traditionnelle.

 

Après d'autres surprises dans cette ville merveilleuse vint fatalement le temps où je dû faire mes adieux à ma famille d'accueil pour me diriger sur Tokyo d'où partait mon avion pour la Suisse. Comme je n'avais pratiquement plus de place dans mes bagages, j'ai du enfiler six couches d'habits pour ne pas devoir les jeter. J'avais vraiment chaud et possédais la carrure d'un Rambo sans le bandage frontal. Pour le déplacement, j'ai opté cette fois encore pour un bus de nuit, une alternative bon marché. La plupart des passagers étaient plus jeunes que moi et se rendait soit dans la capitale, soit à Tokyo Disney Resort. Nous avons pu effectuer le voyage en une traite, ponctuée par des arrêts nocturnes dans les stations d'autoroutes. 


Arrivé dans la capitale, j'ai pu retrouver des amis que j'avais connus lors de mon premier passage dans la ville et nous sommes allés ensemble au karaoké. Nous avons loué une salle pour deux heures où nous nous sommes cassés la voix sur des airs japonais et internationaux. Pendant ce temps, on peut également faire des commandes de boissons à volonté. Puis nous avons poursuivi la soirée dans un izakaya, sorte de petit bistrot où l'on consomme alcool et petite restauration. Le troquet, situé dans une cave, était vraiment populaire et la déco faisait un peu Belle Epoque façon japonaise (un intéressant mélange).

 

Comme mon avion partait très tôt le lendemain matin de Narita, aéroport situé en dehors de la ville, et qu'il n'y avait pas de transport à cette heure ci, j'ai dû y aller la veille et dormir (ou du moins rester) sur place. J'avais le droit à vingt kilos de bagages et un sac à main de douze kilos et j'avais scrupuleusement pesé mes affaires pour arriver à cette limite. J'étais donc un des voyageurs les plus chargé du vol. Comme j'avais choisi le vol le meilleur marché, j'ai dû faire une escale de deux heures à l'aéroport de Incheon (Séoul). Autant dire que de la Corée je n'ai vu que le plateau repas de l'avion.

 

Quand je suis arrivé vers les 17h. à Zurich, je pensais encore faire du stop jusqu'à Neuchâtel en regardant les plaques de voitures sur le parking de l'aéroport et en demandant au gens s'ils voulaient bien me prendre. Seulement voilà, pratiquement toutes les plaques étaient Zurichoises, les autres étant suisse-allemandes. Je me suis donc posté devant l'endroit d'arrivée des voyageurs où attendaient nombre de familles à l'écoute d'une langue familière. Mais voici ce qu'on pouvait alors entendre: Schlüsslï-schlukrrrr di schlaaksii guëttt krrrrrr... Je comprenais tellement mieux le dialecte japonais que cette bizarrerie ! Après une heure à entendre des krrrrrrr j'ai finalement opté pour le billet des CFF qui m'a quand même coûté 45 fois plus cher pour la même distance que le Transsibérien ! Mais comme je n'avais plus trop envie de rentrer à pied...


Je suis actuellement rentré chez mes parents à Boudry où j'y ai trouvé une chambre à ma disposition. Je suis en train d'étudier sérieusement mon projet japonais que je vais réaliser à Neuchâtel et cherche un travail pour mes après-midi et soirées. Si vous avez un bon plan, faites-moi signe !


Voilà, j'espère sincèrement vous revoir et vous dis donc à tout bientôt en terre helvète !

par David L'Epée publié dans : voyage de Noé
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Dimanche 1 avril 2007

Nous avons parlé dimanche passé, dans la première partie de cette réflexion sur le protectionnisme en Chine, de deux domaines parmi d’autres ou l’opinion publique semblait réclamait plus de contrôle économique de la part de l’Etat et une politique de préférence nationale plus marquée : l’achat de matériel par le gouvernement et la construction des édifices publics.

 

Je publie aujourd’hui un article datant de quelques semaines tiré de la revue économique  L’Expansion et qui poursuit sur ce sujet : patriotisme économique, contestation de la politique d’ouverture, revendication de la préférence nationale, refus des capitaux étrangers... Il semblerait que l’économie chinoise soit à la veille d’un tournant historique.