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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Mardi 8 mai 2007

Lorsque l’on parle d’ordre moral dans notre coin d’Europe – dans la continuation d’une histoire moderne marquée dans un premier temps par la laïcité (voire l’anticléricalisme) puis par la suite par les idéologies relativistes – ça a comme une sale odeur de soutane et de vilains bruits de bottes. Mai 68 est passé par là, bien entendu, et les libertaires d’hier étant devenu les libéraux d’aujourd’hui (au cours d’une évolution assez logique et plutôt cohérente), on a achevé ce qu’il pouvait rester de moralité ambiante dans l’Europe d’après-guerre pour la remplacer par une liberté mythifiée à qui rien ne peut être opposé et au pied de laquelle tout autre valeur mérite d’être sacrifiée. Soit. Ce sont des erreurs historiques sur lesquelles nous reviendrons au cours du siècle, immanquablement.

 

En Chine, il en va tout autrement. Dans une société fière d’elle-même, étrangère à toute idée de reniement de soi, à la fois en quête de modernité – modernité chinoise – et gonflée par un long passé et des valeurs confucianistes profondément ancrées, chacun sait ou sent confusément quelle importance peuvent avoir les valeurs morales et en quoi elles sont la première garantie de l’ordre social. Dans leur grande majorité, les Chinois détestent l’anarchie, craignent le désordre et recherchent la stabilité. Leur histoire, faite de guerres civiles et de nombreuses disettes, explique cela.

 

Et puis, le but de tout changement social n’est-il pas d’établir un état stable ? La destruction d’un ordre ancien a-t-elle encore un sens si elle ne s’accompagne pas de la construction d’un autre ordre ? Le plus difficile n’est pas de déclencher une révolution, c’est de savoir l’arrêter, disait Robespierre. Mao a eu quelque peine à suivre ce conseil – en témoigne la grande crise politique de la fin des années 60 – et maintenant que la Révolution semble enfin achevée (du moins dans sa phase proprement révolutionnaire, car elle se poursuit encore, sous la conduite de l’Etat, dans sa phase réformiste), maintenant qu’on peut à nouveau parler d’ordre, les Chinois paraissent prêts à le défendre.

 

Ceci pour expliquer comment ordre moral et ordre tout court sont intimement liés, dans toute communauté, et à plus forte raison dans une communauté qui compte plus d’un milliard de membres. Mais au-delà de l’implication politique, la moralité apparaît aussi comme un but en soi, comme quelque chose qui porte en soi-même sa propre finalité. Je ne vous ferai pas ici un cours de philosophie, mais je renvoie ceux que la question intéresse au célèbre traité de Kant Les Fondements de la Métaphysique des Moeurs et à ce qu’il appelle l’ impératif catégorique : « je dois parce que je dois ». Il faut faire le bien car c’est le bien – voilà la base évidente pour tous de ce que les Lumières désignaient sous le nom de morale naturelle.

 

Une des choses les plus humiliantes et les plus tristes pour un Occidental expatrié est de constater qu’en Chine, beaucoup portent un regard désabusé, voire un rien cynique, sur notre civilisation. Il n’y a ni mépris ni supériorité dans cette attitude, mais un simple jugement sur notre manière de fonctionner. Alors que nous regardions un jour une émission de télévision française particulièrement avilissante (C’est mon Choix pour ne pas la citer), Yiqi m’a dit au moment du générique de fin : « Peut-être que ce que disent certains Chinois sur l’Europe est vrai. » « Quoi donc ? » ai-je demandé. « Qu’elle est devenue décadente. »

 

Décadente. C’est hélas, je crois, un qualificatif qui s’impose lorsqu’on voit certains aspects de notre civilisation européenne (et occidentale en général), pourtant héritière d’une longue culture qui n’a rien de honteuse. Comment qualifier autrement, sinon, les maux qui nous submergent actuellement ? Perte des valeurs, crise identitaire, dissolution de la cellule familiale, pornographie glorifiée et généralisée, violence gratuite, indifférence, refus de tout jugement, haine de soi, tendance très marquée à l’autodestruction. Celle des individus, celle des familles, celle des Etats et des nations. Qui dit autodestruction dit volonté de suicide (ou perte de l’instinct de survie, du vouloir-vivre), et une civilisation décadente, c’est justement cela : une civilisation qui marche vers sa chute, par elle-même et de sa propre volonté.

 

En Chine, plusieurs de ces maux existent aussi bien sûr, et il existe également d’autres problèmes que nous ne connaissons pas chez nous, mais ce que nous avons cité se trouve dans la société chinoise en proportions bien plus minimes, et la gravité n’est pas du tout la même. J’ai expliqué plus haut grâce à quoi, à quelles ressources identitaires et à quelle force collective. Je pourrais également expliquer quelles sont, à mon avis, les déterminations idéologiques de l’histoire récente qui ont pu faire la différence entre le développement distinct de ces deux endroits du monde, mais je l’ai déjà fait à plusieurs reprises dans d’autres billets de ce blog.

 

Ce que je vais faire dans quelques jours, pour illustrer mon propos de manière plus précise et anecdotique, c’est vous livrer quelques coupures de presse qui traitent de cette vivacité du discours moral dans les affaires quotidiennes et que j’ai relevées dans les journaux chinois ces dernières semaines. Vos remarques et apports au débat seront évidemment les bienvenus.

 

Sur le même sujet :

 

-          Pour ou Contre les Campagnes de Moralité Lancées par l’Etat Chinois ?

par David L'Epée publié dans : divagations
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Mardi 8 mai 2007

« C’est ça que je veux ! »

(Nicolas Sarkozy découvrant le Sénat américain, lors de sa visite au président Bush)

Donc...

par David L'Epée publié dans : politique
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Jeudi 3 mai 2007

Je dois dès demain aller passer quelques jours à Dezhou pour rendre une visite familiale. Je serai donc absent de Pékin (et de mon ordinateur) jusqu’à mardi 8 mai. Je vous donne rendez-vous à ce moment-là pour la suite des aventures de ce blog.

 

Bons congés du 1er Mai pour celles et ceux qui se trouvent en Chine en ce moment !

par David L'Epée publié dans : éditoriaux
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Mardi 1 mai 2007

Voici encore une petite aventure qui m’est arrivée lors de mon séjour dans le Shandong et que je n’avais pas encore eu le temps de vous raconter.

 

Tous les après-midis, alors que Yiqi partait exercer sa conduite automobile avec M. Wu, son professeur, j’allais quant à moi faire de longues promenades à vélo, tantôt en ville tantôt dans la campagne. Dezhou n’est pas une mégapole comme Pékin ; c’est une cité moyenne, et de là où nous logeons, dix minutes à vélo suffisaient pour traverser la banlieue rurale et accéder à la campagne. Pour un Suisse habitué à la proximité de la nature, ça n’avait rien d’un luxe, et j’en ai profité pour revoir des forêts et des champs, ce qui ne m’était plus arrivé depuis ma brève excursion à Badalin. Dezhou est néanmoins, comme toutes les villes chinoises, en plein expansion, et si j’en crois les habitants, cette expansion est ici aussi extrêmement rapide. Les hu tongs où habitaient Yiqi et sa famille lorsqu’elle était enfant n’existent presque plus, les prés à deux pas de chez elle où elle allait jouer sont maintenant des routes et des rues animées, plusieurs hameaux alentours ont déjà été phagocytés par la grande ville et une partie grandissante de la zone agricole se transforme peu à peu en banlieue, avant-garde de la grande cité.

 

J’allais souvent me promener au bord de la rivière (dans laquelle Yiqi avait jadis appris à nager) et aux abords des fermes où on rencontrait une grande quantité de chiens et de chats de tous âges et de toutes tailles. Un jour, alors que je longeais un champ au bord d’un sillon qui permettait, pour peu qu’on y mette un peu d’acrobatie, de passer en vélo, j’ai été invectivé et coursé par deux chiens véhéments qui voulaient me chasser loin de leurs terres. Pris en chasse, j’ai accéléré. Je roulais nettement plus vite qu’ils ne couraient mais ça ne les a pas empêchés de me poursuivre sur plus de deux cent mètres. Lorsque je me suis retourné, je les ai vus un peu plus loin en arrière qui s’étaient arrêtés et reprenaient leur souffle, haletant et la langue tirée. Je leur ai également tiré la mienne pour les mettre au défi, et ça n’a pas manqué : ils ont repris leur course de plus belle et j’ai eu juste le temps d’enfourcher à nouveau mon vélo pour reprendre de la vitesse et leur échapper, ce que j’ai réussi à faire lorsque leurs aboiements se sont peu à peu estompés et que j’ai fini par disparaître de leur horizon.

 

J’ai continué ma route et me suis engagé sur un chemin de terre qui pénétrait dans un bois. Et là, quelle n’a pas été ma stupéfaction de voir qu’une partie de la forêt était en flammes ! En plusieurs endroits, le long de la lisière, les arbres avaient pris feu, ça craquait de partout et il y avait déjà des monceaux de cendre sur le sol. J’ai foncé le plus vite possible, sans m’arrêter, vers le hameau le plus proche, ce qui m’a pris tout de même une bonne dizaine de minutes, pour donner l’alerte.

 

Enfin arrivé, j’ai déboulé dans la rue centrale (la seule rue en fait) en faisant beaucoup de bruit pour prévenir les paysans de ce qui était en train d’arriver. Passé le premier étonnement de voir un étranger dans un endroit où on n’en avait peut-être encore jamais vu en dehors du poste de télévision, on a consenti à écouter ce que je baragouinais et pourquoi j’avais l’air si agité. Un groupe de vieillards s’est approché de moi et je leur ai expliqué qu’il y avait un incendie dans la forêt tout près d’ici et qu’il s’était déclaré à plusieurs endroits, à proximité du chemin. Devant ma panique, ils ont éclaté de rire, ce qui a rameuté les quelques villageois qui ne s’étaient pas encore massés autour de nous à venir rejoindre l’assistance curieuse. Ils m’ont expliqué que c’était eux-mêmes qui avaient allumé ces feux, pour une raison que je n’ai pas bien comprise mais qui devait vraisemblablement relever de l’entretien de la forêt. Et tous de rire à nouveau.

 

Comme je m’apprêtais à repartir en riant moi aussi de ma propre méprise, une femme qui se tenait devant sa maison, un peu à l’écart du groupe, m’a fait signe, m’invitant à prendre une tasse de thé. Sa petite maison à un étage, typique des campagnes de la région, laissait voir son intérieur modeste par une grande ouverture ronde dans le mur, qui me rappelait avec amusement celle des maisons de la Comté décrites par Tolkien dans ses romans. Devant cette ouverture sans porte étaient posés deux petits cylindres de pierre qui servaient de tabourets, de part et d’autre d’une petite table de la même taille qui donnait sur la rue. Nous nous sommes assis sur ces pierres et mon hôte m’a servi un thé vert au goût particulier, me pressant de questions incessantes sur mon origine, les raisons de mon voyage et autres interrogations que les Chinois font toujours aux étrangers. Elle était quant à elle jeune mère de famille – elle m’a montré sa fille qui jouait plus loin à galoper sur un muret avec d’autres enfants – son mari était agriculteur et travaillait, si j’ai bien compris, sur un terrain entretenu en commun par une collectivité paysanne. J’ai noté que cette femme, une fois de plus et ce malgré les conditions de vie plus dures de la campagne, ne paraissait pas l’âge qu’elle devait de toute évidence avoir.

 

Poussée par la curiosité, sa fille, qui semblait avoir dans les huit ou dix ans, s’est approchée, m’observant à la dérobée en se cachant derrière le dos de sa mère. Cette dernière l’a fait venir devant elle et lui a demandé de venir saluer l’ « ami étranger ». Alors que je m’attendais à un « ni hao » ou éventuellement à un « hello » – les enfants chinois adorent singer ce mot anglais, un des seuls qu’ils connaissent, pour invectiver les étrangers – elle a articulé un « huan ying ! huan ying ! » (bienvenue ! bienvenue !) suraigu et est repartie se cacher. Après un moment, comme le soleil se couchait et que j’avais un rendez-vous à Dezhou (un repas avec la mère de Yiqi et les camarades de son unité de travail), j’ai remercié mon hôte pour le thé et j’ai repris mon vélo. Lorsque j’ai quitté le petit hameau pour reprendre ma route dans la forêt, le crépuscule tombait lentement.

 

Je remarque une fois encore que ce qu’on dit en Chine sur l’hospitalité des gens du Shandong est rigoureusement vrai. Outre l’accueil généreux que j’ai reçu dans la famille de Yiqi (ce qui s’explique en grande partie par le fait que c’est en qualité de futur gendre que j’ai été reçu), cette hospitalité se manifeste de nombreuses façons différentes, ne serait-ce que dans les restaurants où les plats sont servis de manière bien plus abondante qu’ailleurs. Dans cette province où la présence étrangère est extrêmement réduite, on accueille pourtant partout les étrangers avec le sourire, et les gens d’ici, moins réservés que les Pékinois, n’hésitent jamais à engager la conversation. Je vous raconterai une prochaine fois comment, par le jeu de certaines circonstances, il y a de fortes chances que je revienne dans les prochaines années, et de manière plus stable, dans cette accueillante contrée qu’est le Shandong.

 

 

Autres souvenirs du Shandong :

 

-          Trois Jours à Dezhou

-          « Un Jeune Suisse Volontaire dans un Quartier »

-          La Farandole des Dames d’un Certain Âge

-          Soyez comme Lei Feng ...cinq Minutes !

-          Les Visites du Bai Nian : une Tradition Chinoise

-          Nouvelle Coupure de Presse au Sujet de mon Passage à Dezhou

-          La Fête de District aux Premières Loges

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
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Dimanche 29 avril 2007

 

Tout d’abord un mot des relations internationales. Bonne nouvelle qui honore à la fois mon pays d’origine et celui où je me trouve : la Chine et la Suisse ont annoncé leur intention de discuter directement avec le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale. Notons que de nombreux pays européens, contrôlés étroitement par les lobbys sionistes, n’ont pas eu ce courage.

 

Ce mois-ci, comme nous l’apprend Le Quotidien du Peuple du 17 avril, une enquête a été menée à Shanghai auprès des jeunes pour savoir quelles étaient les professions les plus convoitées. Il ressort de cette enquête des conclusions très intéressantes quant au statut que conserve le poste de fonctionnaire, à la fois héritage de la Chine mandarinale et caractéristique de la structure bureaucratique d’un Etat socialiste :

 

« Les postes plus ou moins désirés se trouvent successivement dans les organisations suivantes : organisations gouvernementales, services administratifs, entreprises monopolistes, sociétés de finances et d'assurance, entreprises compétitives, etc. "Cette enquête montre que l'idée traditionnelle de devenir fonctionnaire est bien enracinée dans notre peuple et que le recrutement d'intellectuels pour les entreprises rencontre encore des difficultés dans notre pays." déclaré Lin Zeyan, directeur adjoint du Centre de Recherche et de Formation des Ressources humaines relevant du Centre de Recherche du Développement du Conseil d'Etat.

 

D'après des experts, nos intellectuels se trouveraient dans une situation moins risquée, plus sûre et plus honorable en travaillant dans les organisations gouvernementales et les services d'utilité publique que dans les entreprises, surtout celles qui ont un haut niveau de marchéisation et de compétition. »

 

Autre sondage, autre sujet. La Commission du travail d’éducation de la municipalité de Pékin vient de publier un Rapport d'études de l'état actuel des étudiants de Beijing en ce qui concerne le concept socialiste de l'honneur et du déshonneur, lequel montre, selon Le Quotidien du Peuple du 28 avril, que les étudiants pékinois, dans leur ensemble, sont « enthousiastes, dynamiques et pleins d’ardeur » :

 

« Les résultats du sondage montrent que parmi les étudiants chinois 57,8% considèrent que se mettre au service du peuple peut traduire le plus la valeur de l'existence et que seuls 10,6% estiment que la richesse et la fortune reflètent le plus la valeur personnelle. Le sondage montre que la plupart des étudiants possède un concept de collectivisme et un esprit de collaboration dont le niveau est relativement élevé. Parmi eux,

 

- 52,6% affirment que leurs camarades sont dotés d'un esprit d'équipe, d'unité et de coopération relativement ou très fort,

- 87,8% expriment leur approbation quant à l'idée qu’à n'importe quel moment il faut en premier lieu tenir compte des intérêts de l'Etat et de la collectivité,

- 69,4% estiment que les étudiants avec qui ils sont en contact recèlent un patriotisme relativement ou très élevé,

- 80,7% exprime leur désapprobation quant à l'égotisme et au narcissisme,

- 90% déclarent leur préférence pour la participation aux actes bénévoles. [...]

 

Le sondage montre que 78,7% des étudiants estiment que l'honnêteté, la sincérité et la fidélité à la promesse faite sont des valeurs morales qui méritent d'être louées et d'être suivies.  [...]


La présente enquête prouve que les dirigeants qui ont exercé une profonde influence sur les jeunes de plusieurs générations, tels que Zhou Enlai et Mao Zedong, sont toujours de bons exemples à suivre aux yeux des étudiants de notre époque . »

 

Comme nous l’avions déjà remarqué à une autre occasion, le gouvernement a décidé récemment et une fois encore de s’adresser directement aux artistes pour leur transmettre des consignes quant à l’esprit qui devait présider à leur travail de création. En novembre dernier, le président Hu Jintao était venu parler devant 8e Congrès de la Fédération des Hommes de Lettres et des Artistes de Chine (CFLAC) et le 7e Congrès de l’Association des Ecrivains Chinois (CWS). Ce mois-ci, c’est Li Changchun, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti, qui est venu apporter ses conseils aux auteurs de théâtre. Le Quotidien du Peuple du 18 avril nous rapporte ses propos :

 

« Un haut officiel chinois a appelé les auteurs du théâtre moderne à créer davantage d'oeuvres pour refléter la vie quotidienne de simples travailleurs, à l'occasion du centenaire du théâtre moderne chinois, mardi 17 avril à Beijing. [...] "Le théâtre moderne doit continuer à servir le peuple et la société", a-t-il dit. »

 

En Chine, le réalisme socialiste n’est jamais très loin...

 

Pour terminer, dans la catégorie tartuffe, écoutons les paroles doucereuses du colon Walt Disney en terre chinoise, que nous rapporte une dépêche Xinhua du 25 avril :

 

« "Nous serons le Disney de la Chine , mais pas le Disney en Chine", a déclaré le vice-président des  Affaires chinoises de Walt Disney, le 25 avril à Zhengzhou, lors  de sa rencontre avec le président de la province du Henan Li  Chengyu. "La compagnie Walt Disney a toujours attaché de l'importance à  coopérer avec la société et la culture locales, au lieu d'imiter  aveuglément le style occidental", a expliqué M. Tang, ajoutant que "des efforts seraient faits pour comprendre la culture  traditionnelle chinoise et la promouvoir à l'échelle mondiale". »

 

 

Autres textes intéressants à lire sur Internet cette semaine :

 

-          Ici, sur le site du Dezhou Ribao, ceux qui lisent le chinois pourront lire la version originale de l’article que Yiqi nous avait traduit ici il y a quelques semaines sur les activités d’aide aux personnes âgées à Dezhou ; les autres pourront regarder les images...

-          Ici, sur le blog de Cai Chonguo, l’auteur nous raconte la touchante histoire de son premier amour sous la Révolution culturelle.

-          Ici, le blog de la Jeunesse SolidaritéS publie la traduction d’un article du Sanlian Senghuo Zhoukan (Pékin) qui présente avec humour les nouveaux goûts culturels de la petite bourgeoisie chinoise.

-          Ici un journaliste russe, traduit par Le Temps, nous en dit un peu plus sur le vrai visage d’Elstine, qui vient de mourir, et des raisons pour lesquelles le peuple russe n’aimait pas ce « tsar démocrate ».

par David L'Epée publié dans : revue de presse
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Vendredi 27 avril 2007

J’ai eu il y a quelques semaines l’occasion de rencontrer le célèbre auteur et réalisateur Dai Sijie, qui était de passage à Pékin à l’occasion d’une conférence. Ayant obtenu un rendez-vous pour un entretien, je pensais tenter de proposer le résultat de cet entretien à un quelconque journal francophone avant de le publier sur le blog, mais comme je ne le sais que trop bien depuis mon arrivée en Chine, il n’est pas facile d’intéresser les médias occidentaux dominants si ce qu’on dit sur la Chine ne correspond pas exactement à la ligne éditoriale unique qu’ils sont tenus de respecter sur la question – une ligne profondément ethnocentrique, libérale et anti-chinoise.

 

Pour une fois, ce n’est pas mon opinion qui pouvait poser problème, mais celle de Dai Sijie lui-même ! Dans cet entretien, il nous dit sans détour ce qu’il pense de l’esprit unilatéral qui règne dans les grands festivals de cinéma en Occident et il révèle également l’acharnement des médias à lui reprocher de manquer à son « devoir de haine » à l’égard du régime communiste chinois. Ceci explique peut-être le peu d’enthousiasme desdits médias à relayer son propos...

 

Néanmoins, un journal – un seul – s’est montré intéressé à publier mon interview. Il s’agit du quotidien genevois Le Courrier, un journal de qualité dont le premier mérite est d’avoir toujours su garder son indépendance de ton et d’esprit, en ne se vendant à personne. Cela lui a valu d’ailleurs de frôler la faillite plusieurs fois, et à l’heure où je vous parle, il n’est pas encore sorti de la crise. J’invite d’ailleurs tous les Suisses soucieux de préserver dans notre pays une presse libre et indépendante des grands trusts à s’abonner à ce quotidien très intéressant.

 

L’interview est paru dans le numéro de samedi dernier. Vous pouvez le lire dans sa version en ligne ici, accompagné d’une critique du dernier roman de l’auteur. Je le reproduis ci-dessous dans sa version originale.

 

 

A l’occasion de la Semaine internationale de la francophonie, le Centre Culturel Français de Pékin a reçu Dai Sijie, le célébre auteur chinois parti vivre en France il y a plus de vingt ans, vingt ans pendant lesquels il a réalisé plusieurs films et a écrit trois romans en français. Rencontre avec l’auteur de Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise la veille de son départ pour Shanghaï.

 

 

 

Peu d’autres auteurs/réalisateurs adaptent leurs propres romans à l’écran. Cette transposition vous pose-t-elle des difficultés particulières ?

Je ne l’ai fait qu’une fois, avec Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, ce n’est pas encore une habitude ! C’est un travail très spécial, on se sent limité par le livre, c’est-à-dire par ce qu’on a déjà écrit soi-même. Car le roman est déjà rédigé, édité, vendu et lu, au moment où le film était en préparation. Je ne ressens pas la même liberté en travaillant avec un de mes livres qu’avec un scénario quelconque mais, en même temps, c’est un travail de redécouverte du texte. J’ai eu l’impression, pendant le tournage, de comprendre enfin ce que j’avais écrit ! Cet exemple est d’autant plus particulier que j’ai vécu cette histoire sur trois niveaux : le livre, le film, et, avant tout, mes propres souvenirs. [NDLR : Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise est un roman d’inspiration autobiographique dans lequel l’auteur raconte une période de sa jeunesse passée en rééducation dans les montagnes du Setchuan durant la Révolution culturelle.] Pendant le tournage, sur les lieux mêmes des événements, j’ai ressenti plusieurs fois une impression frappante de déjà-vu, et j’ai dû me retenir pour ne pas imposer à la dernière minute à mes acteurs des contraintes ridicules au sujet de tel ou tel geste précis que je me souvenais avoir fait à tel ou tel moment pendant les faits...

 

Peut-on considérer votre second roman, Le Complexe de Di, comme une apologie de la psychanalyse ?

Je ne crois pas. Cette histoire m’a été inspirée par un de mes anciens camarades d’université avec qui j’avais découvert Freud et qui souhaitait rien moins que remplacer en Chine le système de pensée marxiste par un système de pensée inspiré de la psychanalyse ! Il a ensuite approfondi sa connaissance du domaine en France, notamment en suivant lui-même une psychanalyse pendant quatre ans, et c’est un peu lui que j’ai mis en scène à travers le personnage de Muo. Mais il ne vous aura pas échappé que c’est, dans le roman, un personnage plutôt comique, un peu pitoyable, qui va d’échec en échec. Je me moque gentiment de cette génération de Chinois – la mienne – parmi laquelle beaucoup rêvaient de changer la Chine avec des apports occidentaux. Je pensais bien, moi, en pleine Révolution culturelle, que c’était la littérature française, celle de Balzac et de Rousseau, qui pourrait changer la Chine... Je ne condamne pas ces gens-là, car nous voulions vraiment le bien de nos semblables, c’était un espoir sincère ; seulement je ne crois plus que la Chine doive se tourner vers l’Occident pour résoudre ses problèmes.

 

Pourquoi n’avez-vous pas obtenu l’autorisation de tourner Les Filles du Botaniste, votre dernier film, en Chine ?

Ce n’est pas, comme beaucoup l’ont pensé, parce que je critiquais la sévérité de la justice chinoise, mais uniquement parce que le film parle de l’homosexualité. Pourtant, ce n’est pas là le sujet principal : je voulais avant tout faire une histoire d’amour entre deux êtres, et je me suis dit que cela pourrait être assez beau de représenter l’amour de deux jeunes femmes dans un décor de végétation luxuriante...

 

Si on en croit de nombreuses réactions sur les forums chinois, ce film a reçu un accueil assez mitigé chez les Chinois qui l’ont vu. On a l’impression qu’ils n’ont pas beaucoup apprécié que vous présentiez ce côté un peu sombre de la Chine.. .

Je ne suis pas au courant de ces réactions. Il faut croire que tout est relatif car dans les médias occidentaux, j’ai souvent écopé de critiques contraires. Au sujet de mes livres comme de mes films, des journalistes m’ont reproché plusieurs fois d’être trop complaisant, trop gentil avec le régime chinois. On m’a reproché de manquer de « haine » envers le communisme, comme si la haine était devenue un devoir moral pour les artistes chinois en exil ! Mais je me suis toujours refusé à la haine, je préfère la légéreté. Je ne suis pas un écrivain politique ; ce que j’aime, c’est raconter des histoires. Il y a souvent un contexte politique dans mes histoires mais ce n’est qu’un contexte, l’essentiel est ailleurs.

 

On a souvent l’impression que pour qu’un film chinois soit remarqué dans un grand festival occidental, il faut qu’il fasse dans le registre du réalisme social le plus cru et dans la dénonciation anti-régime. Vous partagez cette impression ?

L’esprit de la plupart des grands festivals en Europe est effectivement celui que vous décrivez, et c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai jamais bénéficié de ce système. Aujourd’hui, pour être remarqué par le jury d’un grand festival, il faut faire un film « critique », un film de dénonciation. Je suis favorable à la critique, à la contestation de l’ordre établi, c’est nécessaire et cela vaudra toujours mieux qu’un cinéma à la botte du pouvoir. Mais maintenant, on assiste à une mise au pas du cinéma des festivals par cet impératif de la critique ; faire du cinéma engagé est en voie de devenir un passage obligé pour être remarqué. C’est dommage pour tous les films de qualité qui se situent dans un autre registre et pour tous les réalisateurs qui souhaitent parler d’autre chose que de politique.

 

Que pensez-vous des sanctions appliquées par le gouvernement chinois à l’encontre de votre confrère Lou Ye suite à son film Summer Palace sur les événements de 1989 ?

Ce qui est arrivé à Lou Ye est évidemment regrettable et il va sans dire que je suis contre ce type de censure. J’apprécie le travail de Lou Ye, bien que nous opérions l’un et l’autre dans des genres bien différents et qu’il fasse partie d’une autre génération [NDLR : Dai Sijie a 52 ans Lou Ye 41] – et de toutes façons, je ne me suis jamais reconnu dans la classification par générations du cinéma chinois. J’ai particulièrement aimé son film Suzhou River, qui m’a fait découvrir Zhou Xun que j’ai fait ensuite dans Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise. Nos deux situations face à la censure d’Etat ne sont toutefois pas comparables dans la mesure où il a été interdit de tournage sur le territoire chinois à la suite de ce film alors que moi, je me suis en quelque sorte auto-exilé bien avant qu’on ne m’interdise quoi que ce soit.

par David L'Epée publié dans : entretiens
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Jeudi 26 avril 2007

Indication sur une poubelle de la mosquée de Xian, avec en surplus des voeux de bonne chance et une belle faute d’orthographe dans la traduction en anglais...

 

Il y a un an, en avril 2005, le gouvernement chinois adoptait son XIe Plan Quinquennal dont le maître mot était « environnement ». A cette occasion, le célèbre économiste Joseph Stiglitz, qu’on ne présente plus (ancien vice-président de la Banque mondiale, prix Nobel d’économie) faisait dans Le Temps un constat très intéressant de la situation chinoise sous le titre «  La Feuille de Route de la Chine  : entre Croissance et Environnement ». C’était le 13 avril 2006, je vous en propose un morceau :

«  La Chine est sur le point d’adopter son XIe Plan Quinquennal, dressant le décor pour prolonger ce qui est sans doute la transformation économique la plus remarquable de l’histoire, tout en améliorant le bien-être de presque un quart de la population mondiale. Jamais auparavant une partie du monde n’avait connu une croissance aussi durable ; jamais auparavant n’y avait-il eu une telle réduction de la pauvreté. L’explication du succès à long terme de la Chine tient partiellement dans son association de pragmatisme et de vision de l’avenir. Alors qu’une grande partie du reste du monde en développement, suivant le Consensus de Washington, est lancée dans une quête d’augmentation du PIB digne de Don Quichotte, la Chine a une fois de plus établi clairement qu’elle cherchait des augmentations durables et plus équitables des niveaux de vie réels.

 

La Chine se rend compte qu’elle est entrée dans une phase de croissance économique imposant d’énormes exigences à l’environnement qui ne pourront durer. A moins de changer de trajectoire, les niveaux de vie finiront par être compromis. C’est pour cette raison que le nouveau Plan Quinquennal met vraiment l’accent sur l’environnement. […] Le gouvernement évoque depuis plusieurs années une société plus harmonieuse, et le plan décrit des programmes ambitieux pour atteindre ce but. […] Les gaz à effets de serre, par exemple, représentent un problème mondial. Alors que l’Amérique proclame qu’elle n’a pas les moyens de faire quoi que ce soit, la Chine a imposé, en l’espace d’un mois après l’adoption du plan, de nouvelles taxes écologiques sur les voitures, l’essence et les produits du bois. »

Ce constat sur la spécificité du développement économique chinois est assez lucide et on n’a pas l’occasion d’en lire souvent de tels dans la presse européenne, mais quant à la question écologique, les réformes n’ont hélas pas pu se faire aussi efficacement que prévues ; c’est ce qu’avouait le 16 mars dernier, et de manière un peu sèche, le Premier ministre Wen Jiabao en réponse à une question du Financial Times (GB) :

« J’ai déjà détaillé, au cours d’une session de l’Assemblée Populaire Nationale, les raisons de l’échec du plan de réduction des consommations d’énergie et de la pollution, et j’ai proposé huit mesures pour y remédier. Je ne reviendrai pas dessus aujourd’hui. »

Retrouvez l’ensemble de ses réponses aux journalistes sur le site francophone de Beijing News.

par David L'Epée publié dans : mémoire
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Mardi 24 avril 2007

Liu Yi est une jeune journaliste de Phoenix TV (vous savez, la chaîne de télévision privée chinoise qui avait organisé une élection de Miss Chine en Suisse...).  Postée en France et s’occupant actuellement, entre autres sujets, de couvrir l’élection présidentielle, on la voit de plus en plus souvent sur les écrans. C’était elle, notamment, qui avait interpellé Sarkozy lors d’une conférence de presse sur l’attitude qu’il aurait à l’égard de la Chine en cas de victoire (sa réponse avait été pour le moins évasive).

 

Souvent en butte à la pression des médias français et aux fameux mots d’ordre des lobbys anti-chinois qui les contrôlent, elle a profité il y a quelques jours de son blog pour dire ce qu’elle avait sur le coeur, de manière très franche et directe. Il m’a semblé intéressant de publier cette critique de l’opinion française par une Chinoise. Ses réflexions sur le patriotisme opposé à  la haine de soi et au dénigrement constant de sa propre nation ainsi que sa dénonciation des forces anti-chinoises qui agitent le monde médiatique occidental me semblent du plus haut intérêt dans la mesure où cela s’écarte complètement de ce qu’on entend habituellement dans le prêt-à-penser qui nous est servi quotidiennement. N’hésitez pas à prendre position dans le débat.

 

 

Je ne répondrai pas aux insultes proférées à l’encontre des dirigeants chinois. Je vous invite simplement à venir en Chine, y passer quelques mois, et beaucoup de vos clichés tomberont. [...] Un ami français qui a vécu plus d’un an en Chine me racontait que lorsqu’on lui demandait  - Alors, c’est comment ?  sa réponse favorite était :  - Tout ce que vous savez de mal sur la Chine est faux, et tout ce que vous en savez de bien est faux aussi. J’aime bien cette réponse. C’est vrai : imaginer la Chine comme l’URSS de 1975, c’est totalement ridicule, idiot et naïf. En revanche, imaginer que chaque chinois connaît tout Confucius par coeur, c’est aussi d’une naïveté enfantine. Non, la Chine est un pays comme un autre, à ceci près que : 1) Il est unifié depuis très peu de temps, 2) Il y a 100 ans, il était encore sous domination européenne, 3) Il contient 1 milliard et 260 millions d’habitants, 4) Il est de la taille d’un continent, 5) Il est d’un incroyable dynamisme commercial. Donc, comme les autres… mais dans une phase historique différente.

 

Les Français – et ce sont probablement les seuls au monde – adorent dire du mal de leur propre pays. Combien de fois ai-je été extrêmement choquée, dans des repas en Chine, d’entendre vos concitoyens vomir sur leur propre pays ! Mais voyez-vous, le reste du monde – Chinois y compris – ne fonctionne pas comme ça. Le reste du monde respecte la terre de ses ancêtres, le reste du monde respecte l’Histoire qui a construit sa nation, le reste du monde ne passe pas son temps à détruire ce que des millénaires ont construit.

 

C’est votre problème… et lorsque vous vous offusquez qu’une candidate vous demande d’avoir chacun un petit drapeau chez soi… vous êtes la risée du monde entier. La France est, entendez-le, le SEUL pays au monde où l’on trouve anormal d’aimer son drapeau, ses couleurs, son hymne national.