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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Mercredi 23 mai 2007

Voici encore un billet de notre série « Il y a un an » dans laquelle nous nous amusons à comparer ce qu’on pouvait dire de la Chine il y a un an et ce qui a pu (ne pas) changer dans ce laps de temps. Après être revenus, la dernière fois, sur le XIe Plan Quinquennal et ses projets de réformes environnementales, rappelons-nous quels ont été les grands événements relatifs à la Chine pour le mois de mai 2006. Il y en a au moins deux incontournables : la fin des travaux du Barrage des Trois Gorges et le scandale lié à l’entrée de la Chine au Conseil des Droits de l’Homme.

 

Souvenez-vous, en mai de l’an dernier le monde découvrait le plus grand barrage du monde, un projet pharaonique présenté à la fois comme une catastrophe écologique et une révolution écologique capable de fournir au pays d’énormes stocks d’électricité « propre ». Frédéric Koller, envoyé spécial du Temps en Chine, écrivait dans ce journal le 19 mai 2006 :

 

« Œuvre tour à tour rêvée par Sun Yat-sen, le père de la République , Mao Zedong, le bâtisseur de la République populaire, puis Deng Xiaoping, l’architecte des réformes, le barrage des Trois Gorges est d’abord un acte politique, un geste de légitimation du pouvoir. Sa réalisation est la démonstration de la capacité des dirigeants à intercéder entre l’homme et la nature afin d’assurer l’harmonie et la stabilité d’un empire, selon une tradition qui remonte aux origines de l’Etat centralisateur chinois. […]

 

Défiant l’imagination, le barrage des Trois Gorges est un extraordinaire condensé de symboles. Dicté de façon autoritaire, il s’inscrit dans la tradition des grands projets (Grande Muraille, Grand Canal) d’un Etat impérial fort. Utopique, il est l’héritier du maoïsme et de sa volonté de faire un saut dans le futur. »

 

On reparle ces derniers temps du Barrage des Trois Gorges, et plus spécialement des problèmes sociaux qu’il a occasionné (avec les déplacements massifs de populations) grâce au film Still Life de Jia Zhangke que je vous conseille d’aller voir s’il sort en Europe.

 

A peu près au même moment où on annonçait cette formidable « victoire sur la nature » (notion centrale dans la philosophie maoiste), on débattait fort à l’étranger pour savoir s’il était ou non décent de faire entrer la Chine dans le tout nouveau Conseil des Droits de l’Homme, compte tenu de ce que certains lui reprochaient en la matière, à commencer par les Etats-Unis et leurs diverses officines "humanitaires". J’avais demandé son avis sur la question à Rex Wang, représentant en Suisse de la Délégation économique et culturel de Taiwan, et il s’était empourpré aussi sec, m’affirmant tout net que c’était selon lui un scandale sans précédent.

 

Pourtant, en ce mois de mai 2006, d’autres voies commençaient à se fair entendre. Ainsi celle de Gu Xuewu, directeur de l’Institut d’études politiques de l’Asie de l’Est à l’Université de Bochum (Allemagne), qui écrivait, dans le Duowei Xinwen Wong, journal en langue chinoise paraissant à new York :

 

« Même si certains progrès ont été réalisés en matière de respect des droits de l’homme en Chine, les médias et les hommes politiques occidentaux ne s’en contentent toujours pas. On peut le comprendre, car les critères ne sont pas les mêmes. […] Les utiliser [les critères occidentaux] pour juger la situation en Chine et dans d’autres pays en voie de développement aboutit naturellement à des résultats très différents. Ne pas vouloir que des pays mal notés sur le plan du respect des droits de l’homme prennent part à l’action des Nations Unies dans ce domaine, c’est considérer le problème sous un angle idéologique.

 

Je pense que sur les 191 Etats membres que compte l’ONU, ceux qui ont un point de vue similaire à l’opinion de la Chine en matière de droits de l’homme doivent être majoritaires. Cela se vérifie avec ce vote, puisque la Chine a obtenu les suffrages de plus de 140 pays.

 

L’Occident prône une vision planétaire des droits de l’homme, tandis que les pays en voie de développement, parmi lesquels la Chine , préconise un certain relativisme qui consiste à juger les performances d’un pays en la matière en fonction des circonstances concrètes de chaque pays. Il semblerait que la grande majorité des Etats membres de l’ONU adhèrent à cette théorie du relativisme. Ce n’est donc pas un hasard si la Chine a été élue avec autant de voix ! »

 

 

 

Sur des sujets similaires :

 

-          Il y a un An : le XIe Plan Quinquennal

-          La Chine Remet les Etats-Unis à leur Place

-          Reporters Sans Frontières Prend la Défense des Pornographes Chinois

par David L'Epée publié dans : mémoire
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Lundi 21 mai 2007

S’il y a bien un sujet qui a été négligé sur ce blog depuis mon arrivée en Chine, c’est le cinéma. Pourtant, je suis un grand amateur du septième art, et j’ai été tout naturellement amené à m’intéresser au cinéma chinois. Je possède maintenant une collection assez importante de films locaux (les DVD se vendent ici à des prix dérisoires) et si j’ai omis jusqu’ici de vous entretenir du cinéma chinois, c’est uniquement car je n’ai pas eu le temps de visionner beaucoup de ces films – et encore moins de les chroniquer. Je vais essayer de me rattraper en vous proposant dès maintenant et régulièrement quelques chroniques sur ce sujet.

 

Nous allons commencer avec un genre qui occupe une place toute particulière dans la filmographie chinoise : les films de fantômes. Si ce genre est particulier, c’est qu’il ne s’inscrit pas forcément, comme sous nos latitudes, dans la catégorie des films d’horreur, mais malgré cela il a été entouré longtemps de nombreux tabous.

 

Je me souviens que lors de l’édition du NIFFF (1) de 2005, le festival avait reçu le réalisateur Zhang Bingjian pour présenter son film Suffocation, dont on parlait alors d’ores et déjà comme le premier film de fantômes de l’histoire du cinéma chinois. Pour quinconque connaît un peu le domaine, il ne faisait aucun doute que ce n’était qu’une accroche publicitaire : la Chine n’avait pas attendu 2005 pour réaliser des films de fantômes, comme je vais l’expliquer bientôt.

 

Ce film, Suffocation, était de facture plutôt moyenne, quoique pas inintéressant. A l’issue de la projection, j’ai eu l’occasion de rencontrer Zhang Bingjian pour un bref interview. Je lui ai demandé quel était le statut du film de fantômes en Chine, voilà ce qu’il m’a répondu :

 

« Parler des fantômes pose un double problème pour le pouvoir chinois. Ce problème est à la fois culturel et politique. Culturel parce que dans la tradition chinoise, toujours extrêmement vivace, il est communément admis qu’on évite autant que possible de parler de la mort et de tout ce qui s’y rattache, particulièrement dans le domaine des symboles (2). On évite particulièrement de plaisanter avec la mort et de faire mention de certains mots s’y rapportant, sauf dans les cas où c’est vraiment nécessaire. Parler de fantômes est au mieux considéré comme une faute de goût, et au pire comme un mauvais présage.

 

 

« C’est également un problème politique car la croyance aux fantômes, très enracinée dans la Chine ancienne, a été considérée par la Révolution , de même que l’ensemble des vieilles croyances, comme une superstition, un reste de l’obscurantisme de l’époque féodale. Dans une époque matérialiste où on ne jure plus que par la science et le progrès, les superstitions sont toujours considérées par le pouvoir chinois comme un ferment de la réaction.

 

« Pour faire accepter Suffocation, j’ai dû renoncer à mettre en scène de « vrais » fantômes mais les présenter au spectateur comme les hallucinations psychotiques de mon personnage principal, c’est-à-dire comme quelque chose qui, même à l’intérieur de la fiction, reste irréel. »

 

Un problème de type tout à fait différent se posait également à Zhang Bingjian, qu’il m’a expliqué :

 

« Contrairement à ce que vous connaissez en Europe, il n’existe pas en Chine de limitation d’âge pour pouvoir aller voir un film au cinéma. Lorsqu’il réalise son oeuvre, tout cinéaste doit garder en tête qu’elle devra pouvoir être vue par n’importe qui, des plus jeunes aux plus âgés. Jusqu’à récemment, le cinéma avait une vocation tout-public, familiale, ce qui excluait de fait toute représentation violente ou érotique explicite. Ce qu’on appelle le cinéma d’horreur n’a donc normalement pas sa place dans les salles chinoises car il s’adresse à un public majeur et averti, il n’y a guère jusqu’ici que Taiwan et Hong Kong qui se soient risqués à l’exercice. Il est donc difficile pour les films de fantômes de trouver un public, mais c’est peu à peu en train de changer. »

 

L’analyse que venait de me faire Zhang Bingjian était tout à fait pertinente, mais il était loin d’être le pionnier qu’il prétendait être, et j’ai découvert par la suite qu’au cours du XXe siècle, de nombreux films racontant des histoires de fantômes avaient échappé à la censure sans créer de véritables scandales. Je vais en donner quelques exemples, non pas en tant que spécialiste (que je ne suis pas) capable de dresser des listes exhaustives, mais en tant que curieux découvrant au hasard quelques oeuvres de cette filmographie de genre. C’est ce à quoi je vais m’atteler dans ma prochaine chronique.

 

 

 

(1)     Le Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF) est un festival de cinéma très remarquable qui a lieu chaque été dans ma ville et que je vous recommande vivement.

(2)     Le chiffre 4, par exemple, porte malheur, dans la mesure où sa prononciation si ressemble fortement au son si (mais avec un autre accent), qui signifie « mort ». Il arrive donc, comme avec le chiffre 13 chez nous, qu’on ne construise pas de quatrième étage à certains immeubles, qu’on évite d’acheter un numéro de téléphone comportant ce chiffre, etc.

par David L'Epée publié dans : cinéma
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Dimanche 20 mai 2007

Un nouvel exemple d’ingérence étrangère dans la vie politique chinoise. Cette fois, ce ne sont pas les Etats-Unis qui s’invitent dans le débat, mais l’Allemagne, comme nous l’apprend une dépêche Xinhua du 15 mai :

«  La Chine a exprimé sa profonde  insatisfaction mardi et sa ferme opposition à la résolution du  Parlement allemand de condamner la rééducation par le travail de   la Chine. "Le Parlement allemand ignore les avancées réalisées par la  Chine dans la construction d'un système démocratique légal, mais déforme la réalité des camps de rééducation par le travail et  s'ingère dans les affaires de politique intérieure de la Chine ", a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires  étrangères de la Chine Jiang Yu.

Le système est basé sur des lois spéciales et des  réglementations approuvées et promulguées par le Comité permanent  de l'Assemblée populaire nationale de Chine et le Conseil des  Affaires d'Etat, a poursuivi Jiang, ajoutant qu'il joue un rôle  important dans le maintien de la sécurité publique ainsi que dans  la prévention et la réduction des crimes. [...]  La Chine préconise de tenir un dialogue international et une  coopération sur les droits de l'homme sur la base de l'égalité et  du respect mutuel. "Mais nous nous opposons fermement à toute action visant à  interférer dans les affaires inétrieures d'un pays", a dit la porte-parole. »

Quelques jours auparavant, le 8 mai, Mme Jiang Yu donnait, au nom du Ministère des Affaires étrangères, une conférence de presse au cours de laquelle les journalistes ont pu l’interpeler sur les divers sujets chauds du moment : le conflit au Darfour, les négociations avec la Corée du Nord, la question taïwanaise (mais est-ce vraiment une question de politique étrangère ?), les réclamations américaines sur divers sujets, et, également, cette résolution du Parlement allemand. Au journaliste qui lui demandait son avis sur la question, la porte-parole a répondu la chose suivante – c’est ce que nous apprend le Beijing Review :

« Votre question concerne les affaires intérieures de la Chine. Nous nous opposons à ce que quiconque, que ce soit le Parlement allemand ou tout autre pays, fasse des commentaires déplacés sur les affaires intérieures de la Chine. La rééducation par le travail en Chine n'est pas une sanction pénale, mais une mesure administrative de correction vis-à-vis des auteurs de délits, le but étant de préserver l'ordre public et de prévenir et réduire la délinquance. [...]

Les centres de rééducation par le travail sont tenus de garantir en vertu de la loi les droits et intérêts légitimes des détenus. Ceux-ci jouissent selon la loi du droit de vote, de la liberté de croyance religieuse et de communication et sont à l'abri de toute atteinte à leurs biens personnels, à leur dignité et de tout châtiment corporel ou maltraitance. [...] Le gouvernement chinois soutient depuis toujours les efforts des institutions compétentes des Nations Unies dans la protection des droits de l'homme et a pris une part active aux activités des Nations Unies en matière de droits de l'homme. »

La question serait évidemment de savoir si ce sont les imperfections des « milieux carcéraux » chinois que l’Allemagne critique ou le principe même de rééducation par le travail, car cela fait une grosse différence. En effet, ce système n’est justement pas comparable à un système carcéral traditionnel : il vise avant tout, comme son nom l’indique, à la réinsertion des criminels et non à leur exclusion définitive de la société.

La rééducation par le travail existe maintenant en Chine depuis plusieurs décennies. Elle est née, entre autres, de la volonté de ne pas reproduire les mêmes erreurs que l’URSS, de substituer à une logique d’éradication une logique de réinsertion. Au moment où Staline envoyait tous ceux qu’il étiquetait comme éléments nuisibles dans des goulags où la mort les attendait tôt ou tard, Mao était persuadé que les vrais ennemis du peuple ne sont que des éléments rares et isolés, et que la plupart des fauteurs de troubles ne le sont que par ignorance, par erreur, qu’ils peuvent être ramenés sur le droit chemin à force de persuasion. Ainsi en était-il de certains intellectuels, certains propriétaires terriens, certains bourgeois considérés comme contre-révolutionnaires, et ainsi en est-il aussi, hier comme aujourd’hui, d’un certain nombre de criminels de droit commun. L’homme n’est jamais naturellement mauvais, et il est toujours perfectible ; c’est ce que pensait Mao, pour qui l’éradication pure et simple des ennemis du régime aurait constitué un aveu de faiblesse et en aucun cas une juste résolution du problème.

C’est cette même logique qui avait conduit l’Armée populaire de libération, au temps de la guerre civile, à adopter le même type d’éthique. Lorsqu’un soldat ennemi était fait prisonnier, on ne le brutalisait pas, on le traitait bien, on lui donnait les mêmes droits qu’aux soldats communistes, et après quelques jours, on le laissait rejoindre vivant son unité s’il le souhaitait. Cette méthode surprenante et réellement révolutionnaire dans l’histoire militaire porta ses fruits au-delà des espérances du Parti : les soldats prisonniers, pleins de gratitude et séduits par cet humanisme ainsi que par la justice sociale qui régnait au sein de l’Armée populaire de libération, finissaient, pour beaucoup d’entre eux, par ne pas vouloir rejoindre leur unité et par troquer leur uniforme du Kuomintang contre un uniforme communiste. Ainsi, l’armée communiste, pourtant sous-équipée et très pauvre (contrairement au Kuomintang qui disposait d’armes soviétiques et américaines dernier cri), gagna la guerre en gagnant les masses, parce que la guerre avait été gagnée dans les esprits avant d’être gagnée sur le terrain.

Cette manière de traiter les soldats ennemis et les criminels prisonniers n’a-t-elle pas de nombreux points communs ? Est-ce faire un faux calcul de considérer que celui qui a fauté peut faire amende honorable, et qu’il peut le faire en se rendant utile à la société et en se réintégrant par le travail ? Il y a aussi là un avantage économique certain : un prisonnier de ce type coûte certainement moins cher à la collectivité (dans la mesure où il lui rapporte passablement par son travail) qu’un prisonnier des systèmes carcéraux de nos contrées dont chaque nuit est taxée au contribuable au tarif d’une nuit d’hôtel et qu’on enferme dans des ghettos où il perd toute possibilité psychologique d’un jour réintégrer la société et retrouver son équilibre...

Je n’ai pas d’avis arrêté sur la question mais je pense que le Parlement allemand devrait réfléchir à ces questions-là avant de porter des jugements si tranchés sur le système chinois de rééducation par le travail.

par David L'Epée publié dans : polémiques
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Samedi 19 mai 2007

Pour connaître le niveau moral d’une communauté moderne, dans une société dite de communication comme le sont les nôtres, il est toujours intéressant de se tourner vers les médias et spécialement vers les médias de masse. Ces derniers indiquent toujours l’étalon, la norme des comportements moraux tels que les dominants voudraient les voir se généraliser, mais cett norme, ils ne l’indiquent que dans la mesure où ils la préconisent, la recommandent, la prônent et la glorifient. La population réelle peut avoir plus ou moins de retard dans l’observation des normes prescrites mais le but des médias reste de les conformer tôt ou tard au schéma idéologique qu’elle met méthodiquement en place.

 

C’est le cas dans tous les pays modernes, y compris les nôtres, y compris la Chine aussi. Il y aurait beaucoup à dire sur le contenu idéologique sous-jacent dont on nous abreuve et nous matraque à travers les blockbusters hollywoodiens, les feuilletons américains, les émissions de téléréalité et les plateaux peoples parisiens, mais ce n’est pas notre sujet. Nous allons voir ce qu’il en est en Chine, quels messages cherchent à donner les mass media, notamment la télévision, et en quelle mesure ces impératifs s’accordent ou ne s’accordent pas avec les moeurs réelles du peuple chinois.

 

Premier exemple : les émissions musicales de découverte de jeunes talents. Le concept de la Nouvelle Star , bien connu chez nous, consistant à donner leur chance à de jeunes artistes méconnus pour en faire d’éphémères stars, existe également en Chine. Je dirais même que ce concept s’intègre encore mieux ici que chez nous car le milieu musical contemporain non commercial y est beaucoup moins développé que chez nous (la plupart des genres musicaux underground venant des genres étrangers, d’origine noire ou blanche (1) ), ce qui suscite bien moins de contestation de la part des artistes locaux. Mais si la pop qu’on distille dans ces émissions n’a rien de spécifiquement chinois (à part la langue des paroles), il n’est toutefois pas question de s’abaisser aux mêmes exhibitions, aux mêmes scandales que les collègues occidentaux.

 

Le quotidien québécois Matinternet du 8 avril explique quelles seront les règles à suivre :

 

« Avis aux amateurs: il n'y aura ni larmes, ni cheveux fous, ni chansons malsaines dans la version chinoise de la Nouvelle Star sur les petits écrans à compter du mois prochain. Ainsi en a décidé vendredi l'autorité chinoise de régulation de l'audiovisuel. "Pas de bizarrerie, pas de vulgarité, pas de mauvais goût" : telle est la consigne transmise par l'Administration d'Etat pour la radio, le cinéma et la télévision à la société de production Happy Boys Voice, a rapporté l'agence officielle Chine nouvelle. [...]

 

Que la production se le tienne pour dit : la Nouvelle Star chinoise ne devra faire entendre que "des chansons saines et inspirées d'un point de vue éthique", éviter les scènes de fans en folie et de concurrents en larmes, et "maintenir une atmosphère heureuse". »

 

Deux jours plus tard, une dépêche Xinhua précise quelles sont les directives du gouvernement sur le contenu des diffusions télévisées. Et cette fois, ce sont l’ensemble des émissions qui sont concernées :

 

« Le contrôleur chinois de la radiodiffusion et de la télévision a recommandé mardi aux stations de radio et aux chaînes de télévisions de refuser les programmes vulgaires au profit de productions saines. L'Administration d'Etat de la Radiodiffusion , du Cinéma et de la Télévision (AERCT) a appelé les départements administratifs de la radio, du cinéma et de la télévision ainsi que les organisations de radio et télédiffusion à préserver le prestige des stations de radio et de TV. Elle a mis en garde les personnalités de la radio et de la TV qui recherchent l'audience en satisfaisant les bas intérêts d'une minorité par la diffusion de programmes vulgaires. Les stations qui échoueront à surveiller la qualité des programmes se verront infliger des pénalités sévères.

 

Lors d'une conférence en novembre dernier, le directeur adjoint de l'AERCT, Zhang Haitao, a défini comme programmes vulgaires ceux dont les contenus représentent la violence, la pornographie, le crime et l'horreur. L'AERCT a indiqué que les programmes sains devaient exceller à la fois dans le contenu idéologique et dans la qualité artistique. »

 

Pour la qualité artistique, les objectifs sont loin d’être atteints si j’en crois ce que je vois sur les chaînes du service public, mais pour le contenu idéologique, force est d’admettre que les ordres sont respectés et qu’il y a de nombreux débordements familiers aux téléspectateurs occidentaux qu’on ne verra jamais sur les écrans chinois. Cela agacera de nombreux observateurs étrangers mais prendre le contrepied de la TV selon Berlusconi (désormais étalonnage de la plupart des télévisions européennes) n’est-il pas de bon augure pour la salubrité publique ?

 

 

(1) Car que peut opposer la musique contemporaine à la pop aseptisée ? Rock, hip-hop, jazz, punk, reggae, metal, blues, funk, etc : tous ces genres sont respectivement d’origine noire ou blanche – pas jaune. Il est beaucoup plus difficile dans ces conditions d’organiser une résistance culturelle qui ne soit pas uniquement tournée ou vers le passé ou vers l’étranger. Heureusement, j’ai remarqué à Pékin qu’avec l’éclosion et le développement des soirées slam, les genres underground, la chanson à textes chinoise et la poésie retrouvent un nouveau printemps.

 

 

 

 

Sur le même sujet :

 

-          Pour ou Contre les Campagnes de Moralité Lancées par l’Etat Chinois ?

-          Quelques  Exemples  de  l’Ordre  Moral  Chinois  (I)

-          Télévision  et  Internet :  le  Long  Travail  d’Assainissement

par David L'Epée publié dans : divagations
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Jeudi 17 mai 2007

Il est intéressant de voir comment se mêlent sur le campus les étudiants et les travailleurs. Car l’Université emploie beaucoup de travailleurs de toutes sortes : fonctionnaires, ouvriers, policiers, jardiniers, cuisiniers, gardiens, lessiveurs, commerçants, etc. Ce mélange est très différent de chez nous. En Suisse, il arrive qu’on voie un chantier actif sur un campus, mais il est rare que ce chantier se reproduise à toutes les extrémités de la zone. Les ouvriers sont très nombreux, donc, et côtoient les étudiants et les fonctionnaires, mais chaque catégorie est très facilement reconnaissable à son apparence : les fonctionnaires en tenues très strictes, les étudiants en tenue légère et souvent d’inspiration occidentale, et les ouvriers à torse nu ou portant de vieilles chemises ou de vieux vêtements militaires.

 

Une autre catégorie présente dans la zone universitaire est celle des policiers et des gardiens. Ce qui est frappant, c’est le jeune âge de ces agents. Beaucoup semblent avoir dans les dix huit ans au plus, et je dois avouer que je n’ai pas pu m’empêcher de penser, en les voyant défiler, à ce que furent beaucoup de leurs parents une génération plus tôt – des gardes rouges. Je peux me tromper bien sûr, car il est très difficile pour nous d’estimer l’âge des Asiatiques, mais ils m’ont l’air vraiment très jeunes, et lorsqu’on n’en a pas l’habitude, c’est assez déstabilisant : on a presque l’impression qu’ils ne sont pas vraiment policiers mais qu’ils jouent à la police. Beaucoup, comme dans l’Université, ne portent pas d’armes à feu, mais sont armés de matraques qu’ils agitent constamment sous votre nez, comme ce petit policier d’un mètre soixante qui faisait les cent pas et surveillait les files d’attente dans la banque du campus, ne répondant aux questions que par des gestes, des grognements ou des mots brefs, une moue de butor plaquée sur son visage d’adolescent…

 

Les travailleuses que j’ai vues, que ce soit dans les magasins, dans les bureaux ou dans d’autres lieux de travail, me semblent elles aussi très jeunes. Ce phénomène n’est pas inintéressant, car avec les déséquilibres démographiques causés par le contrôle des naissances (et en disant ça, je ne remets pas en cause le fait qu’il s’agissait d’une réforme nécessaire), la Chine va se retrouver sous peu face à un problème semblable à celui de la Suisse  : trop de personnes âgées pour trop peu de personnes actives (c’est-à-dire de gens qui travaillent et paient des impôts). Je ne sais pas quelle botte secrète a la Chine pour se sortir de cette situation, mais il semble que dans tous les domaines professionnels, elle ne laisse pas croupir ses jeunes dans d’interminables études, et c’est toujours ça de gagné. Il y a quelques temps, une amie chinoise de Yiqi, dont j’avais fait la connaissance à Neuchâtel et qui a vingt quatre ans, a été nommée professeur de français dans une université. Un tel poste à un tel âge : voilà une chose qui paraît inconcevable en Suisse – même si ça ne l’a pas toujours été – à une époque où on veut sans cesse remonter l’âge de la retraite alors qu’on force une partie toujours plus importante de la population à parasiter jusqu’à trente ans dans les hautes écoles… Une fois de plus, il y aurait là une piste à explorer.

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
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Mardi 15 mai 2007

 

Il y a quelques semaines, comme je l’avais noté sur le blog, le Département d’Etat des USA avait attaqué la Chine sur la question des Droits de l’Homme ; il avait eu droit à une réponse très sèche des autorités chinoises qui lui avaient renvoyé la politesse en publiant un rapport incendiaire sur l’état déplorable des Droits de l’Homme aux Etats-Unis et en lui conseillant de nettoyer devant sa porte avant de jouer les gendarmes du monde...

 

Aujourd’hui, c’est la question des minorités religieuses en Chine que le justicier étasunien a pris comme nouvelle cible. Comme chacun sait, les Etats-Unis ne sont pas étrangères à la création et au fonctionnement de certains grands groupes évangélistes en Asie, et elles n’apprécient pas que leurs petits protégés se voient régulièrement remis à l’ordre par les gouvernements locaux. Il n’est pas impossible non plus, si j’en crois certaines sources, que les Américains n’aient engagé quelques intérêts dans une importante secte religieuse chinoise dont je tairai le nom ici (ceux qui connaissent comprendront) et qui, elle aussi – comme par hasard – mène un long travail politique visant rien moins qu’à la chute du régime communiste... Je ne m’avancerai pas plus sur ce point brûlant.

 

Un énième épisode de l’histoire des tentatives d’ingérence américaine dans la vie politique chinoise. Une dépêche Xinhua datée du 8 mai nous explique :

 

« Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé mardi son fort mécontentement ainsi que sa ferme opposition face à un rapport d'un organisme religieux des Etats-Unis contre la situation religieuse en Chine. La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a critiqué encore une fois la situation religieuse en Chine et dans d'autres pays en voie de développement dans son rapport annuel 2007, a indiqué la porte-parole Jiang Yu. La partie du rapport concernant la Chine déforme la réalité et accuse la Chine de ses politiques religieuses et minoritaires, ce qui montre encore une fois l'ignorance et les préjugés de cet organisme, a souligné Mme Jiang.


"Il est évident pour tous que le gouvernement chinois protège la liberté de croyance religieuse de ces citoyens en vertu de la loi et que les citoyens chinois jouissent d'une liberté de croyance totale, protégée par la loi", selon la porte-parole. "Nous conseillons à l'USCIRF d'arrêter de s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays sous prétexte de religion", a- t-elle fait remarquer. »

 

La religion semble ici en effet, une fois de plus, n’être qu’un prétexte. Les autorités étasuniennes défendent bien évidemment l’évangélisme, en pleine expansion en Chine, car c’est presque devenu aux USA la religion d’Etat, et parce que ces milieux sont intimement liés au lobby républicain qui a permi la réélection improbable du président Bush. L’évangélisme, la religion la plus expansionniste sur la surface du globe, cherche partout où elle se répand à destabiliser les structures sociales en place pour le compte du modéle américain, ce n’est un secret pour personne.

 

Ces messieurs voudraient aussi défendre les catholiques car certains rêvent encore que le pape Ratzinger fasse sur la Chine le même travail de sape que son prédécesseur Jean-Paul II sur l’Union soviétique... Quant aux bouddhistes, on s’intéresse surtout aux lamaïstes car, par leur revendication d’un Tibet indépendant, ils servent objectivement (quoi que sans s’en rendre compte) les intérêts géostratégiques des Etats-Unis en Asie.

 

A ce propos, les autorités chinoises lançaient il y a quelques jours (le 11 mai) un avertissement au gouvernement belge au sujet des tentatives de subversion des lamaïstes en Europe. C’est ce que rapporte l’agence Xinhua :

 

«  La Chine a demandé jeudi aux pays concernés de rester très vigilants face aux tentatives du Dalaï Lama de saboter leurs relations avec la Chine et de diviser le pays. "Nous souhaitons que les pays concernés puissent redoubler de vigilance contre les remarques et les actions de la clique du Dalaï Lama, destinées à saboter leurs relations avec la Chine et à diviser la patrie", a dit Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse régulière. [...]

 

Le Dalaï Lama représente une force politique de l"'indépendance du Tibet", à laquelle est fermement opposée le gouvernement central, a-t-elle indiqué. Les paroles et les actions du Dalaï Lama ces dernières décennies ont pleinement prouvé qu'il n'était nullement une simple figure religieuse mais un exilé politique ayant conduit des activités de division de la patrie sous prétexte de religion depuis des années, a souligné Mme Jiang. Peu importe à quelles activités il participe, en quel nom et à quel endroit, il ne s'agit ni d'une simple question religieuse ni d'un acte individuel. »

 

Il y aurait peut-être aussi quelques mots à dire sur les musulmans chinois mais les USA semblent avoir un peu moins de sollicitudes pour ces fidèles-là...

 

Pour conclure, je ne peux pas m’empêcher de citer Alain Peyrefitte qui, dans les années 1970, traitait déjà du problème chrétien en Chine, mais de manière beaucoup plus pragmatique :

 

« Trois millions de baptisés sur huit cent millions de Chinois, c’est-à-dire 0,4% - alors qu’on en compte 80% dans un pays aussi déchristianisé que la France , « pays de mission ». Sur ces baptisés, quelle proportion souffre de ne pas pratiquer librement son culte ? Un problème qui n’existe guère que pour un Chinois sur mille est-il un problème pour la Chine ? Compte-t-il, auprès de la révolution en marche ?

 

Nos interlocuteurs chinois, si fiers de pouvoir dire que l’on obtient deux récoltes de riz au lieu d’une et que l’on triple le rendement du blé, ne comprennent pas la préoccupation obsessionnelle que nous apportons au statut d’une infime minorité catholique. Un chrétien répondra qu’il ne s’agit pas du statut d’une minorité, mais de l’annonce de la venue du Christ dans le ciel vide de la Chine : une seule brebis perdue compte plus que les quatre-vingt-dix-neuf autres… Un Chinois maoïste répondra qu’il n’entend pas ce langage. »

 

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera…, tome II, Fayard, Paris , 1973, p. 202-203)

 

 

Sur le même sujet :

 

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par David L'Epée publié dans : polémiques
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Lundi 14 mai 2007

Le taoïsme est, avec le bouddhisme et le confucianisme, une des trois formes principales de spiritualité en Chine. Sa particularité est qu’il se déploie à la fois sur deux pans, un pan philosophique et un pan carrément religieux, avec des implications théoriques parfois différentes. Sur le plan philosophique, la pensée taoïste a été inaugurée par Lao Zi (VIe siècle av. J-C). Selon la légende, sa mère l’aurait porté dans son ventre durant quatre-vingt ans, et il serait né barbu et avec des cheveux blancs, signe extérieur de maturité et de sagesse, raison pour laquelle on l’a appelé Lao Zi, littéralement le Vieil Enfant.

 

Le taoïsme est une pensée philosophique difficilement cernable. Elle prône un détachement quant aux choses de ce monde et, dans de nombreux cas, l’indifférence et le non-agir. Sima Tan (père de Sima Qian, célèbre historiographe de la dynastie des Han de l’Ouest) la définit de la manière suivante :

 

« La pensée taoïste permet à l’esprit de se concentrer, de reprendre le mouvement et le repos imperceptibles et d’englober tout l’univers. La doctrine taoïste suit le principe de l’école du yin et du yang, assimile les idées du confucianisme et du mohisme, la quintessence de l’école des nominalistes et de celle des légistes. Elle peut s’adapter à l’évolution du temps et des choses de l’univers et permet de régler des affaires variées. Tout lui convient. Simple et facile à suivre, la doctrine taoïste nous permet d’obtenir plus de résultats en déployant moins d’efforts. »

 

L’histoire qui suit est tirée d’un texte du taoïste Shuo Yuan intitulé « A propos de la Sagacité  ». Je l’ai retenue car elle m’a parue amusante. En effet, la thèse qui y est défendue, par un paysan s’adressant à son roi, a comme un goût de socialisme avant l’heure. Cette plaidoirie pour l’Etat fort et le devoir civique de l’impôt n’est pas sans rappeler des discours qui apparaîtront des siècles et des siècles plus tard en Chine. Cela n’a sans doute aucun rapport, mais le parallèle est suffisamment curieux pour que je publie cette fable sur le blog.

 

 

 

 

La  Longévité ,  la  Richesse   et   la  Noblesse

 

Le roi Xuanwang de Qi alla chasser dans la région de Sheshan où treize villageoins âgés vinrent le saluer. Le roi, content de les voir, leur dit :

« Vous avez beaucoup marché pour venir me voir. »

 

Puis il ordonna à sa suite :

« Pour récompenser toutes ces vieilles gens, elles seront exemptées d’impôts fonciers. »

 

Les vieilles gens étaient tellement émues qu’elles se proternèrent pour remercier le roi, sauf un nommé Lü Qiu qui resta indifférent. Pensant que certaines d’entre elles n’étaient pas encore satisfaites, le roi de Qi demanda :

« Est-ce que la récompense ne suffit pas ? »

 

Il ordonna de nouveau à sa suite :

« Dispensez-les de corvées en guise de récompense. » [NDR : la corvée, en Chine  tout comme en Europe, était un impôt féodal]

 

Les vieux villageois, pleins de reconnaissance, remercièrent à nouveau le roi. Mais le vieux Lü Qiu tarda à remercier le roi.