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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Vendredi 8 juin 2007

Ce lundi, la rubrique économique du Temps publiait une analyse très pertinente de Charles Wyplosz, professeur à l’Institut de Hautes Etudes Internationales (IUHEI) sur le taux de change du renminbi et le danger qu’il représente pour la stabilité du dollar. On y apprend notamment que :

 

-          Il est possible que la « manipulation » du taux de change du renminbi par la Chine soit une cause de la chute du dollar, mais ce n’en est aucun cas la cause principale (qui est à chercher dans la gestion étasunienne elle-même) ; la Chine est ici une fois de plus utilisée comme bouc émissaire par le gouvernement américain et ses agents à la Bourse.

 

-          En réponse aux réformes protectionnistes prises par Pékin, Washington ne trouve rien de mieux pour réagir et se protéger que... imposer de nouveaux droits de douane ! Ce qui montre encore une fois que les chantres de l’ultralibéralisme sont assez malins pour prôner leur idéologie économique dans le monde entier mais pas assez fous pour l’appliquer réellement chez eux lorsqu’ils sont au pouvoir...

 

-          Des réaction en chaîne dans plusieurs pays du monde en direction d’une intervention plus grande des Etats sur les marchés, c’est aussi ça la nouvelle révolution chinoise – et les travailleurs américains peuvent dire merci.

 

-          Une consommation élevée semblait être la recette miracle de la prospérité dans la logique libérale (cette consommation qui semblait être le point faible de la Chine où le mentalité de l’épargne était trop profondément ancré dans les habitudes de la population) mais elle pourrait s’avérer, du côté américain,  un des facteurs qui perdra le dollar, comme quoi une remise en question de nos certitudes s’impose...

 

-          Comme le relève M. Wyplosz, la croissance chinoise a permis de sortir de la misère de centaines de millions de personnes et c’est un fait unique dans l’histoire, mais n’oublions pas tout de même (et il le relève aussi) que la formidable épargne chinoise n’a été possible que grâce (à cause plutôt) à un manque sérieux dans le domaine des services sociaux ; là aussi certaines réformes s’imposent-

 

« Après avoir été maintenu rigoureusement accrochée au dollar, la devise chinoise, le renminbi, a été «libérée» en juillet 2005. Libération est un grand mot pour un taux de change qui reste sous l'œil vigilant des autorités chinoises, dont on sait qu'elles savent exercer un contrôle lorsqu'elles le souhaitent. Réévalué de 2% lors de sa libération, le renminbi est désormais fixé vis-à-vis d'un panier de monnaies, dont la composition est un secret d'Etat. Par rapport au dollar, il s'est apprécié de 6%, en deux ans.


A Washington, on s'étrangle de rage. Les Etats-Unis, il est vrai, connaissent un déficit externe impressionnant. Pendant le même temps, la Chine est dans la situation inverse : son compte courant est très largement positif et semble prospérer au fil du temps. Le parallélisme entre ces deux situations est irrésistible pour les parlementaires américains qui ont décidé que c'est la Chine qui est la cause du déficit américain. Leur raisonnement est limpide : un pays qui a un déficit externe voit sa devise se déprécier, c'est ce qui arrive au dollar, donc un pays qui a un surplus devrait voir sa devise s'apprécier. Or non seulement le renminbi ne bouge pas vraiment par rapport au dollar mais il accompagne ce dernier dans sa chute. La conclusion est évidente : la Chine manipule son taux de change. [...] L'affaire est entendue. La Chine pratique une politique de sous-estimation systématique pour se donner un avantage compétitif inexpugnable et venir concurrencer les producteurs américains et autres à des prix irrésistiblement bas. La solution est évidente : le Congrès se prépare à imposer des droits de douane conséquents pour rétablir une concurrence supportable.  [...]


Tout ceci ressemble furieusement à une farce, et c'en est une. Côté américain, le dollar baisse depuis quatre ans, mais auparavant il montait, malgré un déficit persistant. Le déficit américain date de l'arrivée de Bush à la Maison-Blanche et résulte avant tout d'un effondrement de l'épargne des ménages dont la soif de consommation n'a d'égal que les dépenses militaires de l'administration, lutte contre le terrorisme oblige. La Chine peut être un excellent bouc émissaire, comme le fut le Japon dans les années 1980 lorsque Reagan avait déjà admirablement creusé le déficit externe, mais on ne voit pas ce qu'une appréciation du renminbi peut faire.


Côté chinois, le renminbi est à l'évidence contrôlé, et l'idée de prendre le moindre risque compétitif en le laissant s'apprécier librement est totalement exclue. Les petits changements sont destinés à donner des arguments aux diplomates, pas à changer la situation. La vraie source du surplus chinois et de l'accumulation de réserves est symétrique de la source du déficit américain : collectivement, les Chinois épargnent près de la moitié de leurs revenus. Parce qu'ils n'ont ni assurance chômage, ni assurance maladie, ni caisses de pension. Leurs revenus ont beau avoir augmenté de près de 10% par an depuis près de vingt ans, ils ont de bonnes raisons de mettre une bonne part de leur nouvelle richesse de côté. [...]


Une appréciation du renminbi ou l'imposition par les Etats-Unis de droits de douane ne changera rien à tout cela, sauf à casser la croissance économique de la Chine qui, en permettant de sortir de la misère des centaines de millions de personnes, est sans doute aucun le plus grand succès mondial de lutte contre la pauvreté. Accessoirement, ce succès est ce qui maintient au pouvoir l'un des régimes politiques les plus répressifs du monde ; les dirigeants chinois ne sont pas prêts à prendre le moindre risque avec une politique économique qui a si bien marché. [...]


Que dira le Congrès américain quand la Chine cherchera à acheter et contrôler des entreprises américaines ? »

par David L'Epée publié dans : économie
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Jeudi 7 juin 2007

Pour trouver les origines du cinéma de fantômes chinois, il faut remonter assez loin dans le passé. Je n’ai certainement pas trouvé la première oeuvre de cette filmographie, mais je suis tombé, au hasard de mes recherches, sur un document très intéressant.

 

Le film dont je vais parler est un court-métrage d’une vingtaine de minutes daté de 1937 et intitulé Gui. Son réalisateur, Zhang Shilin, n’est pas un inconnu pour les amateurs de cinéma chinois. Il a notamment réalisé en 1948 l’Histoire Secrète de la Cour des Qing, et plus de vingt autres films entre les quarante et soixante. Il est par contre très difficile de savoir ce qu’il a fait à ses débuts, c’est-à-dire avant les années quarante car les sources sur cette période-là de son travail sont rares et lacunaires, et il n’est presque jamais fait mention de cet étrange court-métrage qu’est Gui.

 

Penchons-nous d’abord sur le titre. En chinois, Gui signifie « monstre » ou « fantôme » ; c’est ici le deuxième sens qu’il faut comprendre. L’histoire est très courte. Alors qu’une dame de maison est touchée par une grave maladie et qu’on craint qu’elle ne succombe, les voisins, inspirés par l’événement, débattent de l’existence des fantômes, partagés sur la question. On raconte qu’une femme s’était jadis pendue dans une maison du quartier. Toute retournée par ces discussions et ces doutes, l’héroïne, une jeune fille (jouée par Li Lili, que vous voyez sur les deux photos), rentre chez elle – justement dans la maison de la pendue – pour se coucher. Sa mère aurait déjà dû rentrer mais elle a été pris par une partie endiablée de mah-jong (jeu traditionnel chinois) avec ses amis et compte bien passer la nuit à jouer. Seule dans sa chambre, la jeune fille croit être attaquée par des fantômes. Cette courte scène est la plus aboutie au niveau de la mise en scène : photo très contrastée avec de larges zones noires, images fortes (un gros plan sur les yeux terrifiés de la fille se risquant au-dessus de la couverture, l’ombre d’un chat qui passe). L’héroïne tente de fuir et se retrouve nez-à-nez avec un de ses voisins, qui croit lui aussi à l’existence des fantômes et lui promet de la protéger. Très sûr de lui, il explique : « Les femmes sont yin et les hommes yang ; une yin, vivante ou morte, ne s’en prendra jamais à un yang. »

 

En retournant chez elle au petit matin, la mère trouve sa fille au lit, tétanisée par la peur. Par une superposition d’images sur la pellicule, le film nous montre qu’au lieu de voir sa mère penchée sur elle, la jeune fille voit le visage de ce qu’on pense être un fantôme. Mais étrangement, ce fantôme emprunte les traits du voisin... Pensant que sa fille a été ensorcelée par des fantômes, la mère va chercher des moines taoïstes pour l’exorciser. Il faut préciser que dans les films de fantômes chinois, les anciens comme les plus récents, les moines taoïstes jouent le même rôle que les prêtres exorcistes dans les films de fantômes occidentaux. Les moines entrent dans la chambre et commencent leur rituel quand la jeune fille bondit sur eux, en fureur, brandissant un sabre, et les chasse de chez elle en criant : « Il n’y a pas de fantôme ! Il n’y a jamais eu de fantôme ! C’est vous qui les inventez ! » Le film finit, subitement, sur cette scène énigmatique.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le sens de ce petit film n’est pas très clair. Pour tenter de saisir quelque chose, il faut essayer de s’imaginer comment on pouvait raconter une histoire dans les années trente en Chine. Ce qu’il faut comprendre en fait, c’est qu’il n’y a pas plus de fantôme dans ce film que de couleur sur la pellicule. Il s’agit, de toute évidence, d’un court-métrage « éducatif » visant à expliquer au peuple que les fantômes n’existent pas, qu’il s’agit de vieilles superstitions féodales et que ces légendes n’ont pour effet que d’engraisser les moines taoïstes et les charlatans de tous poils. Dans la discussion entre les voisins, on évoque également la réincarnation des fantômes, ce qui étend les attaques du réalisateur (ou du commanditaire) à la fois au taoïste et au bouddhisme. La dernière scène montre la prise de conscience de l’héroïne (la prise de conscience matérialiste bien sûr) et sa révolte contre les taoïstes, présentés finalement comme des hypocrites mentant au peuple. Voilà pour le côté idéologique.

 

Pour le côté narratif, il faut comprendre (je l’ai appris en lisant un commentaire à ce sujet sur Internet) que le drame de l’histoire, c’est que la jeune fille s’est faite violer par le voisin durant cette terrible nuit. Là encore, on nous montre que le criminel parvient à ses fins en faisant croire à l’héroïne qu’il la protégera des fantômes (selon une théorie philosophique plus que douteuse), c’est-à-dire en utilisant la superstition, qui se trouve condamnée une deuxième fois dans le film. L’hallucination que voit la jeune fille à son réveil n’est donc pas l’image d’un fantôme mais celle de son agresseur.

 

Ainsi, même si on ne le remarque pas du premier coup d’oeil, il ne s’agit de rien d’autre que d’un film de propagande, certainement d’origine communiste (quoique pas forcément) pour favoriser l’éveil des esprits aux conceptions progressistes de ce que sera la Chine nouvelle. Dans cette optique, on critique la mère qui n’était pas présente à la maison au moment où sa fille se faisait violer et qui a préféré fuir ses responsabilités dans le jeu (on la voit de plus fumer une cigarette, ce qui est lourd de sens). Rappelons qu’on luttait à l’époque contre le jeu, expression de la débauche, et l’oisiveté. Le message, à cet égard, est on ne peut plus clair. En ce qui concerne le flou de la narration et cette impression que le film ne se suffit pas à lui-même et qu’il réclame des éclairages extérieurs pour être compris, c’est un problème de contexte : nous ne sommes pas des spectateurs chinois de 1937, voilà. Aurait-il été possible, dans ce pays et à cette époque, de représenter un viol autrement que par un sous-entendu scénaristique un peu ambigu ? Certainement pas.

 

Pour un premier film de fantômes chinois, nous voilà donc ramenés – quoique soixante-dix ans plus tôt – à ce que nous expliquait Zang Bingjian lors du premier volet de notre réflexion : inutile de chercher des fantômes dans le cinéma chinois. Vraiment ? Pas si sûr. Dans le prochain volet de notre série cinéma, je m’engage à vous montrer de vrais fantômes chinois...

 

 

Zhu Shilin, le réalisateur

Sur le même sujet :

 

                               - Les  Films  de  Fantômes  Chinois  (I)

par David L'Epée publié dans : cinéma
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Mardi 5 juin 2007

Bo m’a expliqué que d’ici 2008, la moitié de la capitale – une surface énorme – serait reconstruite. Les chantiers sont omniprésents et donnent l’impression, comme je l’ai dit une autre fois, que tout ce qui n’est pas en construction est en démolition. Et tout cela se passe effectivement très vite, car l’échéance approche et le monde doit être ébloui par le nouveau « miracle chinois ».

 

Il y a quelques jours, nous étions sortis, Bo et moi, en voiture vers la fin d’après-midi pour faire une visite et aller manger dans le sud de la ville. Comme nous rentrions après le repas, en soirée, nous avons dû faire plusieurs détours et suivre plusieurs déviations car entre-temps – c’est-à-dire dans un intervalle de quelques heures – plusieurs chantiers avaient été ouverts sur les routes où nous étions passés l’après-midi même !

 

Un autre exemple révélateur. Ce qui surprend lorsque vous prenez le métro pékinois pour la première fois, c’est que pour une telle mégapole (plus de 15 millions d’habitants sur une surface très étendue), il n’y a en tout et pour tout que trois lignes de métro : la une, la deux et la… treize ! Pourquoi la treize ? Superstition inversée ? Non, mais tout simplement parce que d’ici 2008, Pékin comptera effectivement treize lignes de métro, et les dix autres sont actuellement en construction.

 

Quoi qu’il en soit, les Chinois n’auront pas à attendre 2008 pour les Jeux Olympiques ; ils sont déjà là. Partout. Le logo de l’événement, accompagné invariablement du slogan « One World One Dream » se rencontre en tous lieux, jusqu’à la Grande Muraille (voir photo). Il est difficile de trouver un produit, alimentaire ou autre, qui ne se proclame pas « sponsor officiel des Jeux Olympiques » – ils ne le sont pas tous réellement en fait, beaucoup usurpent l’AOC pour des raisons de marketing, d’autant qu’en Chine, on n’est pas très regardant sur la propriété intellectuelle…

 

Les quatre mascottes, de petits personnages colorés dont les noms m’échappent mais qu’on a déjà pu voir en Europe, ont envahi Pékin. On en a fait des effigies géantes qu’on a installé dans les massifs floraux sur la Place Tiananmen pour le 1er Octobre et sur cette même place, on les vend en pin’s aux touristes dans un kit qui comprend en même temps des portraits de Mao et de Confucius… Ce même mois d’octobre, alors qu’on repassait souvent l’hymne national à la radio – un bel hymne, je le mettrai en ligne un de ces jours si j’y arrive – ce dernier devait partager la vedette avec un autre hymne, un peu plus pop-music, dont le refrain exalté scandait comme une litanie : « Er Ling Ling Ba ! » (deux zéro zéro huit)…

 

S’il y a bien une chose qui caractérise la Chine et dont tous les régimes successifs se sont servis, c’est le goût du gigantisme, la passion du titanesque. Des ambitions énormes pour un pays énorme, et des chantiers impériaux pour un pays impérial. La Grande Muraille , le Grand Canal, le Barrage des Trois-Gorges… La mégalomanie est menée jusqu’au bout, avec tous les sacrifices que cela implique, ce qui signifie qu’elle finit presque toujours par tenir ses promesses. Mao racontait souvent la vieille légende chinoise de cet homme qui avait compris qu’il pouvait aplanir n’importe quelle montage s’il en avait la volonté, s’il consacrait sa vie et celle de plusieurs générations de ses enfants à démonter la montagne pierre après pierre… C’est ce que le peuple chinois, mené par des guides à la poigne de fer, s’efforce de faire depuis plusieurs millénaires.

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
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Dimanche 3 juin 2007

Nous parlions la dernière fois de l’expression de la morale officielle à travers les médias de masse. Cet échantillonnage serait évidemment incomplet si on ne disait pas un mot d’Internet qui joue ici un grand rôle à la fois dans la diffusion de cette morale et dans sa subversion.

 

Un des principaux problèmes moraux liés au développement libre d’Internet est, bien avant le houleux débat sur le piratage et la propriété intellectuelle, celui de la prolifération des représentations pornographiques de toutes sortes. J’en ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog car il me semble que c’est un sujet plus grave que ce que beaucoup de nos autorités voudraient souvent nous faire croire, et le gouvernement chinois semble être en la matière un pionnier, en dépit de l’acharnement des « pornographes humanitaristes » des mille officines habituelles de la « liberté d’expression » made in USA. Le Quotidien du Peuple du 13 avril nous parle du lancement d’une nouvelle campagne contre le cyber-érotisme, prenant le soin de préciser – et ce n’est pas un détail pour la propagande officielle – que ce sont les « masses populaires » qui sont à l’origine de cette remise à l’ordre.

 

« Selon une source d'information du ministère chinois de la Sécurité publique, une téléconférence sur le lancement de la lutte contre le cyber-érotisme s'est tenue le 12 avril à Beijing. Récemment, avec la montée de la diffusion sur Internet de textes et d'images licencieuses et érotiques, les spectacles érotiques, l'escroquerie, les vols et les jeux en ligne ont tendance à se multiplier. Les masses populaires critiquent sévèrement ce phénomène qui perturbe l'ordre public sur l'Internet et nuit à la santé et à la morale des jeunes. [...]


Selon la téléconférence, cette campagne [une « une campagne spéciale destinée à réprimer en vertu de la loi les activités criminelles liées à la propagation de l'érotisme et à la diffusion d'informations licencieuses en ligne »] prévue pour six mois à compter d'avril sera menée notamment dans les régions de forte concentration de sites Internet, en grande affluence des internautes et avec beaucoup de cas dénoncés par le public. Elle visera à censurer les programmes audio-visuels, les photos et les romans aux contenus licencieux, à bannir le loto, le commerce des produits interdits et toutes les informations préjudiciables telles que les rumeurs à l'encontre de l'ordre social, les calomnies et les insultes, à lutter contre la diffusion sur Internet d'informations licencieuses et pornographiques et les spectacles érotiques, à réprimer le vol et l'escroquerie, etc. »

 

Le 26 avril, le site China.org précisait, dans le même ordre d’idées, que la campagne bénéficiait du soutien des internautes :

 

« La campagne spéciale contre la pornographie sur Internet lancée par dix ministères et commissions chinois en avril, et qui durera six mois, a été fortement soutenue par les internautes. Tous s'accordent à dire que la lutte contre la pornographie sur Internet est urgente et nécessaire parce qu'elle empoisonne l'adolescence et la jeunesse et nuit à la société. »

 

On n’en saura pas beaucoup plus sur les moyens mis en oeuvre par cette campagne si ce n’est, toujours le 26 avril, par un précision du Quotidien du Peuple, qui nous informe que «  La Chine va intensifier ses initiatives pour supprimer les contenus pornographiques et autres informations néfastes disponibles sur Internet en renforçant la gestion du marché des fournisseurs de services Internet. » Et on précise :

 

« Un porte-parole du Ministère de la Sécurité Publique a annoncé lors d'une conférence de presse qui s'est tenue la semaine dernière qu'à peu près 80 pour cent des délinquants juvéniles ont été attirés dans la criminalité par des "contenus diaboliques" sur le net. »

 

Selon Le Quotidien du Peuple du 31 mai, il y aurait même un projet d’étendre ce type de campagnes en dehors de Chine pour faire profiter d’autres pays du monde des progrès techonologiques chinois dans le domaine du contrôle d’Internet :

 

« Un éducateur sexuel chinois implore l'introduction d'un système de classification des films afin de purifier Internet pour la jeunesse de tous les pays. "Sur le plan technique, la Chine pourrait introduire ce système pour conseiller notre jeunesse", a déclaré Zhang Meimei, la directrice du centre de recherche sur l'éducation sexuelle à l'université Normale de la Capitale. Elle soutient que les quelques 370 millions de sites web explicites mettent en danger les 20 millions d'utilisateurs Internet chinois de moins de 18 ans. Internet a engendré de nombreux sites pornographiques sur le web. Et les sites pornographiques de Chine continentale sont toujours installés sur des serveurs à l'extérieur du pays.

 

Zhang, qui a également étudié l'éducation sexuelle pendant 16 ans, a déclaré que les sites web devraient pourvoir aux besoins des jeunes et améliorer leur environnement car "il est impossible de bloquer toutes les informations malsaines du net." "L'information présente sur ces sites joue un rôle clé dans les délits liés au sexe", a-t-elle dit, ajoutant que la fonction première est d'aider les jeunes gens à améliorer leur habilité à juger ce qui est bien, et de se contrôler eux-mêmes lors de la consultation de pages web au contenu malsain. Le porte-parole du Ministère de la Sécurité Publique Wu Heping a dit que plus de 80 pour cent de la délinquance juvénile est provoquée par l'exposition des jeunes aux sites web explicites du monde entier. La Chine possède le second plus grand nombre d'internautes avec 144 millions d'utilisateurs, derrière les Etats-Unis.

 

"Une grande proportion des délits, comprenant le viol, racket, cambriolage et vol sont commis par des jeunes dépendants aux sites web pornographiques" a déclaré Wu. "Il est très important d'inspecter et de filtrer les sites sexuels explicites", a expliqué Kan Kaili, professeur de l'Institut de recherche pour la politique et le développement de la technologie de l'information à l'université de Beijing (Pékin) des Postes et Télécommunications. Kan a indiqué que la société devait intensifier la campagne de surveillance et de conseil auprès des jeunes internautes, et de créer un environnement sain pour eux. »

 

Ces questions-là ayant déjà été rabâchées à de nombreuses reprises sur le blog, je n’y reviendrai pas, mais je vous invite à lire les articles que j’ai consacré au problème pendant les mois précédents et dont voici la liste non exhaustive :

 

-          Quelques Exemples de l’Ordre Moral Chinois (I)

-          Quelques Exemples de l’Ordre Moral Chinois (II)

-          Télévision et Internet : le Long Travail d’Assainissement

-          Pour ou Contre les Campagnes de Moralité Lancées par l’Etat Chinois ?

-          Que Faut-il Savoir lorsqu’on est Internaute en Chine ?

-          La Réglementation Chinoise d’Internet

-          Reporters Sans Frontières Prend la Défense des Pornographes Chinois

-          Liberté des Médias, Criminalité Sexuelle et Violence Juvénile

par David L'Epée publié dans : divagations
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Vendredi 1 juin 2007

 

Au moment où j’écris ces lignes, le printemps est malheureusement déjà passé depuis plusieurs semaines, ici à Pékin, nous avons droit à des plus de 37° (record pour le mois de mai depuis 1951 d’après la presse) et les photos que je vous présente aujourd’hui ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir... Dans cette région de la Chine , les saisons intermédiaires que sont l’automne et le printemps sont très brèves et le gros de l’année est occupé par un hiver très froid et un été très chaud.

 

Nous avons fait ces photos au parc Yuanmingyuan, l’ancien Palais d’Eté (celui qui avait été mis à sac par la coalition européenne, provoquant notamment une réaction d’indignation de Victor Hugo qui est restée dans les annales). Ce parc, très étendu, contenant plusieurs forêts, plusieurs rivières et plusieurs petites îles ainsi qu’une faune diversifiée (notamment de nombreux écureuils peu farouches). Au printemps, les cerisiers fleurissent, de toutes les couleurs, blancs, rouges, roses, jaunes, comme vous pouvez le voir sur ces quelques photos.

 

 

 

 

 

 

 

 

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
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Jeudi 31 mai 2007

Ba Jin est un des écrivains chinois modernes dont la lecture m’a le plus passionné. Né en 1904 à Chengdu, il découvre Kropotkine très jeune et fonde la Société des Egaux, un cercle d’inspiration anarchiste. En 1927, il part étudier en France ; il va tomber amoureux de ce pays et il écrira plusieurs récits s’y déroulant. Il devient communiste à l’occasion de l’affaire Sacco et Venzetti (l’exécution arbitraire de deux ouvriers italiens par le gouvernement américain), et lorsqu’il retourne en Chine, il prend part au travail entrepris par les partisans. Après une période de succès où il est fort apprécié du régime, il se retrouve persécuté, comme tant d’autres intellectuels révolutionnaires, pendant la Révolution culturelle ; on lui reproche alors ses origines de classe (ses parents étaient propriétaires terriens) et ses accointances avec l’anarchisme. Mais il sera vite réhabilité et même élu président de l’Association Nationale des Ecrivains. Il jouira d’un grand prestige en Chine jusqu’à sa mort en 2005, à l’âge honorable de cent ans.

 

Parmi les textes de Ba Jin que j’ai lus (beaucoup malheureusement n’ont pas encore été traduits en français), je vous recommande vivement « L’Automne dans le Printemps », qui est une romance malheureuse pleine d’observations psychologiques  très fines.

 

Pour vous donner une idée de son style, je publie ici un passage de « Un Coeur d’Esclave », une nouvelle sur le thème de l’esclavage et des débuts du mouvement contestataire dans les milieux étudiants. Je la publierai en deux fois ; voici la première.

 

 

Peng entra. Il s’assit sans manière dans mon fauteuil flambant neuf, et épousseta sa vieille robe. Puis il garda longtemps le silence. Je lisais un livre sur mon bureau. Je levai le nez pour le saluer, puis, me replongeai dans ma lecture. Mes yeux parcouraient le livre ouvert, mais ma pensée ne quittait pas le fauteuil tout neuf où s’étalait sa robe tâchée de graisse.

 

« Zheng, sais-tu combien il y a d’esclaves en Chine ? m’interrogea-t-il d’une voix sourde.

 

« Des millions peut-être, répondis-je négligemment, sans savoir si ce chiffre était exact. J’avais entendu quelques jours auparavant un ami parler de ces choses, mais je ne m’y étais pas intéressé.

 

« Des millions ? En réalité, au moins des dizaines de millions ! renchérit Peng d’une voix angoissée. Et si l’on donnait un sens plus large à ce terme d’esclave, alors les trois quarts des Chinois pourraient être considérés comme tels. »

 

En tout cas, heureusement, je ne suis pas du nombre ! Je me félicitai de la chose intérieurement. Et je tournai mon regard vers Peng, sans comprendre pourquoi il était en proie à une telle angoisse.

 

« Possèdes-tu aussi des esclaves ? me demanda-t-il brusquement.

 

J’imaginai que peut-être il me méprisait en pensant que je n’avais pas d’esclave. Il avait tort. J’avais chez moi très exactement seize esclaves. Le visage épanoui, je lui lançai triomphalement :

 

« Naturellement, une personne comme moi a des esclaves. Chez moi, j’en ai justement seize ! »

 

Il répondit à ces paroles par un ricanement. Et je remarquai alors que son regard était empreint d’un énorme mépris, dénué de tout respect et d’envie. Du mépris pour un possesseur de seize esclaves ! Cette attitude me stupéfiait ! Je ne pouvais croire ce que je voyais dans ses yeux. Je ne comprenais pas ses expressions. Je me creusais la cervelle pour en trouver la cause. Puis la lumière se fit en moi. Ce devait être par jalousie qu’il me parlait ainsi. Etant donné ses modestes ressources, il ne possédait assurément pas d’esclave. Je m’adressai alors à lui avec sympathie, et même avec un peu de pitié :

 

« As-tu aussi chez toi des esclaves ? »

 

A ma grande surprise, il m’adressa un regard cette fois chargé d’orgueil, et me répondit avec emphase :

 

« Mon grand-père était un esclave. » Il avait dit cela comme s’il s’agissait d’un honneur. Cela me laissait plus abassourdi que jamais.

 

« C’est impossible. Pourquoi racontes-tu des histoires ? »

 

« Pourquoi raconterais-je des histoires ? reprit-il, dérouté. Il avait l’air de vouloir me faire comprendre que j’avais dit quelque chose de bizarre.

 

« Mais tu prétends ostensiblement que ton grand-père était un esclave, expliquai-je.

 

« Oui, il l’était, au sens précis du terme. »

 

« Et toi, tu fais des études à l’université... répliquai-je, incrédule.

 

« D’après toi, les descendants des esclaves ne sont pas autorités à entrer à l’université ? me lança-t-il avec insolence. Mais rien ne prouve que tes ancêtres n’étaient pas des esclaves ! »

 

Je bondis de mon siège, la tête dans les mains, comme si j’avais reçu un coup de fouet. C’était vraiment une insulte terrible. Puis je me précipitai vers lui, et le foudroyai du regard :

 

« Tu penses que mes ancêtres ressemblaient aux tiens ? Non, absolument pas ! Sache que mon père avait seize esclaves, mon grand-père huit et mon arrière-grand-père quatre, et si on remontait encore plus avant, on trouverait que mes aïeux possèdaient encore plus d’esclaves ! »

 

En réalité, la chose était problématique, car j’étais bien incapable de savoir si mes aïeux avaient eu ou non des esclaves. Le père de mon arrière-grand-père avait très bien pu être un petit commerçant sans esclave, ou encore un descendant d’esclave... Tout était possible. Mais moi, je me complaisais à imaginer qu’il avait été un haut dignitaire, logé dans une maison magnifique, entouré de belles concubines, et disposant d’une nuée d’esclaves. Sinon, fréquemment, du moins à maintes reprises, j’en avais parlé aux autres, affirmant que mes ancêtres assumaient de hautes fonctions. Et voilà que Peng avait l’audace de prétendre que j’étais un descendant d’esclave ! L’insulte était vraiment énorme. C’était la première fois que, dans ma vie, j’étais blessé de la sorte. Je ne pouvais le supporter, il fallait que je me venge ! Je fusillai mon interlocuteur d’un coup d’oeil furieux et nos regards se croisèrent. Le sien, dur et cruel, me fit reprendre mon calme. Je me raisonnai : il fallait ménager Peng, puisque j’étais son obligé. Je regagnai ma place.

 

« D’accord, je te crois. Une personne comme toi a dû certainement naître dans une famille d’esclavagistes, tout comme moi, je ne pourrais pas naître dans une telle famille. Ce dont je suis fier ! déclara-t-il avec une morgue où perçait une pointe d’ironie.

 

Je le crus torturé par la jalousie au point d’être devenu fou. Je ne puis me retenir de rire. Une expression de fureur apparut alors sur ses traits. Et il se mit à agiter sa main devant ses yeux comme s’il voulait me chasser de sa vue :

 

« Tu ris ? De quoi ris-tu ? Oui, je suis fier d’être un descendant d’esclave. Parce que mon coeur est proche du leur... Qu’est-ce que tu connais, toi qui vis dans une belle maison, au creu de tièdes couvertures, bercé par de doux rêves, qu’est-ce que tu peux connaître de tout cela en fin de compte ?... Je voudrais bien pouvoir ouvrir les yeux, à toi et aux gens de ta sorte !... Oui, je suis un descendant d’esclave, et je n’ai aucun scrupule à le dire. Je déclare sans complexe que je suis un fils d’esclave. Mes parents étaient des esclaves, mes grands-parents étaient des esclaves, mes aïeux étaient des esclaves, et aussi loin que l’on remonte dans ma généalogie, on ne trouve personne qui n’ait été esclave.

 

Je crus alors qu’il avait perdu l’esprit. Le mieux était de lui faire quitter la pièce afin d’éviter tout incident. Mais il reprit très vite :

 

« Oui, tu as seize esclaves. Tu es satisfait, tu es joyeux, tu es orgueilleux. Mais sais-tu comment tes esclaves vivent ? Si tu connais, ne serait-ce qu’une seule histoire sur eux, je t’en prie, dis-la moi... Mais non, tu ne connais rien d’eux ! »

 

 

 

(à suivre)

par David L'Epée publié dans : littérature
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Mardi 29 mai 2007

Un mot, tout d’abord, sur les rédacteurs de Chine Informations, qui, alors que leur site se contentait jusqu’ici et depuis plusieurs années de faire office de revue de presse en récoltant et publiant différentes nouvelles relatives à la Chine , se sont fendus le 10 mai dernier d’un communiqué personnel. Ils y dénoncent les négligences (mais en sont-ce vraiment ?) de Yahoo ! Actualités dans son traitement de l’actualité chinoise :

 

« Yahoo ! Actualités qui propose des actualités sur le monde entier, nous offre aussi quotidiennement des informations sur la Chine et Taïwan. Seulement voilà, notre équipe n'a pas manqué de remarquer des erreurs, qui répétées, nous font douter de la façon dont leur équipe discerne la Chine... Il est arrivé en effet qu'à plusieurs reprises, dans leur section "Chine : toute l'actualité de la Chine , de Taïwan et de Hong-Kong", on y trouve des informations d'autres pays d'Asie comme l'Inde, le Japon, le Vietnam ou d'autres.

 

L'incident ne devrait pas être trop grave si les titres des actualités mal placées n'abordaient pas toujours les mêmes sujets, c'est-à-dire la censure, la propagande, le régime communiste, la prison, etc... On peut comprendre que la Chine  pour Yahoo ! Actualités ne soit pas un centre d'intérêt, mais on se demande comment ils en arrivent à classer leurs actualités : certains mot-clés (cf. précédemment) seraient-ils l'exclusivité de la Chine ? Notre équipe est donc quelque peu déçue de cette façon de travailler de cette entreprise renommée qui participe à ternir l'image de la Chine qui est pourtant assez loin des clichés qu'on peut  lui prêter. »

 

Je m’associe bien évidemment à cette dénonciation et, connaissant l’entreprise en question, je ne pense pas qu’il s’agisse d’ignorance mais bien d’une confusion délibérée participant au fastidieux travail de sape mené par les plus gros lobbys occidentaux contre les intérêts chinois dans le monde.

 

Autre nouvelle, beaucoup plus surprenante celle-là et provenant (pour autant qu’elle soit fiable) du Quotidien du Peuple du 11 mai : la saturation du marché des emplois sous-qualifiés par les mingongs ne serait bientôt plus qu’un vieux souvenir. Ainsi, malgré une démographie toujours aussi explosive et une exode rurale vers les villes qui n’en finit pas, la situation semblerait se stabiliser.

 

« L'Académie des Sciences sociales de Chine a publié le 10 mai un rapport qui indique que la main-d'oeuvre rur